‹ Œuvres de BaconChapitre 24 sur 170 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

attendu qtre ces farts et cette inélhode ne sont rien moins que de simples espérances, mais en quelque n>anière la chose même). Néanmoins, afin tïe ne rien préciprter, fidèle au plan que nous nous sommes fait, nous continuerons à préparer les esprits; préparation dont les ffiOtife d'espérance que nous allons exposer tje sont point là moindre partie : car, ce* motifs étés, tout ce que nous potirrions dire tnv te sujet servirait plutôt à affliger les hommes en pure perte , c'est-à-dirè à les forcer de rabattre prodigieusement du prix excessif qu'ils attachent à ce qu'ils possèdent déjàj elt à les en dégoûter, à leur faire apercevoir et sentir pins vivement te malheur trop réel de leur condition, qu'à ranimer leur courage et à aignilfonner leur industrie par rapport à l'expérience. Il est donc temps d'exposer les conjectures et les probabilités sur fesqiielleg nous tondons nos espérances. Eh quoi nous suivrons l'exemple de Christophe Colomb, qui, avant d'entreprendre sa navigation fameuse dans l'océan atlantique , commença par proposer les raisons d'après lesquelles $1 se âattait de découvrir de nouvelles terres et uii nouvMU continent; raisons (pli, ayant été d'abord rejetées, maïs ensuite confirmées par l'expérience, furent ainsi le principe et la source des plus grandes choses.

XCIIT. C'est dans Dieu même que nous devons chercher notre premier motif d'espérance; car l'objet auquel nous aspirons tt'étant (^s moins que le plus grand des biens, il est clair qu'il né faut le chercher qu'en Dieu seul , vrai principe de tout bien et source de toute vraie lumière. Or, dahs les opérations divines , les commencements, quelque faibles qu'ils puissent paraître, oht néanmoins toujours un effet certain, et ce qui a été dit des choses spirituelles, que « le règne de Dieu arrive sans qu'on s'en aper* çoive, 9 a également lieu dans toute grande opération de la divine providence; tout y marche sans bruit, s'y fait sans qu'on le sente, et l'œuvre est entièrement exécutée avant que les hommes se soient persuadés qu'elle se faisait ou qu'ils y aient fhit attention. Il né faut pas non plus oublier cette prophétie de Daniel , touchant les derniers temps de la durée du monde t « Grand nombre d'hommes passeront, et la science se multipliera ; » prophétie ddnt le sens manifeste est qu'il est arrêté dans les destinées, c'est-ô-dire dans les décrets de la divine providence, que cette découverte des régions inconnues, qui par tant de navigation de long cours est déjà totalement accomplie ou s'accomplit actuellement même ; que cette découverte , dis~je , et les grands progrés dans led sciences auront lieu à la même époque.

XCIV. Vient ensuite le puissant motif d'espérance qui se tire de

la connaissance des erreurs du temps passé et des tentatives inu-^ tiles faites jusqu'ici. Quelle plus sage représentation que celle qu'adressait à ses concitoyens certain politique au sujet de leur mauvaise administration? a Ce qui est pour vous, ô Athéniens ! un sujet d'atïliction et de désespoir quand vous tournez vos regards vers le passé, deviendra , sitôt que vous les tournerez vers Tavenir, un motif de consolation et d'espérance : car si, ayant rempli tous vos devoirs et usé de toutes vos ressources, vous n'eussiez pu néanmoins réparer vos pertes multipliées, ce serait alors seulement que, n'ayant plus même l'espoir d'un mieux et que vos maux étant désormais sans remède, vous auriez tout lieu de perdre entièrement courage et de désespérer ainsi de la république ; mais comme vous ne pouvez justement attribuer à la seule force des choses et au seul ascendant irrésistible des circonstances les malheurs trop réels qui vous abattent, et ne devez les imputer qu'à vos propres fautes , cette considération même est ce qui doit vous remplir de confiance et vous faire espérer qu'en évitant ces fautes ou en les réparant vous vous élèverez de nouveau à cet état de splendeur et de force dont vous êtes déchus. » De même, si durant tant de siècles les hommes , ayant suivi constamment dans la culture des sciences la vraie route de l'invention, n'y eussent fait aucun progrès , ce serait alors présomption et témérité que d'espérer pouvoir en reculer les limites. Mais les hommes s'étant mépris dans le choix de la route même, et ayant consumé toute leur activité dans les sujets qui devaient le moins les occuper, il s'ensuit que le fort de la difficulté n'est point dans les choses mêmes et ne dépend point de causes, sur lesquelles nous n'ayons aucune prise, mais qu'elle est seulement dans l'esprit humain, dans l'usage et l'application qu'on en fait ordinairement, inconvénient qui n'est rien moins que sans remède. Il est donc utile d'exposer les fautes commises; car autant il y a eu d'erreurs dans le passé , autant nous reste-t-il de motifs d'espérance. Or, ce sujet que nous allons traiter, nous l'avons déjà légèrement louché. Cependant nous croyons devoir le reprendre, mais en peu de mots, dans un style simple et sans art.

XCV. Les philosophes qui se sont mêlés de traiter les sciences se partageaient en deux classes , les empiriques et les dogmatiques. L'empirique , semblable à la fourmi , se contente d'amasser et de consommer ensuite ses provisions. Le dogmatique, tel que l'araignée, ourdit des toiles dont la matière est extraite de sa propre substance. L'abeille garde le milieu : elle tire la matière première des fleurs des champs et des jardins ; puis , par un art qui lui est propre , elle la travaille et la digère. La vraie philosophie fait

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