‹ Œuvres de Balzac (volume 2)Chapitre 2 sur 55 · CLOTILDE DE · texte numérisé non relu

CLOTILDE DE

A CCS mois terribles, l'intendant ne doute pas qu'Enguerry ne soit en embuscade. Ils'écrie: aMonsei-^neur, ayez pilié de moi !... J'avais biendit qu'il m'arriverait malheur!... Grâce !...

— Terme!... xi... xi . xi!

— Hé bien, continua Bombans, je vous donnerai mille besans de rançon. Hélas , ils ne sont pas à moi, je n'ai rien à moi... mais je les emprunterai...

— Xi, xi, allez mes amis, ferme en selle... L'intendant, abattu par la peur, se coule à bas

de son cheval et se met à genoux : Grâce ! repritil... Sa frayeur fut vive mais courte , car il vit passer Kéfalein qui , monté sur Vol-auvent , faisait manœuvrer sept à huit chevaux, afin de créer au prince une cavalerie provençale.

— lié bien , Bombans, ce n'est pas l'heure de matines...

— Monseigneur, je suis tombé de cheval.

— Mauvais écuyer!... A ces mots prononcés avec le ton du plus souverain mépris , le connétable s'éloigna au grand galop.

L'intendant remonta sur sa pauvre bête et continua son chemin. Une idée vint l'illuminer d'un trait de feu, et s'applaudissant de son génie, il pressa son cheval et fut bientôt près du Juif. On va voir si Hercule Bombans s'entendait en flnance.

— Êtes-vous Juif? demanda-t-il brusquement à un homme, dont les yeux étaient attachés sur les tours de Casin-Grandcs.

— Hélas oui!... répondit Nephtaly de sa douce voix.

— Eh bien, misérable ennemi du Sauveur, le prince l'accorde un asile à deux conditions : la première, que tu n'approcheras jamais à plus de dix pieds du château; si l'on te trouve à neuf, tu seras immédiatement pendu. Ici la voix de Bombans s'altéra, car jamais il ne prononçait ce mol bien distinctement. La seconde condition, reprit-il, est que lu vas lui payer par les mains de son intendant, et ce, sans quittance aucune, mille livres tournois, pour son secours et sa protection qui ne le manqueront jamais... Paie et entre sur nos terres !...

— Comment les donncrais-je?... répondit le Juif d'un ton lamentable, j'ai été pillé ce malin, et je n'ai plus rien!...

— Sangsue, veux-tu vite les compter !... Ce ne sera qu'une restitution de tes usures... Ce n'est pas que je condamne l'usure.... mais , vous autres Juifs, vous en prenez trop et gâtez le métier... Ainsi paie!...

— Il faut donc quitter ces lieux!... Et Nephtaly fit un pas.

L'intendant, embarrassé par les ordres du prince, et craignant qu'il ne s'en allât, s'efforça de le retenir par ces terribles paroles : « Tu veux donc mourir en prison ? Monseigneur m'a ordonné de l'y mettre,

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