‹ Œuvres de BaconChapitre 169 sur 170 · DlSS PAlMClPEt Kt DUS OBtGllifiS · texte numérisé non relu

DlSS PAlMClPEt Kt DUS OBtGllifiS

au système proprement dit de Parménide , il nous reste tfès^pea de cikose sur ce sujet. Cependant les fondements d'une hypothèse fort semblable ont été jetés dans le traité succinct que Piytarque a composé sur le premier frdd : opuscule dont le fimd peratt avoir été tiré de quelque autre traité plus ancieo qui existait encore de son temps, nais qui n'est point parvenu jusqu'à nous; car on y trouve plus de profondeur ei de force de raisonoenieDt qu'on n'en voit ordinairement dans les écrits de l'auteur qui a publié os système. Il parait que Telesio a profité des irues qu'il y a trouvées, et qu'elles l'ont excité à défendre avec beaucoup de chaleur dans ses traités de physique l'hypothèse de Parménide. Les opinions de cette secte ee réduisent à ce qui suit : les formes, les êtres acttls, et par conséquent les substances primaires (du premier ordre) sont le chaud et le froid. Cependant ces deux substances sont iooorpo-relies. Mais il existe une matière passive et potentielle qui leur fournit une masse corporelle sur laquelle l'une et l'autre peerest exercer leur action ; matière qui est susceptible de ces deux natures (de ces deux genres d'impre8»ions opposées), mais qui, par elle* méow, est inerte et dénuée de toute activité. La lumière n'est qu'une dérivation de la chaleur, mais d'une chaleur raréfiée et atténuée , qui en se concentrant devient plus forte et plus sensible. Par la raison des contraires, l'opacité est l'effet de la privation ou de Taffiiiblissement de la nature lumineuse, deux effets produits par le Iroid. La rareté et la densité sont deux espèces de textures ou de toiles ourdies (de constitutions des corps produites) par le chaud et le froid, qui sont aiors à leur égard comme les agents et les ou* vriera. L'effet du froid est de contracter et de condenser les corps, au lieu que celui de la chaleur est de les étendre et de les dilater* L'effet de la dernière de ces deux textures est aussi de rendre les corps plus mobiles et plus actib; celui de la première est de diminuer leur aptitude au mouvement et d'augmenter leur inertie. Ainsi c'est par le moyen de la rareté et de la ténuité que la chaleur excite ou entretient le mouvement, et c'est par le moyen de la densité que le froid le ralentit ou le détruit. D'où il suit qu'il y a et qu'on peut supposer quatre natures (qualités) corrélatives et coessentielles qui répondent (deux à deux) au chaud et eu froid, dont elles ne sont que des dérivations ou des émanations, mais qui en sont inséparables. Ces quatre qualités sont, d'une part, la châ« leur, la lumière (la lucidité), la rareté et la mobilité. A ces quatre qualités répondent, de l'autre part, ces quatre autres qui leur sont diamétralement opposées : le froid, l'opacité, la densité et Vïnuaùt biUté. Le siège des quatre qualités de la première conjugaiaoa

mB mtmwËB et ehcs origines. 47 1

(cbmbinafsou) el des textures qnt en sont les effets est le ciel (et les astres) , principalement le soleil ; celui de la combinaison des quatre qualités opposées est la terre : car le ciel , en vertu d'une chaleur complète (portée au plus haut degré) et d'une matière extrêmement dilatée, est (rè&^cbaud, très-lumineu:!, très-ténu et très^mobile. La terre, au contraire, en verto d'un froid extrême que rien n'affëiblft et d*une matière extrêmement contractée , est très^peu froide, tfès^opaque, très-dense et tout à fait immobiio, ayant même une sorte d'aversion et d'horreur pour le mouvement, La partie la plus élevée des deux conserve entièrement sa nature et sans aucune diminution, n'étant susceptible que de quelques différences par rapport au degré ou du phis ou du moins, et étant trop exposée aux assauts et à l'action violente de son contraire. Il ea est de même de Tintérieur de la terre par rapport à sa nature respective qui s'y trouve également perman^te. Dans les extrémités (dans les limites des deux régions) où les deux contraires sont plus voisins et plus en prise l'un à l'autre , ils agissent réciproquement l'un sur l'autre et se livrent un éternel combat. En conséquence , le ciel , dans la totalité de sa masse et de sa substance, est exclu de chaleur et destitué de toute nature ou action contraire : chaleur toutefois qui n'y est pas distribuée uniforme* ment, certaines parties étant plus chaudes que les autres; car la chaleur du corps, et comme de la substance même, de chaque étoile a beaucoup d'intensité , et celle qui règne dans les espaces que les étoiles laissent entre elles en a beaucoup moins. Cette chaleur n'est pas non plus la même dans toutes les étoiles ; quelquesunes paraissant être plus ardentes que les autres, leur lumière étant plus vive et plus scintillante, de manière toutefois que la nature contraire, supposée même au plus faible degré, ne peut pénétrer jusqu'à cette région qui, à la vérité, est susceptible de plus et de moins par rapport à sa nature propre et spécifique, sans rôtre d'aucun degré de la nature contraire. Mais on ne doit pas juger du feu céleste ni de ^ chaleur par le feu commun (ou terrestre); le premier ayant toute sa pureté et toute sa force originelle, ee qu'on ne peut dire du dernier. Car notre feu , se trouvant hors du lieu qui lui est propre, et tout environné de contraires, est comme tremblotant : il est dans une sorte d'indigence, ayant b^ soin d'un aliment pour se nourrir et se conserver ; enfin il est perpétuellement disposé à fUir cette région étrangère et à s'élever vers la région céleste . au lieu que , dans les cieux , il est dans sa véritable place ; il n'y est exposé à Faction violente et aux assauts d'aucune substance contraire ; il y est dans un état permanent ; il

y sabsiste et s'y conserve par lui-même, ou tout au plus par lé moyen de ses analogues ; il y exerce librement et sans obstacle toutes les espèces d'actions qui lui sont propres. De même le ciel est lumineux dans toutes ses parties, mais il ne l'est pas dans toutes également. En effet, parmi les étoiles observées et nombrées, il en est qui ne sont visibles que par un temps très-serein , et la voie lactée n'est qu'un assemblage de très-petites étoiles qui ne produisent qu'une petite blancheur et non une lumière proprement dite et suffisante pour les laisser voir toutes distinctement. Il n'est pas douteux qu'il n'y ait une infinité d'étoiles invisibles pour nous, et en conséquence que le corps même du ciel ne soit iumi-> neux dans toute son étendue ; mais cette lumière n'est ni assez vive, ni assez forte, ni assez concentrée pour pouvoir franchir ces espaces immenses et parvenir jusqu'à nos yeux. On conçoit aussi que le ciel , pris en totalité, est composé d'une substance rare et ténue ; qu'aucune condensation ou contraction violente n'a rendu telle de ses parties plus denses et plus compactes que les autres,, quoique sa matière soit plus rare et plus ténue dans certaines parties que dans d'autres. Enfin le mouvement du ciel est tel que doit être celui d'un corps très-mobile ; je veux dire que c'est un mouvement circulaire , c'est-à-dire un mouvement sans terme , et tel que le corps circulant n'a en quelque manière d'autre terme que lui-même, au lieu que tout corps qui dans son mouvement suit une ligne droite se porte vers un terme comme pour s'y reposer* Ainsi le ciel, pris en totalité, se meut circulairement, et il n'est aucune de ses parties qui n'ait un tel mouvement. Cependant le ciel est susceptible de quelques inégalités relativement à sa chaleur, à sa lumière et à sa ténuité ; il l'est également de quelques différences par rapport à son mouvement, différences d'autant plus sensibles et d'autant plus faciles à déterminer, à constater, qu'un tel mode (le mouvement circulaire). excite davantage l'attention de l'observateur, donne plus de prise à l'observation et peut plus aisément être soumis au calcul. Ce mouvement circulaire peut, en différentes parties du ciel, différer quant à sa vitesse ou à la courbe décrite. En effet, 4^ il peut être ou plus rapide ou plus lent ; 2° le corps peut décrire ou un cercle parfait ou une courbe qui tienne de la spirale, dont les spires soient plus ou moins écartées les unes des autres, et, en conséquence, après avoir fait sa révolution entière, ne pas revenir précisément au point d'où il est parti , car la ligne spirale tient tout à la fois dja cercle et de la ligne droite. Or, c'est ce qu'on observe dans le ciel même ; je veux dire que ses différentes parties ne se meuvent point avec des vi-

tesses égales et ne reviennent phs chaque jour exactement aux joints où elles étaient Ja veille (dans les instants correspondants) : en un mot, elles décrivent des spirales. Par exemple, les étoiles errantes et les planètes (et les comètes) ont des vitesses inégales , et ces planètes s'éloignent visiblement de Téquateur en allant et revenant d'un tropique à l'autre. Plus les astres sont élevés et éloignés de. nous, plus leur mouvement circulaire est rapide, et plus aussi les spires de la courbe qu'ils décrivent sont rapprochées les unes des autres ; car pour peu qu'envisageant sans prévention tous ces phénomènes et en les prenant tels que les donne l'observation on^ suppose un seul mouvement diurne naturel et simple dans les corps célestes, en rejetant l'hypothèse spécieuse, mais purement mathématique, dont le but est dé ramener tous les mouvements célestes à des cercles parfaits ; pour peu qu'on regarde comme réelles les lignes spirales que les planètes paraissent décrire, et qu'au lieu de s'en laisser imposer par l'apparence des deux mouvements en sens contraire, savoir, celui d'orient en occident (attribué au premier mobile) et celui d'occident en orient (qualifié de mouvement propre des planètes); pour peu, dis-je, qu'on les réduise à un seul et qu'on explique les différences observées (par rapport au temps) dans le retour des planètes aux mômes points, en supposant qu'elles devancent le premier mobile ou le laissent en arrière, et en employant la supposition même des lignes spirales pour rendre raison de la différence observée entre les pôles de la sphère et ceux du zodiaque ; pour peu, en un inot, qu'on se permette ces suppositions si simples et naturelles , on sera bientôt convaincu de ce que j'ai avancé. Par exemple, oa voit que la lune, qui de toutes les planètes est la plus basse et la plus voisine de nous, a un mouvement plus lent et décrit une courbe dont. les spires sont plus écartées les unes des autres, et qu'elle a par sa nature quelque affinité ou analogie avec cette portion de la région céleste qui , à cause du grand éloignement oit elle est de la nature contraire , est dans un état permanent. Mais Telesio a<-t-il laissé subsister ou changé les anciennes limites des deux natures? Pen-. sait-il , dis*je, que la nature de la lune était toute semblable à celle de la région plus élevée , ou croyait-il que l'action de la nature contraire à la nature céleste s'étendait au-dessus (se portait même au delà) de cette planète? C'est un point sur lequel ce philosophe ne s'est pas assez nettement expliqué. Or, la plus grande portion de la terre , qui est l'assemblage , la masse et comme le siège des substances de nature opposée, est aussi dans un état permanent, et l'influence des corps célestes ne peut pénétrer jusque-là. Mais

