PROMENADE AU CROISIC
On arrivait à la fin du mois d'août, le ciel était d'une pureté magnifique. A l'horizon, l'Océan avait, comme dans les mers méridionales, une teinte d'argent en fusion , et près du rivage papillotaient de petites vagues. Il y avait une espèce de fumée brillante produite par l'excès de la chaleur. Les rayons du soleil tombaient d'aplomb sur les sables et y pro-
béatrix ou les amouks forcés.
duisaient une atmosphère au moins égale à celle des tropiques. Aussi le sel fleurissait-il en petits œillets blancs à la surface des mares. Les courageux pnludiers , velus de blanc précisément pour résister à l'action du soleil , étaient dès le matin tous à leur poste, armés de leurs longs râteaux, appuyés sur les petits murs de boue qui séparent chaque propriété, regardant le travail de cette chimie naturelle à eux connue dès leur enfance. Quelques-uns avaient avec eux leurs petits gars et leurs femmes. Les dragons verts appelés douaniers Gainaient leurs pipes tranquillement. Le baron et la baronne avaient pris le prétexte de venir voir comment allait la récolle de sel, et ils étaient sur la jetée admirant ce silencieux paysage où la mer faisait seul entendre le mugissement de ses vagues en temps égaux. La ceinture verte de la terre cultivée produisait un effet magique.
— Hé bien, mes amis, j'aurai vu l'Océan et les marais de Guérande encore une fois avanl de mourir, dit le baron à des paludiers qui se groupèrent à l'entrée des marais pour le saluer.
— Est-ce que les du Guénie meurent! dit un paludier.
En ce moment, la caravane partie des Touches arriva dans le petit chemin. La marquise allait seule en avanl, Calysle et Camille suivaient en se donnant le bras. A vingt pas en arrière venait Gasselin.
— Voilà ma mère et mou père , dit le jeune homme à Camille.
La marquise s'arrêta ; madame du Guénie éprouva la plus violente répulsion en voyant Béatrix , qui cependant était merveilleusement mise : un ch 1peau d'Italie orné de bluels et à grands bords, ses cheveux crêpés dessous , une robe d'une étoile écrue de couleur grisâtre , une ceinture bleue à longs bouts flottants , enfin un air de princesse déguisée en bergère.
— Elie n'a pas de cœur, se dit la baronne.
— Mademoiselle, dit Calyste à Camille, voici madame du Guénie et mon père. Puis il dit au baron et à la baronne : — Mademoiselle des Touches et madame la marquise de Rochegude , née de Castéran , mon père.
Le baron salua mademoiselle des Touches, qui fit un salut humble et plein de reconnaissance à la baronne.
— Celle-là, pensa Fanny, aime vraiment mon fils, elle semble me remercier d'avoir mis Calysle au monde.
— Vous venez voir , comme je le fais, si la récolte sera bonne, mais vous avez de meilleures raisons que moi d'êlre curieuse, dit le baron à Camille, car vous avez là du bien, mademoiselle.
— Mademoiselle est la plus riche de tous les pro-
priétaires, dit un de ses paludiers, et que Dieu la conserve , elle est bonne dame.
Les deux compagnies se saluèrent et se quittèrent.
— On ne donnerait pas plus de trente ans à mademoiselle des Touches, dit le bonhomme à sa femme. Elle est bien belle. El Calyste préfère cctle haridelle de marquise parisienne à celle excellente fille de Bretagne?
— Hélas ! oui , dit la baronne.
Une barque attendait au pied de la jetée, où rembarquement se fit sans gaieté. I,a marquise était froide et digne. Camille avait grondé Calyste sur son manque de foi , en lui expliquant l'état dans lequel étaient ses affaires de cœur. Calyste, en proie à un désespoir morne, jetait sur Béatrix des regards où l'amour et la haine se combattaient. Il ne fut pas dit une parole pendant le court trajet de la jetée de Guérande à l'extrémité du port du Croisic, endroit où se charge le sel que des femmes apportent dans de grandes terrines placées sur leurs tètes , et qu'elles tiennent de façon à ressembler à des cariatides. Ces femmes vont pieds-nus, n'ont qu'une jupe assez courte, cl beaucoup d'entre elles laissent insoucicusement voltiger les mouchoirs qui couvrent leurs bustes; plusieurs n'ont que leurs chemises. Le petit navire danois achevait sa cargaison. Le débarquement de ces deux belles personnes excila la curiosité; mais Camille s'élança vivement vers les rochers, en laissant Calyste et Béatrix ensemble. Gasseiin mil entre son maître et lui une dislance d'au moins deux cents pas.
Du côté de la mer , la presqu'île du Croisic est bordée de roches granitiques dont les formes sont si singulièrement capricieuses qu'elles ne peuvent être appréciées que par les voyageurs qui ont été mis à même d'établir des comparaisons entre ces grands spectacles de la nature sauvage. Peut être les roches du Croisic ont-elles sur les choses de ce genre la supériorité accordée au chemin de la grande Charireuse sur les autres vallées étroites. Ni les côtes de la Corse où le granit offre des récifs bien bizarres, ni celles de la Sardaigne où la nalure s'est livrée à des effels grandioses et terribles, ni les roches basaltiques des mers du Nord n'ont un caractère aussi complet. La fantaisie s'est amusée à composer là d'interminables arabesques où les figures les plus bizarres s'enroulent et se déroulent. Toutes les formes y sont. L'imagination est peutêtre fatiguée de celte immense galerie de monstruosités où , par les temps de fureur, la mer se glisse et a fini par polir toutes les aspérités. Vous rencontrez sous une voûte naturelle et d'une hardiesse imitée de loin par Brunelleschi une cuve polie comme une baignoire de marbre et sablée par un sable uni, fin , blanc , où l'on peut se baigner sans
rainle dans quatre pieds d'eau tiède. Vous allez dmirant de petites anses , fraîches , abritées par les portiques grossièrement taillés mais majestueux. >es accidents sont innombrables, rien de ce que 'imagination la plus dévergondée pourrait invener ou vouloir n'y manque. H existe même, chose i rare sur les bords de l'Océan que peut-être est ce a seule exception, un endroit où il est venu un ;ros buisson de la plante qui a fait créer ce mot. ]e buis, la plus grande curiosité du Croisic où les irbres ne peuvent pas venir, se trouve à une lieue tnviron du port, à la pointe la plus avancée de la :ôle. Sur un des promontoires, formés par le granit, [ui s'élèvent au-dessus de la mer à une hauteur où es vagues n'arrivent jamais , même clans les temps es plus furieux, et à l'exposition du midi, les capri- :es déluviens ont pratiqué une marge creuse d'environ quatre pieds de saillie. Dans cette fente, le lasard, peut-être l'homme, a mis assez de terre végétale pour qu'un buis ras et fourni , semé par les )iseaux , y ait poussé. La forme des racine* indique au moins trois cents ans d'existence. Au-des- >ous la roche est cassée net. La commotion dont es traces sont écrites en caractères ineffaçables sur lolre globe , a emporté les morceaux du granit je le sais où. La mer arrive au pied de cette lame sans rencontrer de récifs ou d'rcucils, elle a plus Je cinq cents pieds de profondeur; mais à l'entour, Jes roches à fleur d'eau que les bouillonnements de 'écume indiquent fortement, décrivent comme un ?rand cirque. Il faut un peu de courage et de résoulion pour aller jusqu'à la cime de ce petit Gibral- ,ar dont la tête est presque ronde et d'où quelque :oup de vent peut précipiter les curieux. Cette sentinelle gigantesque ressemble à ces lanternes de n'eux châteaux d'où l'on pouvait prévoir les attaques en embrassant tout le pays : de là , se voient e clocher et les arides cultures du Croisic , les sables et les dunes qui menacent la terre cultivée et jui ont envahi le territoire du bourg de Batz. Quelques vieillards prétendent que , dans un temps 'ort reculé, il se trouvait un château fort en cet eniroil. Les pêcheurs de sardines ont donné un nom i ce rocher qui se voit de loin en mer , mais il faut pardonner l'oubli de ce mot breton, aussi difficile à prononcer qu'à retenir.
