‹ Œuvres de Barthélemy et MéryChapitre 13 sur 79 · TV · texte numérisé non relu

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L'Académie a été convoquée , par lettres closes , à la fête des morts ; l'Académie! ! ! et notre jeunesse littéraire , la seule vraie , la seule honorée, la seule connue du public ; la jeunesse tout-à-fait en dehors d'une absurde corporation , est ainsi insultée par un oubli bien digne de M. d*Argout y de ce ministre qui croit encore à VAcadémie , de ce ministre choisi , comme le plus ignorant des hommes , pour diriger les lettres et les arts. Cinq ou six noms académiciens par hasard , mais que je révère avec toute la France , ne me paraissent pas suffisans pour mettre ce corps inutile et ridicule à l'abri des coups de la satire. L* Académie formera bientôt le sujet spécial d'une livraison de Néméns,

** Cette supposition n'est peut-être pas hyperbolique, quand on songe que nos prisons sont pleines d'hommes de juillet. On les amnistiera

Et noas irions grossir ce convoi de jongleurs I

Ah I soldats des trois*joars, hommes des trois couleurs.

Quelle honte pour vous, si vos mains triomphantes

Allaient se joindre aux mains de ces hiérophantes

Qui, pour se faire grands, montés sur des tombeaux,

Ont piétiné vos corps comme des escabeaux I

Nous que dans ce beau mois la liberté protège.

Ah I ne vous mêlez point à l'indigne cortège.

Où vous embelliriez, sur le même chemin,

Dupin, Royer-CoUard, d'Argout et Villemain.

Qu'ils promènent tout seuls leur sacrilège culte ;

Frères , ne soyez pas complices de l'insulte ;

Laissez leurs doigts impurs, avides de trésors.

Trier avidement la poussière des morts ;

Qu'ils consomment tout seuls ce festin de harpies ;

Vampires de cercueils, dévastateurs impies,

Pélopides nouveaux, seuls dans nos carrefours.

Qu'ils fassent reculer le soleil des trois-jours.

Et surtout, écoutez mes dernières paroles :

Au jour anniversaire il faut changer de rôles ;

Laissez, laissez la rue à ces hommes nouveaux.

C'est à vous maintenant de chercher des caveaux ;

Et comme ils ont, trois jours, caché leur épouvante,

Enfouissez, trois jours, votre gloire vivante :

Pour quitter vos abris, volontaire prison.

Attendez que Juillet s'éteigne à l'horizon.

Allez, peut-être un jour que le destin nous garde,

Nous reparaîtrons tous avec notre cocarde ;

Les proscrits d'aujourd'hui marcheront aux convois,

peat-étrc par politique dans ces trou jonri» , mais pour les ressaisir après aa moindre prétexte de conspiration. Si cette grâce tardive n'arrive pas , il sera glorieux ponr ]e ministre de retenir dans les fers, entre antres héros , ce brave général Dabonrg, que noas avons vu, le a8 , à cheval sur la place de la Bourse, organisant le premier notre in&arrection.

156 NÉMËSIS.

Les morts tressaiUeront à l'appel de nos Toix ; Alors, à notre tour, actears d'un nouveau drame, Nous improviserons des fêtes sans programme ; Nous chanterons en chœur à nos morts endormis Les cantiques pieux des poètes amis ; Nos fraternelles mains soutiendront les reliques ; Nos drapeaux, promenés sur les places publiques, Porteront pour blason , épouvantail des rois, La tète des martyrs avec leurs os en croix.

D'un yice-roi de Londre embrassant les genoaz.

Léopold de Saxe-Cobourg, aujoard'hui roi des Belges.

Les sbires de Fondras.

M. FoadraSy alors chef de la division de la pcdice générale aa ministère de rintériear.

L'an dernier, par Mangin ont fait riyer leors fers.

Nous avons déjà dit quelque part que le Journal des Débats n'a?ait pas fait cause commune avec ceux de ses confrères qui protestèrent énergiquement contre les ordonnances du S5 Juillet.

'etma^aaisamassBBB^^

Tu ne me connais pas : de colère saisie,

Ta mnse juge mal un frère en poésie ;

Tu sais mesurer lame à ton brillant compas,

Oui, mais le cœur humain, tu ne le connais pas.

A Temblème infernal que ce fronton indique,

En entendant rugir mon yers périodique .

Qui, pareil au reflux que le ciel fait mouvoir.

