FURNE ET C*, LIRRAIRES-ÉDITEURS
QUAI DES AUGUSTINS, Sp
M DCCC XXXVIll
TOMX II.
<SSISSSgOèSeSlèS0SSS^^
On peut envisager sons deux faces l'œuvre dont on livre aujpurd'hui au public la réMnpression , Tune politique, l'autre littéraire : la première est affaire, de sentiment et de passion ; la seconde , chose d'art et de goût.
Cette dernière appréciation est la seule que nous soyons jaloux d'aborder. Il y a dans la politique de telles pécîpéties, de si brusques et si imprévus changemens, qu'avec elle on écrit sur le sable. Assez long-temps d'ailleurs ou s'en servit comme d'un prétexte pour jucher sur le piédestal littéraire des hommes qui ne purent s'y tçnir deux jours debout. L'heure est venue d'isoler les deux grandes puissances de l'époque , de faire à chacune s^ part , de les juger séparément, même quand elles se confondent et réagissent l'une sur l'autre.
Réduite à ce point de vue , Némésis est encore unç création prodigieuse , un phénomène dont l'analogue n'existe pas. Juvénal , Aristophane , Martial , Plaute , Régnier, Roileau , n'ont rien osé de semblable : la Satire Ménippée^ avec sa causticité mordante et sa forme acerbç, pourrait seule s'en rapprocher par quelques points^ toutefois mettant en regard les deux créations, et compte tenu de la différence des époques, NémésU est une œuvre bien plus puissante , bien plus inexplicable.
Nous nous sommes faits à ce tour de force ; mais qu'on se reporte au début. Dans un Prospectus en vers, Barthé-
lemy promit au public, le 27 mars 1831 , de lui donner chaque semaine une feuille in-quarto de sa poésie à lui, de cette poésie satirique qui avait eu sous la restauration une vogue à trente mille exemplaires. A cette annonce que de gens s'écrièrent : « C'est impossible I d Combien encore, ayant foi dans le poète, doutèrent ce jour-là de luil « Il se tuera à la peine , » dirent-ils. « Passe pour un mois , pour deux ^ ajoutèrent les autres ; mais ensuite... )> Et nul ne crut l'entreprise pleinement exécutable ; nul ne se fût porté solidaire de sa durée.
Barthélémy seul garda la conscience de sa force; il commença ; et depuis douze mois durant ce ne fut qu'un jet de poésie, un jet de même hauteur, ne déclinant jamais , grandissant plutôt. Némém prit un à un tous les grands évènemens politiques , les para de ses couleurs , les accentua , les cadença dans sa langue nerveuse et sonore ; elle saisit au corps les réputations les plus robustes , jeta ses défis aux noms les plus hauts, attaqua en bloc ou en détail, enchâssa tout dans son rhythme, tout, jusqu'aux abstractions gouvernementales ; fît tour à tour du paradoxe et de la logique , de Tart ou de la raison d'État ; parla aux passions ou au bon sens , souffla l'émeute ou appela la discussion ; entonna un chaut de guerre ou prêcha la fraternité des peuples. Tous les partis comparurent à sa barre ; aux uns elle tendit la main , elle frappa sur la joue aux autres. Quelquefois , mais à de rares intervalles, elle fouillait dans nos mœurs, interrogeait nos monumens , nous disait le Palais- Royal en hiver, l'Archevêché et la Bourse, le Panthéon, t Obélisque et la Colonne, Ailleurs, c'étaient de majestueuses et grandes peintures ; des épopées étincelantes, comme la Statue de Napoléon, et la Fête du Soleil,
Maintenant encore , à lire ses compositions improvisées, à les peser, à les détailler sans passion et dans le silence du cabinet , à les dépouiller de tout intérêt de circonstance, de toute sympathie politique , on est émerveillé de les voir si pures , si neuves , si complètes ; on se prend à douter que ce soit là une œuvre de quelques jours ; on se demande si la même main eût fait mieux en plus de temps.
