‹ Œuvres de Barthélemy et MéryChapitre 45 sur 79 · VARSOVIE. 2OT · texte numérisé non relu

VARSOVIE. 2OT

Os reverraient encor les champs par eux semés.

Et la jaune Vlstule et ses jardins aiméS.

De tout ce qui fut grand ces heureuses copies

Ne s'écrouleraient plus sous le fer des impies.

Car on verrait debout sur les remparts chéris

Le lancier de Pologne et l'enfant de Paris.

Pour jeter son obole à ce grand édifice

Quel cœur reculerait devant un sacrifice?

Qui ne porterait point, par l'exemple excité,

Son atome de sable au mur ressuscité ?

Et si l'or nous manquait pour finir l'œuvre sainte.

Pour couronner Praga de sa quadruple enceinte.

Il faudrait étaler dans un nouveau bazar

Le linge ensanglanté des victimes du Czar,

Et vendre au monde entier, sur nos places publiques,

Des martyrs polonais les augustes reliques.

Là, pour se disputer ces restes d'une sœur,

Tout l'univers connu serait enchérisseur.

Tout homme qui pleura sa dolente agonie

Sans doute applaudirait l'heureuse simonie,*

Et nos femmes en deuil, brûlant d'un zèle égal,

Vendraient à ce bazar leur anneau conjugal.

0 rêve de bonheur qui fonderait une ère I Hélas I nous bâtissons la ville imaginaire. Nous tentons d'échauffer Tégoïsme des Cours; Vain espoir ! pour sentir ces chaleureux discours. Pour féconder le plan que Némésis projette, n faut le cœur d'un homme et l'ame d'un poète !

* Simonie, yente des choses saintes.

stiiisis.

NOTES

Ili ont dit froidement : L'o&D&i itr a Yassovu !

On n'a pas oublié ces paroles : fûrêrê régne à VofÉOtiê, pro« Doncée à la tribune par M. le ministre des afliurcs étrangères dans un moment où le sang des Polonais eoulfU Aflotl anus les baïonnettes russes.

Abl si la bdoimstte k leur toîz aeooomo N'eût imposé silence aoK conseils de la rue.

Le lendemain du jour où la reddition de Varsovie fut connue à Paris » un groupe nombreux attendit la Toiture du président du conseil au sortir de la chambre , et interpella le ministre d'an ton menaçant. Casimir Périer fit face à l'orage: il fit arrêter sa voiture » descendit , et demanda d'une voix haute et ferme ce qu'on voulait de lui , disant qu'il était prêt à répondre à tout. Il est vrai que , pour plus de sûreté et prévoyant ce qui devait arrifer, il s'était fait escorter d'un piquet de cavalerie. On le laissa remonter dans sa voiture et continuer sa route.

A MES SOUSCRIPTEURS

Dulour où Némim fonda sa noufelle ère,

Six mois n'ont point tari son trésor de colère ;

Née ayec le printemps sons la lane d'avril,

Elle doit suivre encor son sillon de péril,

Pareille à ce vaisseau sorti da carénage

Qui, rhiver révolu, se replonge à la nage.

Trompe tous les écueils, et jusqu'au bout de Tan

Conserve )a vigueur de son premier élan.

Protecteurs de mes chants, grAces vous soient rendues t

Vous avez versé Thuile à mes veilles ardues ;

A chacun de mes bonds dans la lice où je cours,

Vos battemens de mains m'ont servi de secours ;

En face d'un pouvoir dont la voix m'injurie

Vous avez salué l'équitable furie,

Et béni, chaque fok, l'hippogriffe sans frein

Qui de mes vers pr<»nis vous porte le refrain.

Eh bien ! en vérité je vous le dis enoqre :

Ma grande, mission à peine vient d'éclore.

