‹ Œuvres de Alphonse DaudetChapitre 7 sur 57 · MAD NP EU RTEBISE · texte numérisé non relu

MAD NP EU RTEBISE

ELLE-LA, certes, n’était pas faite De pour épouser un artiste, surtout ce terrible garçon, passionné, tumul- SC tueux, exubérant, qui s’en allait dans la vie le nez en l’air, la moustache hérissée, portant avec crânerie comme un défi à toutes les conventions sottes, à tous les préjugés bourgeois son nom bizarre et fringant de Heurtebise. Comment, par quel miracle, cette petite femme, élevée dans une boutique de bijoutier, derrière des rangées de chaînes de montres, de bagues enfilées, trouva-t-elle moyen de séduire ce poète ? |

Imaginez les grâces d’une dame de comptoir, des traits indécis, des yeux froids toujours souriants, une physionomie complaisante et placide, pas de vraie élégance, mais un certain amour du luisant, du clinquant, qu’elle avait pris sans doute à la devanture de son père, et qui lui faisait rechercher les nœuds de satin assorti, les ceintures, les boucles; avec cela des cheveux tirés par le coiffeur, bien lissés de cosmétique, au-dessus d’un petit front tétu, étroit, où l’absence de rides marquait moins la jeunesse qu’une nullité complète d’idées.

Ainsi faite, Heurtebise l’aima, la demanda et, comme il avait quelque fortune, n’eut pas de peine à l’obtenir.

Elle, ce qui lui plaisait dans ce mariage, c'était l’idée d’épouser un auteur, un homme connu qui lui donnerait des billets de spectacle autant qu’elle voudrait. Quant à lui, je crois qu’en définitive cette fausse élégance de boutique, ces façons prétentieuses, bouche pincée, petit doigt en l'air, l'avaient ébloui comme le dernier mot de la distinction parisienne, car il était né paysan et, au fond, malgré son esprit, il le resta toujours.

Tenté de bonheur paisible, de cette vie de famille dont il était privé depuis si longtemps, Heurtebise passa deux ans loin de ses amis, s’enfouissant à la campagne, dans des coins de banlieue, toujours à la portée de ce grand Paris, qui le troublait et dont il recherchait Patmosphère affaiblie, comme ces malades auxquels

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