SOLILOQUE SUR LA MISÉRICORDE DE LA VIERGE. Û
céleste, s'il n'avait eu pour guide l'éternelle Sagesse, votre Fils bien -aimé? Mais, ô Sagesse éternelle, l'homme ainsi souillé pouvait- il se présenter à vous, qui êtes la pureté même, sans avoir pour avocate la Mère des miséricordes?Vous êtes véritablement homme, vous êtes notre frère , mais vous êtes le Seigneur toutpuissant, le vrai Dieu ^ le Juge sévère. Celui qui nous punit de nos iniquités. Aussi, lorsque la conscience nous tourmente et que la crainte nous assaillit, lorsque notre cœur est accablé sous le poids de la douleur et que nous ne trouvons plus aucun remède à nos maux, notre seule consolation est de pouvoir lever nos yeux vers vous, ô Reine toute-puissante du ciel !
Me voici donc, ô Vierge sacrée! Etoile brillante! Miroir éblouissant de l'éternel Soleil! Trésor caché de l'infinie Miséricorde ! me voici prosterné à vos pieds, moi , la plus misérable et la plus vile des créatures , pour vous saluer, en mon nom et au nom de tous les pécheurs pénitents. Et vous, esprits célestes, âmes bienheureuses, venez, descendez au centre de mon àme pour célébrer, comme vous le savez , comme vous pouvez le faire , notre Paradis bien-aimé , la source de tous les biens et de toutes les jouissances, la grande Reine du ciel et de la terre ; car moi j'en suis indigne et incapable.
0 Amie chérie, Epouse choisie de Dieu, couronne précieuse de l'éternelle Sagesse , versez sur votre pauvre serviteur une telle abondance de lumière, qu'il puisse s'entretenir avec vous. Voyez mon àme, comme elle tremble; voyez mon corps prosterné et sans mouve-
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ment , mes yeux baissés , mon visage couverl de lioiile, et mon cœur agité par la crainte ; votre grâce pourtant me console, et j'entends dire à mon âme : « lispère, aie contiance, parce cpie pour aimer, servir et louer une si grande Reine, il n'y a d'autre moyen qu'ellemême : elle est la médiatrice immédiate de tous les pécheurs auprès de son Fils ; et lors même cpie tu serais souillée de mille péchés, tu pourrais recourir à elle avec coniiance. Plus on est coupable, plus il faut se confier en Marie. Ainsi donc, du courage, âme timide; découvre tes misères à Marie, et accours avec joie au troue de ses miséricordes. Tes fautes et tes souillures ne te feront pas repousser ; car c'est Marie (pii te désire, qui t'appelle, qui t'invite à recourir à son incompréhensible bonté, w
0 Marie, la dernière ressource des coupables, le refuge assuré des pécheurs , c'est vers vous seule que se lèvent nos yeux pleins de larmes , c'est vers vous que soupirent tous les cœurs blessés et malheureux , c'est en vous qu'espèrent toutes les âmes affligées. Soyez notre médiatrice auprès de l'éternelle Sagesse, et réconciliez-nous dans la grâce et la paix. Souvenez-vous, ô très-clémente Souveraine , que c'est nous , infortunés pécheurs, qui vous avons valu le diadème de votre puissance. Sans nos péchés , seriez - vous devenue la Mère de Dieu , l'Arche d'alliance dans laquelle fut déposée la manne véritable, le lieu où l'éternelle Sagesse a trouvé son repos? Sans notre misère, auriez-
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VOUS été appelée Mère de grâce et de miséricorde? Qui vous a faite riche? notre pauvreté. Qui vous a élevée au-dessus de toutes les créatures? nos vices et nos erreurs.
Ainsi donc , à Marie , jetez sur mon pauvre cœur ces regards doux et compatissants que vous n'avez jamais détournés d'aucun pécheur, lors même qu'il était perdu et désespéré. Recevez -moi, mettez - moi sous votre protection , parce que c'est de vous que j'attends mon secours; c'est en vous seule que je place nion espérance. 0 comhien d'impies, d'obstinés pécheurs avaient abandonné Jésus -Christ, renoncé au Ciel, renié Dieu ! Ils étaient tombés dans l'abîme du désespoir, mais ils se sont tournés vers vous, ô Marie; vous les avez reçus avec la tendresse d'une mère, et vous leur avez rendu la grâce de Dieu par la vertu de votre toute-puissante intercession. Les blasphémateurs, les voleurs , les assassins, en se rappelant votre charité, reprennent encore courage et ne désespèrent plus de leur salut.
0 unique , admirable , infatigable consolatrice des pécheurs, la bonté infinie de Dieu vous a rendue chère à tous les malheureux, parce que votre compassion bienveillante ne laisse aucun atïligé sans consolation. Quelle est ma joie , ô ma très-douce Mère , lorsque je médite votre tendre charité, et combien je me sens ranimé!, fortifié, rempli d'espérance! lime semble que, dans la joie que j'éprouve , mon cœur devrait s'échapper de mes lèvres, comme les larmes de mes yeux, tant votre nom me plaît , ô Marie! C'est un rayon de miel
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({ui se fond en moi et qui ravit mon Ame. Que vous êtes justement appelée la Mère , la Reine de la miséricorde! Salut, ô Mère indulgente, ô Reine très-clémente, vous dont la bonté est inépuisable et sans limite. 0 Marie , qu'êtes-vous donc vous-même , si votre nom seul est si délicieux! Non, les harpes et les meilleurs instruments n'ont pas de si douces harmonies que celles qu'apporte aux cœurs affligés le très- saint nom de Marie, la Vierge immaculée; que tous les peuples s'inclinent et s'agenouillent à ce nom sublime et divin de Marie.