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quelle est l'étendue de cette portion'^ c'est mie queslkm éoat Ift selotioa seirait assez maiile ; il suffit de savoir ^*elle est dooé& de ees quatre epialité» : le froid, ropaeité, la decsité et le repos eu rimmelNlité ; qu'elle les possède au degré le pkis énineat, saos qu^auenoe cause puisse I^ duntauer^

Ce iMÔfue philosophe pease que la régio» où s'opèrent toutes les génératiofis est cette partie de b terre qui se trouve w^ la auf * face du globe^ et qM'it regarde corom' une espèce d'éeovee o« de ero^; que tous les être», et e» générai tous les composés q&e noQ» pouvons observer, et sur lesquels nous arooa des eottoai»sanees pki» ou moins exactea,^ même les plaft pesMilSy les plus da», ei eeus qui se troweai à une grande prefondeor ( teites que le» métaux, les pierres] , enfife la mer mémey soal cmpoiiéa d^one terre travaillée et en partie transformée par la chaleur des corps eétestes; terre qui a contracté par ce moye& um cettaia degré de chatesr, de radiation (de lucidité)^ de téaniilé et de mobilHé, et qui est d'une nature moyenne entre celle dit aoteil et celle de la terre (proprévient dite). D'où il suit évidemment qae celte terre pure, dont noua parlions phis haut , se troeve fort au-desaocis de la mer, des mittéraiix et de toote espèce de componé^qui peot être le produit d'ane génération } enfin» qne toot respace compria entre cette tem pure et la lune, on une région plus élevée^ est occupé par une sorts de nature moyenne, qui est le produit des action» et réactions da ciel et de la terre y tempérées les unes par les autres. Car c'est dans Tespace compris entre les parties les plus élevées des deux et les parties les plus intérieures de la terre que se trouvent les plus violentes agitations y les comèals el les luttes de toute espèce ; à peu près comme dans les empires les frontières sont le plus exposées aux incursions et aux invasions, tandis que les provinces du centre jouissent d'une paix profonde; en sorte que chacune de ces deux natures contraires a perpétoeHement la faouUé^ ainsi que le désir, de se multiplier continuellement elle-même et d'engendrer qudqae chose de semblable à soi , de se répandre en tout sens, d'occuper la masse entière et immense de la matière, de combattre et desor« monter son opposée, de la débusquer et de se mettre en sa place; qu'elle a de plus la faculté de percevoir les forces et les actions de sa contraire en percevant aussi ses propres forces et ses propres actions , perception qui la met en état de se mouvoir et d'occuper la place qui lui convient relativement à l'autre ; enfin , que de ce perpétuel combat résultent toutes les différentes espèces d'êtres^ d'actionSy de forces, de qualités, etc. Cependant le philosophe dont nous exposons le système parait attribuer dans quelques en^

Ms nnîvcmss et 0&s oivigiives. 4?5

droil» ê» ses écrits certeinesr (]l»li(és ou coiMîition& à la iRafcîèpe passive, ee qe^ïK ne fait lotitefois qu'en hésitant ef en très-peu de mets : f « iï dit qire la quantité de eette matière n^est jamais au^ raenlée m disHnôée par tes formes et les êtres actîfô, mais que la somme des partieufes matérielles est foujears la même ^ns Vwh- Ters; 9^ H fai attrrbue te meavement de pesanteur et de ofaute. EUfia il basarde même quelques conjeettires sur tes éfêmeats et la eompesitma de eette matière : mais il s''e<xptiqiie avec plus de elarté lorsqu'il dit que te diaud et le firoîd (leurs fbrees et t^rs quantités étant supposées égales) agissent avec moins de force dans unema^ tiére rare et développée que dans une matière très-dense et très* compacte, cette action dépendant moèns de leur propre mesure que do celle de eette matière. Il a aossî tenté d'expliquer comment de cette kitte et de ce combat des deux contraires peuvent résulter faïkt de générations ainsî que l'admirable fécondité de la nature : expiation qu'il applique d*abord à la terre, qui est le principe de te nature inférieure, et il fait voir pourquoi la terre n'a pas été depuis lottg^temps et ne sera même jamais absorbée par lé soleil. La première Cause en est, dit-il, parce qu'elle est à une distance immense dee étoiles fiies, et mémo à une dislance asseï grande du soleil. La seconde cause quil assigne dans cette explication, c'est l'obliquité des rayons solaires par rapport aux différentes parties de la terre; car, dans la plupart dés répons du globe terrestre, le soleil n'est jamais au zénith , et ses rayons ne frappent jamais perpendiculairement la surface du sol , en sorte que sa chaleur n'agit jamais sur la totalité du globe avec une très-grande force. La troisième cause est l'obliquité du mouvement du soleil dans sa révolutlon annuelle, suivant le xodiaque (l'écliptique], eu égard aussi aux mêmes parties de la terre; d'où il arrive que la chaleur du so-» leil, quelle que soit son intensité absolue, ne C40tt pas perpétuel-* lement, mais seulement par intervalles (dans certams temps). La quatrième cause est la vitesse du mouvement diurne du soleil, qui fait une si grande révolution en si peu de temps ; en sorte que la chaleur de cet astre n'agit pas long-temps sur les mêmes points et n'y est pas deux instants de suite au même degré. La cinquième est la matière qui se trouve sans interruption entre le soleil et la terre; car l'espace que traversent les rayons solaires n'est rien moins que vide, mais rempli d'une infinité de corps qui résistent à leur action. Comme ils sont obligés de lutter contre ces corps et de vaincre leur résistance , ils en éprouvent un grand affaiblissement; afifbiblissement d'autant plus grand que, plus ils se portent en avant et s'affaiblissent d'autant , plus aussi les corps qui se

trouvent à leur rencontre leur opposent de résistance, surtout lorsqu'ils sont arrivés à la surface de la terre, où ils éprouvent non<seulement de la résistance , mais même une sorte de répulsion. Quant à la manière dont se fait cette transformation , voici à peu près quelle idée l'on peut s'en faire. Il règne entre ces deux natures une guerre éternelle et pour ainsi dire acharnée ; elles n'ont entre elles aucune analogie qui puisse leur servir de lien commun , et, à l'exception du mouvement d'Hylès, il n'est point non plus de tierce nature (de nature intermédiaire) par le moyen de laquelle elles puissent s'unir. En conséquence , chacune de ces deux natures tend, par un effort perpétuel, à détruire l'autre, à s'introduire dans toute la masse de la matière et à y régner seule. Le soleil » par exemple (comme l'auteur dont nous parlons le dit souvent en propres termes), tend à convertir la terre en soleil, et réciproquement la terre tend à convertir le soleil en terre; ce qui n'empêche pas que tout ne marche suivant un ordre constant, dans des temps déterminés, avec des mesures précises et convenables; en sorte que chaque action est préparée, qu'elle commence, continue, croit, décroit et cesse conformément aux. lois auxquelles tous les êtres sont soumis; tous effets qui ne sont pas produits par les lois résultantes de l'analogie ou de Taccord de ces deux natures (substances), mais par une sorte d'impuissance (par l'impuissance actuelle de l'une des deux ) : car l'augmentation ou la diminution de toute force -ou action de ce genre ne vient pas simplement d'une cause capable d'en augmenter ou d'en diminuer l'intensité, mais du choc (de Taction) de la nature ou force opposée , qui lui fait otetacle et qui lui sert comme de frein. La diversité, la multiplicité et même la complication de toute opération de ce genre a nécessairement pour cause une de ces trois choses : la force de la chaleur, la disposition de la matière , et la manière dont cette chaleur a agi précédemment ou agit actuellement sur cette matière. Cependant ces trois choses sont unies par des relations très-étroites, et sont réciproquement causes et effets l'une de l'autre. La chaleur, envisagée seule, peut différer d'elle-même par sa force spécifique , par sa quantité ( son intensité et la quantité de matière essentiellement pu accidentellement chaude), par sa durée, par le milieu à travers lequel elle agit, enfin par le mode de sa succession; elle est susceptible de plusieurs genres de variations par rapport à sa succession même , telles que le rapprochement ou l'éloignement du corps chaud, l'augmentation ou la diminution, soit graduelles, soit soudaines, de cette chaleur, ses. retours ou ses réitérations, par intervalles de temps plus ou mpips grands, et beaucoup d'autres

ÛES PRINCIPES ET DES OïlIGmES. 477

semblables. On peut dislinguer des chaleurs d'une infinité d'espèces, qui diffèrent les unes des autres par leur force et leur nature, selon que leur degré de pureté est plus ou moins inférieur à celui de la <;haleur du soleil , qui est la première source de toutes. Il ne faut pas croire non plus que toutes les chaleurs sans distinction puissent se fomenter mutuellement ; mais lorsque leurs degrés diffèrent notablement, elles peuvent s'affaiblir ou se détruire réciproquement , comme le font des degrés de froid très-différents, en sorte que, suivant l'expression de Telesio, les chaleurs très-faibles sont, par rapport aux chaleurs très-fortes, des espèces de traîtres et de transfuges qui conspirent avec le froid. Aussi voit-on que la chaleur vive qui réside dans le feu, et qui semble darder son action, étouffe et tue , en quelque manière , la chaleur plus faible qui serpente pour ainsi dire dans l'eau, et de même on sait qu'une chaleur non naturelle, excitée dans le corps humain par des humeurs putrides, éteint et suffoque la chaleur naturelle. Que la chaleur soit susceptible de très-grandes différences par rapport à sa quantité, c'est une vérité trop connue et trop évidente pour avoir besoin de preuves ; on sait assez qu'un ou deux charbons n'échauffent pas autant qu'un plus grand nombre. On peut juger des effets de l'augmentation de la quantité de chaleur par ceux de la multiplication et de la concentration des rayons solaires par voie de réflexion ; car une seule réflexion double le nombre de ces rayons (qui agissent), et plusieurs réflexions réunies en augmentent le nombre dans une plus grande proportion (c'est-à-dire en proportion que ces réflexions se multiplient). On doit rapporter aussi et joindre aux effets de la quantité primitive et originelle de la chaleur ceux de sa réunion (de la réunion ou du rapprochement des corps chauds). C'est ce dont on peut juger également , et par la même raison , en comparant les effets de l'obliquité des rayons 'solaires avec ceux de leur perpendicularité ; car, plus l'angle que le rayon réfléchi fait avec le rayon direct (incident) est aigu , et en conséquence plus ces deux rayons se rapprochent l'un de l'autre , plus la chaleur qu'ils produisent est forte et sensible. Le soleil même, lorsqu'il répond à certain^s étoiles de la première ou de la seconde grandeur, et à celles qui jettent le plus d'éclat, telles que Sirius, Régulus ou l'Épi de la Vierge , excite de très-grandes chaleurs. Il est également certain que les effets de la chaleur dépendent beaucoup de sa durée, les effets de toute espèce de force ou d'agent naturel étant, comme l'on sait , proportionnels à la durée de son action; car d'abord cette action a besoin d'un certain temps pour produire son effet , et il en faut beaucoup pour augmenter sensiblement cet effet. En consé-

