AUX PAIRS FUTURS
Heu ! fuge veêtibulum genitoris eœde cmentum,
LucAixr.
J*AiBiE du Laxemboarg la pose solennelle ; Aux quatre points du ciel il élargit une aile ; Sous une Hédicis, le ciseau florentin Voulut donner ce Louvre au vieux quartier latin. Le temps qui ronge tout, de ses dents incisives N'a pas encor mordu sur ses pierres massives ; Vierge d'impur ciment, fort de son unité, Ce compacte château vit pour Tétemité. n étale au dehors de ses murs granitiques La colonne toscane aux bracelets antiques, Et semble dédaigner, dans son style grossier. Ces frêles monumens que cartonne Percier, * Ces colonnes d'un jour qui, pour être immortelles, Coiffent leurs chapiteaux de bonnets de dentelles, Ces feuillets de sculpture où par quatrains égaux, L'architecte galant écrit ses madrigaux.
J'aime surtout ses bois, terrestres Ëlysées ; Ses pelouses de fleurs par des talus brisées ; La mousse en relief sur les murs décrépits ;
* Gélèbr* architecte contemporain, collaborateur de M. Fontaine.
Hik NËMËSIS.
L'allée où le gramen détconle son tapis ; Ses autels où la fable a scalpté ses idoles ; Les cygnes du bassin, gracieuses gondoles ; Et les lacs de gazon qu'un balustre épineux Borde en faisant courir ses losanges de nœuds. Là, toujours indocile au goût systématique, Quelque plan imprévu rompt les lignes d'optique ; Là, rien n'attriste l'œil, car un heur^x dédain Au compas de Lenôtre enleva ce jardin.
Oui, que ce lieu, voisin du triste Observatoire, Plaise aux vieux citadins oublieux de l'histoire ; Qu'il charme ces cœurs secs où les regrets cuisans Ne trouvent plus de germe au-<lelà de quinze ans. C'est un jardin maudit où, la nuit, se dessine L'ombre de Médicis, sa patrone assassine : Sur la porte qui s'ouvre au double corridor On lit : Pàuus dbs Paiks, écrit en lettres d'or; Eh bien ! moi, sur le front de cette haute Chambre, Je lis, en traits de sang, ces deux mots : Sefx Dégebibrb t
C'est un anniversaire; il approche, il est là
Ce jour, quand sur Paris l'aube se déroula, Elle étendit sur nous une brume épaissie Qui semblait empruntée au ciel de la Russie ; Le palais florentin si morne dans l'hiver, Isolant ses terreurs sous la grille de fer, De l'opaque brouillard implorait le mystère Comme pour s'aguerrir au meurtre solitaire. Le soleil ne vint pas : comme au réveil des camps Le froid courait dans l'air en aiguillons piquans ; Une neige récente et l'humide gelée Pétrissaient en limon le sable de Fallée. Alors, on vit sortant du palais Médicis Queb|iies hommes hideux qui, d'un pas indécis,
Marchaient le long dn bois, le fusil sur Tépaule ;
Pareils aux égorgenrs de notre yieUle Gaule,
On eût dit qu'ils cherchaient la pierre du Dolmin
Pour consommer dans Tombre un sacrifice humain. *
Le convoi s'arrêta sous la tour isolée
Qui sert de piédestal aux nouveaux Galilée ;
Alors le char funèbre entr'ouvrit sa prison,
Un homme étincelant parut sur Thorizon ;
Les gardes, les bourreaux et la foule timide,
Tous tremblaient près de lui dans l'atmosphère humide ;
Lui seul ne tremblait pas de ce frisson de mort
Qui contracte la chair sur le cœur du plus fort;
Il avait salué dans sa course lointaine
Tous les boulets fondus du Tage au Borysthène ;
Même son corps de fer ne put être assailli
De ce froid qui glaça Téchafaud de Bailly ;
Car au Ut des soldats quand il prenait sa place,
Comme sur l'édredon il dormait sur la glace.
Les apprêts furent courts, l'assassinat fut prompt ;
On lui troua cinq fois la poitrine et le front.
Quel est-il? — C'est celui que tout bulletin nomme ;
C'est l'homme qui fut grand, même près du grand homme ;
C'est le glorieux Ney ; c'est celui qui trouva
Un baptême nouveau devant la Moskowa ;
Celui qui, revenu des confins de la terre,
* J'ai la dass on livre écrit par an témoia qae, non loin des vétérans chargés de Texécation, marchait an peloton de faux grenadiers. C'étaient sans doote des a gens de police dégoisés sons cet nniforme et destinés à agir en cas de refos des vétérans.
