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décourager, mais même pour trancher d'un seul coup tous les nerfe de rindustrie, et la porter à renoncer même à la faible ressource des heureux hasards de Texpérience : car, au fond, quel peut être leur but, sinon de persuader qu'il ne manque plus rien à leur art, et qu'il est suffisamment perfectionné, donnant tout à la gloriole et s'efforçant, avec une coupable adresse, de faire accroire que ce qui n'a point encore été trouvé ou compris est introuvable ou incompréhensible I Q^/d si quelqu'un d'entre eux, s'évertuant un peu plus, a la noble ambition de s'illustrer par quelque découverle , vous le verrez presque toujours ne s'attacher qu'à un seul genre d'invention très-borné, et ne rien chercher au delà ; ce sera, par exemple, la nature de l'aimant, ou la cause du flux et reflux de la mer, ou le vrai système céleste, ou d'autres sujets de cette nature qui leur paraissent avoir je ne sais quoi de mystérieux et n'avoir pas été approfondis avec succès. Est-il rien cependant de moins judicieux que de rechercher la' nature (l'essence) d'une chose dans cette chose même, quoiqu'il soit aisé de voir que telle nature , qui dans certains sujets parait mystérieuse et enveloppée, se développe et se manifeste dans d'autres, où elle est très -sensible et comme palpable; qu'ici elle étonne, et là n'excite pas même l'attention ? Telle est la nalure de la consistance, qu'on ne daigne pas considérer dans le bois ou la pierre , et que dans ces substances on s'imagine expliquer par ce mot de solide, au lieu de faire à ce sujet ^une recherche expresse sur la tendance de ces corps à éviter la séparation de leurs parties et la solution de leur continuité ; tandis qu'on la remarque seulement dans les bulles qui se forment à la surface de l'eau et où la cause la plus cachée semble plus digne d'attirer les regards du génie : bulles qui s'enveloppent de certaines pellicules, et qui aiîectenl d'une manière assez curieuse une figure hémisphérique , en sorte qu'elles évitent ainsi un instant la solution de continuité.
Or, la nalure de ces choses mêmes; qui dans certains corps semble cachée , devenant sensible dans d'autres , au point d'en paraître commune et triviale , il est clair que cette nature ne se laissera jamais apercevoir tant que l'on bornera ses expériences et ses méditations aux sujets de la première espèce. Généralement parlant, pour obtenir parmi nous le titre d'inventeur, c'est assez de décorer les choses inventées depuis long-temps, de leur donner une forme plus élégante et un certam tour, ou encore d'en faire une application plus commode au;^ usages de la vie , ou même de les exécuter dans des dimensions extraordinaires, soit plus grandes, soit plus petites. Ainsi cessons d'être étonnés qu'on ne voie point se produire au grand jour des inventions plus nobles et plus dignes
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en genre bomirin. Eh ! en peut-rl être autrement dans un temps où Ton voit lefi hommes s'attacher avec une ardeur puérile à je Tie sais <;uelie6,entreprisies petites et mesquines, et, ce qui est pis encore, s'imaginer, quand ils y réussissent, avoir poursuivi ou atteint quetque chose de vraiment grand ?
LXXXIX. Mais ce qu'il ne faut pas non plus oublier, c'est que la philosophie natareile, dans tons les temps, a eu en tête on adversaire fort tracassier et fort pointilleux. Cet emienri , c'est la supep- «titioa, c'est le zèle aveugle et immodéré pour la religion. Car nous voyons d'al»ord que, chez les Grecs, ceux qui les premiers se hasardèrent à assigner les causes naturelles de la foudre et des tem* pètes furent, sous ce prétexte, accusés d'impiété et dirrévérencé «»ver8 les dieux ; et nous voyons aussi que les premiers pères de l'Élise ne firent pas un meilleur accueil à ceux qui, d'après des démonstrations très-certaines et qu'aucun homme de sens n'oseraft combattre aujourd'hui, soutenaient que la terre est de figure sphérîqne , et qu'en conséquence il doit y avoir des antipodes. '
Nous pouvons même dire que de nos jours on s'expose plus que laamis «a avançant de telles assertions sur la nature. La faute en est aux sommes et aux méthodes des théologiens scolastiques , qui ont assez bfen rédigé la théologie (eu égard du moins à ce qu'ils pouvaient en ce genre], Payunt réunie en un seul corps et réduite en art ; d'oà il est résulté que la philosoplhie contentieuse et épineuse d'Aristote s^est mêlée beaucoup plus qu'il n'aurait fallu au «orps de la religion.