Vient miner, en grinçant, le rocher du Pouvoir,

Au retentissement de mes sauvages rimes,

Tu crois que, me jouant des vertus et des crimes,

* La NémésU n'est point on joomal de polémiqne quotidienne ; il m*eflt donc impossible de répondre anx attaques qni se multiplient contre Némésis dans les jonmanx carlistes. Le temps est si précieux pour moi qae je ne pais me jeter , en dehors de ma publication , dans une controverse perpétuelle; je trahirais la touchante confiance que m*ont témoignée mes nombreux souscripteurs ; mon temps est tout à eux; et il ne m*est pas permis 'd'en distraire une minute pour des af« fiiires personnelles : c'est déjà bien assez de consacrer deux jours de chaque semaine à faire de prosaïques mémoires contre la Direction du Timbre , et à réfuter quinze procès-verbaux consécutifs. S'il fallait en outre, convaincre, par mes lettres, d'insigne mauvaise foi les journalistes qui osent isoler vingt de mes vers ^our me représenter comme anarchiste , je verrais arriver la fin de la semaine sans avoir écrit un seul distique de ma livraison. Je saisis avec plaisir roccasion qui m'est offerte par M. de Lamartine , pour faire une profession de foi de mes principes calomniés, et répondre à tant de perfides insinuations.

Ennemi de tout nom par sa gloire abrité, Je marche, en Erostrate, à la célébrité, Et sans que ma justice un instant délibère. Sur l'honneur désarmé je me rue en Cerbère : Ta crois que vil forban, sans patrie et sans port. J'ai cloué sur mes mAts une tète de mort ; Que pareil au Malais des Iles de la Sonde, Criant Amock^ courbant ma tète vagabonde, Gorgé de Topiom qui fascine mes sens.

De mon double poignard j'éventre les passans. Va, ton luth, cette fois, a vibré de colère ; Avant d'incriminer ma muse populaire, D'infliger à mon nom d*injarieux délits, Médite mieux sur moi, prends cette feuille et lis.

Non, tu n'as point sondé les secrets de mon être ;

Poète aérien, tu n'as pu me connaître.

Ni moi, ni cet ami, mon complice fervent.

De mon vers implacable hémistiche vivant !

Jumeaux prêts pour la palme et prêts pour le martyre,

Romulus et Rémus de la haute satire,

Un pfttre insoucieux, dès notre Age enfantin.

Ne nous égara point sous le mont Aventin ;

Ce n'est pas le poison qui dans nos veines couve ;

Nous n'avons pas sucé des mamelles de louve ;

Une femme robuste , au sein jaspé d'azur

Nous abreuva tous deux d'un lait suave et pur ;

L'harmonieuse mer, dans son vague caprice.

Nous endormait le soir comme un chant de nourrice ;

Le premier souffle d'air entré dans nos poumons

Fut embaumé des fleurs qui tremblent sur les monts,

Brise de promontoire, haleine enchanteresse

Qui n'arriva jamais aux vallons de la Bresse.

Et maintenant, depuis qu'en ses fantasques jeux

160 NËIfËSIS.

Le sort nous transplanta sons un ciel nuageux, , Parfois un souvenir de nos plages marines, Comme un vent d'archipel dilate nos poitrines; Alors, tout rajeunis par ces rêves touchans, Nous murmurons aussi de poétiques chants, Fils'de nos visions qui, dans leur vol agile,' Ne charment qu'un instant nos pénates d'argile. Parfums qui, s'exhalant de nos doux entretiens. Aux abtmes du ciel vont rencontrer les tiens. Non, nous ne jouons pas avec les funérailles ; Non, Tappétit du sang n'est pas dans nos entraiDes ; Nous cherchons ce repos que les soucis cuisans De notre ame orageuse ont éloigné quinze ans. Et notre jeune lyre a conservé la corde Qui frémira de joie au jour de la concorde I L'an dernier, même à l'heure où ces vers sont écrits, Bien souvent accourus vers de funèbres cris, Sur le sanglant forum nos prières intimes Au lion des trois^jours arrachaient des victimes : Non, nous n'appelons point, par d'exécrables vœux. Cette époque de sang qui raidit nos cheveux ; On ne nous vit jamais, comme en souvenir d'elle^ Construire en acajou notre échafaud modèle. Insoucieux de bruit, de gloire, de cordons. C'est le pain d'Habacuc qu'ici nous demandons ; La moitié de ce pain que chaque jour apporte. Nourrit la faim du pauvre assis à notre porte. Le monde nous invite en vain sous ses lambris ; La Thébaide sainte est pour nous dans Paris ; Trop de flamme nous brûle : ainsi que saint Jérôme, Il nous faut à tous deux ou le désert ou Rome. Ces secrets du foyer, qu'un pudique dessein Nous a fait jusqu'ici clore dans notre sein. Permet que notre bouche aujourd'hui les propage ;

Des hommes généreux signeraient cette page ; Car nous ne Inanquons pas d'amis : nous invoquons Plus d'un nom glorieux sur les deux Hélicons ; Nul qui le désavoue et nul qui ne le signe ; Hugo, Dumas, Fontan, Etienne, Delavigne, Hommes de probité, véridiques témoins.