quenoe» l'eflét de la durée de la dialeur est de convertir ane cba* leur égale et uniforme en une chaleur progressive, et par conséquent inégale , comme on en voit des exemples et des prouves dans les chaleurs si fortes qui se font sentir quelque teœps après le sol* sUoe d'été et quelques heures après midi ; car, quoique dans ces deux temps la chaleur produite par l'action actuelle do soleil, qà est alors moins élevé sur l'horizon , soit moins grande , cepeaitet , comme les degrés de chaleur qu'il produit actuellemadt se joignent A ceux qu'il a produits antérieurement, Teifet total, qui esl proportionnel à la somme de ces degrés > est alors pins grand à cause de leur accumulation, et xaèrne, dans les régions les plu» aepten* trionales et les plus froides, où les rayons solaires, qui aont trèsobliques, même durent l'été, agissent avec peu de force, l'effet de cette obliquité est quelquefois (durant cette saison) compei^ par la longue durée des jours et de l'action de cet astre. ^Le milieu, qui transmet la chaleur, et qui en est comme le véhicule , est aussi une cause qui peut aumenter ses effets ; c'est ce que prouvent assex les variations dans la température et les changements de temps qu'on observe dans une même saison. Par exmnpie : il règne quelquefois un froid asâex sensible durant l'été et une ten^rature assez douce durant l'hiver. De même un vent d,n midi et un temps pluvieux ou nébuleux ont une inQuenee trèa*seosible sur les vignes, lea blés et les autres productions de la terre, quoique le soleil décrive son orbite comme à l'ordinaire et qu'on n'y observe aucun changement à cet égard. Les différentes dispositions et constitutions de la température répondant aux différentes révolutions des saisons et des années , c(»istitu lions qui sont tantôt pestilenileiles et morbidques, tantôt salutaires et bienSâisantes^ dérivent de In source même que je viens d'indiquer; je venx dire des différentes constitutions de l'air, qui est le milieu commun* Ces dispositions dépen* dent elles-mêmes des vicissitudes et des altérations de la tenapérature dans les temps précédents, la température de chaque année et de chaque saison influant de proche en proche sur celle des saisons ou des années suivantes, et beaucoup plus long^-temps peut-être qu'on ne le pense. Or, comme la succession ou^ si^ron veut, l'ordre dans lequel se succèdent les différât» degrés de cha* leur inûue sur cette dialeur même de plusieurs manières , cette influence eu est d'autant plus grande , et le soleil ne pourrai être une cause si puisante et une source si féconde de générations de toute espèce, si la situation même de cet astre, qui est le^rand mobile (moteur) du tout, ne variait d'une infinité de manières par rapport à la terre et à ses différentes parties ; car le soleil décrit

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une orbile circulaire : son mouvement est rapide, son cours est obiique (il décrit l'écliplique, qui est oblique par rapport à l'équaleur) et il revient sur ses pas (il va et revient sans cesse d'un tro^ pique à Tautre); mouvement d*où résulte nécessairement la succession alternative de sa présence et de son absence, de son éSoignement et de son rapprochement, de l'obliquité et de la per-' pendtcularité de ses rayons, de ses retours plus prompts ou plus Cardifs, en sorte que, dans aucun temps ni dans aucun lieu, la chaleur émanée du soleil n'est uniforme ou ne revient aussitôt au même degré, si ce n'est peut-être sous les tropiques, et que ces grandes variations dans le cor^iS (l'astre) engendrant, correspondent parfaitement à des variations non moins grandes dans les corps engendrés , à quoi l'on peut ajouter les variétés et les variations innombrables dans la nature et la constitution du milieu ou du v^teule. Or tout ce que nous venons de dire sur les effets des différents degrés d'une chaleur d'une seule et même espèce, peut être appliqué aux effets des vicissitudes et des différents modes de successions des chaleurs de différente espèce. Ainsi, c'est avec fondement qu'Âristote a prétendu qu'on devait attribuer les générations et les corruptions des composés à la route oblique quQ le soleil suit en décrivant le zodiaque (l'éclrptique). On doit observer toutefois que sa manie de prononcer magistralement sur tout, de se porter en quelque manière pour arbitre de la nature, de faire à son gré des distinctions et des combinaisons, a dénaturé cette grande iéée et lui en a ôté presque tout le mérite. Son erreur consiste en ce que, au lieu d'attribuer la génération et la corruption (qui, pour le dire en passant, n'est jamais purement privative, mais grosse d'une autre génération] à l'inégalité de la chaleur du soleil, prise en totalité, je veux dire à l'éloignement et au rapprochement de cet astre prrs ensemble, il a attribué spécialement et distinctement la génération au rapprochement du soleil et la corruption à son éloignement ; explication peu judicieuse et trop semblable à celtes du vulgaire. Que si quelqu'un, voyant attribuer au soleil toutes les générations, étonné d'une telle explication, nous objectait que le floleil est avec raison regardé comme un feu , et que l'effet propre du feu est plutôt de détruire que d'engendrer, nous lui répondrons que cette objection est frivole, et n'a d'autre fondement que l'opinion fantastique qui suppose que les effets du soleil et ceux du feu artificiel sont essentiellement différents. L'expérience et l'observaiton prouvent qu'ils ont une infinité d'effets communs; par exemple, ils ont l'un et l'autre la propriété de mûrir les fruits, de conserver dans les pays froids les plantes délicates des pays chauds, de faire

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éclore les œufs, de clarKier les urines troubles (car nous rapportons à la même classe la chaleur des rayons solaires et celle des animaux], de ranimer et de ressusciter, en quelque manière, les animaux engourdis par le froid, d'exciter des vapeurs et des exhalaisons, etc. Cependant il faut convenir que raction de notre feu n*imite que très-imparfaitement celle du soleil, et que ses effets n'en approchent pas; car la chaleur du soleil a trois caractères dislinctifs qu'il serait difficile de donner tous au feu artificiel. 4® Cette chaleur est plus douce et plus salubre que celle du feu commun par cela même qu'elle est plus faible, à cause de la grande distance de cet astre ; avantage toutefois qu'il ne serait pas impossible de se procurer par le moyen de l'art, les moyens d'exciter et d'entretenir une telle chaleur étant plutôt inconnus qne difficiles à imaginer. 2° La chaleur de cet astre est transmise par une infinité de milieux qui sont de nature à lui donner des propriétés particulières, entre autres cette force générative et prolifique dont nous parlions.. 3^ (et cette dernière différence est la principale) Elle est très-variable et d'une inégalité en quelque sorte régulière, car elle croit, décroît, commence, cesse toujours graduellement, ses différents degrés ne se succédant jamais les uns aux autres précipitamment et comme par sauts. II serait difficile de graduer ainsi la chaleur du feu artificiel et de la faire passer par des milieux de cette espèce ; cependant nous présumons qu'à force d'industrie, d'attention et d'adresse on pourrait parvenir à ce double but. Telles sont en substance les observations que Teiesio a faites sur les différentes espèces et les différents degrés de chaleur.

Quant au froid , qui est le principe contraire, à peine daigne-t-i! faire mention de la manière dont il se gradue et se distribue, à moins qu'il n'ait pensé que les observations qu'il a faites sur la disposition de la matière ( sujet que nous allons traiter en second lieu) étaient suffisantes pour remplir cet objet; ce qu'il devait d'autant moins penser que lui-même prétendait que le froid n'était rien moins qu'une simple privation de chaleur, mais un vrai principe actif, rival de la chaleur et en quelque manière son compétiteur. Or tout ce qu'il dit touchant la disposition de la matière n'a d'autre but que de faire voir comment la chaleur agit sur cette matière, la travaille, la modifie, la transforme, etc., sans faire aucune mention du froid, auquel il semble même ne pas penser. Nous y penserons pour lui, et nous dirons ce qu'il aurait pu dire sur ce sujet, nous qui examinons tout avec toute la bonne foi dont nous sommes capable , et avec une sorte de prévention favorable pour les inventions d'autrui. L'immobiUté et la situation fixe de la masse, qui est

le siège principal du froid, répond parfaitement à la mobilité et à la yersalilité de la substance, qui est le siège et le sujet de la chaleur. C'est en quelque manière l'enclume immobile sous le marteau ; car, si les deux principes contraires eussent été également variables et faciles à altérer, ils n'auraieot produit et engendré qiie des êtres passagers et éphémères. De plus, la densité et la solidité de la matière du globe terrestre et des corps adjacents compensent jusqu'à un certain point l'étendue immense de la région du feu (c'est-à-dire de la région céleste). En effet, ce qu'il faut envisager ici, c'est beaucoup moins la grandeur des espaces que la quantité de matière qu'ils contiennent. C'est avec raison qu'on ne fait point ou presque point mention de la nature du froid, de sa force et de la manière dont il agit, attendu que nous n'avons sur ce sujet aucune observation ou expérience qui puisse nous diriger avec sûreté; car, si d'un côté le feu artificiel, qui est comme le lieutenant du soleil et qui manifeste la nature de la chaleur , est en notre disposition , de l'autre nous n'avons rien que nous puissions substituer de la même manière au froid de la terre et trouver toujours sous notre main pour faire des observations ou des expériences de ce genre. Le froid rigoureux qui transpire du globe terrestre et de la région circon voisine durant l'hiver, ou dans les pays froids presque en tout temps, n'est qu'une sorte de tiédeur et même de bain chaud, en comparaison de celui qui est renfermé dans le sein de la terre ; en sorte que le froid dont l'homme a la sensation et la possession le met à cet égard dans une situation semblable à celle où il serait s'il n'avait en sa disposition d'autre chaleur que celle qu'excite le soleil durant les étés les plus chauds, ou dans la zone torride en tout temps, chaleur qui, comparée à celle d'une fournaise ardente, peut être regardée comme une sorte de fraîcheur ; mais le froid que rhomme substitue par le moyen de Tart au froid naturel ne mérite pas de fixer notre attention. Ainsi il nous reste a examiner les assertions de Telesio touchant la disposition de la matière sur laquelle la chaleur agit et dont l'effet est de provoquer, de renforcer, d'empêcher ou de changer l'action qui lui est propre ; elle peut influer de quatre manières différentes sur cette action, et avoir quatre espèces d'effets. La première différence se tire de la chaleur, préexistante ou non dans le corps en question ; la seconde , de la quantité plus ou moins grande de la matière de ce corps ; la troisième, du degré de souplesse de cette matière; la quatrième, de la dilatation ou de la coniraction du corps sur lequel elle agit. Quant à la preuiiére diâ'érence, Télésio prétend que dans tous les

