‹ Œuvres de Barthélemy et MéryChapitre 44 sur 79 · VARSOVIE. 9IS · texte numérisé non relu

VARSOVIE. 9IS

Sentez-vo!i0 autour d'eux cette odeur de bétail? 0 de nos douces mœurs grotes<{ue épouvantait ! Gentillesses d'ours blanc, walses d'hippopotames ! Us agitent le sabre et demandent des femmes; Des femmes ! il leur faut celles d'un noble sang ; Us meurtrissent leurs chairs d'un contact flétrissant; Puis, quand ils sont repus des blondes Scandinaves, n les poussent du pied aux mains de leurs esclaves, Et l'estomac brûlé de lubrique alcool, Les sauvages Baskirs hurlent un chant mogol. Hélas ! ce n'est pas tout : à ce jeu sacrilège, La triste Varsovie a fourni son cortège ; Traîtres dont l'infamie a gangrené le cœur, Ils sont venus lécher la botte du vainqueur. Ces hommes du milieu dont la bouche impunie Au peuple polonais prêchait l'ignominie ; Ils sont enfin sortis de leurs caveaux profond!^ Tous les Dupins du Nord, tous les lèches bouffons ; A l'exécrable bal où le Czar les invite Us viennent égayer le hibou moscovite.

Et du sang fraternel fumant sous ces lambris Au prince impérial ils demandent le prix.

Et cependant, la nuit de cette horrible fête. Sans guide, sans abri pour reposer leur tète, B'héroiqi\es soldats exilés de leurs toits. S'enfoncent au hasard dans le désert des bois. Varsovie a brisé sa couronne murale, Ce n'est plus aujourd'hui qu'une ombre sépulcrale, Un spectre qui conduit sur des steppes sans fln Des soldats décimés par la guerre on la faim....

Oh ! si noi bras n'ont pu sauver leur sainte ville. Allons tous au-devant des modernes dix raille !

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Que du moins nos yaisseaux, tutélaires abris, Partent pour recevoir d'héroaqnes débris. Les f aincas de Praga courent fers la Baltique ; Comme les compagnons de Xénophon antique. Sans doute ik trouveront leur chagrin moins amer Quand d'un long cri de joie ils salueront la mer. * L'aigle de Frédéric, fermant son bec rapace, Laissera le champ libre au grand malheur qui passe, Et s'il le réclamait sur la rive du port, Nous irions à Berlin prendre son passeport ; C'est un chemin connu, Berlin est le domaine Que la France a pour but quand elle se promène. L'Angleterre, vaisseau de cent mille canons, Elle qui pleure aussi sur de sublimes noms. Avec sa voix d'airain qui porte l'épouvante, Dirait : or Laissez passer la relique vivante, ff Place aux soldats du ciel I Autriche, je le veux ! « Et malheur à qui touche un seul de leurs cheveux t » La sainte colonie arrivant sur nos côtes Retrouverait partout des cœurs compatriotes ; Au foyer de la France elle viendrait s'asseoir. Elle aurait une coupe à nos tables du soir. Et chez notre bon peuple où tant de vertu brille. Chacun d'un nouveau fils accroîtrait sa famille ; Et puis, pour adoucir leur noble adversité. Sur le fleuve voisin une jeune cité, S'improvisant aux yeux de la France ravie, Adopterait ce nom : Nouvelle Varsovie. Heureux imitateur, l'art qui sait tout saisir, Qui partout sous sa main sait créer un plaisir. De mensonges bâtis bordant le cours, du fleuve. Tromperait leur exil dans une Praga neuve :

* Xénophon raconte qae , dans Timmortelle retraite , ses dix mille poussèrent nn long cri de joie en apercevant la mer.

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