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PHYSIOLOGIE DU MARIAGE
qu'il nVlai( donné qu'à vous de contempler d'un œil enivré, de flatter d'une main caressante.
Sevré de toutes ces nuances de plaisir, de tous ces caprices dïimc, de ces flèches de l'Amour, vous êtes réduit à la plus vulgaire des façons d'aimer, à cette primitive et innocente allure de Ihyménée, pacilique hommage que rendait le naïf Adam à notre mère commune.
Mais un symptôme aussi complet n'est pas fréquent. La plupart des ménages sont trop hoiis chrétiens pour suivre les usages de la Grèce païenne. Aussi nous avons rangé, parmi les derniers sym- />/owje.«, l'apparition dans la paisible couche nuptiale de ces voluptés effrontées qui, la plupart du temps, sontfillesd'une illégitime passion. En temps et lieu, nous traiterons plus amplement ce diagnostique enchanteur : ici, peut-être, se réduit-il à une nonchalance et même à une répugnance conjugale que vous êtes seul en état d'apprécier.
En même temps qu'elle ennoblit ainsi par sa dignité les fins du mariage, votre femme prétend qu'elle doit avoir son opinion, et vous la vôtre. «En se mariant, dira-t-elle, une femme ne fait pas vœu d'abdiquer sa raison. Les femmes sont-elles donc réellement esclaves? Les lois humaines ont pu enchaîner le corps, mais la pensée !... Dieu l'a placée trop près de lui pour que les tyrans puissent y porter les mains, n
Ces idées procèdent nécessairement ou d'une instruction trop libérale que vous lui aurez laissé prendre, ou de réflexions que vous lui aurez permis de faire. Une méditation tout entière a été consacrée à rinsiructiou en ménage.
Puis votre femme commence à dire : <i Ma chambre, mon lit, mon appartement. » A beaucoup de vos questions, elle répondra : — (( Mais, mon ami, cela ne vous regarde pas ! )> Ou : — « les hommes ont leur part dans la direction d'une maison, et les femmes ont la leur. » Ou bien , ridiculisant les hommes qui se mêlent du ménage, elle prétendra : '< que les hommes n'entendent rien à certaines choses. )) Le nombre des choses auxquelles vous n'entendez rien augmentera tous les jours- Un beau matin vous verrez , dans votre petite église, deux autels là où vous n'en cultiviez qu'un seul. L'autel de votre femme et le vôtre seront devenus distincts, et cette distinction ira croissant, toujours en vertu du système de la dignité de la femme.
Viendront alors les idées suivantes, que l'on vous inculquera, malgré vous, par la vertu d'une force vive, fort ancienne et peu connue. La force de la vapeur, celle des chevaux, des hommes ou de l'eau sont de bonnes inventions; mais la nature a pourvu la femme d'une force n>orale à laquelle ces derniè
res ne sont pas comparables : nous la nommerons : Force de la Crécelle. Celte puissance consiste dans une perpétuité de son , dans un retour si exact des mêmes paroles, dans une rotation si con)plète des mêmes idées, qu'à force de les entendre vous les admettez pour être délivré de la discussion. Ainsi, la puissance de la crécelle vous prouvera :
Oue vous êtes bien heureux d'avoir une femme d'un tel mérite;
(^)u'on vousafaittropd'honneur en vous épousant;
Que souvent les femmes voient plus juste que les hommes ;
Que vous devriez prendre en tout l'avis de votre femme, et presque toujours le suivre ;
Que vous devez respecter la mère de vos enfants, l'honorer, avoir confiance en elle;
Que la meilleure manière de n'être pas trompé est de s'en remettre à la délicatesse d'une femme, parce que, suivant certaines vieilles idées que nous avons eu la faiblesse de laisser s'accréditer, il est impossible à un honmie d'empêcher sa femme de le minotauriser ;
Qu'une femme légitime est la meilleure amie d'un homme ;
Qu'une femme est maîtresse chez elle, et reine dans son salon; etc.