IL 4t

48â DES PJttlIClPES £t D£S OftKlNES.

curpà connus réside une certaine chaleur occulte qai , pour n'être pas sensible au tact, n'en est pas moins réelle; que cette chaleur origineUe se joint à celle qui survient dans ce corps ; enfeb cfu'eHe est provoquée et excitée par cette dernière à exercer Faction qui kii est propre et à agir par elle-même. Ce qui prouve cette assertion y ajoule-t-ii, c'est qu'il n'existe aucun corps, soit métal, soit pierre , eau ou air, que le contact on rapproche du feu on d*uu corps chaud ne puisse échauffer lui--mèno ; effet qui , seleo- toute apparence, n'aurait pas lieu si une chaleur préexistante et cachée dans ce corps ne le préparait à recevoir et à contracter cette chaleur nouvelle el sensible. Il prétend même que le plus et le naoïns à cet égard, je veux dire la facilité plus ou moins grande des différents corps à s'échauffer, est proportionnelle à la mesure de cette chaleur préexistante. L'air, par exemple, ajoate-t'-il, est trèssusceptible à cet égard, le plus faible degré de chaleur se conununiquant aisément à ce fluide , même celui que recèle la substanoe de l'eau et qui n'est pas sensible au tact; L'eau elle-même s'échauffe plus promptement que la pierre, le métal ou le verre. Si tel corps d'une de ces trois dernières espèces paraît s'échauffer plus vite que l'eau, c'est tout au plus à sa surface et non dan» son ifitérieur, attendu que la communication de partie à fwrtie est uoins facile dans les solides que dans les âuide». C'est par cette saison que la surface des métaux s'échauffe plus promp^meni que celle d« l'eau , au lieu que leur intérieur et leur msese totale s échauffe plus lentement. La seconde diffiérence se Mre de la quantité do matière comprise sous un volume déterminé. Si le corps en question est fort dense, les forces partielles de la chaleur y étant plus réunies et plus concentrées^ leur effet doit être augmenté d'autant ; au lieu que dans un corps rare, ce» forces étant plus dispersées , leur effet doit être moindre. C'est ainsi , par exemple , que la chaleur des métaux eu ineandescence est plus forte que celle de l'eau bouillante et même que celle d'une flamme, en observant toutefois que cette flamme, à cause de sa ténuité, est plu» pénétrante ; car la flamme des charbons ardents ou du bois n'a pas une très-grande activité , à moins qu'elle ne soit animée par le souffle ou le vent> qui, en la mettant en mou^^ement, la pousse vers le corps sur lequel elle doit agir et la met ainsi phis en état d'y pénétrer. De plus , la chaleur de certaines flammes , comme celle de l'esprit-de-vin (surtout lorsqu'elle a peu de volume et est peu concentrée) , est si faible que la main pourrait prestiue l'endurer. La troisième diflérence, qui est la souplesse de la matière, se subdivise en plusieurs autres plus petites, et selon lui elle

DES PWSCIPES ET DES OKRHNES» 483

est susceptible de sept degrés différents : 1® le premier de ces dogrés est la ductilité ou la flexibilité et la malléabilité, qui est rélat ou le mode d'une matière disposée à céder un peu à une action très-violente^ savoir : à celle qui tend à la comprimer ou à l'étendre, mais surtout à celle de la dernière espèce; 2<* la mollesse, c'est-à-dire la disposition ou l'état d'un corps qui obéit à une action beaucoup moins forte, ou même qui cède à la plus légère invpulsion et au simple tact de la matn sans opposer une résistance sensible; 3° la viscosité ou la ténacité, qui est en quelque manière un commencement de fluidité; car un corps visqueux , au plus léger contact d'un autre corps, commence à couler, ou plutôt à filer sang solution de continuité. Il perd aisément ses dimensions et sa figure, quoiqu'il n'ait pas d'écoulement spontané, les parties d'un fluide adhérant avec plus de force les unes aux autres qu'elles n'adhèrent à tout autre corps, au lieu que «elles d'un corps vis-» queux adhèrent plus fortement à un corps extérieur que les unes aux autres.

4® La fluidité même ou la disposition d'un corps qui renferme ui>e certaine quantité d'esprit dont les parties sont très-solides et n'adhèrent que les unes aux autres, qui a peu de consaslance, n*a point de dimensions fixes et perd aisément sa figure.

5« Un autre degré est l'état de vapeur ou celui d'une matière atténuée au point d'être intangible, et qui est encore plus fluide, plus mobile et plus disposée à céder à la moindre impression que celles de la classe précédente, enfin à qui la plus légère impression ou impulsion donne des mouvements d'ondulation et de trépidation. 6® Le sixième est l'état d'exhalaison grasse (onctueuse), qu'on peut regarder comme une sorte de vapeur qui, après avoir subi une concoction plus parfaite, est parvenue à une plus grande maturité, et qui, ayant ainsi plus d'analogie, d'affinité avec la nature ignée, est plus disposée à s'enflammer. 7° Le septième est celui de l'oif même qui, suivant Telesio, est réellement doué d'une chaleur native, assez grande et assez active, comme on n'en pourra douter si Ton considère que dans les régions même les plus froides il ne se gèle ni ne se coagule jamais.

En second lieu, ajoute-t-il, ce qui prouve évidemment que l'air est naturellement chaud, c'est que tout air renfermé, séparé de la niasse de l'air atmosphérique et abandonné à lui-même, contracte aisément une certaine tiédeur, comme on l'observe journellement dans la laine et les autres matières filamenteuses. De plus, dans les lieux clos et peu spacieux, l'air qu'on respire est comme suffocant; ce qui vient de ce que l'air, lorsqu'il est ainsi renfermé, commence

48i DES PRINCIPES ET DES ORIGINES.

à rocolivrfîr In nature qui lui oàl propre (les qualités qui lui sont propre.'i), au lieu que l'air extérieur et atmosphérique est continuellement rarraichi par le froid qui transpire et s'exhale du globe terrestre. Ajoutez à cela que Tair commun, celui, dis-je, que nous rc^pi^ons ordinairement, élant modifié par les corps célestes, participe quelque peu de leurs qualités; car il recèle déjà un faible degré de lumière , comme on en voit des exemples dans les animaux qui peuvent voir durant la nuit et dans les lieux obscurs. Tels sont, suivant Telesio , les différents degrés dont la disposition de la matière est susceptible ; mais il ne s'agit ici que de ses états moyens, car dans cette énumération il n'a pas compris les deux extrêmes ou limites, savoir : d*utt côté les corps durs et roides, et de raulr€ le feu lui-même. Mais outre ces différences par rapport au degré, il dit que cette disposition peut aussi varier prodigieusement à raison de la diversité des parties constitutives d'un com« posé, les différentes portions (espèces) de matières qui se trouvent réunies et combinées dans un même corps pouvant être rapportées à un seul des degrés dont il a fait Ténumération ou à plusieurs degrés différents; c'est-à-dire les unes à tels degrés, et les autres à d'autres, ce qui peut varier à l'infini l'action et les effets de la chaleur. Ainsi cette quatrième différence dépend aussi nécessairement de la texture et de la situation du corps sur lequel la chaleur agit, ce corps pouvant être ou clos et compacte, ou d'un tissu plus lâche et exposé à l'air libre; car dans le dernier cas la chaleur n'agit que par degrés, en prenant pour ainsi dire les parties une à une, en les séparant peu à peu les unes des autres, et en en détachant quelques-unes de la masse ; au lieu que dans le premier cas elle pénètre toute cette masse, elle agit sur le tout, car alors elle n'éprouve aucun déchet; mais la chaleur préexistante et la îiouvelle se réunissant, elles concourent à la production de l'effet, d'où résultent des altérations plus grandes, plus intimes, plus profondes et plus complètes, quelquefois même des transformations proprement dites. Mais nousentrerons dans de plus grands détails sur ce sujet lorsque nous traiterons du mode et de l'action d'où résultent ces dispositions de la matière. Cependant Telesio fait de vains efforts pour marquer les vraies différences et faire des distinctions bien précises entre ses qualités primaires : la chaleur, la lumière (la lucidité), la ténuité, la mobilité, et les quatre opposées, savoir : le froid, Topacilé, la densité et l'immobilité ; enfin pour expliquer comment celles do la première classe peuvent se trouver combinées (1 à <, 2 à 2, 3 à 3, etc.) avec celles de la classe opposée dans les mêmes corps. En effet, on, voit à chaque instant dçs corps actueilcmont

chauds ou trèà disposés à le devenir qui ne laissent pas d'être denses, immobiles et noirs. On en voit aussi d'aulres qui, étant ténus, mobiles et lumineux uu blancs, ne laissent pas d'être froids; et il en est de môme des autres, car quelques-uns de ces corps ont telle des qualités de 1 une de ces deux classes- sans avoir les trois autres, ou deux seulement sans avoir les deux autres, toutes ces qualités de Tune et de Taulre classe se réunissant et se combinant d'une inBnité de manières qui ne s'accordent point du tout avec son système et ses suppositions. Telesio se tire assez mal de toutes ces difficultés, et n'imite que trop la conduite de ses adversaires, qui commencent toujours par hasarder des décisions magistrales avant de faire des observation^ ou des expériences, et qui, dans l'explication des faits particuliers, après avoir abusé soit de leurs facultés intellectuelles, soit des choses mêmes, et tourmenté en pure perle les unes et les autres, se flattant d'avoir surmonté toutes les difficultés, triomphent orgueilleusement et abondent dans leur propre sens. A ce triomphe toutefois succèdent le découragement et de simpies vœux ; car dans sa conclusion il prétend qu'à la vérité on peut distinguer et déterminer en gros et pour ainsi dire en masse, soit les différentes forces et mesures de la chaleur, soit les différents modes ou degrés de disposition de la matière; mais qu'il est im^ possible à l'esprit humain d'assigner, de distinguer et de déterminer avec exactitude et précision ces modes et ces degrés ; qu'il y a toutefois du plus et du moins dans cette impossibilité même, les différents modes et degrés de disposition dont la matière est susceptible étant plus faciles à distinguer que les différents degrés de force et les différentes mesures de la chaleur ; malheur d'autant plus grand, ajoute-t-il, que ces connaissances (si elles pouvaient être acquises) seraient l'unique moyen d'étendre autant qu'il serait possible et de porter au plus haut point d'élévation la science et la puissance humaine. Voici comment il s'exprime à ce sujet et quels sont ses propres termes : « Il serait inutile de chercher et de vouloir déterminer l'espèce, la quantité et la mesure de chaleur nécessaires pour opérer des transformations; l'espèce ^e matière, le mode et le degré de disposition (dans la matière à transformer) nécessaires pour exécuter ces transformations; en6n les espèces d'êtres qui peuvent être transformés par ces moyens en telles ou telles autres espèces, des recherches de celte nature excédant les limites de l'intelligence humaine. En effet, quel est le mortel qui puisse déterminer U*s forces respectives des différentes espèces de chaleurs, diviser en quelque manière la chaleur même en ses degrés, enfin déterminer la quantité de matière cù ^ello chaicur réside, ou est introduite?

puis, après s'éire assuré de ces détermiDation», approprier avec justesse et précision (elle quanli(é, telle disposition et (elle action de la matière à telle force et à telle quantité déterminée de chaleur, ou réciproquement approprier (elle force et telle quantité déterminée de chaleur, » etc. Plût à Dieu que les hommes doués d'un génie pénétrant qui ne manquent pas de loisir et qui peuvent con^ templer la nature dans une parfaite tranquillité pussent atteindre un jour à ce grand but! S'ils nous procuraient de telles connaissances, non-seulement nous saurions tout, mais même nous pourrions tout. Du moins Telesio, en avouant ingénument son impuissance à cet égard et en exhortant les autres à entreprendre ce qu'il croit au-dessus de ses forces, est-il en cela de meilleure foi que ses adversaires, qui. dans tous les cas où l'art qu'ils ont eux-mêmes enfanté est insuQisant pour lesmener à un but, ne manquent pal de déclarer, d'après les principes mêmes de cet art prétendu , que la chose est tout à fait impossible : en sorte que l'art ne court jamais risque de perdre son procès, attendu qu'il est lui-même juge et partie.

