‹ Œuvres de Alphonse DaudetChapitre 5 sur 57 · PROLOGUE II · texte numérisé non relu

PROLOGUE II

autour de toi cette almosphère d'isolement si vaste, si vide que l'inspiration s’y disperse, s’y évapore… ET puis, passe encore d’être seul aux heures de travail; mais il y a les moments d’ennui, de découragement, où on doute de soi, de son art. C’est alors qu’on doit être heureux de trouver là, toujours prêt et fidèle, un cœur aimant où l’on peut épancher son chagrin, sans crainte de troubler une confiance, un enthousiasme inaltérables... Et l’enfant!... Ce sourire du bébé, qui s’épanouil toujours el sans cause, n'est-il pas le meilleur rajeunissement moral qu'on puisse avoir ? Ah! j'ai souvent pensé à cela. Pour nous autres artistes, vaniteux comme tous ceux qui vivent du succès, de cette estime de surface, capricieuse et flottante, qu'on appelle la vogue; pour nous autres surtout, les enfants sont indispensables. Eux seuls peuvent nous consoler de vieillir... Tout ce que nous perdons, c'est l'enfant qui le gagne. Le succès qu'on n’a pas eu, on se dit: « C’est lui qui laura, » et à mesure que les cheveux s’en vont, on a la joie de les voir repousser, frisés, dorés, pleins de vie, sur une petite têle blonde à côté de soi.

IEMNBIE'NSTER Et

Ah! poète, poète... as-tu pensé aussi à toutes les becquées qu’il faut mettre au bout d’une plume ou d'un pinceau pour nourrir une couvée ?.…

LE POËTE

Enfin, tu auras beau dire, l'artiste est fait pour

vivre en famille, el cela est si vrai que ceux d'entre nous qui ne se marient pas s'acoquinent dans des ménages de rencontre, comme ces Voyageurs qui, las d’être toujours sans logis, s'installent à la fin dans une chambre d’hôtel et passent toute leur vie sous l'étiquette banale de l'enseigne : « Ici on loge au mois et à la nuit. »

LEVPETNERES

Ceux-la ont bien tort. Ils acceptent tous les ennuis du mariage et n’en connaîtront jamais les joies.

LE PORTE

Tu avoues donc qu’il y en a quelques-unes ?.. »

Ici le peintre, au lieu de répondre, se leva, alla chercher parmi des dessins, des esquisses, un manuscril tout froissé, ek revenant vers son compaguon :

« Nous pourrious, dit-il, discuter longtemps comme cela sans nous convaincre... Mais puisque, maloré mes observations, tu es décidé à téter du mariage, voici un pelit ouvrage que je l’engage à lire. C’est écrit — remarque bien — par un homme marié, très épris de sa femme, très heureux dans son intérieur, un curieux qui, passant sa vie au milieu des artistes, s’est amusé à croquer quelques-uns de ces ménages dont je te parlais tout à l'heure. De la première à la dernière ligne de ce livre, tout est vrai, tellement vrai que l’au-

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