Je vous invoquerais, si je m'estimais moins. *

C'est assez : abaissons le rideau poétique

Qui voila si long-temps notre seuil domestique ;

De ce pénible aveu mon cœur est en émoi,

Et je plains l'accusé qui prononce le bioi :

J'aurai plus de courage à défendre mon œuvre.

Ton imprudente main a blessé ma couleuvre;

Elle monte en spirale, elle siffle dans l'air;

Son affront est le mien, Némésis est ma chair.

Eh I crois-tu que , poussé par le démon du Dante,

J'embrasse avec plaisir une furie ardente?

Est-ce une volupté de travailler debout

Au bord de la fournaise où ma vengeance bout ;

De tenter, à pieds nus, de sanglantes sorties

Sur un rude sentier tout parsemé d'orties ;

D'avoir dans les cheveux un éternel frisson,

Et de sentir la nuit les dards du hérisson ?

Ya, né pour le repos, nul penchant ne m'attire

Vers ce métier de feu qu'on nomme la satire ;

Que ne puis-je, un beau soir, éteindre avec mon nom

Ma lampe suspendue à son triple chaînon,

Dormir de longues nuits, et, libre de secousses.

Recommencer ma vie en des choses plus douces !

Oh ! parfois^ quand, mêlé dans les groupes houleux,

. * Txartàs pu ajoater encore le nom d*aii grand poète , le nom de madame Taata; cette véritable muse si pare , si patriotique , si française, dont le silence étonne et afflige,

* TOK. II, n

I6i NÉMÉSIS.

J'aborde le théâtre aa passage angaleas ; Quand sur un siège obscur je respire à la gène. Sons la blanche loear du soleil hydrogène ; Quand da sol an lambris circulent dans les rangs Des miasmes de femme, atomes enivrans ; Quand je compte, en levant mes paupières tendues, Trois couronnes de peuple aux gradins suspenduest D'où tombent, à torrens, par d'abruptes chemins. Des murmures, des cris, des battemens de mains ; Surtout, quand à la foule attentive et muette L'acteur aux trois saints lance un nom de poète : Oh I que de fois alors , dans mon sublime élan, J'ai créé d'un seul jet un dramatique plan ! Que de fois j'ai brftlé d'inscrire au répertoire Quelque fait imposant de la moderne histoire. Germe né dans mon sein, compagnon de mes nuits. Que n'a point étouffé le poids de mes ennuis ! Aussi quand vint le jour de notre nouvelle ère, Je me dis : Trêve enfin à mes chants de colère ! Je vais réaliser, sous des astres amis. Ce rêve poétique à mes destins promis ; Inutile soldat, rentrons dans notre tente : Mais l'orage obscurcit l'atmosphère éclatante : Neuf mois, muet témoin, arrêté sur le seuil, De notre liberté je vis passer le deuil. Se hisser au Pouvoir, comme sur leur domaine. Tous les grands déserteurs de la grande semaine ; Les hommes tour à tour vendus ou suborneurs ; La doctrine repue au banquet des honneurs ; Mes amis de Juillet, dispensateurs d'un tréne, D'une livre de pain sollicitant l'aumône ; *

* De qhor te plaint-oii ? demande le minMtFe. Ailes le demander à tant de jeanea ébriTaxvs plein* de talent et de patriotisme qni , après avoir rendu à la liberté les plus grands jMrrices, «ont anjowdl&m ré-

RÉPONSE A M. DE LAMARTINE. Mft

Un ministre orgueilleux, par nos mains établi.

Frappant tout homme piur de dédain ou d'oubli ; '-

Alors moi-même aussi, broyé par Tinjustice,

Lacérant de ma main le traité d'armistice.

J'invoquai Némém^ patr<me de mes vers ;

Non pas cette furie exécrée aux enfers,

Qui , sur le lit d'airain où la torture habite.

Roule un œil égaré dans sa pitrfonde orbite.

Et dont le fer aveugle ioumrfe au môme autel

Le contempteur des dieux et le juste mortel ;

Hais cette Némésis^ auguste veng^esse.

Qui frappe le méchant dans sa coupaUe ivresse.

Celle qu'André Chénier, poète aux rêves d'or.

Invoquait dans sa nuit du sanglant Thermidor. ^

De la Grèce idolâtre elle n'est point la fille ;

Sur le berceau des temps son premier culte brille ;

Sous les traits de Typhon l'Egypte la rêva ;

Elle est au livre saint dicté par Jéhova :

Quand Aaron, le dief de la tribu d'élite.