Je n'ai levé qu'un coin de l'immense rideau ;

Bu sentier où je marche avec mou fourd fardeau

Il n'est point temps encor que mon pied se retire :

Procureur général de l'ardente satire,

J'ai là, dans «es dossiers, de hideux prévenus

340 NÉHËSIS.

Qui, sur les bancs publics, seront bientôt connus ; Bien que six mille vers aient vengé tant de crimes, Pour des forfaits nouveaux j'inventerai des rimes, Et si des mots français j'épuise le butin. Je ressusciterai Thexamètre latin ; Malheur aux ennemis que ma constance blesse I Ils croyaient que, vaincu par l'humaine faiblesse. Dans un accès de rage, à mordre trop ardent, Sur l'acier du pouvoir j'allais rompre ma dent ; Qu'aveuglément saisi d'une fièvre soudaine, Ouvrant à plein canal mon écluse de haine. J'épuisais dans un jour mon œuvre d'avenir ; Rassurez-vous, ma course est bien loin de finir : Je me sens dans le foie et je garde à ma plume Tout ce que l'Océan renferme de bitume. D'autres ont dit encor: Pour tous ces numéros Comment trouvera-t-il un texte et des héros? Sans que jamais son pas fléchisse ou se modère, Atteindra-t~il toujours le but hebdomadaire ? Le poétique feu, si souvent indécis, Viendra-t-il sans retard à des termes précis ? Oh ! calmez un souci que l'amitié présage : Des poètes passés je ne suis point l'usage ; Je n'invoque jamais le fantasque Apollon ; On ne voit point de lyre aux murs de mon salon ; Mais à défaut de Muse à ma voix accourue. Quand je veux m'inspirer, je descends à la rue : Là, que le ciel soit pur ou qu'il soit orageux. Je fais jaillir des vers de nos pavés fangeux ; J'abandonne aux faiseurs des champêtres idylles Les coteaux, les vallons, les fleuves semés d'iles ; Mon Hélicon à moi, c'est le forum glissant. C'est le trottoir usé sous le pied du passant, C'est le sénat du peuple où l'ignorance opine,

A MES SOUSCRIPTEURS. 241

Où le nom de budget ennoblit la rapine ;

C'est l'enclos des Chartreux où des Pairs moribonds

Vivent d'un dernier souflSe émané des Bourbons ;

C'est l'hôtel où Périer, p&le devant son ombre,

Solde, pour le garder, les Suisses de Delombre ;*

C'est le temple où Thémis a sali son bandeau;

La Bourse où vient régner la faillite en landau ;

C'est tout Paris, enfin, océan de murmures,

Où le peuple entre et sort par vingt mille embouchures :

Voilà mon Hélicon, mon immense butin ;

Là, ma faim poétique a toujours son festin ;

Quand on a pour glaner un si vaste domaine,

On peut faire sa gerbe une fois par semaine.

L'étemel frottement de tant d'hommes pervers

Fait jaillir de mon front l'étincelle du vers ;

Ces acteurs ont beau fuir dans le chaos du drame,

D'un regard de Melmoth je transperce leur ame ;

Chaque lieu, chaque objet que mon œil peut saisir,

Enfonce dans mes chairs le dard du déplaisir.

La vojez-vous passer cette ignoble noblesse,

Qu'à l'aide d'un ruban le Pouvoir tient en lesse?

Les nouveaux chevaliers qu'a flétris cet affront

Portent sur leurs habits la rougeur de leur front ;

Ils passent, à pleins bords, dans la rue étonnée ;

Par la main de d'Argout leur croix fut profanée ;

II a jeté l'honneur comme Torge aux pourceaux.

* Delombre , capitaine des gardes-Périer ; il a été uommé à la snite de cette comédie jooée sor la place Vendôme entre M. Pérîer et des factieux si timides et si poils. Ce secret de prétendu péril est aajoard^hoi connn de tont le monde ; il ûillait nne garde à M. Périer, et il a en reconrs 4 ane de ces Tieilles rases de dictatenrs poltrons qni s'improvisent des dangers imaginaires pour se garantir contre les dangers réels qui peuvent survenir. Cette tactique à la Pisistrate révèle chei M. Périer une grande pauvreté d'imagination.

TOM. II. x6

34S NÉUÉSIS.

Dans régout de Tintrigae il Ta vidée à seaux : * Pois, dans ce tourbillon de ronges boutonnières» Sous les ehars cahotés dans les noires ormères» A travers cet essaim d'intrigans corrompus^ De stupides valets, joyeux, dorés, repus, Regardez Thomme pur, architecte d'un trône» Qui vit depuis un an du bouillon de raumône, Et qui voilant sa croix, pâle, me tend la main, A moi dont l'avenir n'a pas de lendemain. Voilà mes Apollons ! vous qui daignez me lire. Croyez-moi ; ce sont là les cordes de ma lyre : Mon luth est ce long cri par la foule excité, Qui vibre incessamment dans la grande cité • Avec les ttémens de ce chaos immonde, C'est peu d'une satire, on peut bâtir un monde. Et sous le choc fiévreux que partout je reçois. Je transforme en trépied la borne où je m'asseois.