Calyste menait Béatrix vers ce point d'où le coup [l'œil est superbe et où les décorations du granit surpassent tous les étonnemenls qu'il a pu causer le long de la route sablonneuse qui côtoie la mer. Il est inutile d'expliquer pourquoi Camille s'était sauvée en avant. Comme une béte sauvage blessée, elle aimait la solitude ; elle se perdait dans les grottes. reparaissait sur les pics, chassait les crabes de leurs trous ou surprennait en flagrant délit leurs
mœurs originales. Pour ne pas être gênée par ses habits de femme, elle avait mis des pantalons à manchettes brodées, une blouse courte et un chapeau de castor, et pour soutien elle avait une cravache. Elle était ainsi cent fois plus belle que Béatrix. Elle avait un petit châle de soie rouge de Chine croisé sur son buste comme on le met aux enfants. Pendant quelque temps , Béatrix et Calyste la virent voltigeant sur les cimes ou sur les abîmes comme un feu follet , essayant de donner le change à ses souffrances; mais elle arriva la première à la roche au buis et s'assit dans une des anfractuosilés à l'ombre, occupée à méditer. Que pouvait faire une femme comme elle de sa vieillesse, après avoir bu la coupe de la gloire que tous les grands talents, trop avides pour détailler les stupides jouissances de l'amour propre, vident d'une gorgée? Elle a depuis avoué que là l'une de ces réflexions suggérées par un rien , par un de ces accidents qui sont une sottise peut être pour des gens vulgaires et qui présentent un abîme de réflexions aux grandes âmes, l'avait décidée à l'acte singulier par lequel elle devait en finir avec la vie sociale.
Elle tira de sa poche une petite boite où elle avait mis, en cas de soif, des pastilles à la fraise; elle eu prit plusieurs, les savoura, mais tout en les savourant, elle ne put s'empêcher de remarquer que les fraises elles-mêmes n'existaient plus, et revivaient cependant dans leurs qualités. Elle conclut de là qu'il en pouvait être ainsi de nous. La mer lui offrait alors une image de l'infini. Nul grand esprit ne peut se tirer de l'infini, en admettant l'immortalité de l'âme, sans conclure à quelque avenir religieux. Cette idée la poursuivit quand elle respira son flacon d'eau de Portugal. Son manège pour faire tomber Béatrix en partage à Calyste lui parut alors bien mesquin : elle sentit mourir la femme en elle, et se dégager la noble et angélique créature voilée jusqu'alors par la chair. Son immense esprit, son savoir, ses connaissances, ses fausses amours l'avaient conduite lace à face, avec quoi? qui le lui eût dit! avec la mère féconde, la consolatrice des affligés, l'Eglise romaine, si douce aux repentirs, si poétique avec les poêles, si naïve avec les enfants, si profonde et si mystérieuse pour les esprits inquiets et sauvages, qu'ils peuvent toujours y creuser en satisfaisant leurs insatiables curiosités. Elle jeta les yeux sur les détours que Calyste lui avait fait faire, et les comparait aux chemins tortueux des rochers. Calyste était toujours à ses yeux le beau messager du ciel, un divin conducteur ! Elle étouffa l'amour par l'amour.
Après avoir marché pendant quelque temps en silence, Calyste ne put s'empêcher, sur une exclamation de Béalrix relative à la beauté de l'Océan
BÉAïRIX OU LES AMOURS FORCÉS.
qui diffère beaucoup de la Méditerranée, de comparer, comme purelé, comme étendue, comme agitation , comme profondeur, comme éternité, celte mer à son amour.
— Elle est bornée par un rocher, dit en riant Béalrix.
— Quand vous me parlez ainsi, répondit-il en lui lançant un regard divin, je vous vois, je vous entends et puis avoir la patience des anges; mais quand je suis seul , vous auriez pitié de moi si vous pouviez me voir, et ma mère pleure de mon chagrin.
— Écoutez, Calystc , il faut en finir , dit la marquise en regagnant le chemin sablé. Peut-ètreavonsnous atteint le seul lieu propice à dire ces choses, car jamais de ma vie je n'ai vu la nature plus en harmonie avec mes pensées. J'ai vu l'Italie, où tout parle d'émotions amoureuses, j'ai vu la Suisse, où tout est frais et exprime un vrai bonheur, un bonheur laborieux, où la verdure, les eaux tranquilles, les lignes les plus riantes sont opprimées par les Alpes couronnées de neige, mais je n'ai rien vu qui peigne mieux l'ardente aridité de ma vie que celte petite plaine desséchée par les vents de mer, corrodée par les vapeurs marines , où lutte une triste agriculture en face de l'immense Océan, en face des bouquets de la Bretagne d'où s'élèvent les tours de votre Guérande. Eh bien ! Calystc, voilà Béatrix. Je vous aime, mais je ne serai jamais à vous d'aucune manière ; vous ne savez pas à quel point je suis dure pour moi-même. Non, vous ne verrez pas voire idole, si je suis une idole amoindrie, elle ne tombera pas de la hauleur où vous la mettez. J'ai maintenant en horreur une passion que désavouent le monde et la religion, je ne veux plus être humiliée ni cacher mon bonheur : je reste attachée où je suis, et j'y mourrai...
— Et si vous étiez abandonnée? dit Calyste.
— Eh bien ! j'irai mendier ma grâce, je m'humilierai devant l'homme que j'ai offensé, mais je ne courrai jamais le risque de me jeter dans un bonheur que je sais devoir finir.
— Finir! s'écria Calyste.
La marquise interrompit le dithyrambe auquel allait se livrer son amant en répétant : — Fini! d'un ton qui lui imposa silence.
Celte contradiction émut chez le jeune homme une de ces muettes fureurs internes que connaissent seuls ceux qui ont aimé sans espoir. Béatrix et lui firent environ trois cents pas dans un profond silence, ne regardant plus ni la mer, ni les roches, ni les champs désolés du Croisic.
— Je vous rendrais si heureuse ! dit Calyste.
— Tous les hommes commencent par nous promettre le bonheur, cl ils nous lèguent l'infamie, l'abandon , le dégoût. Je n'ai rien à reprocher à celui
à qui je dois être fidèle ; il ne m'a rien promis, je suis allée à lui, mais le seul moyen qui me reste d'amoindrir ma faute est de la rendre éternelle.
