DU TROISIÈME DEGRÉ
Le degré du troisième rocher est celui de ceux qui ont plus parfaitement vaincu le monde, la chair, les sens, la négligence et la torpeur, et qui ont embrassé les rigueurs de la pénitence, afin d'éviter les périls de la damnation, les peines du Purgatoire, autant qu'il est possible, et acquérir de nombreuses couronnes dans le Ciel. C'est pour eux que David a dit: « J'ai appliqué « mon cœur à pratiquer toujours votre loi , à cause de c( la récompense (1). » Ils jouissent de cette lumière des exercices extérieurs, dont il est dit: « Faites briller « votre face sur votre serviteur, et apprenez-moi ce « que vous demandez (2). »
Ceux-là sont aussi égarés par le démon , parce qu'ils ne comprennent pas l'importance des exercices spirituels intérieurs. Ils se contentent de souffrir la faim, la soif, les veilles, les jeûnes, les cilices, et de faire
(1) Inclinavi cor meum ad facieudas justificationes tuas in aeternum , propterretributionem, (Ps. cxviii, 112.)
(2) Faciem tuam illumina super servum tuum : et doce me justificationes tvias. (Ps. cxvm. 135.^
beaucoup de prières vocales , sans s'occuper de Thoinme intérieur, sans mortifier leurs affections, leurs passions; ils conservent l'amour naturel des parents et des amis, qui entraîne toujours beaucoup d'embarras, d'inquiétudes et d'afllictions ; ce défaut de mortification intérieure les fait vivre dans le trouble, l'imperfection, les dérangements et la dissipation , qu'entraînent les amis et les parents , lors même qu'ils sont honnêtes et vertueux.
DU QUATRlÈiME DEGRÉ
Le degré du quatrième rocher est celui de ceux qui aux fatigues et aux pénitences corporelles joignent encore les exercices intérieurs de l'âme, les méditations, les gémissements , les soupirs , les bons désirs , que le Saint-Esprit leur inspire. Mais ils recherchent plus la dévotion sensible que la pure et adorable volonté de Dieu. Aussi se trouvent-ils arrêtés parles illusions du démon et de l'amour-propre ; ils se reposent et se plaisent dans les douceurs spirituelles , et leur cœur se glorifie imprudemment de ces lumières divines , en disant : « Seigneur, la lumière de votre visage s'est « levée sur nous , et vous avez rempli de joie mon u cœur (1). » Parce qu'ils conservent leur jugement propre et leur volonté, et qu'ils ne s'abandonnent pas complètement à Dieu , lorsqu'ils sont privés des grâces sensibles, et qu'il leur arrive quelque malheur, quel-
(1) Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine; dedisti laetitiam in corde raeo. (Ps. iv, 7.;
qnes persécutions , ils se troublent , s'impatientent , murmurent, deviennent tristes, et montrent leur peu de mortification. Leur malheur est dans un amourpropre désordonné , par lequel le démon les pousse secrètement à écouter la nature et leur volonté; et ils ne s'en aperçoivent pas.