LA GUERRE DE M. PÉRIER
Depuis qae Charles-Dix, aa jour de sa détresse,
Emporta dans l'exil Diane chasseresse,
Et tous ses dieux vaincus, ces pénates des bois,
Qui suivirent toujours les Bourbons aux abois.
Le silence régnait dans les parcs de Versailles ;
Les coqs aux ailes d*or, les chevreuils des broussailles,
Dans l'opaque Meudon aux verdoyans abris,
Goûtaient sous Gasinoiir une paix à tout prix.
0 douleur ! oubliant sa champêtre justice,
Girardin a rompu quinze mois d'armistice ;
Gîrardin, dont le nom est, depuis quatorze ans,
L'épouvantail des cerfs et l'effroi des faisans.
Au rond'point de Meudon, sur la pelouse verte,
Ce grand-veneur a dit que la chasse est ouverte ;
Périer, parodiant son légitime roi,
Suivi de ses piqueurs, arrive en palefroi,
Et pour se ménager une chance future,
Du jeune Henri-Cinq fait jouer l'ouverture.
Silence I de leurs coups les bois vont retentir I
Nul d'entre eux ne connaît le courre ni le tir,
Ni l'argot de chenil, ces mystères intimes.
Que seuls possèdent bien les princes légitimes ;
N'importe I Casimir, suivi de cavaliers.
D'un pas de doctrinaire enjambe les halliers.
Vingt fois de ses chevreuils il demande la piste,
U tire à contre-cœur sur le gibier carliste,
Et quand, à bout portant, sa balle manque un daim,
On voit d'un air moqueur sourire Girardin.
Mais si la chasse rentre avec les fourgons vides.
Que vont dire le soir tous les commis avides.
Nouveaux gardes-du-corps qui, comme au temps passé,
Attendent tous leur part du butin ramassé 7
Casimir va combler ce déficit de chasse :
Il ouvre un havresac dont le poids l'embarrasse,
Et leur donne, coarert» de lear sanglant davet«
D'exotiqaes faisans que lui vendît Chevet*
Voilà le seal combat, la campagne d'automne
Que le juste-milieu nous promit et nous doane !
Voilà la guerre, enfin, qu'implorait notre vceu !
Le Nembrod de comptoir a commencé le feu.
Il a donc secoué son repos léthargique I
Quand Saint-James, d'un mot, nous chasse de Belgique»
Quand Varsovie en deuil excite notre élan,
Quand l'aigle de François nous insulte à Milan»
Et que chaque matin enfante un protocole,
Alors Périer saisit le vieux drapeau d'ArcoIe,
Et, de ses fiers piqueurs étendant le cordon,