— Dites, madame, que vous ne m'aimez pas; car moi qui vous aime, je sais moi-même que l'amour ne discute pas, il ne voit que lui-même, il n'est pas un sacrifice que je ne fasse. Ordonnez? je ferai l'impossible. Celui qui jadis a méprisé sa maîtresse pour avoir jeté son gant entre les lions en lui recummandant d'aller le reprendre, il n'aimait pas! i! méconnaissait votre droit de nous éprouver pour êlre sûres de noire amour et ne rendre les armes qu'à des grandeurs surhumaines. Je vous sacrifierais ma famille, mon nom, mes fiertés.
— Assez ; je le crois , dit-elle d'une voix émue; mais j'ai fait assez de fautes , ne me tentez pas.
Ils étaient en ce momentau pied de la roche au buis, et Calyste éprouva les plus enivrantes félicités à soutenir la marquise en gravissant ce rocher où elle voulut aller jusqu'à la cime. Ce fui pour ce pauvre en faut comme une extrême faveur de serrer celle taille, de sentir celle femme un peu tremblante : elle avait besoin de lui ! Ce plaisir inespéré lui tourna la tète : il ne vit plus rien, et il saisit Béatrix par la ceinture.
— Eh bien! dit-elle d'un air imposant.
— Ne screz-vous jamais à moi? lui demanda-t-il d'une voix étouffée par un orage de sang.
— Jamais, mon ami, répondit-elle. Je ne puis êlre pour vous que Béatrix, un rêve! N'est-ce pas une douce chose? nous n'aurons ni amertume, ni chagrin, ni repentir!
— Et vous retournerez à Conli?
— Il le faut bien.
— Tu ne seras donc jamais à personne? dit Calyste en poussant la marquise avec une violence frénétique et la jetant dans la mer. 11 resta là pour écouter sa chute et se précipiter après elle; mais il n'entendit qu'une clameur sourde, l'éclat d^ne déchirure d'étoffe et le bruit grave d'un corps tombant sur la terre au-dessous de lui.
Au lieu de tomber la tête en bas , Béatrix avait
chaviré; elle était renversée dans le buis ; mais elle
aurait roulé néanmoins au fond de la mer si sa robe
ne s'était accrochée à une pointe, et n'avait en se
déchirant amorti le poids du corps sur le buisson.
Mademoiselle des Touches, qui vit celte scène, ne
put crier, son saisissement fut tel qu'elle ne putque
faire signe à Gasselin d'accourir. Calyste se pencha
par une sorte de curiosité féroce, il vit la situation de
Béalrix et frémit : elle paraissait prier , elle croyait
mourir , elle sentait le buis céder. Avec l'habileté
soudaine que donne l'amour et l'agilité surnaturelle
] que la jeunesse trouve dans le danger, il se laissa
I couler de neuf pieds de hauteur, en se tenant à
juelques aspérités, et put atteindre la marge du ro- :her et relever à temps la marquise en la prenant lans ses bras, au risque de tomber tous les deux à a mer. Quand il tint Béatrix , elle était sans conîaissance.
— Ouvrez les yeux, pardonnez-moi, disait Caysle, ou nous mourrons ensemble.
— Mourir ! dit-elle en ouvrant les yeux et détouant ses lèvres pâles.
Calyste salua ce mot par un baiser. En ce moment, les souliers ferrés de Gasselin se firent enendre au-dessus de leurs têtes: il était suivi de iamille , avec laquelle il examinait les moyens de auverles deux amants.
— Il n'en est qu'un seul, mademoiselle, dit Gaselin; je vais m'y couler, ils remonteront sur mes paules et vous leur donnerez la main.
— Et toi? dit Camille.
Le domestique parut surpris d'être compté pour uelque chose.
— Il vaut mieux aller chercher une échelle au xoisic, dit Camille.
— Elle est malicieuse tout de même, dit Gasselin n descendant.
Béatrix demanda d'une voix faible à être couchée : Ile se sentait défaillir. Calyste la coucha entre le ranit et le buis, sur le terreau frais.
— Je vous ai vu, Calyste! dit Camille. Que Béa- 'ix meure ou soit sauvée, ceci ne doit être jamais u'un accident.
— Elle me haïra, dit-il les yeux mouillés.
— Elle t'adorera, répondit Camille. Nous voilà îvenus de noire promenade; il faut la transporter ux Touches. Que serais-lu donc devenu si elle ait morte? lui dit-elle.
— Je l'aurais suivie.
— Et ta mère?... Puisaprès une pause : Et moi? it-elle faiblement.
Calyste resta pâle, le dos appuyé au granit, imlobile, silencieux. Gasselin revint promptement une des petites fermes éparses dans les champs, et )urait avec une échelle qu'il y avait trouvée. Béaix avait repris quelques forces. Quand Casselin ît placé l'échelle , la marquise put , aidée par Gas- :linqui pria Calyste de passer le châle rouge de Calille sous les bras de Béatrix et de lui en apporter
bout, arriver sur la plate-forme ronde où Gassen la prit dans ses bras comme un enfant, et la desmdit sur la plage.
— Je n'aurais pas dit non à la mort , mais les mffrances ! dit-elle à mademoiselle des Touches 'une voix faible.
La faiblesse et le brisement dont se plaignait Béaix engagèrent Camille à la faire porter à la ferme ù Gasselin avait emprunté l'échelle. Calyste, Gasse-
lin et Camille se dépouillèrent des vêtements qu'ils pouvaient quitter , firent un matelas sur l'échelle , y placèrent Béatrix et la portèrent comme sur une civière. Les fermiers offrirent leur lit, Gasselin courut a l'endroit où attendaient les chevaux , en prit un, alla chercher le chirurgien du Croisic, et recommanda aux bateliers de venir à l'anse la plus voisine de la ferme. Calyste, assis sur une escabelle, répondait par des mouvements de tête et par de rares monosyllabes à Camille dont l'inquiétude était excitée et par l'état de Béatrix , et par celui de Calyste. Après une saignée , Béatrix se trouva mieux. Elle put parler, consentit à s'embarquer, et vers cinq heures du soir, elle fut transportée de la jetée de Guérande aux Touches, où le médecin de la ville l'attendait. Le bruit de cet événement s'était répandu dans ce pays solitaire et presque sans habitants visibles avec une rapidité visible.
Calyste passa la nuit aux Touches, au pied du lit de Béatrix et en compagnie de Camille. Le médecin avait promis que le lendemain la marquise n'aurait plus qu'une courbature. A travers le désespoir de Calyste éclatait une joie profonde : il était au pied du lit de Béatrix, il la regardait sommeillant ou s'éveillant; il pouvait étudier son visage pâle et ses moindres mouvements. Camille souriait avec amertume en reconnaissant chez Calyste les symptômes d'une de ces passions qui teignent à jamais l'âme et les facultés d'un homme en se mêlant à sa vie, dans une époque où nulle pensée, nul soin ne contrarient ce cruel travail intérieur. Jamais Calyste ne devait voir la femme vraie qui était en Béatrix. Avec quelle naïveté le jeune Breton laissait lire ses plus secrèles pensées ! Il s'imaginait que cette femme était sienne en se trouvant ainsi dans sa chambre, et en l'admirant. Il épiait avec une attention extatique les plus légers mouvements de Béatrix, il éclatait dans sa contenance une si jolie curiosité, son bonheur se révélait si naïvement, qu'il y eut un moment où les deux femmes se regardèrent en souriant. Quand Calyste vit les beaux yeux verts de mer de la malade exprimer un mélange de confusion , d'amour et de raillerie, il rougit et détourna la tète.