Ce qu'on explique le moins dans un pareil travail, c'est sa durée. Cinquante-deux semaines à plus de deux cents vers chaque font , si je ne faux , onze mille vers environ , lesquels divisés par les trois cent soixante-<^inq jours de Tannée donnent un quotient de trente vers. C'est donc une tâche de trente vers par jour que Barthélémy a acceptée , et accomplie pendant douze longs mois. Chaque matin en se levant, Barthélémy avait trente rimes à trouver, trente hémistiches à subir, trente alexandrins à engendrer corps et âme , sens et mots. Or, calculez que tous les jours ne sont pas bons , qu'il y a pluie et soleil dans l'atmosphère poétique , que Tinspiration n'est pas de commande , que l'enthousiasme n'est pas à l'heure , que , plus souvent qu'un autre , le poète a des digestions fausses , des névralgies étourdissantes, de paresseux abandons , des tracas de vie privée ; calculez encore que s'il tient la diète ou garde le lit , s'étend sur un sopha ou court à ses passions, sa tâche ne s'en déroule pas moins incessante et régulière comme Tétoffe qui s'allonge sous le cylindre d'une machine à vapeur. Ainsi, sonune toute, et compensation faite des jours perdus, une tâche de cent vers au moins a dû s'affecter aux jours remplis.
C'est effrayant.
A voir Barthélémy ainsi courbé sur son œuvre, j'ai
--.âr^.
souvent éprouvé pour lui des vertiges et des saisissemens. n me faisait Teffet d*un voyageur suspendu à pic sur un précipice, d'un couvreur qui longe les dernières ardoises d'une toiture , d'un aéronaute qui plonge dans l'air sur la foi de son parachute.
Lui-même , il faut le dire , comprenait bien sa position , et ne s'abusait pas sur les écueils avec lesquels il paraissait se jouer. « Je suis, nous disait-il un jour, comme a un acrobate qui a épuisé son programme. Il a tout fait, c( saut périlleux , ascension sans balancier, course vers le (c cintre à vol d'oiseau. Le public a battu des mains aux « premières représentations , puis il est revenu froid et « blasé, car il sait son homme. Alors celui-ci se ravise. « — Je vais, dit-il, voltiger sans corde. — C'est impo&c( sible , interrompent les spectateurs, cela ne s'est jamais c( vu. Et si l'acrobate réalise l'impossible, s'il voltige sans <x corde , on battra des mains une fois encore , deux fois , «( trois fois , mais on s'habituera à l'impossible , et l'on fi- « nira par dire : N'est-ce que cela? Ainsi en sera-t-il pour a Néniésis» »
Sans recourir à d'autres motifs, celui-ci peut sufiQre à expliquer pourquoi, au bout de sa traite d'un an, Néniésis à fait une halte et s'est condamnée au repos.
Qu'une feuille se fonde politique ou littéraire, qu'elle jette un titre , un simple titre au public et dise : Je durerai ; sans doute elle durera , si les abonnés lui sont propices ; car cet être de raison que l'on nomme un journal se compose d'autant d'êtres réels que son importance et sa caisse le comportent. Il aura dix , vingt rédacteurs ; il remplacera ceux qui meurent, changera ceux qui s'usent : vieux , il se rajeunira, comme Eson, en aspirant des sucs jeunes et vivaces ; riche , il raccolera pour son
service la science, la verve et le talent. Et pourtant ce sera toujours lui , lui le journal avec son titre stéréotypé, lui avec son nom que sait la foule , lui le Constitutionnel, le Courrier Français, le National^ le Temps, le Journal des Débats. Dix générations de rédacteurs passeront ignorées, et le nom de la feuille restera connu de tous, retentissant, prononcé avec haine ou avec amour.
Pouvait-il être ainsi de Némésis , de cette satire hebdomadaire que signait Barthélémy ? Non , car Fauteur était lié à Tœuvre ; Némésis ne pouvait changer de main sans changer d'allures. Sous les doigts du maître , c'était une littérature , une création ; exploitée par d'autres , elle devenait , et nous l'avons vu , un calque et une parodie.
Némésis était donc une œuvre essentiellement temporaire , ne pouvant durer plus que l'haleine d'un homme ; c'était une gageure à vider, un défi jeté aux difficultés du rhy thme , une expérience dont le poète voulait avoir le cœur net.
