‹ Œuvres de Balzac (volume 3)Chapitre 20 sur 157 · LE YIEULX-PAR-CHEMINS · texte numérisé non relu

LE YIEULX-PAR-CHEMINS

Le vieulx chronicqueur qui ha fourni le chanvre pour tisser le prezent conte , dict avoir esté du temps où se passa le faict en la citté de Rouen, laquelle l'ha consigné en ses layettes. Ez enuirons de ceste belle ville où demouroit lors le duc Richard , souloyt gueuzer ung bon homme ayant nom Try ballot , ains auquel feut baillé le surnom dcVieulx-par-chemins, non pour ce que il estoit iaune et secq comme velin, ains pour ce que il estoyt touiours par voyes et routes, monts et vaulx, couchioit soubs le tect du ciel , et alloyl houzé comme ung paoure. Ce néanmoins , il estoyt aymé moult en la duchié où ung chascun se estoyt accostumé à luy, si bien que si le moys eschcoit sans que il feut vennu tendre son escuelle, on dizoit : Où est le Vieulx? Et on respondoit : Par chemins.

Ce dict homme avoyt eu pour père ung Tryballot qui feut en son vivfant preud'homme, esconome et si rengié que il Iairra force biens à ce dict filz. Ains le ieune gars les dezamassa bien tost en gaudisseries, veu que il fict au contraire du bonhomme, lequel au rattourner des champs en sa maison, amassoyt de cy de là force buschettes ou boys lairrez à dexlre el à seneslre , dizant en toute conscience

que il ne faut jamais arriver au logiz les mains vuydes. Parainsyse chauffioitenhyveraux deppens des oublieux , et faysoit bien. Ung chascun recogneutquel bon enseignement ce estoit pour le pays, veu que , ung an devant sa mort , aulcun ne lairroyt pluz de boys par les rotes, il avoyt contrainct les plus dissipez à estre mesnaigers et rengez. Ains son filz boutta toust par escuelles et ne suyvit poinct ces saiges exemples. Son père avait preddict la chose. Dez le bas eage de ce gars , quand le bonhomme Tryballot le metloit à la guette des oiseaulx qui vennoient mangier les pois, les feues et aultres graynes à ceste fin de chasser ces larrons , surtout les geays qui conchioyent tout; luy , les estudioit et prenoyt plaizir à considérer en quelle grâce ils alloient, vennoient, s'en ratlournoient chargez et rêvenoient en espiant d'ung œil émérilloné les tresbuchels ou lacqs tendeus, et rioyt moult voyant leur adresse à les esuiter. Le père Tryballot se choleroit, trouvant deulx et soubvent trois septérées de la bonne mezure en moins. Ains encore qu'il lirast les aureilles à son gars en le prenant à niaizer soubs ung couldrc, le draule s'estomiroit louiouu et revenoit estudier l'industrie des merles , passerons et aultres

CONTES DROSLATICQUES.