— Ne vous ai-je pasdit, Calyste, que, vous autres hommes, vous nous promettiez le bonheur et finissiez par nous jeter dans un précipice?
En entendant cette plaisanterie , dite d'un ton charmant et qui annonçait quelque changement dans le cœur de Béatrix, Calyste se mit à genoux; il prit une de ses mains moites et la baisa d'une façon très-soumise.
— Vous avez le droit de repousser à jamais mon amour, et moi je n'ai plus le droit de vous dire un seul mot.
— Ah ! s'écria Camille en voyant l'expression
Ui
peinte sur le visage de Béalrix, et la comparant à celle qu'avaient obtenue les efforts desa diplomatie, l'amour aura toujours plus d'esprit à lui seul que tout le monde! Prenez votre calmant, ma chère amie, et dormez.
Celle nuit, passée par Calyste auprès de mademoiselle des Touches, qui lut d'un côté des livres de mythologie mystique pendant que Calyste lisait Indiana, le premier ouvrage de la célèbre rivale de Camille, et où se trouvait l'image captivante pour lui d'un jeune homme aimant avec idolâtrie et dévouement, avec une tranquillité mystérieuse et pour toute sa vie, une femme placée dans la situation fausse où était Béalrix, livre qui fut d'un falal exemple pour lui ! Cette nuit laissa des traces ineffaçables dans le cœur de ce pauvre jeune homme, à qui Félicité fit comprendre qu'à moins d'être un monstre, une femme ne pouvait élre qu'heureuse et flattée dans toutes ses vanilés d'avoir été l'objet d'un culte.
— Vous ne m'auriez pas jetée à l'eau, moi! dit la pauvre Camille en essuyant une larme.
CONTÎ.
Vers le matin, Calyste accablé s'était endormi dans son fauleuil. Ce fut au tour de la marquise à contempler ce charmant enfant, pâli par ses émotions et par sa première veille d'amour ; elle l'entendit murmurant son nom dans son sommeil.
— Il aime en dormant! dit-elle à Camille.
— Il faut l'envoyer se coucher chez lui, dit Félicité qui le réveilla.
Personne n'était inquiet à l'hôtel du Guénic, mademoiselle des Touches avait écril un mot à la baronne. Calysle revint dîner aux Touches, il trouva Béalrix levée, pâle, faible et lasse; mais il n'y avait plus la moindre dureté dans sa parole, ni la moindre dureté dans ses regards. Dès cette soirée douce et remplie de musique par Camille, qui se mit au piano pour laisser Calyste prendre et serrer les mains de Béalrix sans que ni l'un ni l'autre pussent parler, il n'y eut plus le moindre orage aux Touches. Félicité s'effaça complètement.
Les femmes froides, frêles, dureset minces comme cstmatlame de Rochegude, ces femmes dont le cou offre une attache osseuse qui leur dorme une vague ressemblance avec la race féline, ont l'âme de la couleur pâle de leurs yeux clairs, gris ou verts; aussi, pour fondre, pour vitrifier ces cailloux, fautil des coups de foudre. Pour Béalrix, la rage d'amour et l'attentat de Calysle avaient été ce coup de
tonnerre auquel rien ne résiste et qui change les natures les plus rebelles. Béalrix se sentait intérieurement mortifiée; l'amour pur et vrai lui baignait le cœur de ses molles et fluides ardeurs. Elle vivait dans une douce et tiède atmosphère de sentiments inconnus où elle se trouvait agrandie, élevée; elle entrait dans les cieux où la Bretagne met la femme. Elle savourait les adorations respectueuses de cet enfant, donl le bonheur lui coulait peu de chose : un geslc, un regard, une parole satisfaisaient Calysle, et ce haut prix donné par le cœur à ces riens la louchait excessivement. Son gant effleuré pouvait devenir pour cet ange, plus que toute sa personne n'était pour celui par qui elle aurait dû être adorée ! Quel contraste ! Ouelle femme aurait pu résistera celte constante déification? Elle était sûre d être obéie et comprise; elle eût dit à Calysle de risquer sa vie pour le moindre de ses caprices, il n'eût même pas réfléchi. Aussi Béalrix prit-elle je ne sais quoi de noble et d'imposant, elle vil l'amour du côté de ses grandeurs, elle y chercha comme un point d'appui pour demeurer la plus magnifique de toutes les femmes aux yeux de Calyste, sur qui elle voulut avoir un empire absolu, éternel. Ses coquetteries furent alors d'autant plus tenaces, qu'elle se sentait plus faible. Elle joua la malade pendant toute une semaine avec une charmante hypocrisie. Combien de fois ne fit-elle pas le tour du tapis vert qui s'élendait devant la façade des Touches sur le jardin, appuyée sur le bras de Calyste, et rendant alors à Camille toutes les souffrances qu'elle lui avait données pendant la première semaine de son séjour.
— Ah ! ma chère, tu lui fais faire le grand tour! dit-elle à la marquise, confuse du mol de Félicité. Avant la promenade au Croisic, un soir, ces deux femmes devisaient sur l'amour et riaient des différentes manières donl les hommes s'y prenaient pour faire leurs déclarations, en s'avouantà elles-mêmes que les plus habiles et naturellement les moins aimants ne s'amusaient pas à se promener dans le labyrinthe de la sensiblerie , et avaient raison, en sorte que les gens qui aiment le mieux étaient pendant un certain temps les pius maltraités. Ils s'y prennent comme la Fontaine pour aller à l'Acadé* mie, dit alors Camille. Son mot rappelait celleconversation à la marquise en lui reprochant son machiavélisme.
Madame de Rochegude avait une puissance absolue pour contenir Calyste dans les bornes où elle voulait qu'il se tint ; elle savait lui rappeler d'un gesie ou d'un regard son horrible violence au bord de la mer. Les yeux de ce pauvre martyr se remplissaient alors de larmes, il se taisait et dévorait ses raisonnements, ses vœux, ses souffran-
s, avec un héroïsme qui certes eût touché toute (re femme. Elle l'amena par son infernale coelterie à un si grand désespoir qu'il vînt un jour jeter dans les bras de Camille en lui demandant nseil.
Béalrix, armée de la lettre de Calysfe, en avait trait le passage où il disait qu'aimer était le preer bonheur, qu'être aimé venait après, et le lui ppelait pour restreindre sa passion à cette idolâ c respectueuse qui lui plaisait : elle aimait tant ie laisser caresser l'âme par ces doux concerts de janges et d'adorations que la nature suggère aux mes gens ; il y a tant d'art sans recherches , tant séductions innocentes dans leurs cris . dans leurs ières, dans leurs exclamations, dans leurs appels ux-mèmes , dans les hypothèques qu'ils donnent r l'avenir, que Réatrix se gardait bien de réponse Elle l'avait dit, elle doutait ! Il ne s'agissait pas core du bonheur, mais de la permission d'aimer e demandait toujours cet enfant, qui s'obslinait ouloir prendre la place du côté le plus fort.
