MEDITATION XII
H Y G I È >• E D l MARIAGE.
Celle Méditation a pour but de soumettre à vot attention un nouveau mode de défense |)ar lequel vous dompterez, sous une prostration in^ iiicible, la volonté de votre femme. Il s'agit de la réaction produite sur le moral par les vicissitudes physiques et par les savantes dégradations d'une diète habilement dirigée.
Celle grande et philosophique question de médecine conjugale sourira sans doute à tous ces goutteux, ces impolcnts,ccscalarrheux,et à cette légion de vieillards dont nous avons réveillé l'apathie à l'article des Prédestinés ; mais elle concernera principalement les maris assez audacieux pour entrer dans les voies d'un machiavélisme digne de ce grand roi de France qui tenta d'assurer le bonheur de la nation aux dépens de quelques têtes féodales. Ici, la question est la même : c'est toujours l'amputation ou l'afTaiblissement de quelques membres, pour le plus grand bonheur de la masse.
Croyez-vous sérieusement qu'un célibataire soumis au régime de l'herbe hanea, des concombres, du pourpier et des applications de sangsues aux oreilles, recommandé par Sterne, serait bien propre à battre en brèche l'honneur de votre femme?
Supposez un diplomate qui aurait eu le talent de fixer sur le crâne de Napoléon un cataplasme permanent de graine de lin, ou de lui faire administrer tous les matins un clystèreau miel, croyez-vous que Napoléon, Napoléon le Grand, aurait conquis l'Italie?
Napoléon a-l-il été en proie ou non aux horribles souffrances d'une dysurie pendant la campagne de Russie?... Voilà une de ces questions dont la solution a pesé sur le globe entier.
N'est-il pas certain que des réfrigérants, des douches, des bains, etc., produisent de grands changements dans les affections plus ou moins aiguës du cerveau?
Au milieu des chaleurs du mois de juillet, lorsque chacun de vos pores filtre lentement et restitue à une dévorante atmosphère les limonades à la glace que vous avez bues d'un seul coup, vous êtes-vous jamais senti ce foyer de courage, cette vigueur de pensée, cette énergie complète, qui ^ous rendaient l'existence légère et douce quelques mois auparavant?
Non, non, le fer le mieux scellé dans la pierre la plus dure, soulèvera et disjoindra toujours le monument le plus durable, par suite de l'influence secrète qu'exercent les lentes et invisibles dégradations de chaud et de froid dont l'atmosphère est
PHYSIOLOGIE DU MARIAGE
:>unnciileo. En principe, reconnaissons (tonc que
-i le climat influe sur l'homme, l'homme doit à plus
ute raison influer à son lour sur rimagination de
js semblables, par le plus ou le moins de vigueur
■t de puissaiice avec laquelle il projette sa volonté.
Là est le principe du talent, de Tacteur, celui de
Il poésie et du f'analisme, car Tune est Téloquence
s paroles comuje Faulre rc'oquencc des actions;
I, enfin, est le principe d'une science en ce moment
.'.Il berceau.
Cette volonté si puissante d'homme à homme, [le force nerveuse et fluide, éminemment mobile L-t transmissibic, est elle-même soumise à l'état changeant de notre organisation , et bien des cir- ( onslanccs font varier ce fragile organisme. Là s'ar- ■iera notre observation métaphysique, et là nous îîtrerons dans l'analyse des circonstances qui clarent la volonté de l'homme et la portent au plus ..aut degré de force ou d'affaissement.
Maintenant ne croyez pas que notre but soit de us engager à mettre des cataplasmes sur Thon- / ur de votre femme, à la renfermer dans une cluve ou à la sceller comme une lettre; non. Nous i:e tenterons pas même de vous développer le système magnétique qui vous donnerait le pouvoir de l'ire triomplier voire volonté dans Tàme de votre icmme : il n'est pas un mari qui acceptât le bonheur d'un éternel amour au prix de cette tension jierpétuelle des forces animales; mais nous essayerons de développer un système hygiénique formi- /iable, au moyen duquel vous pourrez éteindre le feu quand il aura pris à la cheminée.
