‹ Œuvres de Barthélemy et MéryChapitre 12 sur 79 · AUX ÉLECTEURS DU JUSTE-MILIEU · texte numérisé non relu

AUX ÉLECTEURS DU JUSTE-MILIEU

NOTES

U brossa de baisers U botte mosco^te.

Dans la séance de TAcadémie française do 95 août 1814 , M. Villemain reçut le prix pour son discours sur les Avantages et les inconvènie^is de la Critique, L'empereur de Russie et le roi de Prusse assistaient à la séance. Le lauréat y qui , quoique bien jeune alors ( il n'avait que vingt-trois ans ), savait déjà ce que Ton gagne à flatter la puissance » trouva le moyen de glisser adroitement Téloge des deux souverains. Seulement M. Barthélémy se trompe quand il dit que ce discours était le premier de H. Yillemain : déjà , en 1812 , le jeune professeur avait remporté le prix pour V Éloge de Montaigne.

Le fiuud tremblotant da Messager noctome.

Le Messager des Chambres, journal du soir, était alors tout dévoué au ministère.

Pend la liberté sainte à ses douze potences.

Allusion aux douze colonnes du Montleur.

De Maltbns et de Say.

Deux célèbres économistes. L'Angleterre est fière du premier, et la France s'honore d'avdir vu naître le second.

• •••• Les soldats de Berlin.

, Les rédacteurs du Journal des Déhals.

La terrib!« aasemblée.

La CoQveotion nationale.

Si Branawick tomlM encore aux portes de Verdan.

En 1792, après la prise de Longwy » le dac de Brunswick s'avançait sur Paris par la route de Verdun.

Sonne, vers Qaiberon, les yépres yendéennea.

Allusion aux fameuses vêpres siciliennes.

2k. JUILLET 1831.

UÂNNTVERSAffiE DES TROIS JOURS.

Paris était sanglant et libre : pour ses frères Le peuplé improvisait des coàches^^fîinéraires ; On respirait partout une odeur d'abattoir, - Parfum que la victoire évapore le soir : Le vieux Louvre baignait ses pieds dans le carnage ; La Tour de TÀuxerrois, cloître du moyen-âge, Où Charles-Neuf venait oublier ses remords, Sur ce tableau de deuil versait le glas des morts. Chose étonnante à voir! à Paris, à cette heure Où tout pavé frémit sous un char qui l'effleure,

Rien, rien, ni bruit d'essieux, ni fracas de chevaux ;

Seulement on voyait courir vers les caveaux

Le char du boulanger qui, faisant sa tournée.

Apportait à la mort son horrible foumée/J

0 que de pleurs alors ! et la foule à genoux

Disait : ce Nobles enfans, vous êtes morts pour nous I

Vos yeux, en se fermant à la douce lumière,

De la liberté sainte ont vu l'aube première ;

Ce jour, qu'à son lever vous avez applaudi.

Arrivera sans vous à son briHant midi ;

Vous ne la verrez pas dans sa robe de fête,

* Ponr rintelligence de ce vers ^ il £iat savoir que c'était le ohar de la boulangerie mécanique qui portait les cadayres aux tombes du Louvre ; j'ai en Thonneur de m*y atteler moi-même et de rendra les derniers devoirs À mes frères morts.