Qui donc ébranlera mon solide Parnasse ?

Le Pouvoir ? je me ris de sa faible menace :

Le temps, grâces au ciel, n'est pas encor venu

Où sur UD^ hémistiche on marche sabre nu.

Périer peut au Cadran grossir sa voix tonnante ;

Mais dans nos journaux purs l'émeute est permanente,

Non celle qui se tait devant un alguazil,

Celle que perce à jour la pointe d'un fusil.

Celle qui va cherchant si son heure est sonnée ;

Mais l'émeute d'esprit, l'émeute raisonnée,

Cdle que le bon sens calcule de sang-froid,

Et qui, toujours assise aux limites du droit,

* Sans doate il y a qnelqaes honorables exceptions dans ces 4fOOO nominations de chevaliers que le minbtère a faites danii an an, mais pour cpelqnes noms dignement décorés , comme par hasard , que de noms inconnus on flétris !

A MES SOUSCRIPTEURS

Sans qu'âne main trop vi?e en son chemin la pousBe, Au bontiear qu'elle implore arrive sans seconsse. Son espoir d'avenir ne sera pas trompeur, C'est l'émeute légale, et j'y reste sans peur. Aussiy pour ébrécher mon glaive poétique, Hs ont craint le duel d'un procès pdilifue ; Persil n'est pas venu, par un cartel loyal, Sur mon fer mturier croiser son fer royal ; Mes félons ennemis m'ont désigné pour Ifce L'insidieux terrain de l'ignoble police ; Ils ont enchevêtré mes rapides élans De trappes, de réseaux, de glu, de nOdnds--coulans ; Les chats-huans du fisc, à l'heure où je m'inspire, Ont empreint sur mon ftont leurs ongles de vampire; Eh bien I j'ai tout bravé : qu'ils reviennent demain Me demander la bourse et barrer mon chemin, Toujours sûr d'arriver au terme de ma course. Je sauverai mes vers en leur jetant ma bourse.

Et puis^ je me complais aux débats orageux. Us sont à mes ennuis aussi doux que des jeux ; Loin de moi la paix triste et les douceurs du gtte I Je dors sur le rameau que la tempête agite ; n faut pour faire joie au poète rêvant L'orchestre de la foudre et les orgues du vent ; Brisé depuis long-temps par la fortune adverse, Ma vie est un hamac où le malheur me berce, Et maintenant venez avec votre courroux M'effrayer par le son des clefs et des verrous. Tout est prison pour moi dans Paris; que m'importe D'entrer par un guichet ou bien par une porte ; D'avoir à ma fenêtre un chAssis de vitraux Ou le gril vertical des lugubres barreaux ? Depuis qu'à Némésis ma vie est condamnée,

au NÉMÉSIS.

Je me suis écroué, moi, pour toute Tannée ;

Et Tair inspirateur de la rue et du bruit

Que je vais un instant humer avant la nuit,

Je le retrouverai dans l'enceinte élargie *

Où bourdonne l'ennui de Sainte«*Pélagie«

Bien plus, en respirant cet air ferrugineux,

Au satirique fouet j'ajouterai des nœuds ;

Sur les reins des méchans j'aime qu'il retentisse ;

Je ne pardonne pas à l'humaine injustice :

On dit que dans vingt jours les magistrats d'appel

Vont de nouveau sur moi promener le scalpel ;

D'être absous aujourd'hui quel écrivain se flatte ?

En sortant de Caïphe on tombe chez Pilate ;

Mais, quel que soit l'arrêt, ma plume est sans émoi ;

Fussent-ils vingt, rangés en cercle autour de moi.

Si dans le tribunal leur main me crucifie,

Je leur promets à tous une biographie :

Puis, vienne la prison 1 à l'heure d'en sortir

lis verront si mon vers chante le repentir,

S'ils ont pu m'écraser sous le poids d'une amende.

Si j'ai besoin de l'or que la loi me demande,

S'ils peuvent, torturant le Digeste pénal,

Soumettre Némésis à l'impôt d'un journal.

