‹ Œuvres de BaconChapitre 145 sur 170 · X. — Le Ciel y ou les origines · texte numérisé non relu

X. — Le Ciel y ou les origines

Le Ciel, au rapport des poètes, était le plus ancien des dieux;

4ilO SAGESSE DES ANCIENS.

Saturne, son fila, lui coupa lea parties génitales avec une faux. Ce fila eut ensuite un grand nombre d'enfants, mais il les dévorait aussitôt après leur naissance. £afin Jupiter fut le premier qui put échapper à sa voracité. Dès qu'il fut devenu grand, il précipita Saturne dans le Tartare et prit posseraion du trône. De plus, il coupa aussi les parties génitales à son père, avec la méoie faux qui avait servi à mutiler son aïeul , et les jeta dans la mer» ce qui donna naissance à Vénus. Quelque temps après, Jupiter, étant à peine affermi sur son trône, eut à essuyer deux guerres mémorables : la première contre les Titans^ qu'il vainquit par le secours du Soleil, le seul d'entre eux qui fût de son parti et qui se distin-* gua dans cette guerre; la seconde contre les Géants^ qui furent aussi défaits et dispersés par les fbuidres et lea arme$ de Jupiter. Enfin, quand il eut réduit ces derniers, il régna paiisiblement.

Cette fable parait être une sorte d'énigme servant d'enveloppe à un système sur l'origine des choses peu différent de l'hypothèse adoptée dans la suite par Démocrite, le premier qui ait osé affir-» mer l'éternité de la matière et nier l'éternité du monde ; eu quoi il a UB^ peu plus approché que les aiutres de \à vérité que le Verbe divin nous a révélée, car nous lisons dans VËcriture-Saiate quV vaat le^ ouvrages des sii;; jours la matière était encore informe et confuse.

Voici quet e^ lo sens de cette fable* Le CieL est cette vaste concavité qui embrasse la totalité de la matière; Saturne es^ cette matière même, qui a été à son père toute faculté d'engendrer : cai: la quantité totale de ta m^atière est toujours la même et n'est susceptible ni d'augmentation ni de diminution. Les agitations et les mouvements irréguliers de la matière ne produisirent d'abord que des assemblages confus,, incohérents et imparfaits; ce n'étaiiQnt en^ eore. pour ainsii dji^e que des ébauches du monde; mais dans la suite des temps se forma un tout plqs régulier et susceptible de se Biaiatenir dao^ soa premier état. Ainsi la première division des temps est désignée par le règne de Saturne ; et Iprsque la poète dit que ce dieu dévorait tous ses enfanta» ces paroles indiquent les fréquentes dissolutions des premiers assemblages et leur courte durée : la seconde est figurée par le règne de Jupiter, qui relégua ces composés si variables et ces formes si passagères dans le Tar^ tare,, lieu dont le nom signifie trouble, agitation. Ce lieu paraît être tout l'espace compris entre la région inférieure des. cieux et l'intérieur de la terre, espace occupé par tout ce qui est variable, fragile, mortel et corruptible. Durant celte première génération de& choses, qui eut Ueu pendant le règne de Satu^m^, Véoub ne

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