Il nous reste à parler du troisième point de considération, je veux dire du mode de l'action. Le sentiment de Telesio sur ce point se réduit à trois assertions : \^ (et, cette première observation, nous l'avons déjà faite nous-même) il n'admet dans la nature aucune espèce de symbolisations(de correspondances, d'harmonies ou de corrélations harmoniques) semblables à celles que supposent les péripatéticiens, et en vertu desquelles certains corps agissant pour ainsi dire de concert s'aident réciproquement et concourent aux mêmes effets. En conséquence, toute génération, et par conséquent tout effet dans les corps, a pour cause, non une alliance ou un ac^ cord de cette espèce, mais une victoire, une prédominance de l'un des deux principes ou agents contraires sur l'autre. Cette assertion n'est rien moins que nouvelle, car Âristole lui-même, dans son examen du système d'Empédocle, y relève cette môme supposition. Empédocle, dit-il, après avoir avancé que la di:$corde (la guerre ou l'inimitié) et la concorde (l'amitié ou la paix) sont les deux principes et les deux causes efficientes de toutes choses, venant ensuite à expliquer la manière dont ces deux causes agissent, ne parle que de la discorde, et semble avoir entièrement oublié sa contraire. La seconde assertion est que la chaleur, en vertu de son action propre, directe, prochame et immédiate, tend à convertir en humeur toute espèce de matière, en sorte qu'il ne faut rapporter ni. la sécheresse à la chaleur, ni l'humidité au froid. Atténuer et humecter ne sont au fond qu'une seule et même chose ; et ce qu'il y

a de plus ténu est aussi ce qu'il y a de plus humide, car on entend ici par substance ou matière humide (humeuc), toute matière qui cède à la plus faible impression, qui se divise aisément et se rétablit avec la même facilité, enfin, qui n'a [loint de dimensions ni de figures Bxes et constantes; toutes conditions qui se trouvent plutôt réunies dans la ûamme que dans Tair, que les péripatéliciens tou* tefois regardent comme la substance la plus humide ; qu'en consé*quence l'action propre de la chaleur est d'attirer l'humidité (l'humeur), de s'en nourrir, de la dilater, de la répandre, de l'introduire dans les corps, de l'engendrer; au lieu que celle du froid tend toujours à la sécheresse, à la concrétion, au durcissement et à la consolidation. Dans cette partie de son exposé, Telesio prétend qu'Â^ rislote, en rapportant la sécheresse à la chaleur, a été un observateur peu exact et un ^systématique incohérent, qu'il a voulu commander à l'expérience même et l'assujettir à ses opinions fantastiques. Si la chaleur, ditr-il, dessèche quelquefois les corps, ce .n'est qu'accidentellement (médiatemenl); c'est parce que dans un corps hétérogène, et composé de parties dont les unes sont très-grossières et les autres trèsténues, la chaleur, en attirant ces dernières à la surface, en les atténuant encore davantage et rendant parce moyen leur émission plus facile, provoque ainsi cette émission. Les parties grossières se rapprochant, etse resserrant ensuite, letoutdevientainsi plus sec, plusdense et plus compacte. Cependant, lorsique cette chaleur est un peu forte, les parties grossières s'atténuent aussi et deviennent fluides, comme on en voit un exemple dans les briques; car d'abord une chaleur d'une force médiocre suffit pour convertir en brique la terre grasse, mais une chaleur plus forte vitriBe la matière môme de la brique. Ces deux premiers dogmes peuvent être qualifiés de négatifs, et ne sont à proprement parler que la réfutation de deux erreurs; mais le troisième est afîirmatif et positif : or, non-seulement il est positif, mais de plus il établit une distinction fort juste par rapport au mode d'action. Ce mode, dit-il, se subdivise en deux autres : ce peut être ou une réjection (répulsion ou expulsion ), ou une conversion (transformation). L'un ou l'autre de ces deux modes est réduit en acte (a lieu, se réalise) selon que la chaleur a plus ou moins de force et que la matière a telle ou telle disposition. Or on peut établir sur ce point deux règles ou principes. Lorsque le chaud et le froid sont en grande masse, et, formant pour ainsi dire deux armées complètes, se livrent un combat, 1 un des deux, savoir, le plus fort, chasse l'autre de son poste ; car tous les corps, semblables à des armées, >se poussent et se délogent réciproquement ; mais lorsque ces deux contraires sont en petite quantité, le rôsniiat

4i1 BES PRINCIPES ET DES ORICIXES.

de ceUe lutte est une conversion ou Iransformation, et alors les corps sont plus disposés à périr ou à changer de nature qu'à changer de lieu. C est ce dont on voit un exemple frappant dans la région la plus élevée de Tatmosphère : quoiqu'elle soit plus voisine de la région céleste, qui est le siège propre et naturel de la chaleur, cependant elle est plus froide que celle qui est voisine de la surface de la terre ; car dans la partie de l'atmosphère la moins éloignée de la région qui est le siéj^e propre et naturel du chaud (du calorique), celui-ci, se repliant pour ainsi dire sur lui-même et se concentrant, repousse toute la masse (ou la totalité) du froid qui a pa s'élever jusque-là et léchasse tout à la fois. De plus, il se pourrait qu'il régnât dans l'intérieur de la terre et à une grande profondeur une chaleur plus forte qu'à sa surface; car on peut présumer que, dans la région voisine de celle du premier froid, celui-ci, excité et animé par Taction de son contraire, le chasse, le repousse avec beaucoup de force, le fuit, se replie sur lui-même, se concentre et acquiert ainsi plus d'intensité. L'autre cause est que dans un lieu découvert la chaleur occasionne une expulsion, au lieu que dans un lieu clos elle produit une conversion (transformation). C'est ce dont on peut juger par ce qui se passe dans les opérations qu'on peut faire à l'aide des vaisseaux clos, où la matière atténuée et vulgairement qualiâée d'esprit, ne pouvant s'exhaler et étant comme emprisonnée, occasionne des fermentations et des altératipns intimes et profondes; le même effet a lieu dans un corps très-compacte, parce que, ses parties étant fort serrées, il se sert en quelque manière à lui-même de vaisseau.

Tel est le système de Telesio , et peut-être aussi celui de Parménide ; système toutefois où le philosophe moderne , dont Tesprit était dépravé par les préjugés des péripatéticiens, a un peu mis du sien en y a>utant la supposition du mouvement de la maiièrt (d'expansion et de contraction). Celle hypothèse ne serait pas tout à fait dénuée de vraisemblance si, ôtant de l'univers l'homme et les arts mécaniques qui lourmentent pour ainsi dire la matière, on envisageait ensuite le système du monde tel qu'il pourrait être après cette soustraction. La théorie de Telesio est une sorte de philosophie pastorale qui semble contempler l'univers à son aise et par manière de passe-temps; car il fait des observations assez judicieuses sur l'ensemble et Tordre de l'univers. Mais il n'en est pas de même de ce qu'il dit sur les principes; il tombe même dans une erreur grossière par rapport à cet ensemble. Dans son hypothèse, le système du monde semble êlre éternel, et il ne parie point du chaos ni des variations sans nombre qui ont pu et du

DES PRINCIPES ET DES ORIGINES. 4ft9

même avoir lien dans le jçrand tout. Toute philosophie, soit celle (le Telesio, soit celle des pcripatéticiens, ou loute autre qui, en imaginant un syslème du monde, le bûlit, le balance et l'étaie, de^ manière qu'il ne paraisse point dériver du chaos, n'est qu'une philosophie superficielle, et qui se sent trop de la faiblesse naturelle de l'esprit humain ; car tout homme qui ne raisonne que d'après le témoignage des sens doit naturellement penser que la matière est éternelle , mais que cet ordre que nous voyons dans l'univers ae l'est pas.

