‹ Œuvres de Balzac (volume 3)Chapitre 111 sur 157 · CAMILLE A CALYSTE · texte numérisé non relu

CAMILLE A CALYSTE

Calyste, avant d'entrer dans ma cellule de vice, il m'est permis de jeter un regard sur le onde que je vais quitter pour m'élancer dans le ande de la prière, et ce regard est entièrement à us , qui, dans ces derniers temps , avez été pour oi tout le monde. Ma voix arrivera, si mes calculs m'ont point trompée, au milieu d'une cérémoe à laquelle il m'était impossible d'assister. Le jr où vous serez devant un autel, donnant votre ain à une jeune et charmante fille qui pourra us aimer à la face du ciel et de la terre, moi je rai dans une maison religieuse à Nantes devant i autel et pour toujours à celui qui ne trompe et : trahit personne. Je ne viens pas vous attrister, ais vous prier de n'entraver par aucune fausse déatesse le bien que j'ai voulu vous faire dès que vous vis. Ne me contestez pas des droits aussi èrement conquis. Si l'amour est une souffrance! i ! je vous ai bien aimé , Calyste ; mais n'ayez aun remords : les seuls plaisirs que j'aie goûtés dans a vie je vous les dois , et les douleurs viennent de oi-même. Récompensez-moi donc de toutes ces fleurs passées en me donnant une joie éternelle, irmettez à la pauvre Camille, qui n'esl plus, d'être ur quelque chose dans le bonheur matériel dont us jouirez tous les jours. Laissez-moi, cher, être lelque chose comme un parfum dans les fleurs de itre vie, m'y mêler à jamais sans vous être imporne. Je vous devrai sans doute le bonheur de la vie ernelle; ne voulez-vous pas que je m'acquitte en- :rs vous par le don de quelques biens fragiles et issagers? Manquerez-vous de générosité? Ne voyez is en ceci le dernier mensonge d'un amour dédaiîé; non, Calyste, le monde sans vous n'était plus en pour moi, vous m'en avez fait la plus affreuse I solitudes, et vous avez amené l'incrédule Camille aupin, l'auteur de livres et de pièces que je vais lennellement désavouer, vous avez jeté cette fille idacieuse et perverse pieds et poings liés devant ieu. Je suis aujourd'hui ce que j'aurais dû être,

un enfant plein d'innocence. Oui, j'ai lavé ma robe dans les pleurs du repentir, et je puis arriver aux autels présentée par un ange, par mon bien-aimé Calyste! Avec quelle douceur je vous donne ce nom que ma résolution a sanctifié! Je vous aime sans aucun intérêt propre, comme une mère aime son fils, comme l'Église aime un enfant; je pourrai prier pour vous et pour les vôtres, sans y mêler aucun autre désir que celui de votre bonheur. Si vous pouviez connaître la tranquillité sublime dans laquelle je vis, après m'être élevée par la pensée audessus des petits intérêts mondains, et combien est douce la pensée d'avoir fait son devoir, selon votre noble devise, vous entreriez d*un pas ferme et sans regarder en arrière ni autour de vous dans votre belle vie ! Aussi vous écrivé-je surtout pour vous prier d'être fidèle à vous-même et aux vôtres. Cher, la société dans laquelle vous devez vivre ne saurait exister sans la religion du devoir, et vous le méconnaîtriez, comme je l'ai méconnue, en vous laissant aller à la passion, à la fantaisie, ainsi que je l'ai fait. La femme n'esl égale à l'homme qu'en faisant de sa vie une continuelle offrande, comme celle de l'homme est une perpétuelle action. Or, ma vie a été comme un long accès d'égoïsme. Aussi, peut-être, Dieu vous a-t-il mis, vers le soir, à la porte de ma maison comme un messager chargé de ma punition et de ma grâce. Écoutez cet aveu d'une femme pour qui la gloire a été comme un phare dont la lueur lui a montré le vrai chemin. Soyez grand, immolez votre fantaisie à vos devoirs de chef, d'époux et de père! Relevez la bannière abattue des vieux du Guénic, montrez dans ce siècle sans religion, sans principes, le gentilhomme dans toute sa gloire et dans toute sa splendeur. Cher enfant de mon âme , laissez-moi jouer un peu le rôle d'une mère. Fanny ne sera plus jalouse d'une fille morte au monde, et dont vous n'apercevrez plus que les mains toujours levées au ciel. Eh bien ! sachez qu'aujourd'hui la noblesse a plus que jamais besoin de la fortune. Calyste , faites de la mienne un bel usage. Ce n'est pas un don, mais un fidéi commis. »

— Signons, dit-il.

L'abbé Grimont, à qui revenait l'honneur de la conversion de cette femme célèbre, fut nommé vicaire du diocèse.

Calyste, riche et marié à la plus belle femme de Paris, conserve un fond de tristesse que rien n'a dissipé, pas même la naissance d'un fils, né à Guérande en 1838, à la grande joie de Zéphirine du Guénic. Béatrix vit toujours au fond de son cœur, et il est impossible de prévoir ce que causerait de désastres dans ce jeune ménage une recontre de Calyste et de madame de Rochegude.

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