‹ Œuvres de BarnaveChapitre 5 sur 56 · XVIJ · texte numérisé non relu

XVIJ

preuve plus tard d'une volonté supérieure à toute préoccupation personnelle, ne seront peut-être ni sans intérêt ni sans fruit pour ceux qui se destinent à la carrière du barreau.

En 1783 il fut désigné par les avocats de Grenoble pour prononcer au nom de l'ordre , devant le parlement ? ce qu'on appelait alors le discours de clôture , usage malheureusement trop oublié, qui associait le barreau à la haute mission de la magistrature, en appelant déjeunes talens à traiter dans ces jours solennels les matières qui touchaient le plus près aux intérêts les plus élevés de l'ordre social et de la justice. Barnave choisit un sujet hardi, sur lequel les esprits s'étaient encore peu exercés; ce fut celui de la division des pouvoirs .11 préludait ainsi aux grandes questions politiques qui s' agitèrent plus tard. Il avait vingt-deux ans: àla vigueur de son style, àla supériorité de sa raison , à ce coup d'œil exercé avec lequel il pénétrait dans les profondeurs de la société pour y chercher l'origine de tout ce qui constitue la puissance, on reconnut l'élève de Montesquieu , nourri de ses doctrines, et chez lequel cependant de sérieuses études étaient parvenues à modifier ce qu'il pouvait y avoir de trop absolu dans le célèbre publierste. Ce discours, qui fut diversement jugé, selon qu'on tenait plus où moins au système de l'unité du pouvoir, eut néanmoins un immense succès; dès lors Barnave attira sur lui

Xviij NOTICE HISTORIQUE

l'attention publique, et à mesure que dans les années suivantes les esprits se portèrent avec plus d'activité vers les matières qui touchaient au gouvernement de l'état, on s'habitua à le considérer dans sa province comme un des hommes sur lesquels la patrie pouvait compter le plus.

Le talent de Barnave, qui le rendait plus propre à généraliser ses idées , en envisageant les questions de haut, qu'à s'asservira la nécessité de ne les traiter que sous le point de vue étroit de l'intérêt privé, se fût senti plus à l'aise dans les fonctions du ministère public, où les considérations d'intérêt général dominant constamment toutes les autres, laissent à un esprit élevé toute sa liberté d'action, et prêtent une plus grande dignité à la parole. Aussi Barnave èprouva-t-il un moment le désir d'entrer au parquet du parlement de Grenoble en qualité d'avocatgénéral; mais il reconnut bientôt tout ce que la religion réformée qu'il professait lui ferait rencontrer de résistance, et il n'y songea plus.

Mais le moment n'était pas loin où les affaires publiques allaient absorber toute autre préoccupation.

Ce n'est pas ici le lieu de décrire les causes de la révolution de 89 ; il suffit de dire que les écrits publiés depuis un demi-siècle y avaient préparé les esprits , que le désordre dans les finances ayant conduit à re-

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