SUR LES DOULEURS DE JESUS ET DE MARIE
Oui pourra donner à mes yeux autant de larmes amères qu'il faudrait de mots et de lettres pour raconter dans quel océan de douleur fut plongée l'âme de Marie? 0 Reine du Ciel et de la terre, versez au moins dans mon cœur, pour en amollir la dureté , une de ces larmes brillantes que vous répandiez à ilôts au pied de la Croix, pendant l'agonie de votre divin Fils. Que je m'attendrisse , que j'éprouve , que je partage votre douleur; car pour comprendre la douleur, il faut l'éprouver et la ressentir soi-même. 0 ma Mère , ô ma douce Souveraine , faites-moi , pour que j'en profite et que je ne l'oublie jamais , le récit lamentable de vos douleurs; racontez à votre serviteur vos peines et vos angoisses , lorsque vous avez vu l'éternelle Sagesse incarnée , votre Fils bien-aimé , expirer sur la Croix.
Marie. — Maintenant je suis heureuse dans le Ciel , la peine et la douleur ne peuvent m'atteindre ; mais , sur terre, j'étais plongée dans un océan de larmes et de souffrances. Mon supplice commença lorsque je vis mon Fils frappé, blessé , maltraité de mille manières, et que, la mort dans l'âme , je le suivis dans cette voie douloureuse qui le conduisait au sacritice de la Croix.
UdO SOLILOQUE sua LA MISÉKIGOKDE
Ce que je souffris alors, personne au inonde ne pourra jamais le comprendre. Tout ce que les hommes souffrent et peuvent souffrir, n'est qu'une goutte amcre en comparaison des tourments qui bouleversaient mes entrailles maternelles et déchiraient mon àme.
Tu sais combien l'amour enfante de douleurs. Plus un objet est aimable et précieux , plus sa perte devient affreuse et intolérable. Jamais la terre n'avait vu naître quelqu'un, si aimable, si cher, si aimé, si digne de l'éire, que mon Fils , les délices de mon cœur; il était tout pour moi , et j'aurais donné pour lui la terre, le Ciel, tout l'univers. Je ne vivais qu'en lui; comment ne pas mourir en le voyant mourir! J'aimais plus qu'on n'a jamais aimé, je souffrais aussi plus qu'on n'a jamais souffert. Son humanité si belle, si gracieuse, me ravissait le cœur quand je la contemplais; sa divinité enivrait mon àme et m'élevait à une contemplation sublime de la Bonté suprême. Je n'avais d'autre joie (|ue de penser à lui , de m'occuper de lui , de savourer le miel de ses paroles, et d'entendre l'harmonie de sa sagesse et de ses enseignements. Il était le miroir de mon cœur, les délices de mon âme; il était pour moi, le Ciel, la terre, le monde, le Paradis, le bonheur.
Et ce Fils si cher, si précieux , je le voyais attaché à une croix, succombant dans les dernières angoisses de la mort! Oh! qui pourra jamais comprendre les tourments de mon âme, le supplice, l'agonie de mon cœur! Je le voyais abattu, et je ne pouvais le consoler; sanglant, et je ne pouvais le secourir; blessé, et je ne pouvais le panser; mourant de soif, et je ne pouvais le
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désaltérer; il avait besoin de tous les secours humains et divins, et je ne pouvais les lui donner. Aussi mon pauvre cœur se brisait dans ma poitrine , et la voix expirait sur mes lèvres. Je fis pourtant violence à ma douleur, et je dis à Jésus au milieu de ces déchirements de mon âme : 0 mon cher Fils, miroir délicieux de mon cœur, où j'avais tant de consolations à fixer mes regards, vous voilà donc attaché à cette affreuse Croix! 0 Tunique trésor de mon âme , vous qui êtes mon père, ma mère, tout mon bien, accordez- moi de mourir avec vous. Pourquoi laisser ainsi votre pauvre mère dans un tel abandon? Est-ce que je ne pourrais pas boire aussi le calice amer de votre mort? 0 mort, que j'appelle, pourquoi ne viens -tu pas? Frappe -moi, enlève-moi , tue-moi avec mon cher Fils ; car la vie , quand il ne sera plus, me sera plus amère que la mort.
