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et domiciliés dans la province, sans distinction de lieux et de district.
Barnave, membre, avec son père, de cette assemblée, prit une part active à toutes les délibérations, et ses lumières, ses opinions, la facilité avec laquelle il les exprimait, furent appréciés; mais Y homme qui eut la plus grande influence sur les résolutions de l'Assemblée, celui qui les domina en quelque sorte et qui en rédigea tous les actes, ce fut encore Mounier.
Le roi, à quelques exceptions près, donna son approbation aux travaux des états.
L'assemblée s'était prorogée au 1er novembre, et dès le 2 janvier 1789, ses membres, sans attendre les ordres de la couronne, se réunirent aux représentai du clergé, de la noblesse et des communautés, nommés pour concourir avec eux à l'élection des députés aux états-généraux, et procédèrent à cette élection .
Le nom de Barnave fut l'un des premiers qui sortit de l'urne ; celui de Mounier, l'âme de l'Assemblée, avait été avant tout autre nommé par acclamations.
Ainsi, en quelques mois le Dauphiné avait reconquis ses états particuliers ; aidé puissamment à obtenir la convocation des états-généraux ; concouru par anticipation à leur formation ; provoqué, grâce àf une résistance mesurée, mais persévérante, à l'arbi-
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traire, le grand mouvement des esprits qui appelait d'utiles réformes dans la constitution de la France; et rendu plus imposante à la fois, et plus efficace, l'autorité de son exemple, par cet accord unanime de trois classes si habituellement divisées, qui, réunies dans un même sentiment, confondant leurs divers intérêts dans un seul, s'étaient élevées par la sincérité de leur patriotisme, au-dessus de toute suggestion, comme de toute rivalité!
On les avait également vues se tenir en garde contre le désir de retenir, pour le Dauphinè, des privilèges anciens qui auraient été en opposition avec les droits communs à toute la nation. Consultées à cet égard par d'autres provinces, notamment par les états du Béarn, qui désiraient en conserver de semblables, il leur fut répondu :
« Jusqu'à ce jour, les provinces, les ordres, les » individus ne se sont que trop isolés. En s' attachant » uniquement à la conservation de leurs privilèges, » ils ont négligé la défense de la liberté personnelle » et celle des propriétés.
» Pour jouir de nos droits nationaux, était-il ajou- » té, nous ne devons retenir de nos privilèges par- » ticuliers que ceux qui ne peuvent nuire au bon- » heur de nos concitoyens, et nous devons voir no- » tre patrie dans la France entière. Ne formons » plus qu'une même famille. Béarnais, Bretons,
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» Dauphinois, faisons gloire d'être Français, rem- » plissons-en les devoirs, et volons au secours de » notre patrie. » Nobles et généreuses paroles, qui résumaient toute la politique des trois ordres.
Parmi les vingt-quatre députés que le Dauphiné envoyait aux états-généraux, il s'en trouvait beaucoup qui ayant pris une part active aux délibérations des trois ordres, s'étaient fait distinguer par leurs lumières et leurs talens; ils allaient illustrer la nouvelle assemblée ; mais ce qui devait en faire la gloire, c'était surtout les deux hommes qui avaient animé la province de leur esprit.
Barnave et Mounier allaient se rencontrer sur cet autre théâtre, où ils seraient loin de trouver le même accord de sentimens, la même unanimité de vues, avec le même attachement à la cause nationale. Nous les verrons chacun suivre la pente de son caractère. L'un, vivement ému des maux que la violation des lois a causés, se montrera ardent à réclamer, pour la liberté, des garanties qu'un long abus du pouvoir a rendues nécessaires.
L'autre, plus réservé, plus froid, plus maître de lui, s'efforcera de retarder le mouvement pour le rendre plus salutaire et plus sûr, et de diriger la révolution dans les voies de prudence qu'il lui avait, avec tant de succès, ouvertes en Dauphiné; mais aussi, plutôt découragé, il se retirera avant l'accomplisse-
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mmt de sa mission, et abandonnera un poste où ses talens et sa haute expérience auraient pu rendre encore, au roi et à la France, de si utiles services.
Ces deux hommes, liés d'une sincère amitié, s' estimant profondément l'un l'autre, pourront quelque fois être divisés sur les moyens, ils ne le seront jamais sur le but.
Barnave nous apprend lui-même quelles étaient ses dispositions lorsqu'il arriva à l'assemblée (1). Il n'était point exalté au-delà de la raison ; mais passionné pour la liberté , il la voulait appuyée sur des institutions capables de la protéger d'une manière durable ; il pensait avec une profonde conviction qu'elle ne pouvait exister que sous un gouvernement monarchique, et il regardait le droit de sanction comme l'attribut caractéristique de cette forme de gouvernement ; mais il savait aussi que la ruine de la liberté est dans son excès, et qu'en toutes choses la force est dans la mesure.
Ces sentimens, exposés de sa part avec une parfaite bonne foi, indiquent quelle devait être sa ligne de conduite.
Les états-généraux s'ouvrirent.
On connaît les premières discussions de cette mémorable assemblée.
(1) Voir 1er vol., page 98.