Ceux qui, à ces conquêtes de la dignité de la femme sur le pouvoir de l'homme, veulent opposer une ferme résistance, tombent dans la catégorie des prédestinés.
D'abord, s'élèvent des querelles qui, aux yeux de leurs femmes, leur donnent un air de tyrannie. La tyrannie d'un niari est toujours une terrible excuse à l'inconséquence d'une femme. Puis, dans ces légères discussions, elles savent prouver à leurs familles, aux nôtres, à tout le monde, à nous-mêmes, que nous avons tort. Si , pour obtenir la paix , ou par amour, vous reconnaissez les droits prétendus de la femme, vous laissez à la vôtre un avantage dont elle profitera éternellement. Un mari, comme un gouvernement, ne doit jamais avouer de faute. Là, votre pouvoir serait débordé par le système occulte de la dignité féminine ; là, tout serait perdu; dès ce moment elle marcherait de concession en concession jusqu'à vous chasser de son lit.
La femme étant fine, spirituelle, malicieuse, ayant tout le temps de penser à une ironie, elle vous tournerait en ridicule pendant le choc momentané de vos opinions. Le jour où elle vous aura ridiculisé verra la fin de votre bonheur. Votre pouvoir expirera. Une femme qui a ri de son mari ne peut plus l'aimer. Un homme doit être, pour la femme qui aime, un être plein de force, de grandeur et toujours imposant. Une famille ne saurait exister sans le despotisme.
Aussi , la conduite dilTicile qu'un homme doit tenir en présence d'événements si graves, cette haute politique du mariage est-elle précisément l'objet des seconde et troisième parties de notre livre. Ce bréviaire du machiavélisme marital vous apprendra la manière de vous grandir dans cet esprit léger, dans cette âme de dentelle, disait Napoléon. Vous saurez comment un homme peut montrer une âme d'acier, peut accepter cette petite guerre*domestique, et ne jamais céder l'empire de la volonté sans compromettre son bonheur. En effet, si vous abdiquiez, votre femme vous mésestimerait par cela seul qu'elle vous trouverait sans vigueur; vous ne seriez plus un homme pour elle. Mais nous ne sommes pas encore arrivé au moment de développer les théories et les principes par lesquels un mari pourra concilier l'élégance des manières avec l'acerbité des mesures; quil nous suffise pour le moment de deviner l'importance de l'avenir, et poursuivons.
A cette époque fatale, vous la verrez établir avec adresse le droit de sortir seule.
Vous étiez naguère son dieu, son idole. Elle est maintenant parvenue à ce degré de dévotion qui permet d'apercevoir des trous à la robe des saint?.
— Oh! mon Dieu, mon ami, disait madame de la Vallière à son mari, comme vous portez m;d votre épée! M. de Richelieu a une manière de la faire tenir droite à son cùté, que vous devriez tâcher d'imiter, c'est de bien meilleur goût.
— Ma chère, on ne peut pas me dire plus spirituellement qu'il y a cinq mois que nous sommes mariés!... répliqua le duc, dont la réponse lit fortune sous le règne de Louis XV.
Elle étudiera votre caractère pour trouver dos armes contre vous. Cette étude , en horreur à l'amour, se découvrira par les mille petits pièges qu'elle vous tendra pour se faire, à dessein, rudoyer, gronder par vous ; car, quand une femme n'a pas d'excuses pour minotauriser son mari, elle tâche d'en créer.
Elle se mettra à table sans vous attendre.
Si elle passe en voiture, au milieu d'une ville, elle vous indiquera certains objets que vous n'aperceviez pas; elle chantera devant vous sans avoir peur; elle vous coupera la parole, ne vous répondra quelquefois pas, et vous prouvera, de vingt manières différentes, qu'elle jouit, près de vous, iW toutes ses facultés et de son bon sens.
Elle cherchera à abolir entièrement votre influonce dans radmiiiisiralion de la maison, et leiilera de devenir seule maîtresse de votre fortune. D"abord, cette lutte sera une distraction pour son âme vide ou trop fortement remuée; ensuite, elle trouvera dans votre opposition un nouveau m<»!ir
de ridicule. Les expressions consacrées ne lui manqueront pas, et en France nous cédons si vite au sourire ironique d'autrui!...