Cette France d'azur que vous nous avez faite ; Vous ne la verrez pas, avec ces jours si beaux, Cette ère de bonheur qui part de vos tombeaux ! Oh I quand à pareil soir, Tastre qui nous protège Viendra nous réunir au funèbre cortège ; Quand» après douze mois, Juillet resplendissant Ramènera ce jdUr où coula votre sang, Quel nouveau deuil pour nous dans cet anniversaire ! Vous ne pourrez percer le tombeau qui vous serre, Et, mêlés avec nous, sur le même chemin Fêter la grande époque une palme à la main ! Ainsi parlait le peuple ; et sur la froide voûte Un prêtre prodiguait l'eau sainte de l'absoute ; Nous étions à genoux : sur les cadavres chauds Nos larmes se mêlaient avec la vive chaux ; Le drapeau saint livrait sa flamme toute neuve Aux baisers de nos fils, à la brise du fleuve, Et le soleil, perçant l'arcade du milieu, Semblait glisser aux morts un éternel adieu. Bon peuple I a-t-il pleuré sur la scène touchante ! Et moi, moi-même aussi, poète qui les chante. Combien je les plaignais de n'être plus vivans I 0 pleurs irréfléchis ! ô regrets décevans I Heureux, trois fois heureux ceux que la terre couvre Heureux les morts tombés sur les gazons du Louvre ! Ceux qui, bravant trois jours le choc universel. Vinrent le dernier soir tomber au Carrousel I Heureux ceux qui, des nuits rompant la longue trêve. Ont livré leur sang pur aux bourreaux de la Grève, Ou sur l'angle brisé du quartier de Rohan I Heureux ceux que porta la Seine à l'Océan I Ils se sont endormis dans un rêve illusoire ; Us sont morts embaumés d'espérance et de gloire. Et la sérénité de leurs regards éteints

A prédit à leurs fils de menreilleiix destins. Ah ! s'il existe encor quelques larmes .amères Dans les yeux des enfans, des vieillards et des mères ; Désenchantés enfin des biens que noifi rêvons, Pleurons sur notre France et sur nous qui vivons ! Maudite soit du ciel la cruelle ironie I Il nous a refusé cette belle agonie !

Maudit soit le hasard qui conduisit nos pas Dans les sillons de Tair où la mort n'était pas ; Qui fit glisser nos corps dans le libre intervalle Que ne déchirait point le rayon de la balle I Et maudit soit l'ami qui, pâle sur mon sort, Me serra dans ses bras et dit : Il n'est pas mort I Oh ! si dans ces trois jours d'ineffable délire. Dans l'avenir d'un an nos yeux avaient pu lire, Qui de nous, prévenant de mortels repentirs. N'eût pas voulu tomber à côté des martyrs ? Oh ! si devant le Louvre ou sur le pont d'Arcole, Amis, nous fussions morts avec notre auréole. Nul de nous n'aurait vu monter sur l'horizon L'astre du déshonneur et de la trahison ; N'aurait vu nos soldats pleins d'une sainte envie, De loin, sous son linceul, contemplant Varsovie ; Le Belge fraternel qui se donnait à nous, D'un vice-roi de Londre embrassant les genoux ; Ni Metternich changeant, par son omnipotence. L'arbre chéri du peuple en arbre de potence ; Ni l'aigle de François, du haut des Apennins, Abritant sous son vol tous les monarques nains; Notre liberté jeune en douze mois ridée I Pas un cri généreux I pas une noble idée I L'accusateur public foudroyant d'un mandat Quiconque eut en Juillet une ame de soldat:

152 NËMÉSIS.

Soas an roi fait par nous, les ministres de Gharle ^ Étouffant du bâillon toute bouche qui parle ; Les sbires de Foudras traînant dans le ruisseau La cocarde où Juillet mit son glorieux sceau ; Leurs yalets^ enhardis par la solde reçue. Sur de civiques fronts abattant leur massue, Et le Pouvoir 9 rebelle aux publiques rumen rs. Décorant de la croix le chef des assommeurs ! Mare d'iniquités, égout d'ignominies Qu'un long cri de vengeance appelle aux gémonies ; Forfaits que NémisUy formidable aux pervers, Dénonça, quatre mois, en quatre mille vers. Oh I si Tesprit de Dieu, le souffle qui ranime, Descendait cette nuit dans le terreux abtme ; S*il disait, en rendant la vie à des lambeaux : Lazakes des trois-jours, sortez de vos tombeaux ! '^ Sur le sol des vivans ressuscites une heure. Et lisant cette page où leur poète pleure, Et voyant autour d'eux les fronts endoloris, Et cet immense deuil qui plane sur Paris ; Oh ! reprenant soudain leur humide suaire, Ds redescendraient tous au fond de l'ossuaire. Et ces mots solennels passeraient dans les vents : Paix éternelle aux morts et malheur aux vivans I

