‹ Œuvres de BarnaveChapitre 20 sur 56 · CXXIV NOTICE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

CXXIV NOTICE HISTORIQUE

ministre, d'accord avec ses collègues, eût remis au roi le résumé des principaux points qui y avaient été traités, et que, pour leur donner plus de poids, il les lui eût présentés comme ayant l'assentiment de Barnave et d'Alexandre de Lameth, dont il connaissait le dévouement à sa personne et à la monarchie. Telle était l'unique part que l'un et l'autre pouvaient avoir eu dans un fait si insignifiant, d'ailleurs, par lui-même ; et c'était cependant sur cette frêle base que reposait l'imputation d'avoir trahi leur patrie, dirigée contre deux ex-constituans et un ancien cabinet tout entier !

Barnave fut immédiatement arrêté ; il se trouvait alors dans sa maison de campagne à Saint-Robert. Ce fut pendant la nuit que la force armée se présenta chez lui ; il devait, le lendemain, passer la revue des gardes nationales environnantes, dont il était le commandant, et on avait craint leur opposition.

Conduit dans les prisons de Grenoble, il fut mis au secret ; sa mère parvint cependant à le voir, sous le déguisement d'une servante chargée de lui porter ses repas. Lorsque le secret fut levé, elle put, avec ses filles, passer toutes les soirées auprès de lui. Un jeune homme de dix-huit ans, M. David, élevé dans sa famille, et de l'éducation duquel Barnave avait particulièrement pris soin, lui donna les plus grandes marques de dévouement : il s'enferma avec lui,

SUR BARNAVE. CXXV

ne le quitta plus, et adoucit, autant qu'il fut en lui, les longues heures de sa captivité (1).

Le caractère de Barnave ne reçut aucune altération des rigueurs dont il était l'objet ; soumis et résigné, il s'occupait moins de lui que delà France, et des maux que la guerre pouvait attirer sur elle : « Vous me rendez, sûrement, assez de justice, écri- » vait-il à un de ses amis, pour croire que le pre- » mier vœu de mon cœur et le dernier de mes sou- » pirs sera pour l'indépendance de mon pays, et » que j'aimerais mieux voir nos affaires intérieures » encore plus embrouillées qu'elles ne paraissent » l'être, que raccommodées par les étrangers. »

Il lisait les papiers publics, et suivait avec une grande attention la marche des èvènemens; il les méditait ; puis, selon son usage ordinaire, il jetait sur le papier les réflexions que ces èvènemens lui suggéraient.

Le sort du roi le préoccupait beaucoup ; il eût ardemment désiré pouvoir le défendre, et il fut au moment d'écrire pour en solliciter l'autorisation ; mais il réfléchit que la défaveur attachée à son nom rejaillirait inévitablement sur l'auguste accusé, et ce fut avec douleur qu'il renonça à ce projet, déplorant amèrement, dans cette circonstance, sa popularité perdue et la privation de sa liberté.

(1) M. David est maintenant receveur de l'enregistrement à Vienne (Isère).

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