X. -^ LE CIEL
prit point nàîssence; car, tant que la discorde prévalut sur la concorde dans la totalité de ia matière, Tunivers dut subir quelques variations dans son ensemble et dans sa structure même : généra** tions passagères qui eurent lieu avant que Saturne fût muti(é« Mais lorsque, ce premier mode de génération cessant, cet autre mode qui s'opère par le moyen de Vénus ( c/edt'^à*dire par Teo** Gouplement) commença , la concorde, qui était alori) dans toute wA force, prit tout à fait le dessus; en sorte que l'univers, qui était enfin devenu un tout régulier et durable, un système complet^ n'é« prouva plus de changement que dans ses parties. Cependant Sa^^» turne, quoique détrôné ^ mutilé et relégué, n'était pas lout à foit mort, et l'opinion de Démocrite était que le monde pouvait retum*» ber dans l'ancien chaos, et qu'il pouvait y avoir à cet égard des espèces d'interrègnes. Le poète Lucrèce souhaite que cette confu-^ fiion n'ait pas lieu de son temps :
« Puisse la fortune ^ qui gouverne tout, éloigner de nous cette vaste catastrophe, et le raisonnement, plutôt que l'expérience, nous prouver sa possibilité !»
Or, après que le système du monde^ en vertu des forces qui l'a** nimaient^ eut pris un peu de consistance dans sa totalité » il ne fut pas néanmoins tout à fait exempt de confusion ; oar il y eut encore pendant quelque temps dans les régions célestes des mouvementâ très-sensibles, qui furent tellement assoupis par la force victorieuse du soleil que le système du monde n'en eut pas moins de stabilité. Il y eut aussi dans les régions inférieures quelques boulôv^vc'ments passagers » occasionnés par des inondations, des tempêtes, des vents ) des tremblements de terre plus universeiâ que ceux qui se font sentir de notre temps ; mais quand ces désordres momen-» tanés cessèrent aussi d'avoir lieu, alors un ordre et un calme du** râbles régnèrent enfin dans la totalité de Tunivers» Mais on peut dire^ au sujet de cette fiction, que si cette fabie renferme un système, réciproquement ce système renferme une fable ; car nous savons ( et cette vérité est un artide de foi ) que toutes ces hypothèses ne sont que le^ oracles des sens, qui depuis long'4empB ont cessé de dire ta vérité : l'Ëcrïture^ainte nous apprenant que c'est l'Être infiniment puissant et intelligeni qui a créé Tordre, le système et la matière même de l'univ^s.
XL — Protéef ou ta matière,
Les poètes ont feint que Prêtée était un pasteur au servtce de Neptune : c'était, selon eux, un vieillard, et de plus un devin d'un ordre supérieur , qui , par sa science aussi étendue que profonde ,
avait mérité la qualification de trois fois grand , car il connaissail non-seulement Favenir, mais même le passé et le présent; en sorte qu*outre la divination, art où il excellait, il était en état de débrouiller le chaos des plus hautes antiquités, et de dévoiler tous les secrets de la nature. Il faisait son séjour dans une caverne immense, où il se retirait vers le milieu du jour pour y compter son troupeau d'animaux marins; après quoi il se livrait au sommeil. Ceux qui voulaient le consulter ne pouvaient tirer aucune réponse de lui qu'en le garrottant très-étroitement ; le vieillard alors faisait tous ses efforts pour se dégager de ses liens, et subissait une infinité de métamorphoses : il se changeait en feu, en fleuve, en différentes espèces d'animaux; mais si l'on tenait ferme, il reprenait enfin sa première et sa véritable forme.
Le sens de cette fable parait s'appliquer aux secrets de la nature et aux différentes espèces de modes , de qualités ou de conditions de la matière; car le personnage de Prêtée représente la matière môme , qui est dans l'univers ce qu'il y a de plus ancien après Dieu. Or la matière habite pour ainsi dire sous la concavité des cieux comme sous la voûte d'une caverne. Il est dit que Prêtée est serviteur et sujet de Neptune , parce que toute opération , toute distribution et tout emploi de la matière se fait principalement par le moyen des fluides. Le troupeau de Prêtée paraît n'être autre chose que l'image des espèces ordinaires d'animaux , de plantes et de minéraux , où la matière parait se répandre et en quelque manière s'épuiser; en sorte qu^après avoir complètement formé ces espèces elle semble dormir, ou se reposer, et n'être plus tentée d'en former d'autres ou de préparer leur formation : voilà ce que signifie cette partie de la fable qui dit que Protée compte son troupeau et se livre ensuite au sommeil. Il est dit qu'il fait celte opération vers le midi, et non vers l'aurore ou vers le soir, c'est-à-dire dans le temps où la matière est suffisamment préparée, élaborée, et pour ainsi dire mûrie, pour former et faire éclore les espèces ; temps qui tient le milieu entre celui où se forment les simples ébauches de ces espèces et celui où elles dégénèrent. Or ce temps, comme l'histoire sacrée en fait foi, fut celui même de la création ; car alors , par la force de celfe parole divine : « Qu'elle produise , » la matière à l'ordre du Créateur, au lieu de faire ses circuits et essais ordinaires, exécuta du premier coup l'opération finale, a II dit et, la matière coulant à l'instant dans tous les moules en même temps , les espèces furent formées, et l'univers entier fut moulé d'un seul jet. » La fable suppose Proléç dégagé de sçs lif ps et parfaitement Ijbre avec