picoteurs trez doctes. Ung iour , son père luy dict que il faysoit saige de se moddeler sur eulx, pour ce que s'il conlinuoit ce tracq de vie , il seroyt sur ses viculx ans contraincl à picorer comme eulx, et comme eulx, seroil pourchassé par les gens de iuslice.Ce qui feut vrai, veu que, comme il ha esté dessus dict, il dczamassa en peu de iours lesescuz que son mesnaiger père avoyt acquis durant sa vie : il fiel avecque les hommes comme avecque les passereaulx, lairranl ung chascun boulier la main en son sacq , et contemplant en quelle grâce et quelles fassons doulces on luydcmandoit à y puyser. Par ainsy il en vid lost la fin. Quand ledyable feut seul dedans Icsacq,Tryballol ne se monstra poinl soulcieux, dizantque il ne vouloitpoinct se damner pour les biens decemunde, ctavoytestudiéla filosophicenl'escholedesoyscaulx. Aprcst s'eslrc amplement gaudi , il luy demoura de tous ses biens ung guobclet acheplé au Landict et trois dez; mesnaige suffisant pour boyre et iouer, d'aultant que il alloit sans estre encumbré de meubles comme sont les grants qui ne scavent cheminer sanscharoys, tappiz, leschefriltes et numbre infini de vallelz.Tryballotvoulsist voir ses bons amis, ains ne renconstra pluz aulcun de cognoissance , ce qui luy bailla congié de ne pluz recognoistre personne. Quoy voyant, comme la faim luy csguizoit les dents, il deslibera prendre ung estai où il eust rien à fayre et moult à gaigner. En y pensant, se remembra la grâce des merles et passereaulx. Lors le bon Tryballot esleut pour sien le rnetlier de requérir argent ez maisons en picoranl. Dez le prime iour, les gens pitloyables luy en baillèrent, et Tryballot feut content, trouvant le rnetlier bon, sans advances ne chances maulvaises, auconlraire, plein decommodilez. Il fiel son estât de si gréant cueur qu'il agréa partout et repecut mille consolacions refuzées à gens riches. Le bonhomme regardoit les gens de campaigne planller, semer, moissonner, vendanger, et se dizoit qu'ils labouroyent prou pour luy. Cil qui havoit ung porc en son charnier luy en dcbvoil ung lopin , sans que cetluy gardien de porc s'en doubtast. Tel cuysoit ung pain en son four le cuysoit pour Tryballot et ne le pensoyt nullement. 11 ne prenoyt rien de force , au contraire les gens luy disoyent des gracieulsetez en le guerdonnanl. « Tennez , mon Vieulx-par-chemins, resconfortezvous. Ça va-l-il bien? Allons, prenez cecy , le chat l'a entamé, vous l'achepverez.» Le Viculx-par-cheînins estoy t des nopets, baplcsmcs et aussi des enterrements, pour ce que il alloyt partout où il y avoil apertement ou oecultement ioye et festins. Il guardoit relligieulzemenl les slatutz et ordonnances de son mettier , à scavoir : ne rien fayre, veu que s'il avoyt pu laborerleplus legieremenlquecefeul. aulcun ne luy auroyl pluz rien baillé. Aprcst s'estre

repeu, ce saige homme s'estendoil le long des Toussez ou contre ung pillier d'ecclize en resuant aux affayres publicques ; finablement il filosophoit comme ses gentilz maystres les merles, geays, passerons, et songioit moult en gueuzant, car pour ce que son vestement estoit paoure, estoit-ce rayson que son entendement ne feut riche? Sa filosophic dibvertissoyt moult ses praticques auxquelles il alloyt dizant en forme de merciement les plus beaulx aphorismes de sa science. A l'ouyr , les pantophles produisoyent la goulte aux riches, et il se iactoit d'avoir les pieds allaigres pour ce que son cordouannicr luy bailloit des soullicrs vennuz dans les aulnayes. 11 y avoyt des maux de teste soubs les diadesmes qui ne l'alteignoyent poinct pour ce que sa tcsle estoit serrée ne par soulcys, ne par aulcun chapellct. Puys encore les bagues à pierreries gehennoyent le mouvement du sang. Encore que il s'enchargiasl de playes suyvant les lois de la gueuserie, cuidez que il esloyt pluz sain qu'ung enfant qui arrivoyt au baptistère. Le bonhomme se rigolloit avecque les aultres gueulx en iouant avecque ses trois dez que il conservoyt pour se soubvenirde despendre ses denniers, à ceste fin d'cslre touiours paoure. Néanmoins son \ueu, il estoit comme les Ordres Mendians si bien renié, qu'ung iour de Pasques, ung aullre gueulx voulant luy affermer sou gain dudict iour, le Vieulx-par-chemins en reffuza dix escuz. De faict , à la vespree, il dcspcndilquatorze escuz en ioye pour fester les aumosniers, veu que il esloyt dict ez slatutz de gueuzerie de se monstrer recognoissant envers les donataires. Quoique il se deschargiat avecque soing de tousl ce qui faisoyt les soulcis des aultres qui trop chargiez de bien quèrent le mal, il feut pluz heureulz, n'ayant rien au munde, que lorsque il avoyt les escuz de son père. Et pour ce qui esldes condicions de noblesse, il estoil louiours en bon poinct d'cslre anobli, pourte que il ne faysoit rien qu'à sa phantaisie, et vifvoit noblement sans aulcun trauail. Trente escuz ne l'auroyent faict leuer quand il estoit couchié. Il arriva touiours à l'endemain comme les aultres en mennant cesle belle vie, laquelle au dire de messire Plato, duquel ja l'auelhoritéfeut invocquée en ces escripls, aulcuns anlicquessaiges ont mennéeiadys. Enfin de tout, le Vieulx-par-chemins advint en l'eage de quatre vint et deux années , n'ayant iamais esté ung seul iour sans attraper monnoye, cl avoyt lors la pluz belle couleur de tainct que vous puissiez imaginer. Aussy, cuydoit-il que s'il avoyt perseueré dedans la voye des richesses, il se feusl guastéetseroyl lors enterré deppuys ung long temps. Possible esloyt qu'il eust rayson.