De temps à autre, apparaîtront des migraines et des mouvements de nerfs : ces symptômes donneront beu à toute une Méditation.
Dans le monde, elle parlera de vous sans rougir, et vous regardera avec assurance.
Elle commencera à blâmer vos moindres actes, parce qu'ils seront en contradiction avec ses idées ou ses intentions secrètes.
Elle n'aura plus autant de soin de ce qui vous touche, elle ne saura seulement pas si vous avez tout ce qu'il vous faut. Vous ne serez plus le terme de ses comparaisons.
A l'imilalion de Louis XIV , qui apportait à ses maîtresses les bouquets de fleurs d"oranger que le premier jardinier de Versailles lui mettait tous les matins sur sa table, M. de Vivonne donnait presque tous les jours des fleurs rares à sa femme, pendant les premiers temps de son mariage. Un soir il trouva le bouquet gisant sur une console, sansavoir été placé comme à l'ordinaire dans un vase plein d'eau.
— Oh ! oh ! dit-il, si je ne suis pas un sot, je ne tarderai pas à l'èlre.
Vous êtes en voyage pour huit jours et vous ne recevez pas de lettres, ou vous en recevez une dont trois pages sont blanches... Symptôme.
Vous arrivez monté sur un cheval de prix, que vous aimez beaucoup, et, entre deux baisers, votre femme s'inquiète du cheval et de son avoine... Symptôme.
A ces traits, vous pouvez maintenant en ajouter d'autres. ISous tâcherons dans ce livre de toujours peindre à fresque et de vous laisser les miniatures. Selon les caractères, ces indices^ cachés sous les accidents de la vie habituelle, varient à l'infini. Tel découvrira un symptôme dans la manière dont sa^ femme met un châle, lorsque tel autre aura besoin de recevoir une chiquenaude sur son âne pour deviner l'indifférence de sa compagne.
Un beau matin de printemps, le lendemain dun bal, ou la veille d'une partie de campagne, cette situation arrive à son dernier période: votre femme s'ennuie, et le bonheur permis n'a plus d'attrait pour (Ile. Ses sens, son imagination, le caprice et la nature peut-cire appellent un amant. (Cependant, elle n'ose pas encore s'embarquer dans une intrigue dont les conséquences et les détails l'effrayent. Vous èles encore là i)uur quelque chose; vous pesez dans la balance, mais bien peu. De son côté, l'amant se présente paré de toutes les grâces de la nouveauté, de tous les charmes du mystère. Le combat qui s'est élevé dans le cœur de votre femme devient.
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devant renncmi, plus réel et plus périlleux que jadis. Bientôt, plus il y a de dangers et de risques à courir, plus elle brûle de se précipiter dans ce délicieux abîme de craintes, de jouissances, d'angoisses, de voluptés. Son imagination s'allume et pétille. 8a vie future se colore, à ses yeux, de teintes romanesques et mystérieuses. Son àme trouve que l'existence a déjà pris du ton dans cette discussion, solennelle pour les femmes. Tout s'agite, tout s'ébranle, tout s'émeut en elle. Elle vit trois fois plus qu'auparavant, et juge de l'avenir par le présent. Alors le peu de voluptés que vous lui avez prodiguées plaide contre vous; car elle ne s'irrite pas tant des plaisirs dont elle a joui que de ceux dont elle jouira ; l'imagination ne lui présentc-t-elic pas le bonheur plus vif, avec cet amant que les lois lui défendent, qu'avec vous? enfin elle trouve des jouissances dans ses terreurs, et des terreurs dans ses jouissances. Puis, elle aime ce danger imminent, cette épce de Damoclès suspendue au-dessus de sa tète par vous-même; préférant ainsi les délirantes agonies d'une passion à cette inanité conjugale pire que la mort, à celte indifférence qui est moins un sentiment que l'absence de tout sentiment.