L'œuvre restera pourtant, non comme étude, non comme modèle à imiter, mais conmie tour de force, et comme phénomène littéraire. Ce titre de durée suffirait à Némésis , quand elle ne serait pas l'écho de nos colères politiques et la date d'une époque passionnée.
iBSB^B^OèSli^^^
NÉMÉSIS I ! !... qu'à ce nom, lancé par intervalles, Thémis n'augure point de sentences rivales ; Je ne viens pas monter, en fronçant le sourcil, Sur l'estrade pompeuse où déclame Persil ; D'un conflit de pouvoirs bannissons toute crainte : Vous donc qui du Palais peuplez le labyrinthe, Vous qui, de l'avenir affrontant les écueils, Siégez , grâce à Dupin , sur d'éternels fauteuils. Magistrats ! aujourd'hui sous le Roi populaire Comme sous Charles-Dix gagnez votre salaire ; Vous avez le tarif ; par le droit du plus fort. C'est à vous de pourvoir la Grève ou Rochefort ; Voilà tout le métier de la justice humaine. La justice I... il est temps d'agrandir son domaine ! Il n'a pas tout prévu, votre Code pénal ; La vindicte publique invoque un tribunal ; Lui seul pourra juger le crime insaisissable Qui passe et disparaît comme un pied sur le sable. Les complots de boudoir, les forfaits de salon Que n'a jamais ferrés l'argousin de Toulon. Némésis leur promet de lentes agonies ;
10 MÉMÉSIS.
C'est elle qui, vengeant des trames impunies,
Sur les pièges d'état, sur les hauts guet-apeus.
Agitera sa torche et son fouet de serpens.
Dans la voix du poète elle trouve un organe ;
Ce que le Code absout, ce juge le condamne ;
Aux assises du peuple il traduit le pouvoir.
Quand Thèmis est ay^ugle, ou feint de ne plus voir.
Pour le Parquet nouveau s'ouvre une tâche immense ;
Où s'arrête la loi, la satire commence.
Telle est son œuvre : au front des accusés tremblans.
Qu'elle imprime la honte en distiques brûlans ;
Qu'aux yeux des citoyens, en lui montrant la plaie.
Elle traîne le crime étendu sur la claie.
Sans doute le poète, en ce raide sentier.
Souvent heurte de front le genre humain entier ;
Qu'importe I il brave tout ; pour lui tout est profane ;
Un siècle corrompu veut un Aristophane.
Les temps sont loin de nous où des frondeurs bénins
Décochaient leurs longs vers sur des poètes nains :
A quoi bon agiter la cinglante lanière.
Sur un pauvre Cottîn, sur un obscur Linière,
Ou, sous des noms d'etnprunt masquant nos ennemis,
Flageller un Périer sur la peau d'un Damis?
Non, non ! je n'aime pas de pseudonymes voiles ;
J'ignore l'art menteur des points et des étoiles ;
Quand la satire frappe un coupable, elle doit
L'extraire au grand soleil et le montrer au doigt ;
Au carcan instaflé sur la place publique,
D'un inflexible bras c'est peu qu'elle l'applique ;
Pour diffamer la tète attachée au poteau.
Elle imprime son nom sur un large écriteau.
Eh bien I j'ose m'offrir pour ce rude service ;
Au métier de bourreau je ne suis point novice :
Depuis sept ans entiers, opérateur brutal,
J*ai bien souvent dressé Vinfamant piédestal ;
De Montrouge au pouvoir j'ai flétri les mystères;
J'ai pris mes condamnés dans tous les ministères :
Ces idoles d'alors qu'on servait à genoux,
Villèle, Peyronnet, Corbière, Frayssinous,
Franchet et Delavau, son compagnon de chaîne,
Bourmont qui doit ouvrir la campagne prochaine ; ^
Juges, pairs, députés, prélats, princes romains,
En masse ou tour à tour ont passé par mes mains. **
Ils sont tombés : crédule encore à cette époque.
Je rejetai bien loin les verges d'Archiloque,
Et dans le siècle d'or du royaume à venir.
Je n'entrevis pas même un délit à punir.
Mais puisqu'en moins d'un an notre nouvelle histoire
Déroule à la satire un si long répertoire ;
Que sur les vieux tréteaux fraîchement redressés
Pullulent tant d*acteurs, l'un par l'autre chassés ;
Puisque le coq gaulois, honteux et traînant l'aile,
N'est plus qu'un triste eunuque aux mains de nos Villèle,
Et que, livrant le trône à de graves hasards,
Le parti doctrinaire a fait son treize mars ;
Hâtons-nous : trop long-temps ma haine fut oisive ;
Il faut que désormais mon encre corrosive.