Tel était aussi le sentiment des sages de l'antiquité la plus reculée, y compris Démocrite, celui d'entre les philosophes grecs dont la sagesse a le plus approché de celle des premiers temps. Nous trouvons ce même sentiment consigné dans les saintes écritures, avec cette différence toutefois que le texte sacré dit que la matière tient son existence de l'Être-Suprème, au lieu que ces philosophes prétendent qu'elle existe par jelle-même; car il est, sur ce point, trois vérités essentielles que ce texte nous apprend : 1<* la matière a été créée et tirée du néant; 2<* le système ou l'ordre de l'univers est émané du Verbe divin (de la parole du Tout-Puissant), et par conséquent il est faux que la matière se soit d'elle-même tirée du chaos, et arrangée dans l'ordre que nous admirons; 3° cet ordre ( du moins avant la prévarication du premier homme) était le meilleur possible, je veux dire le meilleur de ceux dont la matière (supposée telle qu'elle. avait été créée) était susceptible par elle-même. Mais les philosophes dont nous parlons n'ont pu s'élever à aucune de ces vérités; car, ne pouvant soutenir l'idée d'une création ni croire que le monde ait pu être tiré du néant, ils prétendent qu'après une infinité de combinaisons irrégulières, qui étaient comme autant d'essais, la matière s'est enfin arrangée dans ce bel ordre. Ils s'embarrassent fort peu de l'optimisme, eux qui pensent que le monde même ( ou la matière envisagée par rapport à son ensemble et à la disposition de ses parties) naît, meurt et renaît par une succession alternative sans fin et sans terme ; en un mot, qu'aucune de ces formes n'est constante. Ainsi c'est la foi qui doit être notre seul guide dans cette question , et c'est dans les livres destinés à l'affermir que nous devons chercher la vérité. Mais la matière une fois créée aurait-elle pu, dans l'espace d'un nombre infini de siècles, se distribuer ainsi d'elle-même, et, en vertu de la seule force que le souverain auteur de toutes choses lui avait imprimée en la créant, s'arranger dans le meilleur ordre possible, comme on l'a fait en un instant par l'action puissante du Verbe divin? C'est une. question que nous ne devrions peut-être pas entre-

490 m& PRINCmSS ET DES ORIGINES.

pretidrc de résoudre; l'acte qui opère en un instant ce qui, sutvanl le cours ordinaire de la nature, exigerait un grand nombre de sio- •cles n'étant pas moins propre à la toute-puissance que celui de la création des êtres, et Tun n'étant pas moins miraculeux que Tautre. Or, il parait que la nature divine a voulu se manifester et briller par cette double émanation de sa toute-puissance : 4^ en opérant avec une puissance infinie sur Tètre et le néant , je veux dire en tirant Tètre du néant; 2^ en agissant sur le mouvement et le temps, c'est-à-dire en accélérant le progrès de l'être, et hâtant la marche de la nature, qui est ordinairement si lente dans ses opérations. Mais nous devons renvoyer ces observations à la fabie du ciel, où nous traiterons plus amplement ce sujet, que nous nous contentons ici de toucher en passant. Ainsi , nous allons continuer d'examiner le système de Telesio. Piût à Dieu que tous les philosophes convinssent une fois d'un consentement unanime de ne plus soutenir que les êtres réels sont composés d'êtres chimériques , et que les principes réels le sont d'êtres fantastiques; enfin, de ne plus vouloir nier des choses visiblement contradictoires! ,0r un principe abstrait n'est point un être réel , et de plus un être nnortel ne peut être un principe ; en sorte que l'esprit humain , pour peu qu'il veuille être d'accord avec lui-même, est forcé par une invincible nécessité de recourir à l'hypothèse des atomes, qui sont de véritables êtres matériels, ayant une forme, des dimensions, un lieu, etc., et ayant de plus l'antitypie (l'impénétrabilité) des forces, des tendances, des mouvements. Tandis que les corps naturels périssent, l'atome est immuable et éternel. En effet, les corps d'un grand volume (composés) étant sujets à une inlinité de dissolutions qui varient elles-mêmes à l'infini , il est de toute nécessité que ce qui reste immuable et est comme une espèce de centre fixe soit quelque chose de potentiel et d'infiniment petit. Or la chose dont nous parlons n'est pas seulement potentielle, car le premier potentiel (le potentiel primaire ou par excellence) ne peut être semblable aux autres potentiels ( aux potentiels du second, du troisième ou de tous les autres ordres ) , qui sont telle chose actuellement et telle autre chose en puissance ou potentiellement ( c'est-à-dire qui, étant mobiles, peuvent devenir tout différents de ce qu'ils sont actuellement, et qui d'ailleurs sont composés) ; mais il doit être tout à fait abstrait, attendu qu'il exclut toute espèce d'acte (d'actualité) et renferme en lui-même toute e?pèce de puissance. Reste donc à supposer que la diose en question est infiniment petite, à moins qu'on ne prétende qu'il n'existe point réellement de principes; que les différents corps sont réciproquement principes les uns des au-

DÈS ^Ài:<Oiti'ËSi EX J>Ëâ ORiOÎNi£S. 491

très; que la loi et l'ordre do leurs transformations et de leurs variations sont constants, immuables et éternels ; que Tessence même est variable et passagère, ce qu'il vaudrait mieux, déclarer formellement et affirmativement que de s'exposer, à forée de vouloir établir quelque principe éternel, à tomber dans une erreur cent fois pire, je veux dire dans celle de prendre pour tel un principe purement fantastique; car du moins le premier de ces deux sentiments peut conduire à quelque résultat fixe, savoir, à celui-ci : que, dans cette supposition, les corps de différentes espèces se changeant les uns les autres de proche en proche, ces changements font pour ainsi dire le cercle; au lieu que la première hypothèse, en conséquence de laquelle on regarde comme des êtres réels de pures notions et de simples conceptions (qui , à proprement parler, ne sont pour l'esprit humain que des adminicules et des espèces d'étais), eit sans issue et ne mène absolument à rien. Cependant nous ferons voir ci-après que la supposition même que nous faisons ici ne peut se soutenir et que les choses ne peuvent être ainsi; mais lorsque Telesio met aux prises l'un avec l'autre ses deux principes ou agent» contraires , lé combat qu'il suppose alors «ntre eux est étrange et tout à fait inégal, soit par rapport au nombre de troupes, soit relativement à la manière de combattre. Quant au premier de ces deux points, il prétend qu'il nY a qu'une seule terre et que nofcre globe est unique en son espèce, au lieu que l'armée céleste est innombrable. La terre n'est même qu'urv point dans l'univers, au lieu que les espaces et les régions^ célestes sont immenses. Gr , pour lever cette difficulté , il ne suffit pas d'observer que la terre et les corps congénères ( analogues, de même nature) sont composés d'une matière très-dense et trèscompacte; qu'au contraire le ciel et les corps célestes le sont d'une' substance extrêmement rare et ténue; car, quoiqu'il y ait sans contredit une très-grande différence à cet égard entre les corps de la première espèce et ceux de la dernière , cependant elle ne serait pas encore assez grande pour rendre ces- deux armées égales ni même pour mettre entre elles une sorte de proportion. L'hypothèse de ce philosophe ne peut se soutenir qu'autant qu'il attribue à ces deux principes ou agents du premier ordre, sinon des volumes égaux, du moins des quantités égales de matières; autrement l'ordre de l'univers ne pourrait être durable ni le système général avoir quelque consistance: car tout philosopha qui, étant déjà d'ac*cord avec Telesio sur tous les autres points, attribuera comme lui une quantité de matière intiniment plus grande à l'un de ses deux principes qu'à son opposé, sera embarrassé par des difficultés sans

il)2 DES PiUiNOlPËS hiï DES ORlGliNËS.

cesse l'enaissantes et ne pourra jamais s'en tirer. Aussi Plutarque, dans le petit dialogue qu'il a composé sur cette espèce de visage qu'on croit voir dans la lune, a-t-il observé très-judicieusement à ce sujet qu'il n'est nullement vraisemblable que la nature, dans la distribution de la matière, ait assigné au globe terrestre seul toute la substance compacte, surtout si l'on considère cette multitude immense d'astres qui roulent dans les cieux. Gilbert, séduit par celte idée, s'y est tellement abandonné qu'il n'a pas craint d'avancer qu'il existe une infinité de globes solides et opaques, comme la terre et la lune ; globes qui sont semés dans les espaces céleste entre les globes lumineux. De plus, les péripatéticiens, après avoir affirmé que les corps célestes sont éternels par eux-mêmes et que les corps sublunaires ne le sont que par succession et par rénovation , ont cru ne pouvoir soutenir cette assertion qu'en assignant aux éléments ( à tous les éléments ) des quantités de matière et pour ainsi dire des parts à peu près égales ; et c'était ce qu'ils voulaient dire lorsqu'ils prétendaient que chaque élément a en même temps dix fois plus de volume et dix fois moins de densité que l'élément intérieur qu'it enveloppe ; supposition fantastique et qui peut être regardée comme un rêve physique. Cependant le but de ces observations n'est rien moins que de faire entendre que nous rejetons la totalité de ce système, mais seulement de faire voir que telles de ses parties ne peuvent subsister ensemble ; qu'à certains égards il est incohérent, et que supposer gratuitement, comme le fait Telesio , que la terre est l'unique principe ( agent ) contraire au ciel, c'est tomber dans une inconséquence et une absurdité. Or celte hypothèse paraîtra encore plus insoutenable, si, après avoir envisagé les objections auxquelles il s'expose en supposant une si énorme différence entre le ciel et la terre relativement à la quantité de matière, on considère aussi la différence prodigieuse que la nature a mise entre l'un et l'autre par rapport à l'intensité des forces et à la sphère d'activité; car le combat entre les deux principes opposés serait bientôt terminé, si, tandis que les traits de l'une des deux armées porteraient assez loin pour frapper l'ennemi, ceux de l'au're tombaient entre deux. Or personne ne doute que l'action du soleil ne parvienne jusqu'à la terre, et personne au contraire n'oserait assumer que celle de la terre s'étend jusqu'à cet astre. En effet, de toutes les vertus (forces, qualités ou modes) qu'enfante la nature, la lumière et l'ombre sont celles qui.se portent aux plus grandes distances et dont la sphère d'activité a le plus d'étendue; car l'extrémité de l'ombre de notre ^lobe touibo eu decii du soleil, au lieu que la lumière du soleil pas-

DÏiS PRINCIPES Eï DES ORIGINES. 493

serait à travers le globe terrestre s'il était (ransparent. Or, le chaud et le froid dont nous parlons ne se portent jamais à d'aussi grandes distances que la lumière et l'ombre ; d'où il suit que si l'ombre même de la terre ne s'étend pas jusqu'au soleil (ne se porte pas à une distance égale à celle où le soleil est de cette planète ) , beaucoup moins encore le froid qui transpire de notre globe parviendra-t-il jusqu'à cet astre. En conséquence, si cette supposition est fondée, s'il est vrai , dis-je, que, le soleil et le chaud agissant sur certains corps intermédiaires, l'action du principe contraire ne puisse se porter aussi loin , leur faire obstacle et affaiblir la leur, il est de toute nécessité que le soleil et le chaud, gagnant de proche en proche et s'étendant par degrés jusqu'à la terre et à la région adjacente, envahissent d'abord l'espace qui lesavoisine, puis les régions plus éloignées, enfm le tout; d'où résulterait ce vaste incendie ou celte conflagration de l'univers, qui, selon Héraclile, doit avoir lieu un jour. De plus, si Ton suppose, à l'exemple de Telesio, que les deux principes du chaud et du froid ont la faculté de communiquer leur propre nature, de se multiplier et de convertir tout le reste en leur propre substance, on est forcé, pour ne pas être en contradiction avec soi-même, de supposer aussi que chacun de ces deux principes agit ainsi sur ses analogues, autant et plus que sur ses opposés, en sorte que dès long-temps le ciel devrait s'être enlîammé et toutes les étoiles réunies s'être confondues les unes avec les autres; mais, pour serrer de plus près ce système de Telesio, nous allons indiquer quatre objections ou arguments qui pourraient le ruiner sans ressource : car une seule de ces objections suffisant pour le renverser, qut3 serait-ce donc si elles étaient réunies î l<* H est dans la nature beaucoup d'actions ou d'effets, même très-puissants et très-généraux , qu'on ne peut en aucune manière rapporter au chaud et au froid. 2^ Il est aussi dos natures, qualités ou modes dont le chaud et le froid ne sont que les conséquences et les effets. Or, si ces natures peuvent produire l'un ou l'autre de ces deux effets, ce n'est pas simplement en excitant Ja chaleur préexistante dans les corps en question ou par l'approche d'un corps déjà chaud, mais en produisant immédiatement une chaleur proprement dite et originelle. Ainsi la supposition de Telesio est doublement défectueuse, et les deux principes qu'il suppose manquent tout à la fois des deux conditions requises; puisqu'il y a des choses qu'ils ne produisent point, et qu'il on est d'autres qui les produisent euxmêmes. 3^ On doit observer par rapport aux effets que produisent le chaud elle froid (effets qui , à la vérité, sont en très-grand nombre et très-multipliés), qu'ils ne les produirenlqu'à litre de causes efli-

49i D£S l>UirtClPËS £T DES OftlGlNES.

cittDles et d'organes (d'instruments ou de causes instrumentales)^ et non comme causes intimes et proprement dites. 4° Cette combinaison et cette corrélation des quatre qualités primaires ( et des quatre opposées) est démentie par l'observation et l'expérience.