^ ous qui avez peut-être à aller faire des accolades au Ministère des finances, des bordereaux à la Banque, des rapports à la Bourse, ou des discours à la Chambre; vous, jeune homme, qui avez si ardemment répété avec tant d'autres, dans notre première Méditation, le serment de défendre votre bonheur en défendant votre femme, que pouvczvous opposer à ces désirs si naturels chez elle?... car pour ces créatures de feu, vivre, c'est sentir; du moment où elles n'éprouvent rien, elles sotil mortes : la loi en vertu de laquelle vous marchez produit en elles ce minotaurisme involontaire. "C'est, disait d'AIembert, une suite des lois du mouvement! " Eh bien! où sont vos moyens de défense?... où?
Hélas! si votre femme n'a pas encore tout à fait baisé l'ergot de Satan, Satan est devant elle; vous dormez, nous vous réveillons, et notre livre commence.
Alors sans examiner combien de maris, parmi les cinq cent mille que cet ouvrage concerne, seront restés avec les prédestinés; combien seront mal mariés; combien auront mal débuté avec leurs femmes ; et sans vouloir chercher si, de cette trouî)e nombreuse, il y en a peu ou prou qui puissent satisfaire aux conditions voulues pour lutter contre le danger qui s'approche, nous allons développer, dans la seconde et la troisième partie de cet ou- .vrage, les moyens de combattre le Minotaure et de conserver intacte la \cr(u des femmes. Mais, si la j
fatalité, le diable, le célibat, l'occasion veulent votre perte, en reconnaissant le fil de toutes les intrigues, en assistant aux batailles que se livrent tous les ménages, peut-être vous consolerez-vousî Beaucoup de gens o!it un caractère si heureux, qu'en leur montrant la place, leur expliquant le pourquoi, le comment, ils se grattent le front, se frottent les mains, frappent du pied, et sont satisfaits.
CÀSO MÉDITATIOIV IX.
Fidèle à notre promesse, celte première partie a déduit les causes générales qui font arriver tous les mariages à la crise que nous venons de décrire; et, tout en traçant cesf prolégomènes conjugaux, nous avons indiqué la manière d'échapper au malheur, en montrant par quelles fautes il est engendré.
Mais ces considérations premières ne seraientelles pas incomplètes, si, après avoir tâché de jeter quelques lumières sur l'inconséquence de nos idées, de nos mœurs et de nos lois, relativement à une question qui embrasse la vie de presque tous les êtres, nous ne cherchions pas à établir, par une courte péroraison, les causes politiques de cette infirmité sociale? Après avoir accusé les secrets de l'institution, n'est-ce pas aussi un examen philosophique que de rechercher pourquoi et comment nos mœurs l'ont rendue vicieuse?
Le système de lois et de mœurs qui régit aujourd'hui les femmes et le mariage en France, est le fruit d'anciennes croyances et de traditions qui ne sont plus en rapport avec les principes éternels de raison cl de justice développés par l'immortelle révolution de 1789.
Trois grandes commotions ont agité la France : la conquête des Romains, le christianisme et l'invasion des Francs. Chaque événement a laissé de profondes empreintes sur le sol, dans les lois, dans les mœurs et l'esprit de la nation.
La Grèce, ayant un pied en Europe et l'autre en Asie, fut influencée par son climat passionné dans le choix de ses institutions conjugales : elle les recul de l'Orient où ses philosophes, ses législateurs et ses poêles allèrent étudier les antiquités voilées de l'Egypte et de la Chaldéc. La réclusion absolue des femmes, commandée par l'action du soleil brûlant de l'Asie, domina dans les lois de la Grèce et de rionie : la femme y resta confiée aux marbres des gynécées. La pairie se réduisant à une ville, à un territoire peu vaste, les courtisanes, qui tenaient aux arts et à la religion par tant de liens, purent
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suffire aux premières passions d'une jeunesse peu nombreuse, dont les forces étaient d'ailleurs absorbées dans les exercices violents d'une gymnastique exigée par Fart militaire de ces temps héroïques.