Violait au désert la charte Israélite ;

Quand, devant le veau d'or, sons le mont ISnaî»

Tombait le Décalogue, œuvre d'Adona!,

Dieu même qui pariait par la bouche d'un homme,

daite à rindigeaoe par Tubaiulon du goaversement et les désastres de la librairie. Je suis prêt à proQTer foe des bornâtes dont les menu, seront écrits en première ligne dans rhlstoisedes trois jours, qni «nt été rainés par cette révoïntion c^a'iU ont faite., ont demandé en vain, pour viyre^ les pins modiqdes emplois, lorsque tant de places ont été données aà népotisme, k l'intrigae, k la fiivenr, k la nullité; lorsque M. d*Argoat prend la peine d'écrire des lettres autographes en prorinee pour iaposeé les protégés de Mademoiselle ***, J'y reviendrai : je tiens mes renseî* gnemens d'une source haute et pure. ..

* Chanterait Némésis, la tardive déesse^

Qui frappe le méchant sur son trdne endormi,

André GBiMiBK.

i9k NÉMËSIS.

Révéla Némésis dans le Dentéronome,

Satire Ibnnidable où la voix du Diea fort

Flétrissait le parjure et le frappait de mort.

Eh 1 qai mieux que le Christ, le dieu soub forme humaine,

De l'austère critique agrandit le domaine?

Aux scribes, aux docteurs d'épouvante saisis,

n lançait, chaque Jour, sa sainte Némésù ;

n leur disait : a Malheur sur vous et sur vos pères,

a 0 sépulcres blanchis, 6 race de vipères !

« Maudits I vous descendrez dans les gouffres ardens

a Où Ton verse des pleurs, où Ton grince des dents. )i

Heureux l'auteur qui marche avec un tel exemple I

On dit qu un jour, debout sur l'escalier du temple,

Ce sage, humble de cœur, l'évangélique Dieu,

Surprit l'agiotage assis dans le saint lieu.

Qu'il vit même, au milieu des trafics mercenaires.

Les prêtres de la loi, types des doctrinaires ;

Tout à coup, agité d'un sentiment haineux,

n saisit un long fouet aux satiriques nœud^.

Et mêlant le sarcasme à la colère sainte,

Il chassa les impurs de la divine enceinte.

Voilà ma Nétnésù ; celle qui suit mes pas, Qui me dicte ma haine et ne m'égare pas. Quant à ma liberté, qui de loin t'épouvante, Que ton erreur transforme en Alecto vivante, Si je puis te trouver un jour sur mon chemin. Je veux qu'en souriant tu lui serres la main. Va ce n'est point le monstre aux guerres intestines. Qui court boire le sang au pied des guillotines, Qui choisit pour amans les valets du bourreau. Et pour char de triomphe un hideux tombereau. La mienne, la voici : par les peuples gardée, Sur un lion qui dort elle veille accoudée ;

Aux lèvres de ses fils arrache les bâillons.

Regarde du même œil là pourpre et les haillons ;

Sa tente est suspendue à la voûte étemelle ;

Le monde tout entier palpite sous son aile ;

Chac[ue empire est lé sien ; elle ne connaît pas

Ces cloisons de pays que marque le compas :

Si quelque cri de peuple à son oreille arrive,

Elle brise leurs fers et la main qui les rive ;

Rien ne peut altérer son immuable front ;

Insensible aux clameurs des vieillards qui s'en vont,

S'élevant, de son vol, au-dessus des tempêtes, ,

Qu'importe qu'en passant elle froisse des têtes I

Elle sait bien qu'un jour, de sa baguette d'or.

Elle doit aflfranchir ice monde jeune encor.

Alors nous la verrons secouant sur le globe

Les trésors amassés dans les plis de sa robe ;

Elle parsèmera son immense moisson

De la zone torride aux glacières d'Hudson ;

Pour nourrir l'industrie accourue après elle,

Son bras fort bâtira la paix universelle.

Empire ou république, où tous auront des droits.

Règne qu'en six mille ans n'ont pu fonder les rois.

Oh I viennent les beaux jours, précurseurs de cet âge I

Que je puisse compter sur ce grand héritage !

Que mon front soit doré d'an rayon d'avenir.

Poète ! et tu verras si j'aime à le ternir ;

Ma lyre, fille aussi de la muse chrétienne,

Chantera la concorde aussi haut que la tienne ;

Quel bonheur, de son char en brisant les essieux.

De dire à Némésis : Remonte dans les cieux I

NOTES

Cet ami, mon complice ferrent.

M. Méry^ qai est pour moitié dans presque tous les ouvrages de M. Barthileny.

Hugo, Dumas, FoutaOi Etienne, DeUvigne.

Ces uoms sont assez conous pour que nous puissions nous dispenser d'en faire l'éloge.

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