DBS ALLIES DE L'AMANT
L'homme empressé d'en avertir un autre qu'un billet de mille francs tombe de son portefeuille, ou même qu'un mouchoir sort de sa poche, regarde comme une bassesse de le prévenir qu'on lui enlève sa femme. Il y a certes dans celle inconséquence morale quelque chose de bizarre, mais eniin elle peut s'expliquer. La loi s'étanl interdit la recherche des délits matrimoniaux, les citoyens ont encore bien moins qu'elle le droit de faire la police conjugale; et, quand on remet un billet de mille francs à celui qui le perd, il y a dans cet acte une sorte d'obligation dérivée du principe qui dit : Agis envers autrui comme tu voudrais qu'il agît envers toi!
Mais par quel raisonnement juslifiera-t-on, et comment qualifierons-nous le secours qu'un célibataire n'implore jamais en vain, et reçoit toujours d'un autre célibataire, pour tromper un mari? L'homme incapable d'aider un gendarme à trouver un assassin n'éprouve aucun scrupule à emmener un mari au spectacle, à un concert, ou même dans une maison équivoque, pour faciliter à un camarade, qu'il pourra tuer le lendemain en duel, un rendezvous dont le résultat est, ou de mettre un enfant adultérin dans une famille et de priver deux frères d'une portion de leur fortune en leur donnant un cohéritier qu'ils n'auraient peut-être pas eu, ou de faire le malheur de trois êtres. Il faulavouerque la probité est une vertu bien rare, et que l'honimc qui croit en avoir le plus est souvent celui qui en
a le moins. Telles haines ont divisé des familles, tel fratricide a été commis, qui n'eussent jamais eu lieu si un ami se fut refusé à ce qui passe dans le monde pour une espièglerie.
Il est impossible qu'un homme n'ait pas une manie, et pous aimons tous ou la chasse, ou la pêche, ou le jeu, ou la musique, ou l'argent, ou la table, etc. Lh bien, votre passion favorite sera toujours complice du piège qui vous sera tendu par un amant. Sa main invisible dirigera vos amis ou les siens, soit qu'ils consentent ou non à prendre un rôle dans la petite scène qu'il invente pour vous emmener hors du logis, ou pour vous laisser lui livrer votre femme. Un amant passera des mois entiers, s'il le faut, à méditer la construction de sa souricière.
J'ai vu succomber l'homme le plus rusé de la terre. C'était un ancien avoué de Normandie. H habitait la petite ville de B..., où le régiment des chasseurs du Cantal tenait garnison. l"n élégant officier aimait la femme du chicanons, et le régiment devait partir sans que les deux amants eussent pu avoir la moindre privauté. C'était le quatrième militaire dont l'avoué triomphait.
En sortant de table, un soir, vers les six heures, le mari vint se promener sur une terrasse de son jardin, de laquelle on découvrait la campagne. Les officiers arrivèrent en ce moment pour prendre congé de lui. Tout à coup brille à l'horizon la flamme sinistre d'un incendie.
— Oh! mon Dieu! la Daudinière brûle!... s'écria le major, vieux soldat sans malice qui avait diné au logis.
Tout le monde de sauter à cheval. La jeune femme sourit en se voyant seule, car l'amoureux, caché dans un massif, lui avait dit :
— C'est un feu de paille !...
Les positions du mari furent tournées avec d'autant plus d'habileté qu'un excellent coureur attendait le capitaine; et que. par une délicatesse assez rare dans la cavalerie, l'amant sut sacrifier quelques moments de bonheur pour joindre la cavalcade et revenir en compagnie du mari.
Le mariage est un véritable duel, où, pour triompher de son adversaire, il faut une attention de tous les moments; car si vous avez le malheur de détourner la tête, l'épée du célibat vous perce de part en part.
DE LA FEMME DE tUAMORE.