** M. de Scgur, qoe je n'ai pas en ce moment soas les yeaz, dit à pea près , je crois : « Qo'aa passage de la Bérésina , Ney s'enveloppa de son « manteau et dormit sar la terre glacée; » car, ajoate Thistorien, « il ■ avait une de ces paissantes constîtations sans lesquelles il n'y a point « de héros. »
316 NÉliËSIS.
Réchauffait, sous les plis de son manteau de gnerre.
Nos soldats égarés sous des bois inconnus,
Et rougissait la neige au sang de leurs pieds nus;
Celui qui» des canons éteignant la fournaise,
Suivit, plus de dix ans, Tlliade française
Sans qu'un boulet yomi des cent mille volcans
Osât frapper de mort rAchille de nos cainps !
Eh bien I il est tombé comme un vil réfractaire
Qu'on livre, pour l'exemple, au prévdt militaire,
Gomme un lâche conscrit qu'un plomb vulgaire abat
Pour avoir déserté la veille du combat I
Oh ! comment tant de gloire estrelle disparue ?
Un assassin posté dans l'angle d'une rue
Sur le cœur du héros appuya le canon,
Et le voilà gisant sur un terrain sans nom.
Les soldats des Bourbons, ignoble valetaille,
Ont pris un carrefour pour leur champ de bataille ;
Ils s'éloignent honteux, et le cadavre est seul :
Alors la charité lui prête son linceul,
On l'emporte, et devant le brancard de misère
Une femme à genoux récite son rosaire.
Et dans le Luxembourg aux lugubres arceaux Que faisaient cependant ces Pairs, ces grands vassaux Qui, pour plaire à leur Cour sanguinaire et dévote, A défaut de poignard égorgeaient par le vote ? Croyez-vous qu'oublieux de leur crime récent ns dormirent la nuit comme dort l'innocent? Non ; l'épineux remords tourna dans leurs entrailles ; La nuit donna des voix aux fentes des murailles ; Des squelettes humains pétris de sang et d'os Traînèrent leurs reflets sur le blanc des rideaux ; L'homme dort, mais le cœur veille dans Tinsomnie. Avez-vous oublié cette horrible agonie
LE LUXEUBOURG. 317
Où le pâle Bellarty levé sar son séant,
Revit le fusillé qu'il croyait au néant?
En voyant sur son lit la grande mort vivante.
L'accusateur se tut, il râla d'épouvante,
Et de rouges sueurs froidement inondé
Il rendit tout le sang qu'il avait demandé. *
Car la tombe des morts est pleine de mystères ;
La mort a beau tarir le canal des artères,
Le sang de Thomme juste élève une vapeur
Qui fîime dans la nuit et qui glace de peur.
On dit que depuis lors, depuis cette journée,
Seize fois à nos pleurs par le temps ramenée,
Le Sept Décembre, jour qu'on nous l'assassina,
Tous les spectres glacés de la Bérésina,
Du Luxembourg désert ouvrant la grande salle.
Entraînent au jardin une ombre colossale ;
Sous le drap qui le couvre, un tambour gronde et bat
Le nocturne rappel de l'horrible sabbat ;
De leur propre désastre effroyables copies,
Ds collent sur leurs os de sanglantes charpies :
Avec des doigts osseux, roidis par des frissons.
De leurs cheveux pendans ils peignent les glaçons;
Les uns sur le bassin où Teau s'est épaissie
Glissent, en souvenir du désert de Russie;
D'autres, se nivelant aux fossés du chemin,
Implorent des amis en leur tendant la main ;
Ou, sur la neige assis, de leurs mains de squelettes,
Ds soignent en riant de hideuses toilettes ;
Puis, comme sur un pont du fleuve désastreux,
* G*est bien à regret que j'invoque ici le soarenir de l'agonie de Bellart; mais de hantes considérations doivent l'emporter snr de simples convenances ; d'aillenrs- les joarnanx du temps , le lendemain même de la mort de Bellart , donnèrent des détails sur cette agonie, qui fat troa« blée par un délire de remords et par d'épouvantables visions.
318 NËMÉSIS.
Tous marchent, en conyoi, vers l'endos des Chartreux.
Aux homes du jardin la fiintastique armée
Glisse par les barreaux de la grille fermée ;
Sur les lieux où le meurtre un tel jour s'acheta
Chaque spectre en posant murmure : Hoskowa I
Au sommet de la tour un lumineux fiintôme
Porte les os de Ney, déhris qui furent homme,
Et les bras étendus devant ces restes saints,
Il nomme lentement tous les Pairs assassins.