Il existe en effet, parmi les habitudes des petitesmaîtresses de Paris et des départements (les petitesmaîtresses forment une classe très-distinguée parmi les femmes honnêtes), assez de ressources pour atteindre à notre but, sans aller chercher dans l'arsenal de la thérapeutique les quatre sem.ences froides, le nénufar et mille inventions dignes des sorcières. Nous laisserons même à Elien son herbe hanéa et à Sterne son pourpier et ses concombres, qui annoncent des intentions évidemment anliphlogistiques. Vous laisserez votre femme s'étendre et demeurer des journées entières sur ces moelleuses bergères où l'on s"enfunce à mi-corps dans un véritable bain d'édredons et de plumes du Nord
Vous favoriserez, par tous les moyens qui ne blesseront pas votre conscience, celle propension des fcmmesà ne respirerquc Tairparfuméd'une chambre rarement ouverte, et où lejour perce à grand'peine de voluptueuses et diaphanes mousselines. Vous obtiendrez des effets merveilleux de ce système, mais aprèsavoir préalablem-^'iit subi les éclats de son exaltation ; mais si vous éUs assez fort pour supportercelle tension momentanée de votre femme,
DE B A 1.7. An. I.
VOUS verrez l.'icjilôt s'abolir sa vigueur factice En général les femmes aiment à vivre vite ; mais après leurs tempêtes de sensations, viennent des calmes rassurants pour le bonheur d'un mari.
Jean- Jacques, par l'organe enchanteur de Julie, ne prouvera-l-il pas à voire femme qu'elle aura une grâce infinie à ne pas déshonorer son estomac délicat et sa bouche divine, en faisant du chyle avec d'ignobles pièces de bœuf et d'énormes éclanches de mouton ? Est-il rien au monde de plus pur que ces intéressants légumes, toujours frais et inodores, ces fruits colorés, ce café, ce chocolat parfumés, ces oranges, pommes d'or d'Atalante, les dattes de l'Arabie, les biscoles de Bruxelles, nourriture saiiie et gracieuse qui arrive à des résultats satisfaisants en même temps qu'elle donne à une femme je ne sais quelle originalité mystérieuse. Elle arrive à une petite célébrité de coterie par son régime, comme par une toilette, par une belle action ou par un bon mot. Pythagore doit être sa passion, comme si Pythagore était un caniche ou un sapajou.
Ne commettez jamais Timprudence de certains hommes qui, pour se donner un vernis d'esprit fort, combattent celle croyance féminine : que l'on conserve sa taille en mangeant peu. Les femmes à ! la diète n'engraissent pas, cela est clair et positif; vous ne sortirez pas de là.
Vantez l'art avec lequel des femmes renommées par leur beauté ont su la conserver en se baignant, plusieurs fois par jour, dans du lait, ou des eaux composées de substances propres à rendre la peau plus douce, en débilitant le système nerveux.
Recommandez-lui surtout, au nom de sa santé si précieuse pour vous, de s'abstenir de lotions d'eau froide? Que toujours leau chaude ou tiède soit l'ingrédient fondamental de toute espèce d'ablution. Broussais s,era votre idole. A la moindre indisposition de votre femme, et sous le plus léger prétexte, pratiquez de fortes applications Ck^ sangsues : ne craignez même pas de vous en appliquer à vousmême quelques douzaines de temps à autre, pour faire prédominer chez vous le système de ce célèbre docteur. Votre état de mari vous oblige à toujours trouver votre femme trop rouge; essayez même quelquefois de lui attirer le sang à la tête, pour avoir le droit d'introduire, dans certains moments, une escouade de sang.=iues au logis.
Yolvc femme boira de Peau légèrement colorée dun vin de Bourgogne agréable au goût, mais sans vertu tonique; tout autre vin serait mauvais.
Ne souffrez jamais qu'elle prenne l'eau pure pour boisson, vous seriez perdu.