— J'ai voulu te guérir en te la faisant prompte- :nt connaître, répondit mademoiselle des loues , et tu as tout brisé dans ton impatience. Il y a i jours , lu étais son maître , aujourd'hui lu es 5clave, mon pauvre garçon. Ainsi, lu n'auras jau's la force d'exécuter mes ordres !
— Que faut-il faire?
— Lui chercher querelle à propos de sa rigueur. ie femme est toujours emportée par le discours, is qu'elle te maltraite, et ne reviens plus aux uches qu'elle ne t'y rappelle.
Il est un moment, dans toutes les maladies violen- , où le patient accepte les plus cruels remèdes se soumet aux opérations les plus horribles. Cate en était arrivé là, et il écouta le conseil de mille : il resta deux jours au logis , mais le isième il grattait à la porte de Béalrix en Paverlisît que Camille et lui l'attendaient pour déjeuner.
— Encore un moyen de perdu, lui dil Camille le voyant arriver.
Béalrix s'était souvent arrêtée pendant ces deux irs à la fenêtre d'où se voyait le chemin de Guéîde. Quand Camille l'y surprenait, elle se disait :upée de l'effet produit par les ajoncs du chemin ut les fleurs d'or étaient illuminées par le soleil septembre. Camille eut ainsi le secretde Béalrix, n'avait plus qu'un mot à dire pour que Calyste heureux, mais elle ne le disait pas; elle était core trop femme pour cela. Béalrix fit attendre ez longtemps Camille et Calyste. Avec tout autre e lui, ce relard eùl été significatif, car la toile de la marquise accusait le désir de fasciner Cate et d'empêcher une nouvelle absence. Après le euner, elle alla se promener dans le jardin, et ra-
vit de joie cet enfant qu'elle ravissait d'amour en lui exprimant le désir de revoir avec lui cette roche où elle avait failli périr.
— Allons-y seuls? demanda Calyste d'une voix troublée.
— Si je refusais, répondit-elle, ce serait vous donner à penser que vous êtes dangereux. Hélas! je vous l'ai dil milie fois; je suis à un autre et ne puis être qu'à lui ; je l'ai choisi sans savoir ce qu'était l'amour. La faute est double ; double est la punition !
Quand elle parlait ainsi , les yeux à demi mouillés par le peu de larmes que ces sortes de femmes répandent, Calyste éprouvait une compassion qui adoucissait son ardente fureur; il l'adorait alors comme une madone. Il ne faul pas plus demander aux différents caractères de se ressembler dans l'expression des sentiments, qu'il ne faut exiger les mêmes fruits d'arbres différents. Béalrix était en ce moment violemment combattue; elle hésitait entre elle-même et Calyste, entre le monde où elle espérait rentrer un jour, et le bonheur complet ; entre se perdre à jamais par une seconde passion impardonnable et le pardon social. Elle commençait à écouter, sans aucune fâcherie, même jouée, les discours d'un amour aveugle; elle se laissait caresser par les douces mains de la Pitié. Déjà plusieurs fois elle avait été émue aux larmes en écoutant Calyste lui promettant de l'amour pour tout ce qu'elle perdrait aux yeux du monde et la plaignant d'être attachée à un aussi mauvais génie, à un homme aussi faux que Conti. Plus d'une fois elle n'avait pas fermé la bouche à Calyste quand il lui contait les misères et les souffrances qui l'avaient accablée en Italie, en ne se voyant pas seule dans le cœur de Conti. Camille avait, à ce sujet, fait plus d'une leçon à Calyste, et Calyste en profitait.
— - Moi , lui disait-il , je vous aimerai absolument, vous ne trouverez pas chez moi les triomphes de l'art, les jouissances que donne une foule émue par les merveilles du talent; mon seul talent sera de vous aimer, mes seules jouissances seront les vôtres, l'admiration d'aucune femme ne me paraîtra mériter de récompense; vous n'aurez pas à redouter d'odieuses rivalités; vous êtes méconnue, et là où on vous accepte, moi je voudrais me faire accepter tous les jours.
Elle écoutait ces paroles la tête baissée, en le laissant baiser ses mains, en avouant silencieusement, mais de bonne grâce , qu'elle était peut-être un ange méconnu.
— Je suis trop humiliée, répondait-elle , mon passé dépouille l'avenir de toute sécurité.
Ce fui une belle matinée pour Calyste que celle où , en venant aux Touches à sept heures du matin,
il aperçut entre deux ajoncs , une fenêtre aux Touches, et à cette fenêtre Béatrix avec le même chapeau de paille qu'elle avait le jour de la première excursion. Il eut comme un éblouissement. Ces petites choses de la passion agrandissent le monde. Peut-être n'y a-t-il que les Françaises qui possèdent les secrets de ces coups de théâtre, elles les doivent aux grâces de leur esprit, elles savent en mettre dans le sentiment autant qu'il peut en accepter, sans perdre de sa force. Ah ! combien elle pesait peu sur le bras de Calyste ! Tous deux sortirent par la porte du jardin qui donne sur les sables. Béatrix trouva les sables jolis, elle aperçut alors ces petites plantes dures à fleurs roses, qui y croissent, elle en cueillit plusieurs, et les partagea d'une façon significative avec Calyste, pour qui ces deux fleurs et ce feuillage devaient être une éternelle, une sinistre image.
« Nous y joindrons du buis , dit-elle en souriant. »
Elle resta quelque temps sur la jetée où Calyste, en attendant la barque , lui raconta son enfantillage le jour de son arrivée.
— Là, disait-il , votre nom a brillé comme une lumière!
— J'ai su votre escapade, dit-elle, et voilà ce qui m'a rendue sévère le premier jour.
Pendant cette promenade, elle eut ce ton légèrement plaisant de la femme qui aime, elle en eut la tendresse et le laisser aller. Calyste pouvait se croire aimé ; mais quand, en allant le long des rochers sur le sable, ils descendirent dans une de ces charmantes criques où les vagues ont apporté les plus extraordinaires mosaïques, composées des marbres les plus étrangers, et qu'ils y curent joué comme des enfants en cherchant les plus beaux échantillons, Calyste, au comble de l'ivresse, lui proposa nettement de s'enfuir en Irlande; elle reprit un air digne et mystérieux, lui demanda son bras et ils continuèrent leur chemin vers la roche qu'elle avait surnommée sa roche Tarpéienne.
— Mon ami , lui dit-elle en gravissant à pas lents ce magnifique bloc de granit dont elle devait se faire un piédestal , je n'ai pas le courage de vous cacher tout ce que vous êtes pour moi. Depuis dix ans, je n'ai pas eu de bonheur comparable à celui que nous venons de goûter en faisant la chasse aux coquillages dans ces roches à fleur d'eau, en échangeant ces cailloux dont je me ferai faire un collier qui sera plus précieux pour moi que s'il était composé des plus beaux diamants. Je viens d'être petite fille, enfant, telle que j'étais à quatorze ou seize ans, et alors digne de vous. L'amour que j'ai eu le bonheur de vous inspirer m'a relevée à mes propres yeux. Entendez ce mot dans toute sa magie. Vous
avez fait de moi la femme la plus orgueilleuse, la plus heureuse de son sexe, et vous vivrez peut-être plus longtemps dans mon souvenir que moi dans le vôtre. Ainsi le veut la nature. Vous avez compris mon cœur.