Après, troublant la nuit de sanglots et de râles,
Tous ces spectres guerriers s'élèfent en spirales;
Ils rasent dans leur yol le sombre Luxembourg,
Et de là se ruant sur l'orgueilleux faubourg,
Ils fouillent les hdtels ; et partout où réside
Un homme qui trempa dans ce grand homicide
Ib entrent ; sous l'alcoye ils plongent un regard
Et soufflent sur le lit les songes de Bellart. *
Tant que dans ce palais de mémoire fatale
Un assassin de Ney restera sur la stalle ;
Tant que d'impures mains, par un tardif remord,
N'auront pas effacé ce jugement de mort,
Et qu'un arrêt nouveau, devant l'Observatoire,
* Voici une anecdote reiiiar({aable qu'on Ut dans rexcellent onvrage de M. l'avocat Glaveau sur la police de Paris :
« M. Bellart^ mélancolique et triste de son dévouement fatal aux Bonr- « bons, cherchait à se distraire et recevait chez loi beanconp de monde, m afin sans donte de s'étonrdir. Son vaste aalon ne désemplisiBit pas « de gens de tontes les f^oiessions qni venaient aaluer rhomoie pois* « sant. Un soir, dit -on, la réanion était fort nombreuse et très calme; « tout à coup la porte s'ouvre , et la voix d'un domestique annonçant « une nouvelle visite se fait entendre : M. le maréchal Ney ! s'écria-t-elle « tout haut et an milieu dn silence général. A ces mots, les spectateurs « hésitent , le maître se trouble et pâlit. On fiiit place , et l'on voit en- « trer un ami de la maison, M. Maréchal aine, dont le valet de chambre, « qoi ne servait qne depuis pea de temps, avait estropié le nom d'une « façon si singaUère. >»
Ne décernera pas un marbre expiatoire, Le Pair qui siégera près du banc du héros Servira de complice aux quarante bourreaux ; * Ce siège est teint de sang, malheur à qui Tenvie I Honte à qui prend sa part de ce remords à vie ! Plaignons ceux qui déjà sont venus dans ces lieux Échanger contre un titre un serment oublieux I D'autres, pour s'installer dans cette haute Chambre, Se donnant un sursis, viendront le sept décembre ; Qu'on ouvre devant eux la porte à deux battans. C'est le jour du grand deuil... Fils de Ney, je t'attends ! I !
* n ne reste plas que quarante Pairs, de ceux qui' ont voté la mort da maréchal Ney.
Sao NÉMËSIS.
NOTES
Sons une Médicis, le ciaeaa florentin.
Marie de Médicis acquit ea 1611 le terraia du Luxembourg , et commença les travaux du palais en 1620. Elle choisit pour architecte Jacques Desbrosses et lui ordonna de prendre , autant que le terrain ^e permettrait , le palais Pitti pour modèle.
Au compas de Lenôtre enleva ce jardin.
Célèbre architecte du 17e siècle , qui étudia particulièrement et perfectionna Fart des jardins.
Je lia y en traits de sang, ces deax mots : Skpt D^cimbrb.
C'est le 7 décembre 1815 , à sept heures du matin, que le maréchal Ney fut exécuté , en dehors du Luxembourg , près de la grille qui fait face à l'Observatoire.
• ..• La tour isolée
Qcd sert de piédestal aox noaveaax Galilée,
La tour de l'Observatoire.
De ce froid qui glaça Téchafaud de Bailly. .
C'est au mois de novembre 1793 que Bailly fut conduit à l'échafaud. Dans le trajet de la prison au Ghamp-de-Mars , lieu de l'exécution, une pluie fine et pénétrante qui n'avait cessé de tomber, traversa tellement la victime qu'elle monta sur l'échafaud en grelottant, a Tu trembles, Bailly, lui dit un des aides de l'exécuteur. — Oui , je tremble , répondit le courageux vieillard ; mais c'est de froid. »
Devant le brancard de misère
Une femme à genoax récite son rosaire .
Une gravure que l'on a multipliée à rinfini représente le maréchal Ney, criblé de balles , étendu sur un brancard , et près de lui f à genoux ^ une sœur de charité en prières. Cette gravure, bien simple, est on ne peut plus touchante.
Tons marchent, en convoi, vers Fenclos des Gbartreax.
Le lieu où a été fusillé le maréchal Ney fait partie deTaiicien terrain des Chartreux.
TOM. XI, az
k DÉCEMBRE 1831.
ViRaii.s.