Dédaignant de ces nains la risible sentence.

Elle raffermira sa vivace existence.

Et malgré le Pouvoir qui torture mes vers.

Je renaîtrai vingt fois sous vingt titres divers.

Quand j'aurai desséché mon encre satirique,

Je teindrai mon vélin d'acide sulfurique.

Et si Némésis cède à des coups oppresseurs.

Je donnerai sa place aux infernales Soeurs,

C'est leur métier ; et puis, quand dans leurs hautes-œuvres

* Le bâtiment nenf , aajoard'hni a£Pecté aax délits poUti(|aes,

A MES SOUSCMPTEURS. 245

Elles auront usé la peau de leurs couleuvres, Je mettrai dans leurs mains, du sein de ma prison, Des faisceaux de boas tout gonflés de poison. Après, quand ils croiront avoir clos ma paupière. Étouffé Némésis sous un dôme de pierre; Quand ils croiront aussi couronner leurs exploits En émoussant mes dards sous le ciseau des lois. Oh I je leur garde alors un hymne de clôture Qui n'aura pas de nom dans la littérature, Un éclat volcanique, un Vésuve inédit.

Qui lancera sa lave à plus d'un front maudit ! l !

L*exotique aloès, mystérieuse plante,^

Traîne dans nos jardins une jeunesse lente ;

Le despote des fleurs sous un bloc de cristal.

Étouffe en souriant le noble végétal.

Et croit, sans soupçonner un foudroyant prodige.

Avoir flétri l'élan de Tépineuse tige ;

L'arbre subit, vingt ans, cet odieux affront :

Tout à coup, à minuit, il redresse son front.

Et, d'un choc imprévu pulvérisant le verre,

n grandit de vingt pieds dans un coup de tonnerre.

* Au rapport d'Arûtote , Théophraate , Ctéaiaa, on assnre qne Taloès, aprèa on certain nombre d'années d'an accroissement insensible, grandit subitement de douze à qninae pieds, et qne ce phénomène est accompagné d^nne forte détonation.

xxvu.

L'Impuissance; du pouvoir.

DEDIK

AUX DÉPUTÉS DE LA RÉUNION LOINTffiR.

Ouvrons enQn les yeux poar voir passer rbistmre ;

Hommes d'État, no&tez sur mou observatoire,

Vos salons sont trop bas, et vos murs (}e cloism

Défendent au regard d'embrasser rhorixon ;

Pour voir de tant de faits la vivante série,

Vous n'avez devant vous qu'une tapisserie;

Il faut monter plus haut; là, pr^s de oioi, debout.

Jeter l'oreille au bruit du cratère qui bout,

Et contempler» d'un a»l effacé de surpt is(B,

Ce grand panorama d'un monde qui se brise.

Entendez les bruits sourds que vous portent les vents :

j^^a doctriqe a semé ses gçrmes dissolvans ;

Us ont porté leurs fruits : reculant sou domsûpe.

De Dunkerque à Toulon l'émeute se promène ;

Sur des sillons détruits, sur un sol crevassé,

L'esprit perturbateur comme un fleuve a passé ;

La loi, jadis si forte, est partout dédaignée;

On déchire partout sa toile d'araignée ;

Et cet Ordre public, devise du repos.

N'est plus qu'un nom brodé sur nos jeunes drapeaux.

D'un timide Pouvoir en vain le cri résonne ;

Chaque cité s'insarge en rebelle amazone.

Ne dort plus qu'en sursant, se déchire le sein,

Se balance, pendue au battant du tocsin,

Bannit ses chefs, s'octroie une Charte indigène.

Pulvérise en jouant la presse qui la gène,

Et brise de sang-froid, sous son manteau d'airain,

Le chaînon qui la lie au centre souverain/

Oh I si ces magistrats que le chancelier nomme Pour protéger la vie et la maison d'un homme ; Ceux qui traquent si bien un coupable isolé. Pour un pain tentateur que la faim a volé ; Si, le Code à la nrain, ils venaient dans les villes Palpitantes encor des discordes civiles, S'ils venaient, mesurant sons l'équerre des lois Tout ce que la révolte a fait en quinze mois ; S'ils frappaient hardiment de leurs réqui^toires. Tant d'attentats publics, tant de crimes notoires Qu'un bras télégraphique, en face du soleil, Dénonce chaque jour au suprême conseil ; Oh 1 sans doute, abjurant des lenteurs indécises. Il faudrait assigner le royaume aux assises : Pourtant, les criminels, bien loin d'être abattus. Passent effrontément devant les substituts ; Leur nombre les protège, on les absout en masse, On tremble de juger la France contumace. Et le glaive des lois, aiguisé pour punir, Ne trouve plus un bras qui le puisse tenir.