Eh bien ! qui troublera ces reclus de la tombe. Le jour où de Juillet l'anniversaire tombe? Quel fossoyeur viendra, d'une impassible main, Toucher ces ossemens à l'aube de demain? 0 crime I on leur prépare une ironique fête ! Le Pouvoir a mûri dans sa puissante tête

^ n est presque inutile de rappeler qae Charles X à Rambonillel nomma ministres MM. Périer et d'Argoat : ils ont été confirmés.

Un romantique drame en trois Jours divisé, Un sermon en trois points long-temps improvisé ; Cortège où Ton verra, sous les sacrés portiques. Marcher Tenthousiasme à pas mathématiques. Et nos Janus, nouant avec les trois couleurs Leur masque théâtral pour le rire et les pleurs. Quel bouffon a conçu ce drame près d'éclore? C'est d' Argent, qui brûla l'étendard tricolore, ^ L'Érostrate impuni du drapeau de Juillet, Qui fut créé ministre au camp de Rambouillet, Le jour que Charles-Dix, dans sa Cour solitaire. Forma de ses amis son dernier ministère.

Pour escorter d'Argout et marcher sur deux rangs, La parade grotesque aura ses figurans ; Représentans menteurs de la grande famille. Ils se prélasseront au Louvre, à la Bastille! Les voyez-vous déjà ces lâches courtisans. Au front aristocrate, aux visages luisans ; Ces Thersites dorés qui, pendant la bataille. Dans les étroits caveaux rapetissaient leur taille; Ils passent aujourd'hui, suivis de leurs valets. Fiers devant les canons qui tirent sans boulets. Fiers de Fimmensité que projette leur ombre. Hardis en plein soleil, courageux de leur nombre, Et du ruban conquis par l'artisan vainqueur. Décorant en relief leurs poitrines sans cœur I Ils traîneront partout leur sale parodie Par le peuple sifflée et par eux applaudie ;

* Cest an fait, comme chacun sait, de la pins grande authenticité. NéméâU a imprimé déjà une fois cette accusation dans son premier numéro. C'est pour y répondre que M. d'Argout me retira le lendemain le brevet d'une aumône qu'on m'avait envoyé après les troi»>jour8. Cette fois M. d'Argout n'a rien à me retirer.

Ils auront avec eux le podagre Institut ^ Qui, devant le canon, s'endormit et se tut ; Qui, d'un pas magistral que la glace modère, Remorque avec fierté sa gloire abécédaire : Puis chanteront en chœur leurs poètes élus. Auteurs gélatineux que personne n'a lus, Qui, tourmentant à froid leur nullité notoire. Viennent, après un an, fanfarer la victoire. Vous les verrez aussi prendre part au festin, Les scribes du journal que préside Bertin ; Aujourd'hui, revenus d'une mortelle transe. N'ont-ils pas l'impudeur de régenter la France? Eux qui, le même jour où paraîtront ces vers. L'an dernier, par Mangin ont fait river leurs fers; Soldats de feuilleton, qu'un bruit d'atome effraie, Qui n'ouvrent qu'à la nuit leurs paupières d'orfraie; Ils viendront hardiment toiser de haut en bas Ce soleil de Juillet qui ne les connaît pas. Eh I comment finira la fête tridienne?

Qui sait, quand ils viendront de leurs ongles d'hyène Exhumer du tombeau la poussière des saints, S'ils ne la gardent pas pour d'infâmes desseins ; S*ils n'iront pas le soir de la dernière orgie Porter ces ossemens à Sainte-Pélagie ! *

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