LIVRE PREMIER. et
GVIM. Telles étaient les mdtcations que nous avions à donner sur les Bioyens de guérir le désespoir et de faire renaître t'espérance en bannissant à jamais les erreurs du temps passé ou en les oorrigeaot. Voyons «etuellement s'il ne nous reste point encore quelque autre motif d'espéranee. Le premier qui se présente, c*esit celui-ci : si une infinité de choses utiles ont pu se présenter aux liommes, quoiqu'ils ne les cherchassent pas, qu'ils fussent occupés de tout autre chose , et qu'ils les aient reneonlrées comme par hasard , qui peut douter que s'ils les cherdhaient à dessein et s'ils procédaji€»t avec okéfibode et «me ceitaine suite, non par élans et par sauts, ils ne fissent beaucoup plus de découvertes; car bien qu'il puisse arriver deux ou trois fois que tel rencontre enfin par hasard ce qin lui avait échaf^pé lorsqu'il le cherchait avec effort et de dessein prémédité, c^ependanC, à oonsidéper ia totaHté des événements, c'est le contraire qui doit arriver. Ainsi, veut-on faire des déeoqvertes, et en plus grand nombre et plus utiles, et ô de Bkoindres intervalles de temps , c^est ce qu'où doit naturdlemeot attendre plutôt de la raison, d'une. industrieuse activité, d'une Judieieuae méthode , que eu hasard^ de l'instinct des aniomux, et d'autres causes semblables qui ont été jusqu'ici la source de la plupart <des inventions.
GIX. Un autre motif qui pourrait faire nattre encore quelque espérance, «'est que bien des choses, déjà connues, sontde tdie nature qu'avant qu'elles fussent découvertes il était difficile d'en avoir même le simple soupçon. Que dis-jet on les eût regardées comme impossibles, méprisées comme telles ; car les hommes jugent ordinairanent des choses nouvelles par comparaison avec les anciennes, auxquelles il les assimilent, et diaprés leur imagination, qui en e^ toute remplie , tout imbue : conjectures d'autant plus trompeuses que la plupart de ces découvertes qui dérivent des sou«)es mêmes des choses n'en découlent point par les ruisseaux ordinaires et connus.
Par exemfde, si quelqu'un, avant l'invention de la poudre à ca^ non et de l'artillerie, eût paHé ainsi : « On a inventé une machine par le moyen de laquelle on peut , de la {dus grande distance , ébranler, renverser même le» murs les plus épais et ruiner quelque fortification que ce puisse être, » on eût d'abord pensé à ces machines de guerre qui sont animées par des poids ou des ressorts , par exemple à quelque nouvelle espèce de bélier , et l'on eût pris peine à imaginer une infinité de moyens pour en augmenter la force et en rendre les coups plus fréquents. Mais cette espèce de* vent ou de souille igné, cette substance qui se dilate et se débonde
avec tant de violence et de promptitude, on se fût d'autant moins avisé d'y penser qu'on n*en connaissait aucun exemple, qu'on n'a^ vait aucune analogie qui pût y conduire, si ce n'est peut-être les tremblements de terre et la foudre ; deux phénomènes qu'on eût rejetés bien loin de sa pensée, les regardant comme deux grands secrets de la nature et deux opérations inimitables.
De môme si, avant la découverte de la soie, quelqu'un eût tenu un tel discours : « On a découvert une certaine espèce de fil dont on peut faire toutes sortes de meubles et de vêtements; fil beaucoup plus fin que tous ceux qu'on fait avec le lin ou la laine, et qui pourtant a beaucoup plus de force, de moelleux et d'éclat. » Mais d'imaginer qu'un chétif vermisseau puisse fabriquer un tel fil et le fournir en si grande quantité ; enfin , que ce travail se renouvelle tous les ans ; qui s'en fût jamais avisé? Que si, de plus, la même personne eût hasardé quelques détails plus positifs sur ce ver même, on l'eût tournée en ridicule et prétendu qu'elle voulait parler de quelque nouvelle espèce d'araignée qui filait ainsi et à laquelle elle aurait rêvé.
De même si, avant l'invention de la boussole, quelqu'un eût dit qu'on avait inventé un instrument à l'aide duquel on pouvait distinguer et déterminer avec exactitude les pôles de la sphère céleste et les différentes situations des astres, on se serait d'abord imaginé qu'il ne s'agissait que de certains instruments d'astronomie construits avec plus d'exactitude et de précision. A force de tourmenter son imagination , on eût trouvé mille moyens pour arriver à ce but ; mais qu'il fût possible de découvrir une telle espèce de corps dont le mouvement s'accordât si bien avec celui des corps célestes, et qui ne fût pas lui-même un corps céleste, mais seulement une substance pierreuse et métallique, c'était ce qui eût semblé tout à fait incroyable. Ces découvertes pourtant avaient long -temps échappé aux hommes, et ce n'est point à la philosophie ou aux sciences de raisonnement qu'on les doit, mais au hasard, à l'occasion ; et, comme nous l'avons déjà dit , elles sont si hétérogènes et si éloignées de tout ce qui était déjà connu qu'aucune espèce de prénotion et d'analogie ne pouvait y conduire.
Il y a donc tout lieu d'espérer que la nature renferme encore dans son sein une infinité d'autres secrets qui n'ont aucune analogie avec les propriétés déjà connues, mais qui sont tout à fait hors des voies de l'imagination. Nul doute qu'elles ne se fassent jour à travers le labyrinthe des siècles , et que tôt ou tard elles ne se produisent à la lumière, comme celles qui les ont précédées ont paru dans leur temps ; mais par la roule que nous traçons, on pourrait