AOUT
LE CHOIJÈiaA-MOpUS.
Oh ! vous méritez bieii toute reconnaissance, Ingénîeox docteurs, qui dés notre naissance Infiltre^ dans nos bras, sur la pointe du fer, Le bienfaisant poison récueilli piàr Jenher ; Vous, fléaux de la mort et des épidémies, Qui gardez nos santés dans yos académies ; Qui, par de longs calculs, dçs; mémoire^ 98^ya^ Augmentez chaque jour le nombre des vivans. Et grâce à la vertu de yos électuaires, Frustrez de tant de noms les listes mortuaires I Honneur, gloire à vous tous qui pour le genre humain Consumez t^t die nuits une plume à la main. Philanthropes rêveurs qui, ipoussés d'un beau z^. Avez bâti pour nous la paix universelle ! - Oh ! qu un dieu paternel récompense vos soins ! Mais, hélas 1 que nous font quelques tombes de moins? Vous ne casserez pas la gr^uode loi ; personne N'ébrèchera la faux du spectre qui moissonne ; La natupe et la mort ensemble ont fait un bail : Celle-ci doit livrer tant d'hommes en détail ; Quand un siècle finit, et que dans son domaine, Ldr nature, en comptant cette monnaie humaine. Trouve un grand arriéré dans le total promis, Elle appelle la mort, son oublieux commis :
LE GHOLËRA-MORBUS. 19S
<r Ta fais mal ton métier, lai dit-elle en colère ;
« D'où vient ce déficit aa livre sécalaire ?
(S Je devrais voir poartant, à l'article trépas»
« Un million de plus qae je ne trouve pas ;
« Sais-tu bien qa'un retard dans la mort d'un seul homm^,
a Qu'aviint son temps prescrit la chute d'un atome,
m Une goutte de moins dans le bassin des mers«
« Qu'un rien peut, sur son axe, arrêter l'univers? »
Et la mort lui répond : or Âh ! je n'ai pu mieux faire ;
<x On lutte contre moi dans le double hémisphère ;
<r L'homme se fait rusé, je crois, en vieillissant ;
<x Dans des veines de glace il réchauffe le sang ;
<r II rajeuiiit les os ; chaque jour il invente ;
« Radoube, met à neuf sa carène vivante ;
<r Et le temps arrivé, si je viens le saisir,
a Je le trouve bardé de baume et d'élixir ;
« Chaque jour il enlève un sapin à mon trône :
« On fait des lazarets contre la fièvre jaune,
« Et la peste classique, esclave du savant,
c< A peine m'obéit dans un coin du Levant.
« Encor, si dans ces jours de cruelle disette,
a Je pouvais sur la guerre établir ma recette !
« Mais on ne se bat plus sur les deux Océans ;
« Les peuples sont bénins et les rois fainéans ;
« Je me meurs ; sous mes yeux la belliqueuse Europe
« Abjure son erreur et se fait philanthrope ;
a Tous les fléaux mortels désertent mes drapeaux,
« Et le gazon maigrit dans les champs de repos. »
Quand ces êtres puissans, suspendus sur nos têtes. Ont ainsi compulsé leurs archives secrètes ; Ils méditent long-temps quelque horrible projet Pour remplir d'un seul coup leur atroce budget. Imprimant à ses os un cliquetis de rage.
id6 NÉMÉSIS.
La mort part ; elle va combler son arrérage ; L'Être exterminateur a promis cette fois Que sa froide balance aura son juste poids. Jadis, elle appelait dans ces momens de crise, Tamerlan, Attila, Genseric ou Cambyse, Puissans déyastateurs qui, dans leur grand chemin. Comme sous un marteau, broyaient le genre humain, Et, poussant au hasard leur course yagabonde, Rendaient à leur insu Féquilibre à ce monde. Mais le siècle n'est plus où, comme des volcans Des monts Himalaya, sortaient les Gengiskans ; Le casque d'Attila, comme une armure usée. Ne trouve plus de tète, et dort dans un Musée : Partout la vie abonde, et les peuples voisins Pullulent, sans frémir, au nom des Sarrasins. N'importe ; pour avoir son bien qu'elle réclame, L'ingénieuse mort ravive un Abdérame, Un exterminateur, dont le corps immortel Se rit des Marius et des Charles-Martel. Oh ! cette fois honneur au tout-puissant squelette ! Son génie est fécond, et son œuvre est complète ! De ce fils dévorant le monde parlera ; Sa marraine d'enfer l'a nommé Choléra ! Tous les autres fléaux, ces vieilles renommées, La peste, le typhus, ne sont que des pygmées, Que l'octroi de la mer tient vingt jours en arrêt. Qu'un commis emprisonne aux murs d'un lazaret ; Monstres dégénérés, sans vertus homicides, Qu'on étouffe en naissant dans un vase d'acides. Mais lui, le Choléra, ne connaît de prison Que les cercles du pôle où s'éteint l'horizon ; Dans le Gange et l'Indus sa retraite est choisie; Le voyez-vous bondir du plateau de l'Asie, Immense réservoir aux gouffres inconnus,