MA DISGRACE OFFICIELLE
Qu'importe à Némésis, si le peuple Taccueille, La risible fureur des gens à portefeuille ? Je n'ai fait jusqu'ici qu'un seul vers sur d'Argout ; * Eh bien I il a trouvé mon vers de mauvais go^t. Dimanche, à l'heure même où je. le gratifie D'un véridique extrait de sa biographie, Voilà qu'au même instant la foudre du bureau Vient frapper mon journal au f^remier numéro, Et par trop de candeur ma muse criminelle * Re$oit un pli timbré de l'hôtel de Grenelle.
c< J'ai l'honneur de vous informer, « Monsieur Barthélémy, poète de Marseille, a Qu'après décision, par moi prise la veille,
or J'ai cru devoir vous supprimer c< L'annuel traitement que, par somme pareille, « Au bout de chaque mois tous venei rédamer
a Dans tes bureaux que je surveille.
«Agréez l'assurance, ef casiera »
Br«vo!l Pour un homme d'État le trait n'est pas nouveau ;
* Tfc>
D'Argout incendia le drapeau tricolore. (Y, la Mtire^ Ministèrw.)
as NÊMÉSIS.
De la part d'un d'Argont heureux qui se l'attire I Mol, je l'avais prévu : l'inflexible satire, Sentinelle du Peuple, Argus du droit commun, Est pour le ministère un témoin importun ; Auprès des grands du jour rien ne saurait l'absoudre ; C'est une pointe aiguë, elle attire la foudre : Quiconque a fait un pacte avec la vérité, Du haut de la faveur tombe précipité.
Je Tavoue : au sortir de la grande semaine, Brûlé par le soleil qu'aspirait mon haleine. De fatigue, de soif, de sommeil obsédé Et d'une sueur tiède encor tout inondé, J'entendis de la rue une éclatante orgie : J'entrai dans un salon où, la lèvre rougie. Des hommes inconnus, convives turbulensr, S'indigéraient de vin et de mets succulens ; Et moi, lazzaroni de la triple journée, * Je promenait sur eux une vue étonnée.
Alors on me jeta, comme un don clandestin. Quelques miettes, débris du splendide festin ; Je sortis. On m'a dit depuis qu'à cette table On saupoudre les mets d'un poison délectable. Que d'un perfide suc le vin est mélangé ; Je n'en ressentis rien, j'avais trop peu mangé.
Ainsi, quand avec eux je signai l'armistice. Ils changeaient en trafic un acte de justice ; Sur leurs futurs méfaits pour étouffer le bruit, D'une insolente aumône ils calculaient le fruit. Croyant à tout jamais cadenasser mes rimes,
* L'expreesion Dapolitaine n'est pas de moi ; elle vient de pins haat lien.