Mais pendant que je me lamentais ainsi en moimême et que je désirais mourir, mon Fils me consolait intérieurement. Ma Mère bien-aimée , me disait-il avec douceur, consolez-vous, consolez-vous. Il faut que le genre humain soit ainsi racheté. Si je meurs, c'est volontairement , et le troisième jour, je ressusciterai , et je me montrerai vivant à vous et à mes disciples. Soyez certaine que je ne vous abandonnerai jamais. Cessez vos gémissements , ô ma Mère, consolez-vous.
Quand mon Fils me consolait ainsi et me recommandait à saint Jean , ses paroles déchiraient et pénétraient mon âme comme autant d'épées : ma peine était si grande et si visible, qu'elle attendrit la dureté de ses ennemis implacables; et moi, j'enlaçais la Croix , je
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baisais le sang qui coulait de ses blessures, et la pâleur de mon visage en était lout inondée.
Henri. — 0 Bonté iiiunense ! quelles furent les douleurs, les angoisses de Jésus et de Marie! Où arrêter mes yeux et ma pensée? Si je regarde Jésus, la plus belle des créatures, je le vois sur la Croix , défait, défiguré, et dans de telles souffrances que mon cœur en est brisé. Autour de lui sur le Calvaire , j'entends les cris horribles et les blasphèmes de ses ennemis ; au dedans de lui, il y a des luttes affreuses contre la mort. Ses veines sont tendues , son sang est presque tout sorti de son corps. 11 n'est que plaies, douleurs; il meurt dans l'abandon, sans qu'un ange, un homme, son Père ou sa Mère le console et le guérisse de ses blessures.
Si je regarde Marie , sa pauvre Mère , je vois son àme accablée d'une inmiense douleur. Mille glaives transpercent son cœur virginal ; jamais il n'y a eu un spectacle plus pénible , jamais n'ont retenti des cris plus lamentables , plus déchirants. Dans le Fils et dans la Mère , je trouve des misères et des angoisses incomparables. La douleur de la Mère tourmente le Fils, et la mort du Fils tue la Mère. Le fds regarde sa Mère et la console ; la Mère levé les bras au ciel et demande à Dieu de mourir avec son Fils.
Qui a plus souffert? qui a ressenti de plus grandes peines intérieures? 0 Jésus, ô Marie , moi je ne puis répondre; mais que votre Père, qui frappait du haut du Ciel, le dise lui-même. 0 Mère admirable, votre cœur si sensible pouvait-il supporter de tels tourments? 0
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Cœur virginal, Cœur si aimable, si tendre et si désolé, non , toute autre douleur auprès de votre douleur ne sera jamais qu'une ombre, qu'un songe. 0 belle, ô naissante aurore , ce n'est pas la splendeur de la lumière que vous répandez, c'est le sang de l'éternelle Sagesse qui vous colore. 0 Jésus si beau, si délicat, si ravissant, visage qui rayonne la grâce, front où repose la science infinie , vous voilà obscurcis par les couleurs livides de la mort ! ô corps si pur, vous voilà tout souillé, sans vie et attaché à la Croix! sang précieux, comme vous ruisselez sur le sein maternel d'où vous êtes sorti !
Venez donc, ô mères, compatir aux larmes et à la douleur de la Mère de Dieu; venez, ô vierges, pleurer le sang de Jésus qui baigne et couvre le visage de la première Vierge du Paradis; et vous, cœurs affliges, qui êtes accablés de douleurs, rappelez-vous qu'aucune douleur ne ressemble et ne peut être comparée à la douleur de Jésus et de Marie. Et vous, les imitateurs et les amis du Fils et de la Mère, ne vous étonnez pas si , en les contemplant, votre cœur succombe à la peine, puisque cette douleur de Jésus et de Marie fut si grande, que la nature entière y compatit; les rochers se fendirent et se brisèrent; la terre trembla, et le soleil fut obscurci.