‹ Œuvres de BalzacChapitre 71 sur 78 · DE E,A BEE.1.E-9IÈRE · texte numérisé non relu

DE E,A BEE.1.E-9IÈRE

Jusqu'à rage de trente ans, le visage d'une femme est un livre écrit en langue étrangère, et que l'on peut encore traduire, malgré les diflicullés de tous les gunaïsmes Aq l'idiome; mais, passé quarante ans, une femme devient un grimoire indéchiffrable, et il n'y a plus qu'une vieille femme capable de deviner une vieille femme.

Quelques diplomates ont tenté plusieurs fois l'entreprise diabolique de gagner des douairières qui s'opposaient à leurs desseins ; mais s'ils ont réussi, ce n'a jamais été qu'en faisant des sacrifices énormes pour eux; car ce sont gens fort usés, et nous ne pensons pas que vous puissiez employer leur recette auprès de votre belle-mère.

Ainsi elle sera le premier aide de camp de votre femme, car si la mère n'était pas du parti de sa (ille, ce serait une de ces monstruosités qui, malheureusement pour les maris, sont très-rares.

Quand un homme est assez heureux pour avoir une belle-mère très-bien conservée, il lui est facile de la tenir pendant un certain temps en échec, pour peu qu d connaisse quelque jeune célibataire courageux. Mais, généralement, les maris qui ont quelque peu de génie conjugal savent opposer leur mère à celle de leur femme ; et alors elles se neutralisent l'une par l'autre assez naturellement.

Avoir sa bclle-mèrc en province quand on demeure à Paris, et vice versa, est une de ces bonnes fortunes qui se rencontrent toujours trop rarement. Brouiller la mère et la fille... cela est possible; mais pour mettre afin cette entreprise, il faut se sentir le cœur métallique de Richelieu, qui sut rendre ennemis un fils et une mère. Cependant la jalousie d'un mari peut tout se permettre, et je doute que celui qui défendait à sa femme de prier les saints, et qui voulait qu'elle ne s'adressât qu^aux saintes, la laissât libre de voir sa mère.

Beaucoup de gendres ont pris un parti violent

qui concilie tout , et qui consiste à vivre mal avec leurs belles-mères. Cette inimitié serait d'une politique assez adroite, si elle n'avait pas malheureusement pour résultat infaillible de resserrer un jour les liens qui unissent une fille à sa mère.

Tels sont à peu près tous 'es moyens que vous avez pour combattre l'innuence maternelle dans votre ménage. Quant aux services que votre femme peut réclamer de sa mère, ils sont immenses ; et les secours négatifs ne seront pas les moins puissants. Mais ici tout échappe à la science, car tout est secret. Les allégeances apportées par une mère à sa fille sont, de leur nature, si variables, elles dépendent tellement des circonstances, que vouloir en donner une nomenclature,ceserait folie. Seulement,

inscrivez, parmi les préceptes les plus salutaires de cet Évangile conjugal, les maximes suivantes:

Un mari ne laissera jamais aller sa femme seule chez sa mère.

Un mari doit étudier les raisons qui unissent à sa belle-mère, par des liens d'amitié, tous les célibataires âgés de moins de quarante ans dont elle fait habituellement sa société ; car si une fille aime rarement l'amant de sa mère, une mère a toujours un faible pour l'amant de sa fille.

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