Est-ce vivre, cela ? Honte à qui nous gouverne ! Quelle main a bftti l'édifice moderne ? Se peut-il I en Europe il existe un endroit

* A Test et k l'onest , an nord et an midi , le monvement est simnltané; voyez Strasbourg , Brest, Marseille, Aix, Orange, etc., etc.

ikS NÉMËSIS.

Où la force brutale est au-dessas da droit ! -

Notre liberté jeune a grandi sur le sable I

Quel est donc ce mal sourd, ce germe insaisissable.

Ce levain destructeur que notre œil ne peut voir.

Qui relâche et pourrit les tissus du pouvoir?

Sages des nations, répondez-nous : oh ! dites.

Sommes-nous revenus à ces heures maudites

Où tout s'écroule et tombe? où l'on cherche dans Tair

Si Dieu ne descend pas au milieu d'un éclair?

Où rentrent au néant les choses colossales ?

Où la fureur civile allume des Pharsales ?

A ce chaos final qu'un astre échevelé

Au monde ivre de peur a toujours révélé?

Où le bras qui peut tout, le souflQe qui dévore,

Prend Rome sur le Tibre et la jette au Bosphore?

Où, secouant eh vain un malaise profond,

Les peuples consternés disent : Les Dieux s'en vont l ! !

Oh ! non sans doute, non, l'heure n'est point venue

Où la voix qui désole éclate dans la nue,

Où les grandes cités, sous un linceul brûlant.

Se tordent d'agonie et meurent en hurlant ;

Non, le peuple privé de sa raison lucide

Ne veut pas s'abîmer dans un grand suicide.

Si partout la révolte étend ses bras haineux,

Sî partout le devoir rompt ses antiques nœuds.

Ne cherchez pas le mal dans des sphères si hautes :

Il retombe sur vous ce déluge de fautes,

Politiques étroits, diplomates crétins,

Qui depuis quinze mois maîtrisez nos destins ;

Votre œil terne a vu faux dans la crise où nous sommes ;

Et puis, qu'avez-vous fait pour connaître les hommes?

Vous avez dans la Bourse, au frauduleux parquet,

Vexé les fonds publics sous les doigts de Gisquet ;

Démosthènes boofTons, pour Torphelin qui pleare.

Vous ayez croassé des plaidoyers à l'heure ;

Celui-ci, qui préside aux scholaires emplois,

Garde encor la férule empreinte aux bouts des doigts ;

Devant quatre auditeurs, en cours élémentaire,

Cet autre a professé l'histoire d'Angleterre ;

Tous de la basse intrigue ont battu le chemin.

Aucun d'eux n*a sondé le labyrinthe humain ;

Constamment égarés dans leurs routes obliques,

Ils n'ont jamais pensé sur les places publiques ;

Enivrés du parfum des boudoirs et des cours.

Jamais ils n'ont connu Thomme des carrefours,

Rompu le même pain, vidé la même tasse.

Visité la taverne où le peuple s'entasse ;

Et du grand édifice, architectes manchots.

Ils n'ont jamais pétri le sable ni la chaux.

Pauvres gens ! rengorgés dans leur philosophie.

Ils ont cru follement avoir fait dans leur vie

Un cours de cœur humain dans de pâles romans,

Ou sur les in-quarto des rêves allemands.

Et maintenant, voyez, cités endolories,

Ce qu'ont produit pour vous leurs folles théories ;

Car, après quinze mois d'attente et de délais»

Leur système est connu de Marseille à Calais :

Aux suprêmes emplois, aux questures choisies.

Ils ont intronisé leurs infirmes Sosies ;

Des cheË-lieux de canton jusqu'aux humbles hameaux^

Leur racine a poussé de débiles rameaux;

Ils ont semé partout leurs germes doctrinaires ;

Ils nous ont envoyé des régens poitrinaires ;

An fauteuil des préfets, au banc des magistrats.