En ce moment, elle était arrivée au faîte du rocher d'où se voyait l'immense Océan d'un côté, la Bretagne de l'autre avec ses îles d'or, ses tours féodales et ses bouquets d'ajonc. Jamais une femme ne fut sur un plus beau théâtre pour faire un aussi grand aveu.
— Mais, dit-elle, je ne m'appartiens pas, je suis plus liée par ma volonté que je ne l'étais par la loi. Soyez donc puni de mon malheur, et contentezvous de savoir que nous en souffrirons ensemble. Dante n'a jamais revu béatrix, Pétrarque n'a jamais possédé sa Laure, ces désastres n'atteignent que de grandes âmes. Ah! si je suis abandonnée, si je tombe de mille degrés de plus dans la honte et dans l'infamie, si ta Béatrix est cruellement méconnue par le monde qui lui sera horrible, si elle est la dernière des femmes!... alors, enfant adoré, dit-elle en lui prenant la main, tu sauras qu'elle est la première de toutes, qu'elle pourra s'élever jusqu'aux cieux appuyée sur toi; mais alors, ami, dit-elle en lui jetant un regard sublime, quand lu voudras la précipiter, ne manque pas ton coup : après ton amour, la mort.
Calyste tenait Béatrix par la taille, il la serra sur son cœur. Pour confirmer ses douces paroles elle déposa sur le front de Calyste le plus chaste et le plus timide de tous les baisers. Puis ils redescendirent et revinrent lentement, causant comme des gens qui se sont parfaitement entendus et compris, elle croyant avoir la paix, lui ne doutant plus de son bonheur, et se trompant l'un et l'autre. Calyste, d'après les observations de Camille, espérait que Conti serait enchanté de cette occasion de quitter Béatrix. La marquise elle, s'abandonnait au vague de sa position , attendant un hasard; Calyste était trop ingénu, trop aimant pour inventer le hasard. Us arrivèrent tous deux dans la situation d'âme la plus douce, la plus délicieuse, et rentrèrent aux Touches par la porte du jardin dont Calyste avait pris la clef. Il était environ six heures du soir. Les enivrantes senteurs, la tiède atmosphère, les couleurs jaunâtres des rayons du soir, tout s'accordait avec leurs dispositions et leurs discours attendris. Leur pas était égal et harmonieux comme est la démarche des amants, leur mouvement accusait l'union de leur pensée. 11 régnait aux Touches un si grand silence que le bruit de la porte en s'ouvrant et se fermant y retentit et dut se faire entendre dans tout le jardin. Comme Calyste et Béatrix s'étaient tout dit et que leur promenade pleine d'émotions
S avait lassés, ils venaient doucement et sans rien ; dire. Tout à coup , au tournant d'une allée, Béaix éprouva le plus horrible saisissement, l'effroi ammunicatif que cause la vue d'un reptile, et qui laça Calyste avant qu'il en vît la cause. Sur un anc, sous un frêne à rameaux pleureurs, Conli ïusait avec Camille Maupin. Le tremblement inrieur et convulsif de la marquise était plus franc u'elle ne le voulait: Calyste apprit alors combien était cher à cette femme, qui venait d'élever une arrière entre elle et lui. En un moment, un drame agique se déroula dans toute son étendue au fond îs cœurs.
— Vous ne m'attendiez peut-être pas sitôt! dit artiste à Béatrix en lui offrant le bras.
La marquise ne put s'empêcher de quitter le bras 3 Calyste et de prendre celui de Conti. Celle ignole transition impérieusement commandée accabla alysle qui s'alla jeter sur le banc à côlé de Camille ares avoir échangé le plus froid salut avec son val. II éprouvait une foule de sensations conaires : en apprenant combien il était aimé de éatrix, il avait voulu par un mouvement se jeter ir l'artiste en lui disant que Béatrix était à lui ; lais la convulsion intérieure de cetle pauvre femme 1 trahissant tout ce qu'elle souffrait, car elle avait ayé là le prix de toutes ses fautes en un moment, avait si profondément ému qu'il en élait resté upide, frappé comme elle par une implacable né- :ssité. Ces deux mouvemenls contraires produirent en lui le plus violent des orages auxquels il fait élé soumis depuis qu'il aimait Béatrix. Maame de Rochegude et Conli se promenèrent autour n tapis vert en causant. Chaque fois qu'elle et anli passaient devant le banc où gisait Calyste après de Camille, la marquise regardait sa rivale , lui jetait un de ces regards terribles par lesquels s femmes savent tout dire; elle évitait les yeux de alyste et paraissait écouter Conti , qui semblait adiner.
— Que peuvent-ils se dire? dit Calyste à Caiille.
— Cher enfant! tu ne connais pas encore les Douvantables droits que laisse à un homme sur ne femme un amour quand il est éteint! Béatrix 'a pas pu lui refuser sa main. 11 la raille sans doute ar ses amours, il a du les deviner à votre altitude t à la manière dont vous vous êtes présentés à ses îgards.
— Il la raille! dit l'impétueux jeune homme.
— Calme-toi, dit Camille, ou tu perdrais les laances favorables qui te restent. S'il froisse un eu trop l'amour-propre de Béatrix , elle le foulera ommeun ver à ses pieds! Mais il est astucieux et
saura s'y prendre avec talent. Il ne supposera pas
DE BALZAC. T. VI
que la fière madame de Rochegude ait pu le trahir, il y aurait trop de dépravation à aimer un homme à cause de sa beauté ! Il te peindra sans doute à elle-même comme un enfant saisi par la vanité d'avoir une marquise, et de se rendre l'arbitre des destinées de deux femmes. Enfin, il fera tonner l'artillerie piquante des suppositions les plus injurieuses ; Béatrix est forcée d'opposer de menteuses dénégations dont il va profiter pour rester le maître.
— Ah! dit Calyste, il ne l'aime pas. Moi, je la laisserais libre ! l'amour comporte un choix fait à tout moment, confirmé de jour en jour. Le lendemain approuve la veille et grossit le trésor de nos plaisirs. Quelques jours plus tard , il ne nous trouvait plus. Qui donc l'a ramené?
— Une plaisanterie de journaliste , dit Camille. L'opéra sur le succès duquel il comptait est tombé, mais à plat. Ce mot: <i II est dur de perdre à la fois sa réputation et sa maîtresse ! » dit au foyer par Claude Vignon, peut-être, l'a sans doute atteint dans toutes ses vanités. L'amour basé sur des sentiments petits est impitoyable. Je l'ai questionné, mais qui peut connaître une nature si fausse et si trompeuse? Il a paru fatigué de sa misère et de son amour , dégoûté de la vie. Il a regretté d'être lié si publiquement avec la marquise et m'a fait un poëme de mélancolie en me parlant de son ancien bonheur, un peu trop spirituel pour être vrai. Sans doute il espérait me surprendre.
— Eh bien? dit Calyste en regardant Béatrix et Conti qui venaient, et n'écoutant plus.