Au commencement de sa royale carrière, Rome, ayant été demander à la Grèce les principes d'une législation qui pouvait encore convenir au ciel de rilalie, imprima sur le front de la femme mariée le sceau d'une complète servitude. Le sénat comprit l'importance de la vertu dans une république, et il obtint des mœurs par un développement excessif de la puissance maritale et paternelle. La dépendance de la femme se trouva écrite partout. La réclusion de l'Orient devint un devoir, une obligation morale, une vertu. De là les temples élevés à la Pudeur, cl les temples consacrés à. la Sainteté du mariage; de là les censeurs, l'institution dotale, les lois somptuaires, le respect pour les matrones , et toutes les dispositions du droit romain. Aussi , trois viols accomplis ou tentés Grent-ils trois révolutions ; aussi, était-ce un grand événement solennisé par des décrets, que l'apparition des femmes sur la scène politique! Ces illustres Romaines, condamnées à n'être qu'épouses et mères, passèrent leur vie dans la retraite, occupéesà élever des maîtres pour le monde. Rome n'eut point de courtisanes, parce que la jeunesse y était occupée à des guerres éternelles. Si plus tard la dissolution vint, ce fut avec le despotisme des empereurs'; et encore, les préjugés fondés par les anciennes mœurs étaient-ils si vivaces, que Rome ne vit jamais des femmes monter sur un théâtre. Ces faits ne seront pas perdus pour celte rapide histoire du mariage en France.
Les Gaules conquises, les Romains imposèrent leurs lois aux vaincus ; mais elles furent impuissantes à détruire et le profond respect de nos ancêtres pour les femmes, et ces antiques superstitions qui en faisaient les organes immédiats de la Divinité. Les lois romaines finirent cependant par régner exclusivement à toutes autres dans ces pays appelés jadis de droit écrit, qui représentaient la Gcdlia lofjuta , et leurs principes conjugaux pénétrèrent plus ou moins dans les pays de coutumes.
Mais pendant ce combat des lois contre les mœurs, les Francs envahissaient les Gaules, auxquelles il-, donnèrent le doux nom de France; et ces guerriers, sortis du ^ord, y importaient le système de galanterie né dans leurs régions occidentales, où le nulange des sexes n'exige pas, sous des climats glacés, la pluralité des femmes et les jalouses précaulio;)S de l'Orient. Loin do là, chez eux, ces créatures presque divinisées réchauffaient la vie privée par l'éloquence de leurs sentiments. Les sens endormis sollicitaient cette variété de moyens énergiques et délicats, celte diversité d'action, cette irritation de
la pensée et ces barrières chimériques créées par la coquetterie, système dont nous avons développé quelques principes dans celte première partie, et qui convient admirablement au ciel tempéré de la France.
A l'Orient donc, la passion et son délire, les longs cheveux bruns et les harems , les divinités amoureuses, la pompe, la poésie et les monuments. A l'Occident, la liberté des femmes, la souveraineté de leurs blondes chevelures, la galanterie, les fées, les sorcières, les profondes extases de l'âme, les douces émotions de la mélancolie, et les longues amours.
Ces deux systèmes, partis des deux points opposés du globe, vinrent lutter en France; en France, où une partie du sol, la langue d'Oc, pouvait se plaire aux croyances orientales, tandis que l'autre, la langue d'Oyl, était la patrie de ces traditions qui attribuent une puissance magique à la femme. Dans la langue d'Oyl, l'amour demande des mystères; dans la langue d'Oc, voir c'est aimer.
Au fort de ce débat, le christianisme vint triompher en France, et il vint prêché par des femmes, et il vint consacrant la divinité d'une femme qui, dans les forêts de la Bretagne, de la Vendée et des Ardeniies, prit, sous le nom de Notre-Dame, la place di' plus d'une idole au creux des vieux chênes druidiques.