Pour engendrer la force ils ont mis des castrats ;

Et puis, quand ils ont vu qu'un immense anathème

Écrasait de partout leur absurde système ;

880 NÉMtSIS.

Qae, devant lem trétaaox livrés aux bataMKBS»

S'insargeait, en siflant, le peuple dea gradim.

Et qae la France eodeail, pAle de makcUe,

Vomissait à pleins bords, de sa boudM affadie.

Tout ce que le Pouvoir, ignare médecin,

En breuvages glaireux infusa dans son sein,

Ils se sont étonnés : dans cet élan de haine,

Ces hommes orgueilleux n'ont vu qu'un phénomène ;

Ils n'ont pu s'expliquer, ils n'ont jamais compris

Que leur crime reniède agitait les esprits ;

Ils se flattent qu'un jour, toute discorde éteinte,

La France acceptera leur paternelle étreinte ;

Que l'ours démuselé qui brisa leurs roseaux

Au caveçon de fer remettra ses naseaux.

Non, dût la tragédie aUer an dernier acte. Entre ces hommes vils et nous, jamais de pacte ; Non, jamais an grand jour de la rébellion Le daim ne courbera la tète du Mon.

. Pour que sur nous, un jour, leur empire se fonde, Il faudrait renverser la grande loi du monde. Cette équitable loi, juge en dernier ressort. Qui condamne le faible à fléchir sous le fort/ Tant que la France en deuil, d'opprobre saturée. Aux lâches des trois-jours servira de curée ; Tant que les hommes forts qu'a durcis le travail Ne mettront pas la main mr le grand gouvernail ;

* Voici an fait que je livrerais à la médiration de nos hommet d*État, si nos hommes d'Etat poavaient méditer.

n y a, dans vat des d^partemens méridionaux, un yillage très populeux qn^on ppnrrait nommw Cafiisi^polU ; H nuiire senl y est patriote, mais patriote par et que le jnste-miliea n'ose paa destiioer. Le plus ^naià calme n'a cessé de régner dans cette localité ; ponr qu'elle fut demain on foyer d'insnrrection , il snffirait d'y appeler un maire da juste-miKen. C'est ce qa'ayoaent même les naturels du pays.

Tant quMl faudra suUr ees proeonsub infâmes,

Ëclos dans les salons sons la robe des femmes ;

Tant que Charles d'Artois, de son trâne écossais.

Par la bouche des siens jugera nos procès ;

Tant que la basse intrigue, au sénat accroupie,

Changera le budget en festin de harfue ;

Tant que Supin l'atné, Thersite de mes vers,

Gorgera de cumuls ses cousins de Neyers, "

Et que les citoyens, cliens de ma satire,

BDcor tout mutilés de quiose ans de martyre.

Sous ce règne nouyean qu'eat salué leurs chants.

Apaiseront leur faim avec Therbe des champs ;

Tant que seront flagraus ces horribles contractes.

Notre sainte patrie aura des jours néfastes ;

La France oscillera, oomme un bateau léger

Qui soulève le cœur du blènne pç^ssager ;

Le Pouvoir, tout iévreux d'une crainte panique.

Aura de mois en mois son émeute chronique ;

Le nomade volcan dans le oord refroidi

Passera sous le sol du dialeureux midi ;

Et quant aux fiM)tieux que la Chambre indignée

Dans ses journaux vendus appelle une poignée.

Cette poignée, au jonr qu'eUe saura choisir,

La plus large des mains ne pourra la saisir.

Où donc tourner les yeux? queUe ancre d'espérance

Doit mordre sur le roc et retenir la France ?

Montres-vons, hommes purs, vous qui n'avez promis

Que le bien de la France et rien à vos amis ; **

* L'iatrifna «carte «veç soin toatet lea pfétitiofts qui tendent à déyoilac 1m moBstrMQJi «lui» éa patinage pavlamentaire. XL serait temps de «tpitioimar om pétition dn gémér^it ▲*"*, dans laqpell«U accise M. Dppin d'avoir place sea Tingt-denx parens,

*^ Le goniTBrnMBenl feprésenta^tif seranne cbûnèr^ , une cbose inipo&sible , tan( qxi» Variide premier de la Qiar^ ne sei;^ pas conç^ ainsi :

95â NËHÉSIS.