Camille , par prudence , s'était tenue sur la défensive , elle n'avait trahi ni le secret de Calyste ni celui de Béatrix. L'artiste était homme à jouer tout le monde, et mademoiselle des Touches engageait Calyste à se défier de lui.
— Cher enfant, lui dit-elle, voici pour toi le moment le plus critique; il faut une prudence, une habileté qui le manquent, et tu vas te laisser jouer par l'homme le plus rusé du monde, car ici je ne puis rien pour toi.
La cloche annonça le dîner. Conti vint offrir son bras à Camille, Béatrix prit celui de Calyste. Camille laissa passer la première la marquise, qui put en regardant Calyste lui recommander une discrétion absolue par un regard et en mettant un doigt sur ses lèvres. Conti fut d'une excessive gaieté pendant le dîner. Peut-être était-ce une manière de sonder madame de Rochegude, qui joua mal son rôle. Coquelte, elle eût pu tromper Conti ; mais aimante, elle fut devinée. Le rusé musicien, loin de la gêner, ne parut pas s'apercevoir de son embarras. Il mit au dessert la conversation sur les femmes et vanta la noblesse de leurs sentiments. Telle femme prête
à nous abandonner dans la prospérité nous sacrifie tout dans le malheur. Les femmes ont sur les hommes l'avantage delà constance, il faut les avoir bien blessées pour les détacher d'un premier amant, elles y tiennent comme à leur honneur, un second amour est honteux , etc. Il fut d'une moralité parfaite , il encensait l'autel où saignait un cœur percé de mille coups. Camille et Béalrix comprenaient seules l'àpreté des épigrammes acérées qu'il décochait d'éloge en éloge. Par moments toutes deux rougissaient, mais elles étaient forcées de se contenir. Avec ce tact prodigieux qu'ont les femmes , elles se donnèrent le bras pour remonter chez Camille. Elles passèrent d'un commun accord cl mues par le même motif par le grand salon , où il n'y avait pas de lumière cl où elles pouvaient être seules un moment.
— Il m'est impossible de me laisser marcher sur le corps par Conli , de lui donner raison sur moi , dit Béatrix à voix basse. Le forçat est toujours sous la domination de son compagnon de chaîne. Je suis perdue , il faudra retourner au bagne de l'amour. El c'est vous qui m'y avez rejetée ! Ah ! vous l'avez fait venir un jour trop tard ou un jour trop tôt ! je reconnais là votre infernal talent d'auteur, la vengeance est complète!
— J'ai pu vous dire que j'écrirais à Conti, mais le faire ! j'en suis incapable, s'écria Camille. Tu souffres, je te pardonne.
— Que deviendra Calyste ! dit la marquise avec une admirable naïveté d'ainour-propre.
— Conti vous emmène? demanda Camille.
— Ah! vous croyez triompher? s'écria Béatrix. Ce fut avec rage et sa belle figure décomposée ,
que la marquise dit ces affreuses paroles à Camille, qui essaya de cacher son bonheur par une fausse expression de tristesse ; mais l'éclat de ses yeux démentait la contraction de son masque, et Béatrix se connaissait en grimaces ! Aussi quand elles se virent aux lumières en s'asseyant sur ce divan où , depuis trois semaines, il s'était joué tant de comédies , et où la tragédie intime de tant de passions contrariées avait commencé, ces deux femmes s'observèrent-ellcs pour la dernière fois : elles se virent séparées par une haine profonde.
— Calyste te reste, dit Béatrix en voyant les yeux de son amie, mais je suis établie dans son cœur, et nulle femme ne m'en chassera.
Camille répondit avec un inimitable accent d'ironie et qui atteignit la marquise au cœur par les célèbres paroles do la nièce de Mazarin, à Louis XIV :
— Tu règnes, tu l'aimes et tu pars!
Ni l'une ni l'autre, durant celle scène, qui fut très-vive, ne s'apercevait de l'absence de Calyste et de Conli. L'artiste était resté à table avec son rival
en le sommant de lui tenir compagnie et d'achever une bouteille de vin de Champagne.
— Nous avons à causer, dit l'artiste pour prévenir tout refus de la part de Calyste.
Dans leur situation respective, le jeune Breton était forcé d'obéir à cette sommation.
— Mon cher, dit le musicien d'une voix câline au moment où le pauvre enfant eut bu deux verres de vin, nous sommes deux bons garçons, nous pouvons parler à cœur ouvert. Je ne suis pas venu par défiance. Béatrix m'aime , dit-il en faisant un geste plein de fatuité. Moi je ne l'aime plus, je n'accours pas pour l'emmener, mais pour rompre avec elle et lui laisser les honneurs de cette rupture. Vous êtes jeune, vous ne savez pas combien il est utile de paraître victime quand on se sent le bourreau. Les jeunes gens jettent feu et flamme, ils quittent une femme avec éclat , ils la méprisent souvent et s'en font haïr ; mais les hommes sages se font renvoyer et prennent un petit air humilié qui laisse aux femmes des regrets et le doux sentiment de leur supériorité. La défaveur de la divinité n'est pas irréparable, tandis qu'une abjuration est sans remède. Vous ne savez pas encore, heureusement pour vous, combien nous sommes gênés dans notre existence par les promesses insensées que les femmes ont la sottise d'accepter quand la politesse nous oblige à en faire. On se jure d'être éternellement l'un à l'autre. Si l'on a quelque aventure avec une femme, on ne manque pas de lui dire poliment qu'on voudrait passer sa vie avec elle, on a l'air d'attendre la mort d'un mari Irès-impatiemmcnt, en désirant qu'il jouisse de la plus parfaite santé. Que le mari meure, il y a des provinciales ou des entêtées assez niaises ou assez goguenardes pour accourir en vous disant : Me voici , je suis libre ! Personne de nous n'est libre. Ce boulet mort se réveille et tombe au milieu du plus beau de vos triomphes ou de vos bonheurs. J'ai vu que vous aimeriez Béatrix, je la laissais d'ailleurs dans une situation où, sans rien perdre de sa majesté sacrée, elle devait coqueter avec vous , ne fût-ce que pour taquiner cet ange de Camille Maupin. Eh bien ! mon très-cher, aimez-la, vous me rendrez service, je la voudrais atroce pour moi. J'ai peur de son orgueil et de sa vertu. Peutêtre malgré ma bonne volonté nous faudra-t il du temps ! Dans ces sortes d'occasions , c'est à qui ne commencera pas. Là, tout à l'heure, en tournant autour du gazon, j'ai voulu lui dire que je savais tout et la féliciter sur son bonheur. Ah ! bien, elle s'est fâchée. Je suis en ce moment amoureux fou de la plus belle, de la plus jeune de nos cantatrices, de mademoiselle Falcon de l'Opéra, et je veux l'épouser ! Oui, j'en suis là.