Si la religion du Christ, qui, avant tout, est un code de morale et de politique, donnait une âme à tous les êtres, proclamait l'égalité des êtres devant Dieu,etfortiliait par ses principesles doctrines ehevalcresquesdu>'ord,cetavantage était bien balance par la résidence du souverain pontife à Rome, dont il s'instituait héritier, par l'universalité de la langue latine qui devint celle de l'Europe au moyen âge, et par le plus puissant intérêt que les moines, les scribes et les gens de loi eurent à faire triompher, les codes trouvés par un soldat au pillage d'Amalfi. Les deux principes de la servitude et de la souveraineté des femmes restèrent donc en présence, enrichis Tun et Tautre de nouvelles armes.
La loi salique, erreur légale, lit triompher la servitude civile et politique sans abattre le pouvoir que les mœurs donnaient aux femmes, car l'enthousiasme dont l'Europe fut saisie pour la chevalerie soutint le parti des nururs contre les luis.
Ainsi se forma l'étrange phénomène présenté, depuis lors, par notre caractère national et notre législation; car, depuis ces époques qui scnd)lenl être la veille de la révolulion , quand un esprit philosophique s'élève et considère l'histoire , la France a été la proie de tant de convulsions; la Féodalité, les Croisades , la Réforme, la lutte de la rovauté et de l'aristocratie, le despotisme et le
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sacerdoce l'ont si follement pressée dans leurs serres, que la (enune y est restée en bulle aux con- Iradiclions bizarres nées du conllit des trois évcncinents principaux que nous avons esquisses, l'ouvait-on s'occuper de la feniine, de son éducation politique et du mariage, (|uaiid la l'éodalilé mettait le troue en question, quand la Kcforme les menaçait Tune et l'autre, et quand le peuple était oublié enlre le sacerdoce cl l'empire? Selon une expression de madame Neckcr, les femmes furent à travers ces grands événements comme ces duvets introduits dans les caisses de porcelaine : comptés pour rien, tout se briserait sans eux.
Alors la femme mariée offrit en France le spectacle d'une reine asservie, d'une esclave à la fois libre cl prisonnière; alors les contradictions produites par la lutte des deux principes éclatèrent dans l'ordre social en y dessinant des bizarreries par milliers; alors la femme étant physiquement peu connue, ce qui fut maladie en elle se trouva un prodige, une sorcellerie ou le comble de la malfaisance; alors ces créatures traitées parles lois comme des enfants prodigues, et mises en tutelle, étaient déiliées par les mœurs. Semblables aux affranchis des empereurs, elles disposaient des couronnes, des batailles, des fortunes, des coups d'État, des crimes, des vertus, par le seul scintillement de leurs yeux, et ne possédaient rien, et ne se possédaient pas elles-mêmes. Elles furent également heureuses et malheureuses : armées de leur faiblesse et fortes de leur instinct, elles s'élancèrent hors de la sphère où les lois devaient les placer, se montrant toutes-puissantes pour le mal, impuissantes pour le bien; sans mérite dans leurs vertus commandées, sans excuses dans leurs vices; accusées d'ignorance et privées d'éducation; ni tout à fait mères, ni tout à fait épouses. Ayant tout le temps de couver des passions et de les développer, elles obéissaient à la coquetterie des l'Yancs, tandis qu'elles de\ aient, comme des Romaines, rester dans l'enceinte des châteaux à élever des guerriers. Aucun système n'étant fortement développé dans la législation, les esprits suivirent leurs inclinations, et l'on vit autant de Marions Delormes que de Cornélies, autant de vertus que de vices. C'étaient des créatures aussi incomplètes que les lois qui les gouvernaient : considérées par les uns comme un èlre intermédiaire entre riiommc et les animaux, comme une béte maligne que les lois ne sauraient garrotter de trop de liens et que la nature avait destinée avec tant d'autres au bon plaisir des humains; considérées par d'autres comme un ange exilé, source de bonheur et d'aniour, comme la seule créature qui répondît aux sentiments de l'homme et dont on devait venger les misères par une idolàlrie. Comment lunilc qui manquait aux
inslilulions politiques pouvait-elle exister dans les mœurs?
