CHAPITRE PREMIER
Circonstances dans lesquelles l'auteur a été appelé à s'occuper des affaires publiques.
Au milieu de toutes les réclamations et de toutes les résistances, la province du Dauphiné se distingua par une marche hardie et méthodique , l'union constante de ses citoyens opposa au gouvernement une masse imposante; la nature de ses représentations les rendait respectables à tous les titres.
C'est alors qu'a commencé ma vie politique, et, puisque j'ai pris la plume pour en rendre compte, je dois commencer ici à parler de moi ;
le regret que je sens à quilier d'aussi grands objets ? pour desrendre l\ des diseussions personnelles, m'avertit du mouvement qu'éprouveront sans doute mes lecteurs.
Appelé dès ma première jeunesse à l'étude des lois, parla profession de mon père, un attrait puissant dirigea toute mon attention sur le droit public ; à peine connaissais-je quelques élémens des lois civiles ? que j'avais déjà lu et extrait la plupart des ouvrages français , qui existaient alors sur les lois politiques. Dès l'année 1783, je prononçai à la clôture des audiences du parlement , un discours sur la nécessité de la division des pouvoirs dans le corps politique ; ce petit ouvrage offrait sans doute une bien faible ébauche d'un si grand sujet, mais il respirait la passion de la liberté et présentait l'essor de l'âme la plus indépendante.
Des idées , qui m'avaient occupé lorsqu'elles n'étaient encore que l'objet d'une curiosité stérile, m'absorbèrent totalement lorsque les évènemens publics commencèrent a les environner de quelque espoir. Depuis la convocation des notables, je ne m'occupai plus que d'objets politiques; la pensée de voir ma patrie affranchie , et la caste a laquelle j'appartenais, relevée de l'état d'humiliation auquel un gouvernement insensé semblait la condamner plus que jamais . exalta toutes les
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facultés de mon âme, et me remplit d'ardeur et d'enthousiasme, je dévouai mon existence à la cause de la liberté, et je consacrai tous mes momens aux travaux qui pouvaient me rendre capable de la servir.
L'occasion ne tarda pas de se présenter ; des édits militairement enregistrés, et la disgrâce du parlement, ayant fait cesser l'espoir de toute réclamation légale , je ne balançai point a me mettre le premier sur la brèche , je composai un écrit intitulé : Esprit des édits, et je le répandis dans les rues de Grenoble , le jour même où coula dans ma ville natale le premier sang qui ait été versé en France pour la révolution.
Bientôt les convocations spontanées, les assemblées civiques , les représentations courageuses de la ville de Grenoble et de la province de Dauphiné , furent célébrées dans tout le royaume ; elles concoururent, avec le courage de quelques autres provinces , à presser le moment de la révolution , elles eurent , surtout , cela de particulier, que , tandis que partout ailleurs , l'aristocratie était seule encore en insurrection contre le trône, la province de Dauphiné réclamait les droits du troisième ordre , et mettant en avant les grandes questions du doublement du tiers , et de la délibération par tête, posait les premières bases d'une révolution démocratique.
M. Mounier, qui jouait le premier rôle dansées mouvemens , y acquit une considération, qui l'a rendu pendant quelques momens l'arbitre desétatsgénéraux ; quant à moi , je ne m' y attribuerai point une part plus grande que celle de chacun de mes concitoyens , mais il m'est permis de m'honorer d'avoir été élu député à l'âge de vingt-sept ans, après les épreuves auxquelles le courage réel pouvait seul résister, et dans des circonstances où il fallait peut-être autant d'énergie pour soutenir le mouvement public, qu'il en faudrait aujourd'hui pour lui résister.