Combien de fois, ô tendre Mère, avez-vous repoussé les efforts des démons qui nous tentaient ! combien de fois les avez-vous mis en fuite ! Combien de fois , par votre intercession , avez-vous arrêté et adouci la sévère justice du juge redoutable qu'avaient irrité nos péchés! combien de fois avez-vous obtenu de votre divin Fils des grâces et des consolations ! Que faire pour reconnaître tant de bienfaits? comment remercier votre maternelle bonté? Ni les étoiles du ciel, ni la terre, ni les éléments , ni les anges , ni les esprits bienheureux, ne peuvent assez vous bénir, et célébrer dignement votre clémence.
Ne devons-nous pas nous taire? Non , nous ferons notre possible pour vous louer, vous bénir, parce que nous savons bien que votre admirable humilité ne méprisera pas la petitesse de nos dons, et nous tiendra compte de notre bonne volonté.
Que les hommes ne gémissent plus d'avoir perdu le
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Paradis lerreslre; grâce à vous, ô Marie , au lieu d'un, nous en avons deux. N'est-ce point un Paradis, le sein béni et les entrailles sacrées qui portèrent le véritabic arbre de vie, l'origine de toute joie, de tout bonheur, de tout bien? N'est-ce pas un Paradis que Jésus, qui ressuscite les morts , et dont les blessures sont des sources de miséricorde , de sagesse , de douceur, des fleuves d'amour infini qui arrosent et consolent toute la terre? Que toutes les âmes viennent se désaltérer aux eaux vives de Jésus et de Marie ; elles goûteront tant de délices , qu'elles ne pourront plus regretter le Paradis terrestre.
0 vous, notre illustre Souveraine, vous la Reine du ciel et de la terre , vous êtes la porte de la miséricorde, toujours ouverte, jamais fermée à personne ; l'univers entier périrait, avant que vous refusiez votre assistance à qui l'implore du fond de son cœur. Aussi , le matin , en me levant, le soir, en me couchant, c'est vous la première qu'invoque mon âme , parce que je sais que tout ce que vos mains très-pures offriront et recommanderont à Dieu , lui plaira et lui deviendra précieux, malgré son néant. Prenez donc mes œuvres, mes pensées , mes affections , mon corps , mon âme , toute ma vie : présentez-les à Dieu comme des choses qui vous appartiennent, et je serai heureux.
0 Marie, vase d'or très-pur, toute embellie de perles et de saphirs , toute remplie de grâces et de vertus , et plus chère aux yeux de l'éternelle Sagesse que toutes les autres créatures ; ô bouquet ravissant de roses et de
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lis , qui répandez les plus suaves et les plus délicates odeurs , avec quelle joie Dieu ne conlemple-t-il pas votre virginité, votre humilité, votre charité, et les charmes de vos autres vertus! N'est-ce pas vous, ù Marie, qui avez vaincu l'unicorne sauvage? n'est-ce pas vous qui avez captivé le Roi des rois par la beauté de votre visage? N'en obtenez -vous pas plus de grâces qu'Esther n'en obtenait du cœur d'Assuérus? Votre beauté est incomparable, et tout ce qu'il y a de ravissant dans les créatures disparaît devant vous, comme un ver luisant devant la splendeur du soleil. Qui jouit des faveurs de Dieu, et qui peut dire, comme vous: Mon bien-aimé est à moi , et moi je suis à lui (1 )? Dieu est tout à vous , et vous toute à Dieu ; et aucune créature ne peut troubler cet amour intime qui vous unit. 0 éternelle Sagesse , doux Sauveur, écoutez votre Mère bien-aimée ; regardez-la et pardonnez-moi , puisque c'est elle, si sainte et si bonne , que j'offre à votre Père et à vous. Voyez ces yeux si purs qui étaient sans cesse attachés à votre humanité ; reconnaissez ces joues si délicates et si blanches qui s'appuyaient sur votre divin visage, cette bouche sacrée qui vous embrassait, CCS mains qui vous servirent pendant tant d'années, et ce sein virginal qui vous allaita , vous pressa, vous réchauffa, vous endormit si souvent. 0 mon Jésus, je vous rappelle toutes les fatigues et les peines qu'endura votre sainte Mère pendant les années de votre enfance et de votre jeunesse , et cette douleur immense qui l'ac-
(1) Dilectus ineusmihi, et ego illi. (Cant., ii, 16.,
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câbla au pied de votre Croix; et au noin de tout cet amour, de toutes ces peines, je vous supplie que vous m'attachiez irrévocablement à votre cœur, et que vous me conserviez dans votre sainte grâce.