Qai n*avez passonillé votre main patriote D'an salaire public en échange d'an vote ; Saavez-nous : le volcan doit mourir sous vos pas ; Du grand salut public ne désespérez pas, Vous qui, dans le sénat rangés en demi-lune, Étendez vos deux bras pour garder la tribune : Notre droit, gr&ce à vous, n'est pas déshérité ; Contemplez sans effroi votre minorité ; Sous Villèle on sauva la liberté mourante, Qui? seize hommes; oui seize, et vous êtes cent trente. Oh I quand sonnera l'heure où nous pourrons tous voir L'impuissance aux abois s'exiler du pouvoir ; Quand la force viendra marcher sur la fournaise, La force, comme on peint l'Hercule de Famèse, Puissante et modérée, et, d'un calme regard, Contemplant l'ennemi qui conspire à l'écart ; Alors, croyez-le bien, fière de se soumettre. L'émeute, en souriant, reconnaîtra son mattre ; La France reprendra son immense repos Sans les sergens de ville et les municipaux. Et qu'ils viennent alors, les valétudinaires, Ressusciter l'émeute avec des doctrinaires ; Pour troubler à leur tour nos ministres nouveaux. Qu'ils convoquent Dupin, Collard, Bertin-de-^Yaux ; Que le juste-milieu, poussant ses deux armées.

Aucun député ne pourra obtenir d'emplois saianés ni pour lui, ni pour ses parenSf ni pour ses amis y ni pour ses protégés. Sans cette clanse spéciale, le peuple jone nn jea de dnpes; il n'a, loi, qae Festime publique à donner aux dépatés patriotes , et cette nuHinaie n*anra jamais conrs qne dans ane petite minorité. On a cru corriger cet abus en introduisant dans la nouvelle Charte Tarticle de la réélection; mais Péyènement nous a déjà prouvé qne cette mesure était illusoir» et ne corrigeait rien : ce sont précisément les électeurs comblés des faveurs et des apostilles du député fonctionnaire qui concourent à la réélection , et qui déterminent , par leur influence locale , le vote des indifférent.

LlMPUISSANCE DU POUVOIR. 268

Lance dans le foram des bataillons pygmées, Ce jour serait pour eux le jour des grands frissons, Dans l'art de gouverner ils prendraient des leçons ; Sur les pavés publics s'ils exploitaient leurs œuvres, Leurs pieds reculeraient comme sur des couleuvres; L'ombre de notre doigt, le rire du géant, Ouvriraient sous leurs pas la tombe du néant.

NOTES

La EàuNioir LoiimB&,

Lointier était un célèbre restaurateur de la rue de Richelieu , où les principaux députés de l'opposition se réunissaient à certains jours.

Texé les fonds publics sons les doigts de Gisqaet.

La Bourse a plusieurs fois été témoin de l'irruption d'agens de police 9 lorsque quelque nmerie télégraphique excitait de trop bruyantes réclamations.

. * Pour Torphelm qui pleorey

Vous aves croassé des plaidoyers â l'heare.

On 86 raf^IIe toutes les homélies que les ministres ont fait entendre à la tribune sur les évènemens de la Pologne.

Gelai- ci, qai préside anx scholaires emplois, .

Garde encor la fémle empreinte aux boots des doigts.

Allusion à l'âge de M. de Montalivet , qui avait à peine trente ans lorsqu'il quitta le ministère de l'intérieur pour passer à celui de l'instruction publique , oui d'ailleurs il n'est pas resté. ;

Cet aatre a professé l'histoire d'Angleterre.

M. Guizot y le ministre-chroniqueur, a publié une collection de Mémoires sur Thistoire de la révolution d'Angleterre.

Toos qniy dans Je sénat rangés en demi-lune.

L'oppositioD de droite et l'oppodition de gauche.

Qni? seise hommes.

En 1827 y Topposition ne comptait à la Chambre que seize membres bien prononcés; et cependant M. de Villèle perdit la partie. Parmi ces seize députés , on remarquait surtout les douze nommés à Paris , et qoi étaient Mil. le baron Louis , Alexandre Delaborde y Odier, deSchonen, Jacques Lefebyre, Vassal , Laffitte y Casimir Périer , Dupont de TEure , Ternauz , Benjamin Constant et Royer-Collard.

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