LIVRE DEUXIÈME
puissants effets que Tart pourrait exécuter en un moment ce que la nature ne fait que par de longs détours et à force de temps? C'est sur quoi jusqu'ici nous n'avons aucun indice. Or ce même amour de la vérité, qui, dans les choses réelles et solides, fait que nous allons toujours jusqu'au bout et aspirons à ce qu'il y a de plus élevé , fait aussi qu'ayant une perpétuelle aversion pour tout ce qui respire la présomption et la vanité , nous l'attaquons toujours avec toutes nos forces réunies et tâchons de le ruiner à jamais.
LU. Nous terminerons ici ce que nous avions à dire sur les prérogatives des faits ou exemples. Nous devons avertir, en finissant, que notre Organum n'est qu'une simple logique , et non un système de philosophie. Cependant, le but de cette logique étant de diriger l'entendement et de lui apprendre, non à s'accrocher, pour ainsi dire, à de vaines abstractions et à poursuivre des chimères, comme la logique vulgaire , mais à anatomiser la nature , à découvrir les vraies propriétés des corps, leurs actions et leurs lois bien déterminées dans la matière, en un mot à acquérir une science qui ne découle pas seulement de la nature de l'esprit, mais aussi de la nature même des choses, on ne doit pas être étonné de voir cet ouvrage semé et enrichi d'observations, d'expériences et de vues qui appartiennent à la science de la nature, et qui, en éclaircissant nos préceptes, sont comme autant de modèles de notre marche philosophique.
,0r ces prérogatives des faits ou exemples, comme on l'a vu, sont comprises sous vingt-sept noms, savoir : i® les exemples solitaires , i° les exemples de migration , 3® les exemples ostensifs , 4° clandestins, 5® constitutifs, ô*» conformes, 7® monodiques, 8° les exemples de déviation , 9*» de limite , 4 0° de puissance , \\° d'accompagnement, 12® d'exclusion, i 3® les exemples subjonctifs, 44<>les exemples d'alliance, 4 5° les exemples de la croix, 4 6*» de divorce, 47° de la porte, 48° de citation, 49® de route ou de passage, 20° de supplément, 24° de dissection, 22® de radiation, 23® de cours, 24® les doses de la nature, 25° les exemples de lutte ou de prédominance, 26® les exemples polychrestes, enfin 27® les exemples magiques.
Or voici en quoi consiste l'utilité de ces exemples et leur avantage sur les exemples ordinaires. En général ils ont pour objet ou la partie informalive (la théorie), ou la partie opérative (la pratique). Quant à la partie informative, ils prêtent secours ou aux sens ou à l'entendement : aux sens, comme les cinq classes d'exemplesde la lampe; à l'entendement, ou en accélérant l'exclusive de la forme, comme les solitaires; ou en resserrant dans un plus petit espace et indiquant de plus près l'aSirmative de la forme , comme
les exemples de migralion, les exemples ostensifs et cebx de concofnitance, joints aux exemples subjonctifs; oii en élevant l'enteildettiëht ël le conduisant aux genres , aux natures communes , soit immédiatement, comme les exemptes clandestins, mofiodiqûes et &aîlianc^; soit par l'iiidication des classes immédiatement inférieures, comme les exemples constitutifs; Soit enfin par l'indicatiort des espèces dii dernier ordre, comme les exemples conformes; oti en fectifiatit l'entendement et le dégageant des entraves de rhâbitUdë, cotnme leé exemple^ déviants; oii en le cdhduisànt à la grande forme, c*est-à-di^e â la conhaissaiice de ta CotistitUtioii et de la striiclure de Tunivers, cotnttie les etMpteê litnîltophês ; dU enfin en le mettant en garde contre les fausses formés et les causes itnôginaires, comme les exemples de la croix et de dii^otce. Quant aux exemples qui se rapportent à la partie ôpérative, letit^ avantage est de mëtt^e sur la voie de la pratique, ou de déternîiJief les mesurés, ou de faciliter Texécutiori. Ils mettent sur la voie de là pratique , soit en montrant par où il faut comînencer et einpêchant d'entreprendre ce qui a déjà été exécuté, comme M exemples de puissance; soit eil indiqtiiànt ce à quoi Ton peut aspirer, eu égard adx moyens dont ou dispose, comme les exefHpleà indicatif^. Ils déterminent les mesures , comme ces quatre classes d'exemples que iious avons qualifiées de mathématiques. Eilflh ils facilitent l'exécution , comme les exemples polychrestes et magiqUëÉ, De plus, parmi ces vingt-sept classes. d'eacewpies, il en est dont il faut se pourvoir et faire une collection dès le commencement, sans attendre qu'on en soit à la recherche spéciale de la forme dé telle ou telle nature. De ce genre sotit les exemples monodiques, iê conformité i de déviation, limitrophes, de puissance, de la porte, indicatifs, polychirestes et magiques. Car les exemples dé cette nature appuient, dirigent ou rectifient les sens et l'entendement, où, en général , facilitent Texécution en enrichissant la pratique de nouveaux moyens et de nouveaux procédés. Quant aux autres espèces d'exemples ; il sera temps dé les rassembler lorsque nous dresserons des tables de comparution, pour appliquer la méthode d'interprétation à telle nature particulière dont nous chercherons la forme ou eadse essentielle. Les exemples doués et, pour ainsi dire, décorés de ces prérogatives, étant combinés avec les exemples vulgaires, eh sont, pour ainsi dire, l'âme ; et, comme nous l'avons dît en commençant , ùri petit nombre de ces exemples choisis tieni lied d'une tiiultitude d'exemples pris au hasard. Ainsi , lorsqu'il sei*à question de la composition des tables, on n'épargnera aucun soin pour tnultiplier ces exemples et les ranger avec ordre dans béè
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tables. Il faudra aussi leur donner place dans les ouvrages suivants, où ils ne seront pas moins nécessaires. Ainsi nous devions faire marcher en avant l6 traité doht ceâ eiiem^^tei fbnt le éiijet.
Maintenant arrivons * aux appuis et aux rectifications de Vinduc" iion, puis aux conereto^ m pi'Ojgrés ebehi, à la fMdliire cachée, et successivement aux autres points indiqués dans Taphorisme XXI , afin que, comme des tuteurs probes, fidèles, nous rendions compte aux hommes de l'état de leur fortune après l'émancipation de leur intelligence, et au moment où ils sont arrivés à majorité. De cette situation dans laquelle ils vont 6è trdlivef placés résultera nécessairement Famélioration de l'état des hommes, et, comme conséquence nécessaire ^ aussi l'accroissemenl de leurs pouvoirs sur la nature. L'homme, en effet, en tombant de son état d'innocence, s'est laissé détrôner de sa souveraineté sur les créatures. Il peut en partie recouvrer Tuée et l'autre dans cette vie : i'iiinoeence , par la religion et la foi ; la puissance, par les arts et les sciences. La malédiction qui a frappé les hommes n'a pas, en effet, rendu la création complètement rebelle ; mais, en vertu de cet arrêt : « tu mangeras ton pain à la sueur de ton front , n c'est bsfr des tfâtëux multipliés, et ndn certes par dé vttines disptites oti d'dsiedâes cé^é^ moules magii^beâ, (Juë la cféatiôtt sera httèé de fdtil^nir â l'hotiirtie son paiti, c*est-à-dlre de Venir sô plier à tous les ùwgesl de la vie humaine.