LE CHOLÉRA-MORBUS
D'où les grands ravageurs de tout temps soi;it venus ;
Il vient, comme un condor d'épouvantable augure.
De ses ailes sans fin déployant l'envergure,
Troublant avec ses pieds l'eau d'un double bassin.
L'un dans la mer Baltique et Tautre dans l'Ëuxin.
Pour tomber sur le Nord et franchir le Caucase,
n a bravé du Czar l'impérial ukase ;
Comme des omemens il suspend à son cou
Les dAmes du Kremlin et les croix de Moscou ;
Sans crainte cette fois que Sobieski vienne,
II remplace les Turcs sous les remparts de Vienne ;
Dévore les Baskirs, les cavaliers du Don,
Qu'une loi sanitaire éparpille en cordon ;'
Il chasse tous les rois ; entre ses mains fatales
Il tord les intestins des villes capitales;
Il brûle tout au feu de ses exhalaisons.
Trace la croix de sang sur toutes les maisons,
Charge les tombereaux et les noires litières
De cadavres portés aux étroits cimetières ;
Puis, quand il s'est repu, quand devant chaque seuil
n a fait dérouler la tenture de deuil.
Quand il ne trouve plus que des demeures vides.
Quand il a desséché, sous ses lèvres avides,
Tout ce qu'une cité peut contenir de pleurs,
n s'éloigne en riant et va jouir ailleurs.
Qui l'eût dit! par ses fils à peine soutenue, La Pologne a battu des mains à sa venue ; Ce lamentable camp, par l'Europe oublié. Bénit le Choléra, son unique allié :
Dans ses remparts infects la noble Varsovie, Grftce au fléau qui tue, a prolongé sa vie ; L'auxiliaire impur, A bizarre destin I Au milieu de sa cour étouffe Constantin ;
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Sans le douteux appui d'un agent subalterne, Sans un bras de Judith il égorge HolophemOt Et l'autre Béthulie, étreinte par le Nord, Pousse des cris joyeux sous son linceul de mort.
Où Ya-t-il ce géant que le monde redoute ? Qui connaît le secret de sa carte de route? Errera-t-il longtemps sur les Cercles germains? 0 terreur 1 de ce globe il sait tous les chemins I Agent mystérieux, accablatat phénomène.
Il détruit tout calcul de la science humaine : En vain veut-on trouver le monstre aérien. L'œil se perd dans la nue, il n'y rencontre rien. Le mal est soiis son vol une horrible merveille ; Il dément aujourd'hui ce qu'il a dit la veille ; Ce qu'il fera demain l'homme ne le sait pas : Tantôt en droite ligne il marche pas à pAs; Puis changeant tout à coup sa tactique de guerre, Gomme un cheval d'échec il bondit en équerre ; Il aiitte à déjouer les systèmes de l'art ; Si Ton dit : Ce fléau respecte le vieillard, Sur l'heure, au même jour, le Choléra s'avance, Étouffe le vieillard et respecte l'enfance* Prouvez-vous que le Nord arrête ses j^rogrès Il s'installe à Dantrick sous cinquante degrés : Sous des cieux opposés le monstre s'acclimate ; Né sur le sol heureux qu'emibaûme Taromate, Il s'ébat volontiers^ dans ses horribles jeux, Au bord des lacà infects et des marais fangeux. Mais qu'il révèle bien l'infernale pensée Par qui sur les humains sa rage fut poussée, Quand il punit dé mort, sur l'heure du délit. L'imprudent qui se rué aux voluptés du lit I Le Choléra jaloux, dam soA brâlaiit passage,
LE GHOLËRA-HORBUS. 190
D'une teinte verdAtre empreint son frais yisage, Il glace ses pieds nus, brûle ses intestins, D'horribles visions trouble ses yeux éteints, Suspend des longs baisers la nocturne harmonie. Et change un cri d'amour en rflle d'agonie. Oh I s'il est un pouvoir à qui tout est soumis, Une voix qui commande aux fléaux ennemis ; Si l'antique devise, aux jours de la souflf)rance, Nous annonce que Dieu protège notre France, Reposons-nous sur lui dans un noble abandon ; Il étendra d'en haut son céleste cordon : Car la France doit vivre et doit être sauvée ; Le ciel qui l'aima tant ne l'a pas réservée Pour servir de pftture à l'hyène des airs. Pour que ses sillons d'or se changent en déserts ; Elle a d'autres destins : sa féconde lumière Entre les nations -doit marcher la première ; C'est bien aBsez pour elle et pour ses tristes fils D'avoir les sept fléaux exportés de Hemphis, Politiques vautours, indigènes convives Qui trouvent leur festin dans ses entrailles vives. Endémique typhus, contagieux poison.