La iilus jolie femme de chambre que j'aie vue,
PHYSIOLOGIE DU MARIAGE
est celle de madame V....y, qui joue encore aujourd'hui, à Paris, un très-beau rôle parmi les femmes les plus à la mode, et qui passe pour faire très-bon ménage avec son mari. Mademoiselle Célestine est une personne dont les perfections sont si nombreuses, qu'il faudrait pour la peindre traduire les trente vers célèbres inscrits, dit-on , dans le sérail du Grand Seigneur, et qui contiennent chacun l'exacte description d'une des trente beautés de la femme.
— Il y a bien de la vanité à garder auprès de vous une créature aussi accomplie!... disait une dame à la maîtresse de la maison.
— Ah ! ma chère, vous en viendrez peut-être un jour à m'envier Célestine!...
— Elle a donc des qualités bien rares? Elle habille peut-être bien?
— Oh ! très mal !
— Elle coud bien?
— Elle ne touche jamais à une aiguille.
— Elle est Adèle ?
— Ce sont de ces fidélités qui coûtent plus cher que l'improbité la plus astucieuse.
— Vous m'étonnez, ma chère. C'est donc votre sœur de lait?
— Pas tout à fait. Enfin elle n'est bonne à rien, mais c'est de toute ma maison la personne qui m'est la plus utile. Si elle reste dix ans chez moi, je lui ai promis vingt mille francs. Oh! ce sera de l'argent bien gagné; et je ne les regretterai pas!... dit la jeune femme en agitant la tête par un mouvement très-significatif.
La jeune interlocutrice de madame V...y finit par comprendre.
Quand une femme n'a pas d'amie assez intime pour l'aidera se défaire de l'amour marital, la soubrette est une dernière ressource qui manque rarement de produire l'effet qu'elle en attend.
Oh ! après dix ans de mariage, trouver sous son toit et y voir à toute heure une jeune fille de seize à dix-huit ans, fraîche, mise avec coquetterie, dont les trésors de beauté semblent vous défier, dont l'air candide a d'irrésistibles attraits, dont les yeux baissés vous craignent, dont le regard timide vous tente, et pour qui le lit conjugal n'a point de secrets, tout à la fois vierge et savante ! Comment un homme peut-il demeurer froid, comme saint Antoine, devant une sorcellerie aussi puissante, et avoir le courage de rester fidèle aux bons principes représentés par une femme dédaigneuse, dont le visage est sévère, les manières assez revcches, et qui se refuse la plupart du ton)ps à son amour? Quel est le mari assez stoique pour résister à tant de feux, à tant de glaces?... Là où vous apercevez une nouvelle moisson déplaisirs, la jeune innocente
aperçoit des rentes, et votre femme, sa liberté. C'est un petit pacte de famille qui se signe à l'amiable.
Alors votre femme en agit avec le mariage comme les jeunes élégants avec la patrie. S'ils tombent au sort, ils achètent un homme pour porter le mousquet, mourir à leur lieu et place, et leur éviter tous les désagréments du service militaire.
Dans ces sortes de transactions de la vie conjugale, il n'existe pas de femme qui ne sache faire contracter des torts à son mari. J'ai remarqué que, par un dernier degré de finesse, la plupart des femmes ne mettent pas toujours leur soubrette dans le secret du rôle qu'elles leur donnent à jouer. Elles se fient à la nature, et se conservent une précieuse autorité sur l'amant et la maîtresse.
Ces secrètes perfidies féminines expliquent une grande partie des bizarreries conjugales qui se rencontrent dans le monde; mais j"ai entendu discuter d'une manière très-profonde des dangers que présente ce terrible moyen d'attaque , et il faut bien connaître et son mari et la créature à laquelle on le livre, pour se permettre d'en user. Plus d'une femme a été victime de ses propres calculs.
Ainsi , plus un mari se sera montré fougueux et passionné, et moins une femme osera employer cet expédient. Cependant un mari, pris dans ce piège, n'aura jamais rien à objecter à sa sévère moitié, quand, s'apercevant d'une faute commise par sa soubrette, elle la renverra dans son pays avec un enfant et une dot.