Durant sa prime icunesse, leVieulx-par-chemins avoyt pour inclytc vertu de trez fort aymerles fein-

CONTES DROSLATICQUES.

nies, et son habondance d'amour estoyt, dicton, ung fruict de ses estudes avecque les moyneaux ou friquetz. Doncques ilesloit toujours dispos à prester aux femmes son ayde pour compter les solives, et ceste générosité trouve sa rayson physicale en ce que ne faysant rien il esloit toujours prest à fayre. Aussy les buandieres, qui dans ce pays sont nommées lavandières, disoyent que elles avoient beau savonneries dames, le Vieulx-par-chemins s'yentendoit encore mieulx. Sesverluz absconses engendrèrent, dict-on, ceste faueur dont il iouissoyt en la prouince. Aulcuns dizent que la dame de Caumont le fict vennir en son ebasteau pour scavoir la vérilté sur ses qualitez et le mussa durant une huictaine à ceste fin de l'empeschcr de gueuzer, ains le bonhomme se saulva par les haies en grant paour d'es- Ire riche. En aduancant en eage, ce grant quintessencier se vid desdaigné, quoique ses notables facultezd'aymer n'esprouvassent aulcun dommaige. Ceste iniuste revirement de la gent femelle causa la prime poine du Vieulx-par-chemins, et le célèbre procest de Rouen auquel il est temps d'arriver.

En sa quatre-vingt-deuxiesme année , le Vieulxpar-chemins feut par force en continence environ sept moys, durant lesquels il ne fiel la renconstre d'aulcune femme de bon vouloir, etdict deuant le iuge que ce feut le pluz grant eslonnement de sa longue et honorable uie. En cet estât trez douloureulx, il vid ez champs au ioly mois de may une fille, laquelle par aduenteure estoyt puccelle, et guardoyt les vasches. La chaleure tumboit si drue , que ceste vaschere s'étendit à l'umbre d'ung fousteau, le vizaige contre l'herbe, à la fasson des gens qui labourent ez champs , pour fayre ung somme durant le temps que son bestial ruminoyt, et se resveigla par le faict du vieulx qui lui avoyt robbé ce que une paouvre garse ne peut donner que une foys. Se voyant desflouree sans en recepvoir aulcun advis ne plaizir, elle cria si fort que les gens occupez ez champs vindrent et feurent prins en tesmoingnaige par la garse, au moment où se voyoit en elle le desguast faict ez nuicts de nopecs chez une nouvelle mariée; elle plouroit, se plaignoit dizant que ce vieulx cinge intempérant pouvoit aller violler sa mere à elle qui n'auroyt rien dict. Le vieulx fiel repponse aux gens de la campaignequilevoicnt jà leurs serfouettes pour le meurdrir, que il avoit esté poulsé à se divertir. Ces gens luy obiecterent avecque rayson que ung homme pourroyt bien se diuertir sans forcer une puccelle, caz preuostal qui le mennoyt droict à la pottence, et feuteonduicten grant rumeur à la geôle de Rouen.

La fille interroguee par le preuost desclaira que elle dormoyt pour faire quelque chose, et que elle avoyt creu songer de son amant, avecque lequel elle

estoyt en dispute pour ce que auant le mariaige il soubhaitoyt mezurer sa besoigne , et iocquetant en ce resve elle luy lairroyt voir si les chozes estoyent bien accomparaigées, à ceste fin que nul mal ne leur advint à l'ung ou à l'aultre, et maulgré sadeffence, il alloyt pluz loing que elle ne luy bailloyt licence d'aller, et y treuvant pluz de mal que de plaizir elle s'estoyt esveiglée soubs la puissance du Vieulx-par-chemins, qui se estoyt gecté sur elle comme ung cordelier sur ung iambonau deshucher du quaresme.