■; ImpélucuA fluide! au moment que tu presses K contre les éclu.ses du cerveau, vois comme elles '1 cèdent à la puissance !
i>iJYSi{)LO(;ii: m mariage.
ti La ciRiosiTÉ parait à la nage , faisant signe à « ses compagnes de la suivre : elles plongent au <i milieu du eourant.
u l/i»UGiNATio.\ s'assied en rêvant sur la rive. VAU-. Il suit le torrent des yeux, et change les brins de (1 paille et de jonc en mâts de misaine et de hcaut( pré. A peine la mélamorpliusc est-elle laite, que <i le «Ésin, tenant dune main sa robe retroussée Il jusqu'au genou, survient, les voit et s'en empare. « 0 vous, buveurs d'eau ! est-ce donc par le se- « cours de cette source enchanteresse que vous <i avez tant de fois tourné et retourné le inonde à u votre gré, foulant aux pieds l'impuissant, cera- «1 sant son visage, et changeant même quelquefois « la forme et l'aspect de la nature? »
Si par ce système d'inaction, joint à notre système alimentaire, vous n'obteniez pas des résultats satisfaisants, jclez-vous à corps perdu dans un autre système que nous allons développer.
L'homme a une somme donnée d'énergie. Tel honnue ou tel femme est à tel autre, comme dix est à trente, comme un à cinq, et il est un degré que chacun de nous ne dépasse pas. La quantité d'énergie ou de volonté que chacun de nous possède, se déploie comme le son : elle est tantôt faible, tantôt forte ; elle se modifie selon les octaves qu'il lui est permis de parcourir. Cette force est unique, et bien qu'elle se résolve en désirs, en passions, en labeurs d'intelligence ou en travaux corporels, elle accourt là où l'homme l'appelle. Un boxeur la dépense en coups de poing, le boulanger à pétrir son pain , le poète dans une exaltation qui en absorbe et en demande une énorme quantité, le danseur la fait passer dans ses pieds ; enfin, chacun la distribue à sa fantaisie, et que je voie ce soir le Minolaure assis tranquillement sur mon lit, si vous ne savez pas comme moi où il s'en dépense le plus. Presque tous les hommes consument en des travaux nécessaires ou dans des angoisses de passions funestes cette belle somme d'énergie et de volonté dont la nature leur a fait présent; mais nos femmes honnêtes sont toutes en proie aux caprices et aux luttes de cette puissance qui ne sait où se prendre. Alors, si leur énergie n'a pas succombé sous le régime diététique, jetez-les dans un mouvement toujours croissant. Trouvez les moyens de faire passer la somme de force dont vous êtes gêné, dans une occupation qui la consomme entièrement. Sans attacher votre femme à la manivelle d'une manufacture, il y a mille moyens de la lasser sous le fléau d'un travail constant.
Tout en vous abandonnant les moyens d'exécution, lesquelschangenlselon bien des circonstances, nous vous indiquerons la danse comme un des plus beaux goulTres où s'ensevelissent les amours. Cette
matière ayant été assez bien traitée par un contemporain, nous le laisserons parler.
•1 Telle pauvre \ielinie (pt'admire un cercle en- II chanté paye bien cher ses succès. Ouel fruit faul- <i il attendre d'eflbrls aussi peu proportionnés aux '1 moyens d'un sexe délicat? Les muscles, fatigués it sans discrétion , consomment sans mesure. Les «1 esprits destinés à nouriir le feu des passions cl " le travail du cerveau sont détournés de leur u route. I/abscnce des désirs, le goût du repos, le » choix exclusif d'aliments substantiels, tout in- « dique une nature ap[)auvrie, plus avide de répa- «i rer que de jouir. Aussi un indigène des coulisses «c me disait un jour : — « Qui a vécu avec des danu scuses a vécu de mouton ; car leur épuisemenl u ne peut se passer de cette nourriture énergique.» Il Croyez-moi donc, l'amour qu'une danseuse ini( spire est bien trompeur: on rencontre avec dépit. Il sous un printemps factice, un sol froid et avare, Il et des sens incombustibles. Les médecins calabrais u ordonnent la danse pour remède aux passions hys- II lériques, qui sont communes parmi les fennnes K de leur pays, et les Arabes usent à peu près de la Il même recette pour les nobles cavales don lie tem- II péramenl trop lascif empêche la fécondité. «Bêle Il comme un danseur, » est un proverbe connu au Il théâtre. Enfin, les meilleures têtes de l'Europe Il so«t convaincues que toute danse porte en soi Il une qualité éminemment réfrigérante.
