‹ Œuvres de Alphonse DaudetChapitre 44 sur 57 · LES CABECILLA · texte numérisé non relu

LES CABECILLA

le chef eut un mouvement de pitié: « Tu n’as rien à me demander avant ?.. Veux-tu manger? Veux-tu boire?

— Non! répondit l'enfant; mais je suis bon catholique, et je ne voudrais pas arriver devant Dieu sans confession. »

Le cabecilla avait encore son surplis et son étole: « Agenouille-toi, » dit-il en s’asseyant sur une roche, et, les soldats s'étant écartés, le condamné commença à voix basse: « Bénissez-moi, mon père, parce que j'ai péché... »

Mais voici qu'au milieu de la confession, une fusillade terrible éclate à l’entrée du défilé.

« Aux armes ! » crient les sentinelles.

Le cabecilla bondit, donne des ordres, distribue les postes, éparpille ses soldats. Luimême a sauté sur une espingole sans prendre le temps d’ôter son surplis, lorsqu’en se retournant il aperçoit l'enfant toujours à genoux.

« Qu'est-ce que tu fais là, toi?

— J'attends l’absolution.

Mn Estiviat dit le prêtre. Je t'avais oublié. »

Gravement, il élève la main, bénit cette jeune tête inclinée; puis, avant de partir, cherchant des yeux autour de lui le peloton d’exécution dispersé dans le désordre de lattaque, il s’écarte d’un pas, met son pénitent en joue, et le foudroie à bout portant.

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