XXXIX. T Delà fortune
Il est , ccmun^ qn n'en peut douter, beaupoiip ^e causes purpmen( accidentelle^ qui peuvent mener |es hpmipes plus rapidement à la fortune; telles sont la faveur de^ grands, d'heureux hasards, I4 mort (iç^ autres ou les successions ; enpq, flps occasiops favorable^ ^u^ tpl^nts pq ai^s vertus ()ui nous sont propre^ ; inais le p||^ spuvent la fortune cjp chaqvie ipdivjclu ^^t dans ses main^, coinm^ 1'^ di( un pQè^ : a Ch^PMq pst Tartisqu de S£[ prpprQ fortufjp. v Ijiais, pour désigner pl^s précisément la principale et |a pluç puissante (les pauses dqpl ppii|s ç^vqp^ f£|it l'énuniéfatioi), disons b^rdiiiiienl que c'est I4 spt^ise de Tim <îui faii la fgrtune de l'autre^ e^ l'cxpé7 rieuce prouve en ^f^et f^ne l^ ippypu Ip plus sûr et le plus prompt pour faire /lortuRe e§t d'ê^rip toujours prê); ^ profiter des fajJt^ ^'autrui. Un serpent pe devient un dragon qu'après ay.o|r dévoré un aiitre serpent. Les yert.u^ ^minentes et qui ont hea.ii<cp.up d'èf plat n'ijtttirjent que des éloges , mais il y ^ ^^ vertus secrè.te^ et c^phées jqui cpçtribujenjt davantage à n^otre (pr.ti^ne; c'est une pertaj^p ^nauière élégapJ^e, djélicate .ejt ajsée de 3e faire yajpir, genr^è (Jç jiaj(ent,que lies Espag^t^ojs e^xiïp/dnt pp p^rtip p^ le mot dé ^^sinvoltura, pe qui signifie ,q,vp, poAir faire fôrtu^, il faut avoir nop ,un caractère raid© :et ,diffi.Gi|,e , ji;iai^ une ânçiç souple, versa tilç çt ,toujoiurs 4isjpiQ^e à tQ^ri^er avec la rovie de cette fo,rtune. Tiiç-L.ive, voulant doaner ,une just^e idée .de ,Caioii-le-:Cen^eur et le bien ca^ ractériser, s'exprime ç^insi .à sop su^et : a La vigueur d'âmç et de corp^ était portée .à tel pp.i^t ,dan^ qe persôijirxâgç , qu'çn quelque lieu.a^i'il fût né il .fl^rait f^it ^â fp.rtune. » jPui^' il ajoilte : « Il avait un génie souple et yersatile. » Pour peu qu'un honime ait.la vue perçante et regçirde autour de lui, tôt optard il apercevra la fortune; car, quoiqu'elle soit aveugle, elle n'est .pas invisible. Le chenr^inde la fortune est semblable à la voie lactée : c'est un assemblage qe petites étoiles dont chacune étant séparée des autres serait invisible, mais qui, étant réunies, répandent une lumière assez vive; et, pour parler sans (igui^e, c'est, un assemblage de facultés et d'h^bHH^Ç?.? .^^ î^j^pis çt' (Je ' yeriM^ 'déli«^s pt imperceptibles,
d44 ESSAIS DE MORALE ET DE POLITIQUE.
Parmi les qualités nécessaires pour faire fortune, les Italiens en comptent quelques-unes dont on ne se douterait guère. Selon eux, pour qu'un homme ait toutes les conditions requises et soit assuré de réussir de parvenir, il faut qu*il ait un poco di matto, un grain de folie. En effet, il est deux qualités essentielles pour parvenir : Tune est d'avoir ce grain de folie, et l'autre de n'être pas trop honnête homme. Aussi , ceux qui sont uniquement dévoués à la patrie ou au souverain ont rarement de grands succès ; car tandis qu'un homme, détournant ses regards de lui-même, les 6xe sur un objet étranger à lui , il perd son chemin et ne va pas à son propre but. Une fortune très-rapide rend un homme présomptueux, turbulent, et, pour user d'une expression française, entreprenant ou remuant; mais une fortune acquise avec peine augmente son habileté.
La fortune mérite nos respects et nos hommages, ne fût-ce qu'en considération de ses deux filles : la confiance et la réputation ; car tels sont les deux effets que produisent les heureux succès : l'un en nous-mêmes, l'autre dans ceux avec qui nous vivons et dans leurs procédés avec nous. Les hommes prudents, pour se soustraire à l'envie à laquelle les exposent leurs talents ou leurs vertus , attribuent leurs succès à la fortune ou à la divine providence. Par ce moyen ils jouissent en paix de leur supériorité, sans compter qu'un personnage illustre donne une plus haute idée de lui-même loi^squ'il peut persuader qu'une puissance supérieure veille sur ses destinées. C'est dans ce même esprit que César disait à son pilote dans une tempête : « Ne crains rien , mon ami , tu portes César et sa fortune ; » et que Sylla préférait la qualification d'heureux ou de fortuné à celle de grand. On a observé aussi que ceux qui ont eu la présomption d'attribuer leurs succès à leur propre prudence et à leurs propres directions ont fini par être très-malheureux , observation qui s'applique surtout à l'Athénien Timothée. Dans une harangue où il rendait compte de ses opérations militaires devant l'assemblée du peuple , il ajouta plusieurs fois cette remarque : « Observez , Athéniens , que la fortune n'a eu aucune part à ce succès ; » depuis cette époque il fut malheureux dans toutes ses entreprises. Parmi les personnes qui ont de grands succès il en est dont la fortune ressemble aux vers d'Homère, qui sont plus faciles et plus coulants que ceux des autres poètes ; comme Plutarque l'observe dans la vie de Timoléon , en comparant la fortune de ce personnage avec celle d'Agésilas et d'Épaminondas.