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» foyers , je me demande s'il n'eût pas autant valu » ne jamais les quitter? Et j'ai besoin d'un peu de » réflexion pour répondre, tant la situation où nous » a placés cette nouvelle assemblée abat le courage » et l'énergie. » — Puis il ajoute : « Cependant, » pour peu qu'on réfléchisse , on se convainc que, » quoi qu'il arrive, nous ne pouvons pas cesser d'ê- » tre libres, et que les principaux abus que nous » avons détruits ne reparaîtront jamais. Combien » faudrait-il essuyer de malheurs pour faire oublier » de tels avantages ! »
Hélas ! ce qui avait été tenté le 20 juin réussit le 10 août, et l'assemblée législative, trop faible pour sauver la royauté, ne sut que léguer à la Convention la triste mission de prononcer sur le sort du monarque et de sa famille.
Des commissaires avaient été nommés dans le sein de l'assemblée, pour se transporter aux Tuileries et visiter les papiers qui pouvaient s'y trouver : le 15 août le député Larivière monta à la tribune et annonça en leur nom, qu'ils avaient trouvé dans un des secrétaires du cabinet du roi, une pièce écrite par le ministre de Lessart, ayant pour titre : Projet du comité des ministres, concerté avec Messieurs Alexandre Lameth et Barnave ;] il ajouta, que le titre de cette pièce était de la main de Louis XVI, assertion rectifiée plus tard par les commissaires, qui, tout en prétendant qu'ils avaient cru reconnaî-
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tre l'écriture du roi et celle de M. de Lessart, convinrent qu'ils n'avaient à cet égard aucune certitude.
Cette pièce, sans authenticité, sans caractère ni signature, était une sorte de conseil donné au roi, en forme de note sommaire ; elle portait :
« 1° Refuser la sanction (au décret qui condamnait » les émigrés à la mort et les prêtres à la dépor- » tation) ;
» 2° Écrire une nouvelle lettre aux princes, d'un » ton fraternel et royal,
» 3° Nouvelle proclamation sur les émigrans, d' un » style ferme, en marquant bien l'intention de main- » tenir la constitution ;
» 4° Réquisition motivée aux puissances, de ne » souffrir sur le territoire aucun rassemblement, » armement, ni préparatifs hostiles ;
» 5° Établir trois cours martiales, et faire, s'il )> est nécessaire, de nouvelles dispositions, déser- » tions, remplacemens, etc.. »
La note était terminée par cette indication que tous les ministres devraient se rendre à l'assemblée, pour lui faire connaître ces mesures et rendre compte de leur exécution.
Certes, rien n'était plus constitutionnel que de tels projets; rien aussi n'était plus patriotique, puisqu'ils avaient pour objet d'éloigner la guerre étrangère.
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Cependant, l'esprit de parti voulut y voir un plan de conjuration. Cambon y trouva une preuve de l'existence du cabinet autrichien : « La cour » croyait, dit-il , que le jour des vengeances était » arrivé pour elle ; ces jours doivent être ceux de la » justice du peuple ; » et il demanda que les deux ex-constituans fussent décrétés d'accusation.
Pas une voix ne s'éleva pour prendre leur défense, et l'assemblée, à l'unanimité, adopta la proposition.
Fauchet fit alors observer que l'assemblée ne serait pas conséquente avec elle-même, si elle ne prenait la même mesure à l'égard du comité des exministres, et, aussitôt, Duportail, Duport-Dutertre, Bertrand, Montmorin et Tarbé, furent également décrétés.
L'acte d'accusation fut présenté à la séance du 26 août et adopté dans celle du 29. En conséquence, Barnave, Alexandre Lameth et les ex-ministres furent renvoyés devant la haute cour nationale, comme inculpés « d'avoir conspiré contre la cons- » titution, la sûreté générale de l'État, la liberté et » la souveraineté de la nation française. »
Ce fut au milieu de sa famille que Barnave fut informé de cette accusation. Trois députés, en mission à l'armée du Midi, et qui se trouvaient à Gre- J noble, s'étaient hâtés, dans l'excès de leur zèle , de faire publier et afficher dans tout le département de l'Isère, les pièces dénoncées à l'Assemblée.
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Barnave qui en ignorait complètement l'existence, ne savait à quoi les rattacher, ni comment son nom pouvait s'y trouver mêlé. Seulement, en consultant ses souvenirs, il se rappela les circonstances que voici : Lié depuis long-temps avec l'ancien ministre delà justice Duport-Dutertre, pour lequel il avait une profonde estime, il était allé plusieurs fois chez lui, pendant le temps qui s'était écoulé depuis la clôture de l'Assemblée constituante, jusqu'à son départ de Paris; s'y étant rendu un soir avec Alexandre de Lameth, il y trouva plusieurs de ses collègues. On y parla du décret que l'assemblée venait de rendre contre les émigrés ; le ministre laissa entrevoir que le roi refuserait sa sanction à l'article 4 de ce décret : Barnave objecta que la sanction était indivisible, et qu'on ne pouvait rejeter un article et adopter le reste. La conversation devint alors générale ; on parla de l'avantage qu'il y aurait à faire tourner au profit de la chose publique ce premier acte de la liberté du monarque , et il parut désirable à tous qu'au moment où le roi prouverait à l'Europe qu'il était libre, il annonçât avec force son intention de maintenir la constitution ; on pensa qu'il devait agir avec vigueur auprès des émigrés, pour les déterminer à rentrer dans le royaume, et auprès des puissances pour les engager à les repousser de leurs états et à dissoudre leurs rassemblemens. Cette conversation n'eut rien de mystérieux ni de concerté; il est possible que le