XIX. — Deucalion, ou la restauration
Les poètes racontent que les anciens habitants de la terre ayant tous été submergés et détruits par le déluge universel , Deucalion et Pyrrha , qui étaient restés seuls , animés du désir de réparer la perte immense du genre humain , désir louable en lui-même et qui les a rendus justement célèbres, loracle, qu'ils consultèrent à ce sujet, leur répondit qu'ils ne pourraient parvenir à ce but qu'en prenant les os de leur mère et en les jetant derrière eux. L'effet de cette étrange réponse fut d'abord de les affliger et de les jeter dans le découragement; mais ensuite, en y réfléchissant plus mûrement , ils comprirent enfin que ces os dont parlait l'oracle n'étaient autres que les pierres , qui sont en quelque manière les os de la terre, mère commune des mortels.
Cette fable dévoile un des plus profonds secrets de la nature et est destinée à relever une des erreurs les plus communes parmi les hommes ; leurs idées étroites et superficielles sur la nature font qu'ils se flattent de pouvoir restaurer entièrement et renouveler des composés à l'aide de leurs parties pulréflées et de leurs débris, à peu près comme le phénix renaît de ses cendres : espoir d'autant plus trompeur que les matières de cette espèce, ayant déjà achevé toute leur période et pour ainsi dire fait leur temps , ne sont plus propres à opérer des recompositions; ainsi il faut, au contraire, revenir sur ses pas, et employer des principes (éléments) plus communs,