A HENRI-CINQ
Eux-mêmes, les premiers dans le sanglant chemin, Combattaient à cheval et tuaient de leur main ; Eh bien ! leur dynastie est à jamais éteinte. Et toi toujours suivi d'hommes à pâle teinte, Qui depuis quarante ans, en petits comités. Suivent le corbillard des Légitimités, Croirais-tu que le sort quelque jour te destine A revoir les témdns de ta joie enfantine. Le parc, le pont chinois, l'allée au sable fin. Et le Trocadéro tout rempli du Dauphin? Non, pauvre Astyanax, rien ne pourra te rendre Ton hochet dllion et ton petit Scamandre ; Prends donc un cœur viril pour des ennuis si longs; Daigne croire surtout que si nous t'exilons. C'est qu'en te proscrivant de notre territoire, Nous voulons éviter le deuil d'une victoire ; Qu'un triomphe certain, s'il nous avait coûté Le sang de l'un de nous, serait trop acheté ; C'est que, si tu touchais la rive qui t'écarte, Deux pays relégués aux marges de la carte, L'Ouest et le Midi, foyers de déraison. Partisans routiniers de ta vieille maison. De l'autel et du trône exhumant la chimère, Nous feraient rebâtir Téchafaud victimaire. Et qu'il faudrait encor voter, en gémissant, Pour guérir leur folie, une douche de sang. Voilà de quels malheurs la France maternelle Sauve tous les partis abrités sous son aile ; Voilà quels jours de deuil, quel sinistre avenir Sa sévère prudence a voulu prévenir.
Tes ennemis sont ceux dont le zèle t'assiège ; Agens provocateurs, ils te dressent un piège ; T'abusant d'un espoir dont leur songe est tout plein, Eux seuls votent ici la mort de l'orphelin.
De ces fans coofleillere que too ooMir m méfie ; Ouvre le rudiment de la pUiompUe, Jeune prince 1 ce liYre« ou ptoinne on dirétien, T'apprendra Farenir ^ni émt être le tien« Oui, la philosophie est l'angaste patrone Qui prête son égide aux exilés du trône. Ferme leur plaie aiguë^ et leur iiend plus légera Le toit du voyageur et les cienx étrangers* A peine aux doux festins de Meudon et de Sèvres Dans la coupe royale ach-tu mouiUé tes lèvres ; Le bandeau paternel a couru sur ton front: Ces vagues souvenirs bientAt s'elDbeeront; C'est le rêve d'un jour ; ta jeunesse envîessr Ne regrettera point la viHe pluvieuse, Le ch&teau de Tennui, le parc de tes aïeux. Fantastique tableau qui glissa sous tes yens. Cesse de désirer cette aube rayonnante Que pleure chacpie soûr ta noble goavemante ; Laisse tes titrés vains^ ton duché de BordeaRU, La couronne, le sceptre, éblouissans fardeaux.; Que ferais-tu d'un trône où Ton dort par seeonsse ? Vas à Naples, c'est là que Texistence est douce ; Ville des jours dorés, des lumineuses nuits. Où les Césars de Rome oubliaient leurs ennufB : Là, dans son beau palais que le soleil caloFe; Ton oncle te réserve un pavillon de Flore, Que n'environne pas un Cairousel ftingeur Comme la sombre tour qui vit tes premieM jmxi; Palais de marbre blanc ; pour le bâtir si- rare Les rois napolitains ont épuisé Carare ; Il semble s'adosser, dans un mol abandon, Au Pausilippe v^rt; bien plus beau que Mfeudon ; Là tu venra» courir jusqu'au cap de Misène» Le fleuve d'Ischia plus large que la Seine ;
A HBNRI-GINQ.
Tu verras tout yivftnl; rembaiimé Poitiei Qa'uQ décor d'Opéra te donnait mort ici, Et pour feu ^artifice, aux veilles de ta fiftte, Ton sujet le Véswe aOumeva sa tète.
Va, prends l'indeninHé que t^offbe te desttn ; Jeune encor, prenés racine au sel napolitain*; Renonce & la cité qui vouhit être libre, Où ton nom dans les cœurs n-émeut^pas^vne fibre^; Car ne t'abuse pas sur ces faux cris d'amour Que de menteurs amis t'adressent chaque jour; Ah ! nous comprenons bien leurs plaintes assidues, Ils gémissent en chœur sur leurs places perdues. Et ton nom intoqué, dans ces piteuse refrains^ Ne sert qu'à mieux couvrir d'égoiÂtes chagrins* Quelle gloire, d^aiHeurs, de ton berceau surgte. Arrondit sur ton front un^ cercle de magie ? Tu ne peux emprunter dans le» ft^tes réeen» Aucun nom protecteur aux rois: dont tu descende. Les peuples aujourd'hui^ dans leur vague caprine, N'aiment pas un enflemt d^un amour de nounrioev Us n'idolâtrent plQsun fétiche au berceau; Qu'il s'appelle Bourbon ou Bragance ou Nassau, Qu'à l'urne baptismale il ait eu pour marraine La maison de Brunswick ou celle de Lorraine.
Il n'est qu'un fils de roi dont le nom soit puissant. Un seul, que notre amour accueillit en naissant ; Ici, même avant moi, toute bouche le nomme. C'est celui dont le titre est d'être FILS DE L'HOMME. Lui, quand sur la terrasse aux rideaux d'espaliers, 11 courait sur le char que traînaient deux béliers. Comme toi, dans tes jours de tristes promenades, Il ne marchait pas seul devant ses colonnades ;
336 NÉMËSIS.
Tout un peaple joyeux aux grilles du jardin, Ébranlait de ses cris Thippodrome enfantin ; De ces songes d'été nul qui ne se souvienne t Et si même aujourd'hui le pèlerin de Vienne, Insoucieux du trône où son droit l'appelait, Venait revoir Paris qui lui donna son lait : Oh I Paris, l'embrassant de toutes ses murailles. Baignerait de ses pleurs ce fils de ses entrailles. Et les deux fils du roi, Nemours et d'Orléans, Iraient le voir passer avec des yeux béans : Car c'est l'enfant sacré, l'enfant de l'HoiuiK-GLOiREt Du »eut roi dont le peuple ait gardé la mémoire. De celui qui, prenant le marteau des Romains, Dans les rocs du Simplon cisela des chemins : Qui, comme Périclès, dans sa nouvelle Athènes Fit ruisseler un fleuve et soixante fontaines ; Qui de tout monument de granit ou d'airain Est encore aujourd'hui le glorieux parrain ; C'est le fils de celui dont la tombe respire ; De celui qui laissa dans ses dix ans d'empire A la France, à Paris, de plus riches présens Que soixant&-sept rois en quatorze cents ans.
Je m'empresse d'annoncer à mes souscripteurs qae, par arrrét da I0| la cour royale a prononcé Facqmttement de Némésis.