Dans le sein d'un pouvoir qu'épargne ma torpeur,
A force de scandale inocule la peur.
En vain, comme autrefois, vigilant sagittaire, J'ajusterais ma flèche au front du ministère ;
* Les journaux carlistes ont nommé Boarmont généralissime des émigrés.
** Le moi n^est ici qu'une abréyiation ; je bois bien loin de m'arroger la part de mon ami , M. Méry.
D'une lente brochare inutiles efforts I Mon trait désappointé n'atteindrait que des morts. Tels qu'on voit le matin installés par séries Souvent ne couchent pas dans leurs hôtelleries ; Ils passent au pouvoir sans eflDeurer le sol : On ne peut les toucher qu'en les tirant au vol. Me voici I l'arme est prête : assaillant secondaire, J'essatrai d'accomplir cette œuvre hebdomadaire; Journaliste d'hier, puissent nos vétérans M'accueillir sans dédain au milieu de leurs rangs, Et souffrir que, marchant pour une même cause. Je joigne quelques vers à leur logique prose ! Comme eux je défendrai, fort de soutiens pareils, Notre arbre populaire éclos sous trois soleils ; On me verra, comme eux, de Cadix à Bruxelles, Sur la poudre qui dort semer des étincelles, Et percer chaque jour.des pointes du remords L'égoïsme couvert du sang des peuples morts. Avec la même ardeur, je poursuivrai d'office Ces hommes qu'au pouvoir attache un maléfice, Ministres sans diplôme, astucieux Sinons, Dont le peuple candide ignore encor les noms, Fabricateurs de dol, machinistes de drame. Qui de l'Hôtel-de-Ville écornent le programme. Ils me sont tous connus : dans mon crible de fer Nul ne fera défaut; qu'il soit député, pair, Ministre, magistrat, sous le froc ou l'hermine. Us passeront tordus à la même étamine.
Mais c'est peu d'explorer de mes regards subtils Paris où de la France aboutissent les fils. De saisir sur le fait et de rendre notoire L'alchimique secret du grand laboratoire ! Sur tous les points du cercle, arrivant du milieu,
Dans le dernier canton, dans le moindre chef-lieu, Il faut que je pénètre, et que mon œil rayonne Du Rhin au Morbihan, de Dunkerque à Bayonhe. Us n'échapperont pas aux coups de Némésis, Ces maires, ces préfets, que Guizot a choisis; Ceux qui des fédérés coagulent le zèle : Paulze-Ivoy dans le Rhône et Sers dans la Moselle ; Douaniers, publicains, hauts et bas employés. Par le roi d'Holyrood en secret soudoyés. Aux lieux les plus lointains, des frères patriotes M'écriront les méfaits de ces Iscariotes, Et ma main, sous les yeux d'un jury sans appel. Dans le corps du délit portera le scalpel.
D'autres fois, désertant l'arène politique, D'accusateur public je deviendrai critique ; Sur la littérature où plane le soupçon. Rigoureux contrôleur, je mettrai le poinçon; Distinguant avec soin la fausse de la vraie, Le strass du diamant, le bon grain de l'ivraie ; Au poids de ma balance, aux arrêts de mon goût. L'homme ne sera rien, et l'œuvre sera tout. Au sein des deux partis demeuré toujours neutre, Je n'ai point arboré de cocarde à mon feutre : Qu'un vers soit de Dumas, qu'il vienne de Soumet, Au prestige d'un nom aucun ne me soumet. Et sans intervenir entre les deux écoles, L'équitable bon sens dresse mes protocoles. Ma critique promet aux théâtres rivaux.
Ou ma part de sifflets ou ma part de bravos : Tantôt, sacrifiant une heure solitaire.
J'entrerai dans le vide habité par Voltaire ; Tantôt j'inspecterai la salle Ventadour Où le ténor Ponchard se grime en troubadour ;
U NÉMËSIS.
Le harem où Véron, " de ses mains protectrices, Raccom*cit à huis clos la jupe des actrices ; Le théâtre d'Âraal et de Bernard-Léon ; La tombe où git Bossaoge *" et le triste Odéon, Qui, ravivant sans fruit la tragi-comédie, Ne peut se réchauffer que par un incendie ; Et ces temples joyeux semés au boulevart, Du grand Cirque-Olympique à la salle Favart.