Qui depuis douze mois charge notre hornson. Oui, ne repoussons pas cet espoir prophétique ! Emporté par le Rhin aux flots de la Baltique, Le fléau de l'Indus, l'effrayant Choléra, Sans toucher notre sol près de nous passera ; Que vers le nord, suivant l'inclinaison polaire. Sur des peuples obscurs il verse sa colère; Pour aller de Drontheim aux huttes des Lapons, Soh gigantesque pied n'a pas besoin de ponts ; Pour regagner l'Indus, sa grande métropole. Le passage est pour lui tout ouvert sous le pôle. Et bien mieux que Parry, le Colomb de ces mers,
n franchira Bering sur ses glaçons amers. Laissons-le sur l'Asie en tous lieux habitée. Replier mollement son aile ensanglantée ; Qu'il se plonge & loisir dans les deux Océans, Ces bains que le soleil chauffe pour les géans; Que ravi cette fois de son pèlerinage, Il ne repasse plus les grands flots à la nage ; Intrus dans notre Europe, il n'avait pas le droit De désoler, un an, ce pays trop étroit ; Qu'il dessèche, en versant le feu de ses narines. Ce flottant archipel de planètes marines, Les Maldives, ces rocs qui scintillent de loin ; Qu'il infecte Ceylan où coule le benjoin. C'est son lot ; de Wishnou le formidable archange A pour son lieu d'exil la presqu'île du Gange, Et pour cloison la mer, dont l'horizon sans fin S'étend du pôle sud' aux glaces de Baiflu» Puis, s'il faut à la mort son funèbre équilibre. Viennent les Attila sur notre France libre ; Nos soldats, repoussant les Barbares du nord. Leur feront bien payer ce contingent de mort. Oui, puisque cette loi qui gouverne le monde Décime, & temps réglé, la terre trop féconde. Qu'au moins du Choléra la guerre tienne lieu : La France ne doit pas mourir à THAtel-Dieu !
La raifon a tort : trois juges de Charles X irienneat de le décider hardiment. Ifémésû a M déclarée jonmal politique. M. Barthélémy, qui a publié imponément deux cent qnatre-Tingt mille exemplaires de brochures satiriques sous Yillèle, a été condamné à un mois de prison et deux cents francs d*amende après la rérôlntion de juillet; son crime est de n'avoir pas payé cautionnement pour publier des poèmes. M. Barthé* lemy jure sur l'honneur qu'il est de toute yérité qu'un pareil jugement a été rendu le 27 août, à zo heures du matin, en plein soleil , à six pas de la Sainte-GhapeUe et do LtUrin ; on beau drapeau tiioolore flottant sur la tour du Palais.
LE CHOLERA-MORBUS. Ml
Appel a été interjeté snr-le-champ.
NémétU ¥!▼» dix aiu eneore , «'il le Êiot , -en satûeft^ en broebnres , en sonnets, en rondeaux, en poèmes épiques, ayec ou sans cautionnement, comme il lai plaira. Et cela pour Tétemel malheur de M. Dnpin.
M. Dnpin peut se constituer inamovible sur son tr6ne magistral ; mais il y siégera , grâce aux verges de Némésis « comme le Thésée du Tartare.
Infelix Theseus sedet mttmùmquê sedebiu Ce sera PinamoTibilité de l'enfer.
m NÉMÉSIS.
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NOTES
Le lûenfrJMiit poiaon recueilli par Jenner.
Jenner, célèbre médecin anglais , auquel on doit la découverte de la vaccine.
D'âYoir lee sept fléaux exportés de Memphis.
* Les sept fléaux sont évidemment ici les sept ministres qui gouvernaient alors la France.
• .••..•••.... L'elGrayant Choléra^ Sans toocher notre sol près de noos passera.
On a raison de dire que nul n'est prophète dans son pays. Le fléau indien 9 bien loin de respecter la France, y a fait d'épouvantables ravages. A Paris seulement, il a emporté 18,403 personnes en six mois , sans compter la mortalité ordinaire.
Et bien mieux qae Parry, le Colomb de ces mers.
Le capitaine Parry est un des plus hardis et des plus habiles navigateurs modernes. C'est lui qui a cherché à découvrir un passage au nord de l'Amérique , pour aller gagner le grand océan. Le capitaine Parry est, jusqu'à ce jour, le marin qui s'est le plus approché du pôle arctique.
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k SEPTEMBRE 1831.
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