l.a femme fut donc ce que les circonstances et les honnnes la lirent , au lieu d'être ce que le climat et les institutions la de\aient faire : vendue, mariée contre son gré en vertu de la puissance paternelle des Romains, en même temps qu'elle tombait sous le despotisme marital qui désirait sa réclusion, elle se voyait solliciter aux seules représailles qui lui fussent permises. Alors elle devint dissolue quand les honmies cessèrent d'être puissamment occupés par des guerres intestines, par la même raison qu'elle fut vertueuse au milieu des commotions civiles. Mais tout homme instruit peut nuancer ce tableau; nous demandons aux événements leurs leçons et non pas leur poésie.
La révolution était trop occupée d'abattre et d'édilier, avait trop d'adversaires, ou fut peut-être encore trop voisine des temps déplorables de la Régence et de Louis XV, pour pouvoir examiner la place que la femme doit tenir dans l'ordre social. ■ Les hommes remarquables qui élevèrent le monument immortel de nos codes étaient presque tous d'anciens légistes frappés de l'importance des lois romaines, et d'ailleurs ils ne fondaient pas des institutions politiques. Fils de la révolution , ils crurent, avec elle, que la loi du divorce, sagement rélrécie, que la faculté des soumissions respectueuses étaient des améliorations suffisantes. Devant le souvenir de Fancien ordre de choses, ces institutions nouvelles parurent immenses.
x\ujourd"hui, la question du triomphe des deux principes, bien affaiblis par tant d'événements et par le progrès des lumières, reste tout entière à traiter pour de sages législateurs. Le temps passé contient des enseignements qui doivent pprter leurs fruits dans l'avenir. L'éloquence des faits serait-elle perdue pour nous?
Le développement des principes de l'Orient a exigé des eunuques et des sérails ; les mœurs bâtardes de la France ont amené la plaie des courtisanes et la plaie plus profonde de nos mariages : ainsi , pour nous servir de la phrase toute faite par un contemporain, l'Orient sacrifie, à la paternité, des hommes et la justice; la France, des femmes et la pudeur. M l'Orient, ni la France, n'ont atteint le but que ces institutions devaient se proposer : le bonheur. L'homme n'est pas plus aimé par les femmes d'un harem, que le mari n'est sur d'être, en France, le père de ses enfants; et le mariage ne vaut pas tout ce qu'il coûte. 11 est temps de ne lui rien sacrilicr, et de mettre le fonds d'une plus grande sonnne de bonheur dans Télat social , en conformant nos mœurs et nos inslilulions à notre rlinial.
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Le gouvcrnenieiit conslitutioiinel, heureux mélange de deux systèmes politiques extrêmes, le despotisme et la démocratie, semble indiquer la nécessité de confondre aussi les deux principes conjugaux qui, en France, se sont heurtés jusqu'ici. La liberté que nous avons hardiment réclamée pour les jeunes personnes, remédie à cette foule de maux dont nous avons peut-être indiqué la source, en exposantles contre-sens produits par Tesclavage des fdles. Rendons à la jeunesse les passions , les coquetteries, l'amour et ses terreurs, l'amour et ses douceurs, et le séduisant cortège des Francs. A cette saison printanière de la vie, nulle faute n'est irréparable, ctrhymen sortira du sein des épreuves, armé de confiance, désarmé de haine, et l'amour y sera justifié par d'utiles comparaisons.