Ce pourchaz fict si grant bruict en la ville de Rouen, que le preuost feut mandé par monseigneur le duc, en qui vind ung véhément dezir de scavoir si le faict estoyt verittable. Sur l'affirmation dupreuost, il commanda que le Vieulx-par-chemins feut conduict en son palays, à ceste fin d'ouyr quelle deffense il pouvoit fayre.

Le paouvre bonhommecompareutdevantle prince et lui desbagoulla naifvement le maulvais heur qui luy advenoit par la force et le vueu de la natlure, dizant que il estoyt comme ung vray jouvencel , poulsé par des dezirs trez imperieulx, que iusques à ceste année il avoyt eu des femmes à luy, ains que il ieusnoyt deppuis huict moys , que il estoyt trop paoure pour s'adonner aux filles de ioye, que les honnestes femmes qui lui faysoient ceste aumosne avoyent prins en desgoust ses cheveux lesquels avoient la feslonie de blanchir maulgré la verdeur de son amour, et que il avoyt étécontrainct à saizir la ioye où elle estoil par la veue de cette damnée puccelle, laquelle en s'étendant le long duhestre avoyt lairré voir la iolye doubleure de sa robbe et deux hémisphères blancs comme neige qui luy avoyent tollu sa rayson; que la coulpe estoyt à ceste fille et non à luy, pour ce que il doibt eslre deffendeu aux puccelles d'affriander les passans en leur monstrant ce qui fict nommer Venus Callipyge; finablement, leprincedebvoyt scavoir quelle poine ha ung homme sur le coup du midi de tennir son chien en laisse, pour ce que ce feut à ceste heure que le roy David feut féru par la femme du sievr Urie ; que là où ung roy hebricu aymé de Dieu avoyt failly, ung paouvre desnué de ioye etredduicl à robbersa vie avoyt bien peu se trouver en faulte; que d'ailleurs il estoyt consentant à chanter des pseaulmes le demourant de ses iours sur ung luth en manière de peniltence, à l'imilacion dudict roy, lequel avoyt eu le tort grief d'occir ung mary, là où luy avoyt tant soit peu endommaigé une fille de campaigne.

Leduc gousta les raysons du Vieulx-par-chemins,

et dict que ce estoyt ung homme de bonne c

Puys il rendict ce mémorable arrest , que si , comme le disoyt celluy mendiant, il avoyt si grant besoing de follicuses à son eage , il luy bailloit licence

CONTES DROSLATICQIJES.

de Icdesmonlrerau rcz de l'eschelle où il monteront pour eslre pendeu , ce à quoy l'avoyl simplement condamné le preuost; si la chorde au col, entre le prebstre et le bourrel , pareille phantaisie le picquoyt, il auroyt sa grâce.

Cest arrest cogneu , il y eust ung munde fol pour voir conduire le bonhomme à la pottence. Ce feut une haye comme à une entrée ducale, et cy voyait-on pluz de bonnetz que de chapcaulx. Le Vieulx-parchemins feut saulvc par une dame curieulse de voir comment fineroyt cettuy violeur trez pretieulx , laquelle dict au ducq que la relligion commandoit de fayre beau ieu au bonhomme, et se para comme pour une feste à baller ; elle mit en cuidence et avec intention deux ballottes de chair vifue si blanches que le pluz fin lin de la gorgerette y paslissoit. De faict, ces beaulx fruicls d'amour se produisoient sans plys au dessus de son corselet comme deulx grosses pommes et faysoient vennir l'eaue en la bousche, tant mignons ils estoient. Cesfc noble dame , qui estoil de celles qui font que ung chascun se sent masle à les voir, se plassa sur les lèvres ung soubrispour le bonhomme. Le Vieulx-par-chemins, auquel on avoyt miz un sayon de grosse toile, pluz sevr d'estre en postcure de viol aprest la pendaison que paravant , vennoit entre les gens de justice, trez tristifié, geclant l'œil de cy de là , sans voiraultre chose que des coeffes; et auroit, disoil-il, donné cent escuz d'une fille troussée comme estoit la vascherc de laquelle il se remembroit les bonnes grosses blanches coulomncs de Venuz qui l'avoicnt perdeu, et pouvoient encore le saulver, mays comme il estoit viculx, la remembrance n'estoit poinct fresche assez. Ains quand au rcz de l'eschelle il vid les deulx mignotizes de la dame et le ioly delta que produisoient leurs confluentes rondeurs, son maistre Jean Chouart feut en ung tel estât de raige, que le sayon parla trez apertement par ung soubsleuement maieur.