Le bonheur répandait son auréole sur le visage
u candide Calyste , il avoua son amour , et c'était jutcequeContivoulaitsavoir. Il n'est pas d'homme u monde, quelque blasé, quelque déplacé qu'il uisse être, dont l'amour ne se rallume au moment ù il le voit menacé par un rival. On veut bien uitter une femme , mais on ne veut pas être quitté ar elle , et quand les amants en arrivent à cette drémité, femmes et hommes s'efforcent de conserer la priorité, tant la blessure faite à l'amour-prorc est profonde. Peut-être s'agit-il de tout ce qu'a éé la société dans ce sentiment qui tient bien loins à l'amour-propre qu'à la vie elle-même , atiquée dans son avenir. C'est en quelque sorte le ipital et non la rente qui se trouve menacé. Quesonné par l'artiste, Calyste raconta tout ce qui s'éit passé pendant ces trois semaines aux Touches , ; il fut enchanté de Conti , qui dissimulait sa rage >us une charmante bonhomie.
— Remontons, dit-il. Les femmes sont défiantes, les ne s'expliqueraient pas comment nous restons isemble sans nous prendre aux cheveux. Je vous rvirai sur les deux toits, mon cher enfant. Je vais re insupportable , grossier , jaloux avec la maruise, je la soupçonnerai perpétuellement de me ahir, il n'y a rien de mieux pour déterminer une mine à la trahison ; vous serez heureux et je serai bre. Jouez ce soir le rôle d'un amoureux contrarié, loi je ferai l'homme soupçonneux et jaloux, plainez cet ange d'appartenir à un homme sans déliasse, pleurez, vous pouvez pleurer, vous êtes jeune; loi, je ne puis plus pleurer, c'est un grand avantge de moins !
Calyste et Conli remontèrent. Le musicien, sollité par son jeune rival de chanter un morceau , ;ianla le plus grand chef-d'œuvre musical qui liste pour les exécutants , le fameux Pria che nmti l'aurora, que Rubini lui-même n'entame mais sans trembler, et qui fut souvent le triomphe e Conti. Jamais il ne fut plus extraordinaire qu'en î moment. Calyste était en extase; mais au prelier mot de cette cavatine , l'artiste lança sur la larquise un regard qui donnait aux paroles une gnification cruelle et qui fut entendue. Ce comlandement, Camille, qui accompagnait, le devina, ile regarda Calyste et pensa que l'enfant était >mbé dans quelque piège malgré ses avis. Elle en il la certitude quand il vint dire adieu à Béatrix n lui baisant la main et en la lui serrant avec un etit air confiant et rusé.
Quand Calyste atteignit Guérande , la femme de tiambreetlesgens chargeaient la voiture de voyage e Conli, qui, dès l'aurore, comme il l'avait dit, mmenait jusqu'à la poste de Savenay Béatrix avec :s chevaux de Camille. Les ténèbres permirent à ladame de Rochegude de regarder Guérande, dont
les tours, blanchies par le jour, brillaient au milieu du crépuscule, et de se livrer à sa profonde tristesse. Le respect humain brisait le seul amour véritable que cette femme pouvait et devait concevoir dans toute sa vie. La femme du monde obéissait aux lois du monde, elle immolait l'amour aux convenances, comme certaines femmes l'immolent à la religion ou au devoir. Souvent l'orgueil s'élève jusqu'à la vertu. Vue ainsi, celte horrible histoire est celle de bien des femmes.
Le lendemain, Calyste vint aux Touches vers midi. Quand il arriva sur le chemin au point d'où l'on voyait la fenêtre où la veille il avait aperçu Béatrix, il y distingua Camille, qui accourut à sa rencontre. Elle lui dit au bas de l'escalier ce mot cruel : Partie !
— Béatrix? répondit Calyste foudroyé.
— Vous avez été la dupe de Conti , vous ne m'avez rien dit, je n'ai pu rien faire.
Elle emmena le pauvre enfant dans son petit salon, il se jeta sur le divan à la place où il avait si souvent vu la marquise , et y fondit en larmes. Félicité ne lui dit rien , elle fuma son houka , sachant qu'il n'y a rien à opposer aux premiers accès de ces douleurs, toujours sourdes et muettes. Calyste, ne sachant prendre aucun parti, resta pendant toute la journée dans un engourdissement profond. Un instant avant le dîner, Camille essaya de lui dire quelques paroles après l'avoir prié de l'écouter.
— Mon ami, tu m'as causé de plus violentes souffrances, et je n'avais pas, comme toi, pour me guérir une belle vie devant moi. Pour moi , la terre n'a plus de printemps, l'âme n'a plus d'amour. Aussi pour trouver des consolations dois-je aller plus haut! Ici , la veille du jour où vint Béatrix , je t'ai fait son portrait, je n'ai pas voulu te la flétrir, tu m'aurais crue jalouse. Écoule aujourd'hui la vérilé. Madame de Rochegude n'est rien moins que digne de toi. L'éclat de sa chute n'était pas nécessaire , elle n'eût rien été sans ce tapage , elle l'a fait froidement pour se donner un rôle, elle est de ces femmes qui préfèrent l'éclat d'une faute à la tranquillité du bonheur, elles insultent la société pour en obtenir la fatale aumône d'une médisance, elles veulent faire parler d'elles à tout prix. Elle était rongée de vanité. Sa fortune, son esprit n'avaient pu lui donner la royauté féminine qu'elle cherchait à conquérir en trônant dans un salon ; elle a cru pouvoir obtenir la célébrité de la duchesse de Langeais et de la vicomtesse de Beauséant; mais le monde est juste, il n'accorde les honneurs de son intérêt qu'aux sentiments vrais, elle a joué la comédie, elle est jugée à sa juste valeur. Sa fuilo n'était autorisée par aucune contrariété. L'épée de
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Damoclès ne brillait pas au milieu de ses fêtes , et d'ailleurs il est très-facile à Paris d'être heureuse à l'écart quand on aime bien et sincèrement ; aimante et tendre, elle n'eût pas suivi cette nuit Conti.
Camille parla longtemps et très-éloquemment, mais ce dernier effort fut inutile, elle se tut à un geste par lequel Calyste exprima son entière croyance en Béatrix. Elle le força de descendre et d'assister à son diner, car il lui fut impossible de manger. Il n'y a que pendant l'extrême jeunesse que ces contractions intérieures ont lieu. Plus tard, les organes ont pris leurs habitudes et se sont comme endurcis. La réaction du moral sur le physique n'est assez forte pour déterminer une maladie mortelle que si le système a conservé sa primitive délicatesse. Un homme résiste à un chagrin violent qui tue un jeune homme, moins par la faiblesse de l'affection que par la force des organes. Aussi mademoiselle des Touches fut-elle tout d'abord effrayée de l'attitude calme et résignée que prit Calysle après sa première effusion de larmes. Avant de la quitter, il voulut voir la chambre de Béatrix, et alla se plonger la tête sur l'oreiller où la sienne avait reposé.
— Je fais des folies, dit-il en donnant une poignée de main à Camille et la quittant avec une profonde mélancolie.
11 revint chez lui, trouva la compagnie ordinaire occupée à faire la mouche, et resta pendant toute la soirée auprès de sa mère. Le curé , le chevalier du Halga, mademoiselle de Pen-Uoël savaient le départ de madame de Rochegude , tous en étaient heureux ; Calysle allait leur revenir. Aussi tous l'observaient-ils presque sournoisement en le voyant un peu taciturne. Personne ne pouvait imaginer la fin de ce premier amour dans un cœur aussi naïf, aussi vrai que celui de Calysle.