CHAPITRE IV
Application de ces idées aux anciens États.
Ces principes ne seraient pas sans application dans l'histoire ancienne.
Les petits états de la Grèce eurent des rois pendant les temps héroïques : ils ne formaient, alors, que des troupes d'aventuriers, chasseurs, ou pasteurs errans, et sans cesse occupés du pillage et de la guerre, il leur fallait des chefs ; quand ils se furent fixés à la culture ils cessèrent bientôt d'avoir des rois, et ils se forma des républiques aristocratiques dans les contrées intérieures et bornées à l'agriculture, et des démocraties dans les villes qui s'adonnèrent au commerce.
Quand l'existence de Rome fut consolidée et qu'elle cessa de craindre ses voisins, et lorsque les patriciens eurent déjà absorbé une grande partie des terres des pauvres, l'aristocratie abolit la royauté.
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Quelque foi qu'on veuille accorder à la tyrannie scandaleuse des Tarquin et à la vertu désintéressée de Brutus, si Rome avait eu besoin d'un roi, après avoir chassé Tarquin, elle lui eût donné bientôt un successeur, et si le pouvoir avait été remis aux mains de l'aristocratie par une cause accidentelle et non par la nature des choses, elle ne l'aurait pas conservé pendant plusieurs siècles. La démocratie, qui ne put jamais être entièrement étouffée dans Rome, parce que tout l'état était dans une ville, acquit des forces immenses quand les capitaux y affluèrent par le progrès des arts et par les dépouilles du monde, et l'influence du peuple, l'étendue de l'empire et les armées soldées, y rétablirent la royauté.
Carthage devenue république, aussitôt quelle fut solidement fondée, vit aussi son gouvernement devenir de plus en plus démocratique à mesure que son commerce et ses richesses s'agrandirent.
Quoique le pouvoir semble avoir d'autres sources dans les climats d'Asie, et que l'homme y semble constitué pour exister sous le gouvernement monarchique, il paraît cependant que les grands empires despotiques de l'Orient étaient, comme aujourd'hui la Chine et llndostan, parvenus à un degré d'industrie et de richesses pre-
pre à soutenir l'autorité despotique; ce qui Je prouve au moins autant que les histoires, ce sont les maximes politiques de l'antiquité, où le pouvoir monarchique est considéré comme l'effet de l'opulence, du luxe et de la mollesse. Les peuples des contrées les plus heureuses de l'Asie semblent être arrivés depuis lies long-temps à ce degré de civilisation qu'ils ne peuvent dépasser; leur complexion physique arrête à un certain degré le progrès de leurs arts, et s'oppose à ce développement de richesse et à cette énergie de caractère qui font qu'un peuple parvient à tempérer le despotisme par la démocratie.
Le peu qui nous esl connu des grandes régions de l'Occident, s'accorde a vec ce que j'ai dit des peuples chasseurs et pasteurs et de ceux où l'agriculture commence à être connue.