Telle est ma tâche entière : une fois par semaine,
Je dois tout visiter dans ce vaste domaine :
Fort de mon unité, seul, libre de soutiens.
Je ne suivrai de but, de conseils que les miens.
De mes futurs combats faut-il donner un gage?
Eh bien I j'invoquerai mon antique langage,
Ma guerre de sept ans sous un joug détesté.
Et douze mille vers tout chauds de liberté.
Aujourd'hui même, pur d'une molle prudence,
Je n'ai point dépouillé ma vieille indépendance ;
D'aucun pouvoir du jour je ne suis le vassal ;
Nul palais, nul hôtel ne m'a pour commensal ;
Chez Guizot ou CoUard, auditeur débonnaire,
Je n'ai jamais froissé le sopha doctrinaire,
Ni par des mains de femme, au milieu d'un salon.
Pollué sans pudeur mon viril Apollon.
Nul souci, nul regret, ne coupe en sens oblique
Ma ligne de devoirs pour la chose publique.
Prolétaire affranchi des cotes du foncier,
Refoulé par la loi plus bas que l'épicier,
C'est peu que sans pâlir je livre ma personne ;
Il n'est aucun des miens pour qui mon cœur frissonne :
Jamais le Moniteur ^ manne tombant du ciel,
* Dîrectenr de i'Opéra.
** Le théâtre des Nonveaatés.
Ne descendit sur eux en texte officiel.
Qai donc peut m'arrèter, rendre ma plnme esclave?
L'indigence ? je l'ai ; la prison ? je la brave I
Au bureau du journal, quand même un alguazil
Tiendrait notifler un mandat de Persil ;
Quand même du jury le verdict unanime
Tordrait mes vérités pour en extraire un crime ;
Toujours prêt au signal, je dirais sans effroi :
Marchons, qu'on me ramène au guichet de Leroy ; *
Pour moi, dans les cachots de cette autre Bastille,
Les blessés de juillet seront une famille ;
J'aurai quelque plaisir à retrouver encor
La porte aux longs verrous, la cour, le corridor,
La pistole qu'on paie à l'avare régie,
Et ma place encor chaude à Sainte-Pélagie.
* Directeur de Saipte-Pélagie*
16 NËMESIS.
NOTES
Snr l'estrade pompeuse où déclame Persil.
M. Persil y aujourd'hui garde-des-sceaux , était alors procureur-général.
Siégez , grâce à Dopin , sar d'étemels fisateails.
Lors de la discussion relative aux modifications de la Charte de 1830 y M. Duris-Dufresne fit une proposition qui attaquait rinamovibilité des juges. M. Dupin combattit vivement l'opinion de l'honorable député de llndre, et les juges furent déclarés inamovibles à une grande majorité.
L'argousiu de Tonlon.
On appelait jadis argousins les hommes préposés à la garde des forçats; on les nomme aujourd'hui garde-ckiourmes. Le nom d^argousin ne se donne plus qu'à ceux qui accompagnent les condamnés dans le trajet de la prison aux bagnes.
De Montronge an pouvoir j'ai flétri les mystères.
Voir les Jésuites, poème de Barthélémy et Méry.
Le parti doctrinaire a fait son treize mars.
15 mars 1851 , date du ministère formé et présidé par Casimir Périer.
PROSPEGTUS-SPÉCIMEN. 47
Genx qui des fédérés coagulent le zèle : Panlze-Iyoy dans le Bhdne et Sers dans la Moselle.
Une sorte de fédération, de ligue révolutionnaire , se forma dans plusieurs départemens , peu de temps après la révolution , dans le but de déclarer les Bourbons à jamais exclus du territoire français. MM. Paulze^d'Ivoy , préfet du Rb6ne , et Sers , préfet de la Moselle, s'opposèrent à cet élan.
J*entrerai dans le vide habité par Voltaire*
Le Théâtre-Français. La statue de Voltaire , chef-d'œuvre dHoudon, omele péristyle de ce théâtre»
Je n*ai jamais froissé le sopha doctrinaire.
Le canapé de la doctrine est une expression devenue pr#ver« biale. Elle vient de ce que les doctrinaires étaient en si petit nombre qu'on prétendait qu'ils pourraient tous tenir sur un ca-* napé.
Et ma place encor chaude à Saiiite*Pélagie.