Il est un autre genre d'ouvrages tendant au même but, mais par une autre Voie; ce sont les dissertations de ceux qui n'ont pas craint ée déduire des principes et des autorités des philosophes la vérité de la religion chrétienne, et qui ont prétendu, en l'appuyant sur une telle base , lui donner plus de solidité , célébrant avec autant de pompe et de solennité qu'un mariage légitime l'union illicite de la foi et des sens, ehatouFliant les esprits par l'agréable variété des matières ou des expressions, et alliant toutefois les choses divines avec les choses humaines , deux sortes de sujets peu faits pour se trouver ensemble dans un même ouvrage. Or, observez que, dans tous ces écrits où l'on mêle la théologie avec la philosophie, on ne fait entrer que ce qui appartient à la philosophie reçue depuis long-4emps. Quant aux découvertes nouvelles et aux améliorations, non-seulement on les en exclut, mais même on les en bannit expressément.
Enfin , vous reconnaîtrez que l'impérilie de certains théologiens a presque entièrement fermé l'accès à toute philosophie, même
corrigée. Les uns ^ d'assez bonne foi , craignent un peu que ces recherches si approfondies ne passent les limites prescrites par la discrétion et la prudence ; et cette crainte vient de ce que, traduisant à leur manière et tordant indignement les passages de l'Écris ture-Sainte qui ont pour objet les divins mystères seulement, et ne d'adressant qu'à ceux qui veulent scruter les secrets de Dieu même, ils appliquent ces passages aux mystères de ia nature qu'il n'est point défendu de vouloir pénétrer, et qui ne sont point sous l'interdit. D'autres» plus rusés et qui y pensent à plus d'une fois, trouvent au bout de leurs calculs que si les causes et les moyens restaient inconnus, il serait plus aisé de tout mettre sous la main et sous la verge divine; disposition qui, selon eux, importe fort à la religion; mais tenir un tel langage c'est vouloir gratifier Dieu par le mensonge i. D'autres encore craindraient que par la force de l'exemple les mouvements et les innovations qui pourraient avoir lieu dans la philosophie ne se communiquassent à la religion, et ne finissent par y occasionner une révolution. D'autres enfin semblent craindre qu'au bout de toutes ces recherches sur la nature on ne rencontre tôt ou tard quelque fait ou quelque principe qui vienne à renverser la religion, ou du moins à l'ébranler, surtout dans l'es^ prit des ignorants. Mais ces deux dernières craintes ont je ne sais quoi qui ressemble à la manière de raisonner des animaux. II semble que ces gens-là. dans le plus secret de leurs pensées, dénotent un peu de la vérité de la religion et de l'empire de la foi sur les sens ; et voilà sans doute pourquoi la recherche des vérités qui ont pour objet les opérations de la nature leur paraît si dangereuse. Mais aux yeux de tout homme qui a sur ce sujet des idées saines, la philosophie naturelle est, après la parole de Dieu, le préservatif le plus sur contre la superstition et l'aliment de la foi le mieux éprouvé. Aiitsi c'est avec raison qu'on la donne à la religion comme la suivante la plus fidèle qu'elle puisse avoir, l'une manifestant la volonté de Dieu et Tautre sa puissance. Un personnage sans doute qui ne s'abusait pas lui-même, c'est celui qui a dit : «Vous vous abusez, ignorant les Écritures et la puissance d'un Dieu ; » mariant ainsi et unissant par un lien indissoluble l'information sur la volonté de Dieu à la contemplation des effets de 'sa puissance. Au reste, doit-on s'étonner de voir les progrès de la philosophie arrêtés lorsqu'on voit la religion passer ainsi et être comme entraînée du côté opposé par l'imprudence et le zèle inconsidéré de certaines gens? XC. Et ce n'est pas tout ; dans les coutumes et les instilulions
1. Allusion à ces mots de l'Écriture : « Numqvid Deusindigel veslro mendaciof n
Job, XIII, V. 7.