Ainsi nous allons traiter en détail ces différents points. Tel de nos lecteurs peut-être pensera qu'en réfutant ce système de Telesio nous prenons une peine d'autant plus inutile qu'il n'est pas fort accrédité ; mais un motif de cette nature ne saurait nous refroidir, et l'indififérence publique pour une opinion ne sera jamais pour nous une raison assez forte pour nous empêcher de la soumettre à l'examen, quand elle méritera d'être examinée. Nous avons uoe trèshaute idée de ce philosophe. Nous sommes persuadé qu'il aimait sincèrement la vérité , et qu'il a rendu de vrais services à la philosophie en rectifiant certaines opinions ; nous le regardons même comme le premier d'entre les modernes qui ail mérité le titre de philosophe. D'ailleurs, en l'attaquant, ce n'est pas à Telesio luimême que nous en voulons , mais seulement au restaurateur de la philosophie de Parméuide, qui mérite nos hommages. Mais le principal motif qui nous a déterminé à entrer dans de si grands dé— tails sur ce système, c'est qu'en le réfutant nous employons plusieurs arguments qui pourront servir également à réfuter d'autres hypothèses que nous examinerons dans la suite, ce qui nous épargnera beaucoup de répétitions inutiles; car il est beaucoup d'erreurs qui, bien que différentes en elles-mêmes , tiennent tellement les une» aux autres et sont tellement entrelacées les unes avec les autres ,. qu'on peut, à l'aide d'une seule réfutation, les ruiner toutes à la fois et pour ajnsi dire les faucher toutes d'un seul coup. Voyons actuellement quelles sont dans la nature les vertus (les forces^les qualités actives ) et les actions qu'on ne peut ramener au chaud ni au ffoid par aucune analogie réelle ou corrélation véritable, même en abusant de ses facultés intellectuelles. Posons d'abord pour principe cette donnée même de Telesio : a Que la quantité totale de la matière de l'univers est éternellement la même et n'est susceptible ni d'augmentation ni de diminution. » Or, cette condition (cet attribut) par laquelle la matière se conserve et se soutient elle-même , il daigne à peine en parler, la regardant comme purement passive, et supposant qu'elle se rapporte plutôt à la quantité qu'à la forme (à la cause formelle) et à l'action, comme s'il était inutile de l'attribuer au chaud ou au froid , qui , selon lui , ne sont les sources ( principes) que des seules formes actives et des forces. La matière , selon ce même philosophe , n'est pas destituée de toute qualité sans exception , mais seulement de toute qualité

active, de toute force proprement dite. Cette assertion est un des plus grands écarts de l'esprit humain , et elle paraîtrait même tout à fait étrange , si le consentement unanime et le préjugé commun sur lequel elle s'appuie ne détruisaient tout étonnement sur ce point. En effet, quelle plus grande erreur que celle de qualifier de passive la force imprimée à la matière et en vertu de laquelle elle se préserve telleinenl elle-même de toute destruction que le choc simultané de toute la matière de l'univers (moins une seule molécule) réunie en une seule masse) , et de tous les agents les plus puissants également réunis , serait insuffisant pour anéantir cette particule, quelque petite qu'on puisse l'imaginer, et pour empêcher qu'elle n'occupe un certain espace, qu'elle n'ait certaines dimensions , qu'elle ne résiste invinciblement à toute pénétration , et ne demeure éternellement impénétrable , et que réciproquement elle n'exerce elle-même quelque action et ne produise quelque effet? Comment, dis-je, peut-on refuser la qualification d'activé à une telle foç-ce, la plus irrésistible que nous connaissions , et tellement insurmontable qu'on est tenté de la regarder comme une sorte de destin, de fatalité et de nécessité? Or, cette condition (cet attrilHit) de la matière, Telesio n'a pas même tenté de la rapporter au chaud et au froid, tentative qui aurait été d'autant plus inutile qu'il n'est point d'incendie ni d'engourdissement ou de congélation qui puisse ajouter à la totalité de la matière ou en retrancher une seule particule. Or c'est ce qu'on peut dire également de la matière dont le soleil est composé , et de celle qui se trouve au centre de la terre; mais l'erreur de Telesio -consiste principalement en ce qu'après avoir très-bien senti que la masse de la matière (que la quantité totale de la matière de l'univers) est toujours la même il ferme les yeux comme à dessein sur l'attribut en vertu duquel elle se conserve ainsi, et, plongé dans les plus profondes ténèbres du péripatétisme , il ne regarde cet attribut que comme un accessoire. C'est néanmoins ce qu'il y a de plus essentiel et de plus digne de la qualification de principe. C'est cette vertu (cet attribut) qui fait que chaque particule de la matière occupe nécessairement une place quelconque dans l'univers et empêche que toute autre ne l'occupe en même temps; qu'elle est par elle-même d'une solidité infinie et pour ainsi dire de diamant. En un mot , c'est de cette source qu'émane tout décret, toute décision irrévocable prononcée par une autorité inviolable sur le possible et Timpossible. Les scolastiques ordinaires, en traitant ce sujet, se tirent d'affaire à l'aide de quelques mots , et , après avoir posé pour principe que deux corps ne peuvent être en même temps dans un

mémo lieu , ils croient avoir tout dit. Quant à la vertu dont noiif; parlions (et ù son mode), ils ne peuvent se résoudre ii Tenvisager les youx ouverts et à la disséquer pour ainsi dire jusqu'au vif, faute de sentir que ce point une fuis bien éclairci servirait ensuite à en éclaircir une infinité d'autres, et répandrait la plus vive lumière sur toutes les sciences. Quoi qu'il en soit, celle vertu (et c'est ce dont il est question ici) ne peut être expliquée par les deux principes de Telesio , et par conséquent ne peut y être rapportée. Passons actuellement à cet autre attribut qui est symétriquement opposé au précédent et qui en est pour ainsi dire le pendant ; je veux dire à celui en vertu duquel toutes les parties de la matière tendent à rester unies (à conserver leur contiguïté) : car, de même que toute matière se refuse à son anéantissement, elle résiste aussi à sa solution de continuité et à sa séparation absolue d'avec tous les autres corps. Mais cette loi de la nature est-elle aussi générale ,: aussi puissante et aussi inviolable que celle dont nous venons de parler? C'est ce qui nous paraît fort douteux ; car Telesio , à l'exemple de Démocrile, suppose le vide accumulé (occupant de grands espaces) et sans bornes, en sorte que, selon eux , les corps pris un à un se prêtent quelquefois à leur séparation absolue d'avec loule espèce de matière : ce qu'ils ne font toutefois qu'avec beaucoup de peine, et seulement dans les cas où ils s'y trouvent contraints par quelque action très-puissante qui les maîtrise et leur fait une sorte de violence. C'est une assertion que Telesio s'efforce d'établir sur quelques expériences ou observations, et principalement sur celles qu'on allègue ordinairement pour réfuter l'hypothèse du vide, en les choisissant et les étendant de manière qu'il semble être en droit d'en conclure que les corps, lorsqu'une force médiocre tend à les séparer, demeurent conligus ; mais que, lorsqu'ils sont soumis à une aclion plus violente et en quelque manière tourmentés, mis à la torture, ils admettent un peu de vide. Et c'est, dit-il , ce qu'on observe dans les clepsydres, où l'on se sert d'eau au lieu de sable : car, lorsque le trou par lequel l'eau doit s'écouler est extrêmement petit, elle ne s'écoule pas, à moins que l'on ne donne de l'air à la partie supérieure ; au lieu que , si ce trou est fort grand , l'eau y affluant en grande quantité prend son écoulement, le vide qui peut se former au-dessus n'y faisant plus obstacle. C'est ce qu'on observe également dans les soufflets : car si , après avoir rapproché l'un de l'autre les deux panneaux et bouché l'orifice du tuyau de manière que l'air ne puisse plus s'y introduire , vous teniez ensuite d'écarter l'un de l'autre ces deux panneaux , pour peu que la peau soit mince et faible elle se rompt; ce qui n'arrivera pas si celte

peau est épaisse et forte. Mais ces expériences n*ont pas encore été faites avec assez d'exactitude ; elles ne remp'liésent nullement l'objet de la recherche dont il s'agit, et ne sont rien moins que décisives. Ainsi , quoique Telesio se pique de suivre la nature d'assez près pour se mettre en état de faire de vraies découvertes , et d'observer plus distinctement ce que les autres n'ont vu que trèsconfusément , ses résultats ne sont rien moins que satisfaisants. Il n'a pas su lever toutes les difficultés, et dans cette recherche il s'arrête à moitié chemin , comme il le fait presque toujours luimême, à l'exemple des péripatéticiens, que la lumière de l'expérience semble offusquer comme les hiboux ; non qu'ils aient la vue trop faible, mais soit à cause d'une sorte de cataracte qui est sur leurs yeux et qui est l'effet de leurs préventions , soit parce qu'ils n'ont pas assez de patience et de tenue pour analyser complètement leur sujet, et n'abandonner leur recherche qu'après avoir décidé tous les points douteux et dissipé toutes les obscurités. Quoi qu'il en soit , la question dont nous sommes actuellement occupé , je veux dire celle où il s'agit de savoir jusqu'à quel point le vide peut avoir lieu , ou de combien les particules les plus déliées de la matière peuvent se rapprocher ou s'écarter les unes des autres , et quelle est, sur ce point , la loi fixe et invariable de la nature ; cette question, dis-je, étant une des plus importantes et des plus difficiles qu'on puisse proposer en physique , nous croyons devoir la renvoyer au livre où nous traiterons , ex professa, du vide : car, dans cet examen du système de Telesio, peu importe de savoir si la nature a en effet horreur de toute espèce de vide, ou (en employant le langage même de Telesio, qui se flatte de s'exprimer sur ce sujet avec plus d'exactitude et de précision que tout autre) si les corps tendent naturellement à conserver leur contiguïté (à rester en contact les uns avec les autres) et à prévenir une entière solution de continuité ; car nous ne craignons pas de déclarer formellement que cette horreur du vide ou cette tendance au contact mutuel ne dépend nullement ni du chaud ni du froid. Aussi Telesio luimême ne Ta-t-il pas attribuée à ces deux causes , et , pour peu qu'on ne s'en rapporte qu'à l'expérience et à l'observation , il est évident qu'elle n'en dépend point ; car toute portion de matière qui se met en mouvement attire en quelque manière sur ses traces quelque autre portion de matière (qui vient remplir le vide que l'autre a laissé derrière elle) , soit que la première ou la dernière soit chaude ou froide, humide ou sèche, dure ou molle, amie ou ennemie (de nature analogue ou opposée) ; en sorte qu'un corps chaud attirera ainsi à sa suite un corps très-froid plutôt qu'il ne se