Le 29 juillet 18â9 , M. Barthélémy fut condamné à trois moia de prison et à 1,000 Cr. d'amende pour son poème intitulé : le Fils de l'Homme.
 des jours assignés, à des heures précises,
J'ai promis d'installer mes publiques assises ;
La séance est ouverte : en ce jour solennel,
De grands noms tont sortir du dossier criminel.
Tandis que, pour grossir sa pénale série,
DesmoTfiers va fouiller à la Conciergerie,
Moi je puise au milieu d'un plus grand réservoir,
Et l'Âlmanach royal a soin de me pourvoir.
Là, tout est détrôné de sa hauteur factice ;
Tout, à part un seul nom, ressort de ma justice ;
De nos droits mesurés par le pacte nouveau
La tète d'un seul homme excède le niveau.
Philippe 1 notre loi lui réserve un hommage 1
Car de calleuses mains ont pétri son image.
Car lampoule de Rheims n'a point oint ses cheveux.
Et le Peuple aux trois-jours a crié : Je le veux I
Hais auprès de ce Dieu qu'a fait notre évangile.
Rien ne doit protéger des idoles d'argile.
Et de la royauté respectant le cimier.
Je puis porter la main sur Casihib PiusiinER.
C'est l'heure du Conseil : près de l'hôtel Grenelle Un peuple curieux étreint la sentinelle. Et semble consulter d'un œil intelligent
Le noir apfaritear aux longs chaînons d'argent Eh bien I puisqu'auprès d'eux jamais tu ne pénètres. Souverain de JuHlet ! sache cpiels sont tes maitres ; C'est à toi de juger dans ces hauts courtisans Les services passés ou les titres présens ; Leur politique histoire est là pour qu'on l'explore ; D'Ârgout incendia le drapeau tricolore ; Louis, toujours halnle à taxer nos revers, A su calculer tout, même le prix d'Anvers. * Du trésor amaigri c'est le vivant emblème : Naguère, l'œil plus creux , la Joue encor plus blême, Il parut à la chambre ou le budget grossit, Gonmie un chiffre ambulant qui marque un déficit Rigny siège à sa droite : ambitieux Neptune, n louvoya long-temps autour de la fortune ; Charles-Dix le jufea digne de ses complots; Connu des gens de terre et peu des matelots, n a de la faveur atteint le promontoire, Et vit depuis quatre ans sur son tiers de yictoire. Mais qu'a fait ce visir qui, seul dans le Conseil, Lève un front vertical pour t<Hser le soleil ? Ce qu'il a fait! aux jours de la grande bataille, n a désavoué la sublime canaille ; Quand Dupin, reniant un périlleux mandat, N'était plus député, lui n'était plus soldat. Depuis, éternisant sa halte dans la boue. Aux soui&ets de l'Europe il présente la joue. Oubliant, chez les rois, pour parler en vainqmur, Qu'aussi haut que la tête il faut porter le cœur. Ah 1 puisqu'on vit de honte à la diplomatie, ÉloignMS-^nous ; allons au duc de Dalmatie,
* En iSiOy M. Louis présidait, à Amaterdam, le conseil de liqaidation.
20 NËMÉSIS.
Car celui-là, du moins, jamais soard au cartel, Donne à Thonneur français un coin dans son Mteh De Terreur d'un moment que le souvenir dorme ! L'encens avait terni son ancien uniforme ; Le cierge avait coulé sur ses paremens d'or ; Mais la poudre et le feu les lustreraient encor. Sept mois ont retrempé cette ame militaire : Comme sous une tente il campe au ministère; Pour sa paupière d'aigle il n'est plus de sommeil; D'un second Austerlitz elle attend le soleil ; Vain espoir ! la doctrine a, de sa main jalouse, Encloué le canon qui défendit Toulouse ; Elle étouffe au berceau des triomphes tout prêts. Et Casimir Périer tient la gloire aux arrêts.