— Et doneques , vérifiez lost , fict-il aux gens de justice , i'ai gaigné ma grâce, ains ie ne repponds poinct du drosle.

La dame feut Irez ayse de ccsle hommaige , que elle dict estre pluz fort que le viol. Les scargeants qui avoient charge de soubsleuer l'estoffe, cuydèrent cettuy vieulx eslre le dyable , pour ce que oncques en leurs escripteures ne s'esloyt renconstré un i aullant droict que se treuvoyt le dressoir du bonhomme. Aussy fcut-il pourmené triumphalement par la ville iusques en l'hostel du ducq auquel les scargeants ctaultres tesmoignèrent du faict. En cetluy temps d'ignorance, ceste instrumentacion iudiciaire feut prinse en si grant honneur que la

ville vota l'érection d'ung pilier en l'cndroict où le bonhomme avoyt gaigné sa grâce : il y feut pourtraicl en pierre comme il estoit à la veue de ceste honneste et vertueulse dame. La statue se voyoit encore au temps où la cillé de Rouen feut prinse par les Angloys, et les aulteursdu temps escripvirent tous ceste hystoire parmi les chozes notables du règne.

Sur ce que il feut offert par la ville de fournir des garses au bon homme, de veiller à son vivre , uestement et couvert , le bon ducq y mist ordre en baillant à la despucclee ung millier d'escus et la mariant au bonhomme , lequel y perdist son nom de Vieulx-par-chemins. Il feut nommé par le duc,

sievr de Bonne-C Sa femme accoucha aprest

ncufmoys d'un masle parfaiclement faict, bien vifvant, lequel nacquit avecque deulx dents. De ce

mariage vint la mayson de Bonne-C laquelle,

par pudeur et bien à tort, requist de nostre bien aymé roy Loys le unziesme lettres patentes pour muter son nom en celuy de Bonnc-Choze. Le bon

roy Loys remonslra lors au sieur de Bonne-C ,

que il y avoyt en l'Estat des messieurs de Venice , une inclyte famille des Coglioni, lesquels porloient

trois c au natturel en leur blazon. Mesdicts

sievrs de Bonne-C objectèrent au roy que leurs

femmes avoient grant honte d'estre ainsy nommeez ez salles de compaignie ; le roy respartit que elles y perdroient moult, poureeque avecque les noms s'en alloient les choses. Ce néanmoins octroya les lettres. Deppuys ce temps cesle genl feut cogneue soubs ce nom, et se repandict en plusieurs provinces. Le premier sieur de Bonne-C vesquit encore vingt- seplannees et eust ung aultrefilzet deulx filles. Ains il se douloytde finer riche, et de ne pluz quester sa vie par les chemins.

De cecy, vous tirerez ung des pluz beaulx enseignemens et pluz espesses moralitez de tous les contes que vous lirez en voslre vie, hormiz bien seur, ces dicts cent glorieulx contes droslaticques. Assavoir que jamais adventure de ceste acabit ne seroyt escheue aux nallures molles et flalries des gueux de Court, gens riches, et aultres qui creuzent leur tombe avecque leurs dents en mengiant oullre mezure et beuvant force vins qui guaslent les oustils à fayre la ioye, lesquels gens Irez pansus belutent sur de cousleuzcs merceries et licls de pleusmes, tandis que le sievr de Bonne-Chose couchioit sur la dure. En semblable occurrence, s'ils avoient mengié des choulx , moult eussent chié pourrées. Cecy peut incitler pluzieurs de ceulx qui liront cettuy conte à changer de vie , à ceste fin d'imiter le Vieulx-parchemins en son eage.

DIRES INC01NGREUS

Page 1