‹ Œuvres de Balzac (volume 3)Chapitre 104 sur 157 · CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE

Pendant le déjeuner, auquel Calysle fut convié, la marquise, dont les sentiments étaient nobles et

fiers, avait déjà fait un retour sur elle-même, en étouffant les germes d'amour qui croissaient dans son cœur. Elle fut non pas froide et dure pour Calysle, mais d'une douceur indifférente qui le navra. Félicité mit sur le tapis la proposition d'aller le surlendemain faire une excursion dans le paysage original compris entre les Touches, le Croisic et le bourg de Batz. Elle pria Calyste d'employer la journée du lendemain à se procurer une barque et des matelots en cas de promenade sur mer. Elle se chargeait des vivres, des chevaux et de tout ce qu'il fallait avoir à sa disposition pour (Mer toute fatigue à cette partie de plaisir. Béatrix brisa net en disant qu'elle ne s'exposerait pas à courir ainsi le pays. La figure de Calyste, qui peignait une vive joie, se couvrit soudain d'un voile.

— Et que craignez-vous, ma chère? dit Camille.

— Ma position est trop délicate pour que je compromette, non pas ma réputation, mais mon bonheur, dit-elle avec emphase en regardant le jeune Breton. Vous connaissez la jalousie de Conli; s'il savait...

— Et qui le lui dira?

— Ne reviendra-t-il pas me chercher?

Ce mot fit pâlir Calyste. Malgré les instances de Félicité, malgré celles du jeune Breton, madame de Rochcgude fut inflexible , et montra ce que Camille appelait son entêtement. Calyste, malgré les espérances que lui donna Félicité, quitta les Touches en proie à un de ces chagrins d'amoureux dont la violence arrive à la folie. Revenu à l'hôtel du Guénic, il ne sortit de sa chambre que pour diner, et y remonta quelque temps après. A dix heures, sa mère inquiète vint le voir, et le trouva griffonnant, au milieu d'une grande quantité de papiers biffés et déchirés. Il écrivait à Béatrix, il se défiait de Camille. L'air qu'avait eu la marquise pendant leur entrevue au jardin, l'avait singulièrement encouragé. Jamais première lettre d'amour n'a été, comme on pourrait le croire, un jet brûlant de l'âme. Chez tous les jeunes gens que n'a pas atteints la corruption, une pareille lettre est accompagnée de bouillonnements trop abondants, trop multipliés, pour ne pas être l'élixir de plusieurs lettres essayées, rejetées, recomposées. Voici celle à laquelle s'arrêta Calyste et qu'il lut à sa pauvre mère étonnée. Pour elle, cette vieille maison était comme en feu, l'amour de son fils y flambait comme la lumière d'un incendie.

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