Le voici 1 qu'à nos yeux enfin il se révèle Ce prince de la paix de la France nouvelle : * Au comptoir, au Conseil, despote tracassier, Il traite un sous-ministre à l'égal d'un caissier ; Va-t-il parler? il semble, avant qu'il se décide, Mâcher entre ses dents une parole acide ; Qu'un seulgeste, qu'un mot en passant Tait froissé. Sur sa lèvre amincie erre un dépit glacé ; n se tord sur lui-même, et ce corps si débile Bondit, galvanisé par un accès de bile. Rappelez-vous le jour où cet homme nouveau Apparut comme un astre au journal de Sauvo : ** Les claqueurs du milieu, mercenaire auditoire. Chargèrent de bravos l'avenir de sa gloire ; Guizot prophétisa dans son règne naissant. L'embonpoint progressif du maigre trois pour cent ;
* Ceci faîtallasion à Tancien prince delà Paix, en Espagne ^ Oodoî, aclaellement à Marseille.
** Rédactenr da Monitcttr,
Metternich tressaillit de plaisir, et Pilate^ Si blême d*&âbitttde en devint écarlate.
Eh bien ! homme pétri d'an sublime limon !
Depuis que ta main roide a saisi le timon.
Qu'as-tu fait? radoubant ta carène disjointe,
De l'archipel d'écueils as-tu franchi la pointe ?
Pilote fanfaron ! tu dors sur le danger ;
Dans la route banale habile à t'eugager,
Tu viens nous répéter votre adage vulgaire :
a La France veut la paix et ne craint pas la guerre. »
Vante-nous donc le fruit d'un système hautain ;
De ton règne d'un mois lis-nous le bulletin I
Écoutons : tu nous dis qu'à ta voix disparue
La révolte nocturne a déserté la rue,
Que les forçats cachés dans les groupes obscurs
Du palais-citoyen n'étouffent plus les murs ;
Il est vrai : chaque soir les soutiens de la France ;
Bivaquent dans la cour en pantalon garance ;
Sous ton palladium le château dort sans bruit :
C'est bien ; mais ce repos pour nous qu'a-t-il produit ?
Déjà pour saluer ta fraîche présidence,
La Bourse a de six francs grevé sa décadence ;
La faillite effrontée en assiège le seuil,
Et ce temple des Juifs est tapissé de deuil.
Voilà ta paix. Perdue avec ton faux système, La patrie a voulu se sauver elle-même ; Et contre l'étranger armant un bras haineux, D'un pacte fédéral elle serra les nœuds. Sacrilège complot 1 au feu de ta colère
* Recteur de Y Observateur Autrichien,
22 NËMË81S.
Soudain ta rallumas Tardeute circulaire,
Foudre administratif qui, frappant droit au but.
Du Conseiller-d'Ëtat fond sur le Substitut.
Gloire à vous, qui portez cette récente marque,
Laborde, Aymé, Barrot, Stourm, Bouchotte, Laniarque»
A vous qui préférez, dans vos cœurs insoumis,
Le rang de citoyen au titre de commis I
Gloire à tous les vengeurs de nos libertés saintes!
La France embrassera dans les mêmes étreintes
Le courage guerrier, l'héroïsme civil.
Les martyrs de Juillet et les blessés d'avril.
Triomphe, Casimir ! tes soutiens légitimes Vont sortir épurés du complot des centimes ; Par ce nouveau visa confirme le brevet Des préfets de Guizot et de Montalivet ; Dans leurs départemens où l'audace conspire, n est temps que des lois tu rassures l'empire I Holyrood est partout : depuis plus de sept mois Le carlisme impuni poignarde les Ntmois; Aux clochers vendéens la ligue monacale Plante en face du maire un lambeau de percale ; Le grossier Ba^Breton, royaliste idiot, Laboure pour nourrir Lahoussaye et Diot ; * Alais meurt pour la croix, Poitiers se fleurdelisé ; Le verset pour Philippe épouvante l'Église ; Des paquebots suspects croisent devant Calais, Et Marseille proscrit le chant des Marseillais. Mais ce n'est rien encor : prends ta carte d'Europe, Vois ce réseau de fer qui déjà t'enveloppe ; Sur les monts du Jura, sur le long cours du Rhin, Arpente pas à pas tous les plis du terrain ;
* Chefs de la nonvelle Chonannerie dans la Vendée et la Bretagne,
LE nmiSTÈRE. as
Qae d'aetenrs convoqués pour ce draaie tragkpiel La Prusse va iHHkHr en trouant la Belgique ; L'aigle de Pétersbourg, qu'im long vol ftitigua. S'est posé sur la cendre où fume eueor Praga : Dès demain vers don but 11 yol^a plus vite : N'entendshtu pas hurler TAttila moscovite? Sur un sol ravivé rêvant d'autres décris, Uapieâ bût la Vistole, il tient Fo^l sur Paris. Plus prè$ de nous, aux bords de la gnnde rivière, Paraîtront les soldats de Saxe et de Bavière^ Tandis que vêts le sud par de hardis chemina Metternieh poussera d'innombrables Germains. 0 douleur ! lis viendront par cette grande voie Qu'ouvrit Napoléon dans les monts de Savoie, Et d'un houra barbare effrayant nos échos^ Passeront devast nous les lauriers aux schakos*
Et toi, jouet honteux de la diplomatie,
Quand les trois sœurs du nord, Prusse, Autriche, Russie,
Vont dans Tombre étendant leur immense cordon.