Mon volcan tant prédit a déchaîné ses laves ; La voilà devant nous la guerre des esclaves ; De nouveaux Spartacus sortent des ateliers, Les conscrits de la faim s'enrdlent par milliers ; En guise de drapeaux, de guidons» de cornettes. Ils arborent un pain au bout des baïonnettes, Et par le sort injuste écartés du festin. Ils vont asseoir leur camp sur le Mont-Aventin. Qui les fera descendre, et quel ami du trône Viendra mettre une écluse à la vague du Rhône ? Hommes d'Etat, on lit dans un livre ancien L'art de remettre un peuple au joug patricien, De calmer ses fureurs sous la branche d'olive ; Eh bien ! qu'un doctrinaire armé de Tite-Liye, Qu'un Agrippa moderne élu par Villemain, Passe le nouveau Tibre en costume romain ; Qu'au nom de l'estomac^ en style pédagogue, A ces membres mutins il conte l'apologue. Mais hélas ! l'apologue a perdu son pouvoir ; Le peuple s'est fait vieux, rien ne peut l'émouvoir ; L'Agrippa déclamant sur le mont de Fourvières Irait finir sa fable entre les deux rivières.
Que faire ?••• pow finir un drame commencé» L'acerbe Républiqne eut soft Daboi»-Crancé ; L'échafaué Yt^rageait v»s Coitomune-AflBranoliie ; * Quand le midi royal flamboyait dfanarchile, Elle terrorisait, par la yoix du canon, Le Port-d&-ki(^MontagBe et la yiUe sans nom ; Hais les temps ne sont j/lus où, devant deu abtmesi La France punissait des crimes par des crimes ; Ou la loi; pour saigner la patrie aux ab(»s, De Fhorrible lancée armait CoUotnl'Iierbois; Sombre histoire, qui laisse aux nations à naître Un problème de sang cpi'un jour fera connaître !••• Non, cesktempA ne sont plus; et puis cette cité Est vénérable encor dans son adversité ; C*est la sœur de Paria : sublime prisonnière, Elle veUle avec nous sous la grande bannière ; Quand sa biv* a poussé de légitimes cris, L'a-t-on vue,r arborant les emblèmes proscrite. Tendre, pour obtenir Fobole demandée, Une main royaliste à l'infAmie Vendée ? Oh ! si nos artilleurs arrivent sur ces monts Qui couronnent les murs de ceux. que nous aimons ; Si, prenant pour redoute un point qui les domine. Ils veulent bombarder ce camp de la famine. Pour chai!ger les canons et les mortiers d'aiiain^ Qu'en forme de bouleta ils pétrissent le pain-: Quand ces boulets sauveurs descendront sur la vffle, Le peuple soufflera sur la torche civile. Et sans peine abdiquant un règne passager, Il n'en conservera que le droit de manger.
* On sait qae Commune- Jffranchie fîit le nom donné a Lyon par la répnbliqoe; Toolon se nommait aussi Port-de^la-Montag/ie, et Marseille la viiie sans nom»
Sii NËMÉSIS.
Triste sort du Pouvoir! la doctrine qu'il aime
A jeté son vaisseau sur recueil du dilemme ,
Ou dans le sang du peuple éteignez ce brandon.
Ou flétrissez la loi par un humble pardon.
Qui vous l'eût dit I avant cette triste semaine,
Paris était pour vous un bienheureux domaine ;
Le sopha nonchalant vous avait assoupis ;
Le salon, sous vos pieds, déroulait ses tapis;
Comme l'avait dit Thiers, prophète de la chambre.
Les fleurs naissaient pour vous dans le mois de novembre ;
Noyés dans vos fauteuils, le visage vermeil.
Vos yeux ternes encor d'un lubrique sonuneil.
Sans souci pour le Rhin, ou la Loire, ou l'Ardèche,
Vous lisiez en riant la bénigne dépèche ;
Puis au Conseil, le soir, devant le Carrousel,
Votre orgueil se targuait du calme universel :
Plus de ces tristes nuits où Paris sans lanternes
Entendait le tambour, ce tocsin des casernes ;
Le riant télégraphe, à Montmartre endormi,
N'avait, à son réveil, que des gestes d'ami ;
Pour défendre le seuil de chaque ministère.
C'était assez pour vous qu'un garde sédentaire,
Mariant la giberne à l'innocent briquet,
Balançât sur l'épaule un frauduleux Gisquet.
Quel réveil! ils dormaient sur le roc de Sisyphe !
Soudain le télégraphe, effrayant logogriphe.
Automate de l'air par novembre engourdi.
Tend ses bras torturés vers l'orageux midi :
Ce n'est plus cette fois une émeute de femmes ;
C'est Lyon tout entier qui roule dans les flammes ;
C'est un peuple affamé qui, des toits descendu,
Pour la Charte promise à son travail'ardu.