Dans ce changement de nos mœurs, périra d'ellemême la honteuse plaie des filles publiques. C'est surtout au moment où l'homme possède la candeur et la timidité de l'adolescence, qu'il est égal pour son bonheur de rencontrer de grandes et de vraies passions à combattre. L'âme est heureuse de ses efforts, quels qu'ils soient; pourvu qu'elle agisse, qu'elle se meuve , peu lui importe d'exercer son pouvoir contre elle-même. Il existe dans cette observation , que tout le monde a pu faire , un secret de législation , de tranquillité et de bonheur. Puis , aujourd'hui , les éludes ont pris un tel développement, que le plus fougueux des Mirabeaux à venir peut enfouir son énergie dans une passion et dans les sciences. Combien déjeunes gens n'ont-ils pas été sauvés de la débauche par des travaux opiniâtres unis aux renaissants obstacles d'un premier, d'un pur amour! car, quelle est la jeune fille qui ne désire pas prolonger la délicieuse enfance des sentiments, qui ne se trouve orgueilleuse d'être connue , et qui n'ait à opposer les craintes enivrantes de sa timidité, la pudeur de ses transactions secrètes avec elle-même, aux jeunes désirs d'un amant inexpérimentécommeelle?La galanterie des Francs et ses plaisirs seront donc le riche apanage de la jeunesse, et alors s'établiront naturellement ces rapports d'âme, d'esprit, de caractère, d'habitude, de tempérament, de fortune, qui amènent l'heureux équilibre voulu pour le bonheur de deux époux. Ce système serait assis sur des bases bien i)lus larges et bien plus franches, si les filles étaient soumises à une exhérédation sagement calculée, ou si, pour contraindre les hommes à ne se déterminer dans leurs choix qu'en faveur de celles qui leur offriraient des gages de bonheur, par leurs vertus, leur caractère ou leurs talents, elles étaient mariées, comme aux États-Unis, sans dot.
Alors, le système adopté par les Romains [lourra, sans inconvénients, s'appliquer aux fennnes ma-
riées qui, jeunes filles, auront usé de leur liberté. Exclusivement chargées de l'éducation primitive des enfants, la plus importante de toutes les obligations d'une mère, occupées de faire naître et de maintenir ce bonheur de tous les instants , si admirablement peint dans le quatrième livre de Julie , elles seront, dans leur maison, comme les anciennes Romaines, une image vivante de la Providence, qui éclate partout et ne se laisse voir nulle part. xVlors les lois sur l'infidélité de la femme mariée devront être excessivement sévères. Elles devront prodiguer plus d'infamie encore que de peines afflictives et coercitives. La France a vu promener des femmes montées sur des ânes, pour de prétendus crimes de magie, et plus d'une innocente est morte de honte ; voilà le secret de cette législation future. Les filles de Milet se guérissaient du mariage par la mort; le Sénat condamne les suicides à être traînées toutes nues sur une claie , et les vierges se condamnent à la vie.
Les femmes et le mariage ne seront donc respectés en France que par le changement radical que nous implorons pour nos mœurs. Cette pensée profonde est celle qui anime les deux plus belles productions d'un immortel génie. L'iiwH/e et la Nouvelle I/éloïse ne sont que deux éloquents plaidoyers en faveur de ce système. Cette voix retentira dans les siècles, parce qu'elle a deviné les vrais mobiles des lois et des mœurs des siècles futurs. En attachant les enfants au sein de leurs mères, Jean-Jacques rendait déjà un immense service à la vertu ; mais son siècle était trop profondément gangrené pour comprendre les hautes leçons que renfermaient ces deux poëmes; il estvrai d'ajouter aussi que le philosophe fut vaincu par le poëte , et qu'en laissant dans le cœur de Julie mariée des vestiges de son premier amour, il a été séduitparunesituation poétique plus touchante que la vérité qu'il voulait développer, mais moins utile.
Cependant, si le mariage, en France , est un immense contrat par lequel les hommes s'entendent tous tacitement pour donner plus de saveur aux passions, plus de curiosité, plus de mystère à l'amour, plus de piquant aux femmes; si une fenmie est plutôt un ornement de salon, un mannequin à modes, un portemanteau, qu'un être dont les fonctions, dans l'ordre politique, puissent se coordonner avec la prospérité d'un pays, avec la i^loircMPune patrie, qu'une créature dont les soins puissent lutter d'utilité avec ceux des hommes... j'avoue que toute cette théorie, que ces longues considérations disparaîtraient de\ant d'aussi inqjortantes destinées!...
Mais c'est assez avoir pressé le marc des événements accomplis, pour en tirer une goutte de pliilosophic; c'est avoir assez sacrifié à la passion