Il En preuve à tout ceci, il est nécessaire d'ajou- II ter d'autres observations. « La vie des pasteurs Il donna naissance aux amours déréglées. Les mœurs Il des tisserandes furent horriblement décriées dans Il la Grèce. Les Italiens ont consacré un proverbe à Il la lubricité des boiteuses. Les Espagnols, dont les Il veines reçurent par tant de mélanges l'inconti- II nence africaine, déposèrent le secret de leurs Il désirs dans celte maxime qui leur est familière : Il Mugcr y cjallina pierna quebrantada , il est bon Il que la femme et la poule aient une jambe rompue. Il La profondeur des Orientaux dans l'art des volup- II lés se décèle tout entière par celte ordonnance du Il calife Ilakim, fondateur des Druses, qui défen- »t dit, sous peine de mort, de fabriquer dans ses Il Etals aucune chaussure de femme. Il semble que Il sur tout le globe les tempêtes du cœur attendent. Il pour éclater, le repos des jambes! »
Quelle admirable manœuvre que de faire danser une femme et de ne la nourrir que de viandes blanches!
iNe croyez pas que ces observations, aussi vraies que spirituellement rendues, contrarient notre système précédent; par celui-ci comme par celui-là vous arriverez à produire chez une femme celle atonie tant désirée, gage de repos et de tranquillité.
PHYSIOLOGIE DU MARIAGE
Var le dernier vous laissez la porto ouvcrle pour que r<>Miicnii s'enfuie, par l'autre vous le tuez.
Là, il nous semble entendre des gens limorés et à vues t'iroites s'élever contre notre hygiène, au nom de la morale et des sentiments.
La femme n'est-elle donc pas douée d'une âme? , N'a-t-elle pas comme nous des sensations? De quel droit, au mépris de ses douleurs, de ses idées, de ses besoins, la travaillc-t-on comme un vil métal dont l'ouvrier fait un éteignoir ou un llambeau? Serait-ce' parce que ces pauvres créatures sont déjà faibles et malheureuses, qu'un brutal s'arrogerait le pouvoir de les tourmenter exclusivement au profit de ses idées plus ou moinsjustes ? Et si par votre système débilitant ou échaulTant, qui allonge, ramollit, pétrit les fibres, vous causiez d'affreuses et • cruelles maladies, si vous conduisiez au tombeau une femme qui vous est chère, si, si, etc.
Voici notre réponse :
Avez-vous jamais compté combien de formes diverses Arlequin et Pierrot donnent à leur" petit chapeau blanc? Ils le tournent et retournent si bien, . que successivement ils en font une toupie, un ba- - teau, un verre à boire, une demi-lune, un béret, une corbeille, un poisson, un fouet, un poignard, un enfant, une tète d'homme, etc.
Image exacte du despotisme avec lequel vous devez manier et remanier votre femme. La femme ' est une propriété que l'on acquiert par contrat : elle est mobilière, car la possession vaut titre; enfin, la femme n'est, à proprement parler, qu'une annexe de l'homme; or, tranchez, coupez, rognez! elle vous appartient à tous les titres. Ne vous inquiétez en rien de ses murmures, de ses cris, de ses douleurs ; la nature l'a faite à notre usage et pour tout porter : enfants, chagrins, coups et peines de l'homme.
Ne vous accusez pas de dureté. Dans tous les codes des nations soi-disant civilisées, rhomme a écrit les lois qui règlent le destin des femmes sous celte épigraphe sanglante : Vœ ^'ictis! Malheur aux faibles !
Enfin, songez à cette dernière observation, la plus prépondérante peut-être de toutes celles que nous avons faites jusqu'ici : si ce n'est pas vous, mari, qui brisez sous le fléau de votre volonté ce faible et charmant roseau, ce sera, joug plus atroce encore, un célii)ataire capricieux et despote ; elle supportera deux fléaux au lieu d'un. Tout compensé, l'humanité vous engagera donc à suivre les principes de notre hygiène.