Pour un peuple français tu demandes pardon I
Il te faut à tout prix une paix, une trêve :
Tantôt d'un lourd tribut ta l&cheté nous grève ;
Tantôt pour la rançon de la France aux abois.
Aveugle gaspilleur, tu veux vendre ses bois.
Le budget annuel, aspirante sangsue,
A pompé dès long-temps ce que le peuple sue.
Pour acheter la paix mendiée à genoux.
Il ne nous reste plus un denier ; fouille-nous :
Car, sous la branche aînée ou la branche cadette.
Il a fallu nourrir le gouffre de la dette.
Si, pour toi, demander est un besoin pressant.
Demande des soldats, emprunte-nous du sang ;
Tu n'adresseras pas une supplique vaine ;
Nous donnerons nos fils et nous tendrons la veine.
Que faut-il 7 des canons 7 des uniformes bleus?
Eli bien ! rappelle^toi ces jours miraculeux
Où l'Europe assiégait la France encor moins riche :
Songe que pour répondre à la Prusse, à l'Autriche,
Pour yaincre, pour sauver ses lignes du dehors,
La république pauvre inventait des trésors :
Les toits des vieux châteaux, le plomb des cathédrales
Dans son ardente main se transformaient en balles ;
Sublime dévoûment si jamais il en futi
Le brome des clochers s'allongeait sur rallût,
La forge où s'entassaient les sabres et les piques
Haletait nuit et jour sur les places publiques;
La France avec trois mots répondait aux défis :
Aux armesy citoyens! et convoquant ses fils
Aux frontières du sol par la ligue entamées,
Tombait devant les rois avec quatone armées.
LE MINISTÈBE. 85
^j^j^.^^^j^fy^f^f^^'^-^^'t^ ^»^m m m m mmm mm m mm/^.m^^mM^jmm^à^m»M^m»AM^MmM^M»MMM^^mM^
NOTES
Deamortîers ▼« fouillera la Conciergerie.
M. Desmortierg y procureur du roi.
Je puis porter la main snr GAsnaR Pebmibr.
Casimir Périer, président du conseil.
D^Argoat incendia le drapeaa tricolore.
M. d'Argout, étant préfet des Basses-Pyrénées, aurait fait, dit^on, un auto-da-fé du drapeau tricolore. Cette assertion de M. Barthélémy donna lieu à une action judiciaire , dans laquelle le poète fut condamné.
Et Tit depuis quatre ans sur son tiers de victoire.
La bataille de Navarin , où M. de Rigny avait pour collègues Tamiral anglais Codrington et Famiral russe Heyden.
Mais ijn'a lait ce visir ?
Casimir Périer.
Le cierge avait coulé sur ses paremens d'or.
Sous la restauration , M. le maréchal Soult était un des habitués les plus fervens de l'église de Saint-Thomas-d*Aquin. On dit même qu'il suivit un jour la procession, un cierge à la main.
i6 NÉMÉSIS.
Labords , Aymé , Bairot , Stoann , Bouchotte , huaoarqjne.
M. deLaborde, aide-de-camp da roi et conseiller d'État ; M. Dobois- Aymé y directeur des douanes; M. Odilon Barrot, conseiller d'État ; M. Stourm , substitut près le tribunal de première instance de Paria; M. Bouchotte , maire de Metz , et M. le lieutenant- général Lamarque, commandant supérieur des départemens de l'Ouest , furent tous révoqués de leurs fonctions le l«r avril.
Des paquebots suspects croisent devant Galali.
Quelque^ alarmistes avaient répandu le bruit, à cette époque, que la famille déchue avisait «a moyens d'opérer un débarquement enFrimce.