préiera à ea séparaiion al>solue d'avec toute espèce de matière et à 8on perùiit isolement. Cette force de cohésion , celte tendance des parties de la matière à rester liées les unes aui autres est plus forte que i'antipatlûe du chaud et du froid, et telleinent prédominante, que les diverses formes ou qualités spécifiques ne peuvent en empêcher l'effet. Ainsi , cette force de cohésion ne dépend duIlement des principes du chaud et du froid. Viennent ensuite les deux vertus (ou forces) qui , selon toute apparence , ont porté Telesio, ainsi que Parménide , à déférer en quelque manière Je sc^v tre au chaud et au froid ; mais avant d'avoir suffisamment discuté et vérifié leurs droits , je veux dire cette force en vertu de laquelle les corps s'ouvrent, se raréfient, se dilatent et s'étendent de ma^ nière à occuper un plus grand espace et à augmenter de volume , ou au contraire cette autre force tout opposée en vertu de la* quelle ils se condensent, se contractent et se resserrent de manière à occuper un moindre espace et à diminuer de volume. Gela posé, Teiesio aurait dû faire voir comment et jusqu'à quel point cette double force et les deux mouvements qui en sont les effets peuvent dériver du chaud et du froid; enfin, jusqu'à quel point ces deux forces peuvent agir et ces deux mouvements avoir lieu indépendamment de ces deux causes. Ce philosophe a eu raison d'assurer d'avance que la rareté et la densité sont les effets propres et directs du chaud et du froid, qui sont réellement les deux principales causes de la dilatation et de la conlraction des corps.

Mais, s'ils sont les deux principales causes de ces changements de volume, ils n'en sont pas toutefois les seules causes, et cette assertion trop vague et trop générale n'est vraie qu'autant qu'on y joint quelques distinctions ou restrictions : car il est une infinité de corps qui, dans certains cas, se dilatant ou se contractant aisément et comme de bon gré , changent de forme constitutive , de mode essentiel et spécifique, et alors ne recouvrent plus leur volume naturel; mais qui, dans d'autres cas, en se dilatant et se contractant, conservent leur forme primitive et le volume qui leur est propre. Or, le mouvement progressif par lequel ces corps changent de volume dépend presque uniquement du chaud et du froid. Mais il n'en est pas de même du mouvement rétrograde par lequel ils recouvrent leur premier volume ; l'eau , par exemple , soumise à l'action de la chaleur et à sa force oxpansive, se dilate et se convf^rlit en air. Il en est de môme de l'huile et des autres sul>stances grasses que la chaleur convertit aussi en exhalaisons (en vapeurs onctueuses) et en flamme. Mais lorsque cette transmigration (conversion, transformation) est complète, ni les substances aqueuses, ni lessub-

Stances onctueuses ne font effort pour revenir à leur premier élat. Il en faut dire autant de Tair , qui , étant soumis à Taction de la chaleur, se dilate et occupe un plus grand espace. Mais si , dans le progrès dont nous parlons et par lequel ces substances changent de volume, elles ne font pour ainsi dire que la moitié du chemin , elles se rétablissent dès que la chaleur cesse et recouvrent le volume qui leur est propre, de manière toutefois que le chaud et le froid influent aussi quelque peu sur le mouvement rétrograde par lequel elles reviennent à leur état naturel et recouvrent leur volume primitif, au lieu que les corps distendus ou détirés, non par l'action de la chaleur, mais par celle d'une force mécanique, se rétablissent et recouvrent leur volunve naturel avec uno extrême promptitude sitôt que celte force cesse d'agir, sans que le froid ou la diminution de la chaleur ait aucune part à ce rétablissement. C'est ce qu'on observe lorsqu'après avoir évacué par voie de succion une partie de l'air renfermé dans un œuf de verre, on retire sa bouche; ou lorsqu'après avoir levé l'un des panneaux d'un soufflet on l'abandonne à llii-même : car dans la première expérience l'air rentre dans l'œuf, et dans la seconde le panneau levé retombe de lui-*mème mr l'autre. Mais ces effets de la propriété qu'ils démontrent sont beaucoup plus sensibles dans les corps solides et grossiers que dans l'air ou tout autre fluide : par exemple, pour peu qu'on détire une pièce de drap ou qu'on tende une corde avec force, l'une et l'autre se contractent et se rétablissent par une espèce de reaaaut sitôt que la force qui les a tendues ou détirées cesse d'agir. Il en est de même de la compression , l'air fortement comprimé et condensé dans une cavité s'échappant avec violence dès qu'il trouve une issue. De même , tous les mouvements mécaniques vulgairement qualifiés de violents, par exemple celui qu'un corps dur frappant un autre corps dur lui imprime, et celui des corps lancés à travers l'air ou l'eau , ne doivent être attribués qu'à l'effort que le corps frappé, comprimé ou lancé, fait pour se délivrer de la compression. Cependant on ne voit dans tous ces effets aucunes traces, aucuns vestiges de chaud ni de froid, leur influence y étant tout à fait nulle. Il serait inutile de répondre, suivant les principes du système de Telesio, que la nature a peut-être assigné et -approprié telle portion (proportion ou mesure) de chaud ou de froid à telle quantité de matière occupant tel espace, ou, ce qui est la même chose, ayant telle densité, distribution qui peut être l'effet d'une certaine analogie (entre la densité et le chaud ou le fVoid), et que cette supposition étant une fois admise, quoique dans la dilatation d'un corps il n'y ait aucune addition de chaud ou de froid,

cependanl, comme dans le nouvel espace qu'occupe ce corps il y a plus ou moins de matière qu'il ne faudrait à raison du chaud ou du froid qui s'y trouve, refTel est le mémo que si on eût ajouté ou ôlé une quanlilé proportionnelle de Tun ou de l'autre de ces deux principes. Mais une telle réponse, toute ingénieuse qu'elle est, ne ressemble que trop à celles que font ordinairement les philosophes, plus jaloux de ne jamais rester courts et de soutenir leur opinion que de connaître la nature et la réalité des choses; car si, après avoir comprimé ou étendu (distendu, détiré) les corps de cette espèce (élastiques), on les chauffe, puis on les refroidit suivant une proportion beaucoup plus grande que celle qui leur est propre (lorsqu'ils sont dans leur état naturel); par exemple, si, après avoir détiré avec force une pièce de drap, on la soumet à l'action du feu, cela n empochera point que son élasticité ne produise son effet ordinaire et qu'elle ne se rétablisse en recouvrant son premier volume : d'où il suit évidemment que le chaud ni le froid ne contribuent sensiblement à la propriété en vertu de laquelle telle espèce de corps a telle densité : et c'est pourtant la considération de cette propriété même qui est le principal fondement de l'hypothèse que nous examinons. Il est deux autres propriétés très-générales et très-connues qu'on ne peut non plus ramener aux principes du chaud et du froid , je veux parler de celles en vertu desquelles les corps tendent vers les plus grandes masses de leurs congénères (de leurs analogues) ; propriétés dont la plupart des philosophes n'ont eu qu'une idée fausse ou superficielle : par exemple, tes scolastiques, divisant tous les mouvements en deux espèces, savoir, en mouvements naturels et en mouvements violents, prétendent que les corps graves se portent naturellement de haut en bas, et les corps légers de bas en haut, et, après cette frivole distinction, ils se flattent d'avoir tout expliqué; mais au fond qu'est-ce que touOes ces expressions, la nature, l'art, la violence, etc. ? Ce ne sont que des abréviations purement verbales, nominales, et non de vraies explications. Ce n'était pas assez de qualifier de naturel le mouvement dont nous parlons, il fallait de plus déterminer l'espèce d'appétit ou d'affection (de force ou de tendance) qui en est la véritable cause; car il est une infinité d'autres mouvements qui dépendent de forces ou de tendances très-difi'érentes , et c'étaient ces différences mêmes qu'il aurait fallu saisir. De plus on pourrait observer à ce sujet que les mouvements qu'ils appellent violents devrait nt plutôt être qualifiés de naturels que celui auquel ils donnent cette qualification, en supposant toutefois qu'elle convienne mieux à celui qui, ayant le plus de force, a aussi des relations plus directes et

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plus étroite-^ avec la configuration (l'enseinblo, le systùnie) de l'uni vers; car le raouvement d'ascension et de descension (de bas en haut ou de haut en bas) dont il s'agit ici n'est rien moins que prédominant et universel , il no se fait sentir que dans certaines régions et cède à beaucoup d'aulres mouvements. Lorsqu'ils prétendent que les corps graves se portent de haut en bas, et les corps légers de bas en haut, c'est à peu près comme s'ils disaient que les cx)rps pesants sont pesants et que les corps légers sont légers ; car l'attribut de leur proposition se trouve renfermé dans son sujet, pour peu qu'on donne à ce dernier terme sa véritable signification. Cependant, si par cette dénomination de corps graves ils désignent les corps denses, et par celle de corps légers les corps rares, ils font à la vérité quelques pas de plus vers le but, mais alors ils s'en tiennent à un simple mode concomitant au lieu de chercher une cause proprement dite. Quant à ceux qui, pour rendre raison du mouvement des corps pesants et de celui des corps légers, prétendent que les premiers tendent vers le centre de la terre, et les derniers vers la région céleste, ou, ce qui est la même chose, vers la circonférence, ils disent quelque chose de plus positif et ils indiquent du moins une cause quelconque, mais ils ne montrent pas la véritable; et ils manquent tout à fait le but, car un lieu n'est point un être réel qui puisse avoir une force déterminée et exercer une action : un corps ne peut être mis en mouvement ou modifié d'une manière quelconque que par un autre corps , et tout corps tendant à occuper la place qui lui convient tend à se placer, non dans tel lieu absolu , mais dans telle situation relativement à tel autre corps dont l'action le met en mouvement et avec lequel ensuite il forme une nouvelle combinaison.

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