XIV NOTICE HISTORIQUE
rables. Sans cesser d'entretenir avec les hommes de son âge des relations cordialement polies, il leur préférait l'intimité de ceux dont les connaissances, fruit de l'étude et du temps , offraient un attrait plus sympathique et un plus solide aliment à son esprit méditatif et élevé.
Le vœu de son père était de le voir entrer dans la carrière du barreau. Il déféra à ce vœu moins par un goût bien prononcé peut-être que par raison. Mais comme chacun des actes de sa vie était profondément réfléchi, délibéré , envisagé sous toutes ses faces, il ne prit pas cette détermination sans se rendre compte de ses motifs et sans se tracer un plan de conduite. Voici ce qu'il écrivait pour lui-même : Quelque carrière publique que je veuille suivre, il me convient essentiellement d'adopter d'abord celle du barreau. Sera-ce dans le corps judiciaire? il en résultera pour moi certitude d'admission. Sera-ce dans l'administration ? l'habitude du travail, le poids public résultant delà réputation d'un homme utile, tous les avantages de l'éloquence, serviront à m'y placer, à m'y faire réussir. En attendant, je recueillerai dans cet état de l'indépendance domestique, une grande consistance publique, en réunissant au talent la probité et la noblesse que j'y porterai , incroyablement relevées par la jeunesse, parles avantages de la fortune et par cette élégance de mœurs qui y sont si fort étrangères. »
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C'est ainsi que Barnave comprenait la profession qu'il allait embrasser ; il comprenait aussi qu'elle s'altère , qu'elle se rabaisse lorsqu'on la réduit au seul rôle de praticien. « En faisant » bien mon état , ajoutait-il , en saisissant son » esprit pratique , j'aurai soin de ne pas laisser » ravaler mon goût, mes idées, non plus que mon » caractère et mes mœurs ; cet effet résultera 1° de » la manière de l'exercer, 2° des intervalles livrés à » d'autres occupations, particulièrement à acquérir » la capacité de la situation à venir , et aussi à en- » tretenir l'intelligence, la connaissance, le goût, le )> tact des autres choses agréables et utiles , qui » sans entrer dans le cercle de mes fonctions, en- » trent dans celui de mes occupations , 4e mes res- » sources, de mes jouissances à venir, et qu'il ne » faut pas désapprendre à posséder et à savourer. » Certes, l'homme qui joint à d'heureuses facultés développées par une éducation forte, ce sentiment élevé de la profession à laquelle il aspire doit être assuré d'y marquer sa place au-dessus des autres.
Ses études de droit terminées, Barnave débuta au barreau.
Chaque plaidoirie devint pour lui l'objet de nouvelles observations : au retour de l'audience et rentré dans son cabinet, il portait sur lui-même un jugement sévère dont, suivant son usage, il consignait encore le résultat par écrit.
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Ainsi , après une de ces plaidoiries , il écrivait ce qui suit : « J'ai supprimé l'exorde à cause des per- » sonnes, comme trop long , et des circonstances , » comme trop pompeux et solennel, j'ai bien fait!.. » Mes observations sur les allégations de fait imprè- » vues , ont, dit-on, interrompu un peu ma narra- » tion, il eût mieux valu ne les placer qu'à la suite; » on a trouvé de la déclamation dans ma pèrorai- » son. »
Ailleurs, et à la suite d'une autre affaire où il défendait des mineurs, on lit : « Trop de longueur, sur- » tout dans les moyens; il fallait les traiter avec pré- » cision, simplicité, et non les filer en périodes, cela » eût même produit plus d'effet.... Les mêmes cho- » ses, et surtout celles d'intérêt, ont été trop répétées; » j'ai tant parlé de mes pupilles, qu'à la fin, loin de » les plaindre, les juges les auraient peut-être battus, » tant ils en étaient ennuyés. »
Ailleurs encore, au retour d'une audience où il avait probablement été mécontent de lui, il se donnait ce conseil : « travailler, mûrir davantage mes » causes, et puis les traiter d'abondance, ou avec » des extraits fort courts, en homme rompu... » Exercer ce genre dans ma chambre... M' attacher » essentiellement à la netteté, à la brièveté ; c'est la » passion des juges. »
Ces détails, qui nous ont paru propres à révéler dans les commencemens de Barnave l'homme qui fit
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