Attaque l'industrie aux calculs économes ;
C'est le rugissement de soixante mille hommes ;
C'est un grand désespoir par la faim suscité, Un suicide immense où court une cité.
Voilà, voilà le fruit de vos œuvres iniques,
Journaliers du Pouvoir, Hercules pulmoniques.
Qui voulez soutenir sur votre dos étroit
Un accablant fardeau que chaque jour accroît !
Venez, courtiers-marrons de la diplomatie,
Hommes à fibre molle, à cervelle endurcie,
Entre les bras sauglans de ces fleuves jumeaux.
Venez voir la cité que crispent tant de maux.
Vous aviez posé là, pour double sentinelle.
Le préfet Dumolard et le maire Prunelle ;
L'un, faisant à sa ville un étemel adieu.
S'encroûtait au sénat dans le juste-milieu ;
L'autre, depuis trois mois, n'avait pas su connaître
Le complot d'une ville ourdi sous sa fenêtre ;
La veille où de la loi fut rompu le lien.
Ce Pangloss des préfets écrivit : Tout est bien.
Partout vous étalez vos étranges bévues ;
Le brave et vieux Gazan, qui s'endort aux revues,
Est chargé d'ouvrir l'œil sur nos ardens climats ; "
A ses cdtés se meut un opaque Thomas ;
Aujourd'hui, pour surcroît, le ministre colère
Leur expédie en poste un homme impopulaire,
Molitor, maréchal nommé par Charles-Dix '
Pour avoir escorté le Dauphin à Cadix.
C'est qu'on ne vit jamais dans nos tristes annales
Plus de marchés honteux, plus d'intrigues vénales ;
Les députés, élus pour nous faire des lois,
* Le général comte Gazan, nne de nos plus belles illnstrations Ini^• litaires ; il commande la pins importante division da midi ; son grand âge et ses glorieuses blessures devaient Téloigner dVn poste si important, où il n'a pour appui que le plus absurde des préfets.
S26 NÊMÉ8IS.
Ouvrent effrontément leurs iboottiquieg^'aBplaîs;
L'impur solliciteur, que rien ne rassasie^
Retire son brevet des jupons d' Aspasie ;
Le virus doctrinaire, inondant les chevete.
De stigmates iionteux macule les brevets.
Ainsi, des flancs impurs de tous nos ntiiiatèrea
Tombent snr notre sol ées foBtus adidktoea,
Avortons souffreteux, automates mommsA^
Mannequins que Périer empaille tout vivana.
Et puis, étonne^vous si ces nains radiiticpies
Sentent craquer leurs dos sons les chocs politiques ;
Si, devant les périls qu'ils n'oiA pas tupn6voir,
Pour s'échapper plus vite ib jettent le ponvoir !
Ah I quand de tant de denils l'argument énergique
D'un ministère absurde accuse la logique ;
Quand tout s'échappe et fuit sous vos doigts oppresseurs ;
Quand une vHle, grande aitre toutes ses sœurs,
Celle que le midi nomme sa capitale.
Sur le trône des lois met la force brutale ;
Quand la haine ou la faim que ligue le mdheur.
Aux torches de Lyon vont allumer la leur ;
Que dans chaque cité gronde l'écho du Bhtee,
n faut résilier son bail avec le trône,
S'abtmer au néant de toute sa hauteur,
Et signer son exil au front du Moniteur,
Gomment répondrezHrous? Que la France dle-nème Semble s'agenouiller devant votre système? Que vingt fois accusés, le sénat, chaque fois. Vous acquitta toujours aux deux tiers de ses voix? Que la majorité vous soutient? oui, sans doute. Vous l'avez, et l'on sait même ce qu'elle coûte ; L'homme qui veut se vendre est toujours acheté ; Tout mimstre qui paie a la majorité :
Et combien amt-sortig de rvne électorale.
Candides, le cœur plein d'une austère morale,
Cerbères que le miel ne pouTaU ^dormir,
Hurlant à triple gueule au nom àe Gaainiir,
Qui depuis, dans TÉden, d'un souris débounaire,
Écoutent le seifent de Tarbre doctrinaire,
Et qui, sur leur famille étendant tous ieufs tcdul,
Placent, en votant bi^n, leurs fils et lears neveux !
Et pourtant yoilà ceux qui brisent notre force I
Du chêne de TËtat ils n'ont vu que l'écorce 1
Oui, débiles prôneurs d'mie paix à tout prix,
Aux besoins du moment vous n'avez rien compris ;
Mieux que vous dans le del nos regards savaient lire :
Ce n'étatt point l'ardeur d'un beHîqneux délire,
Ni l'atroce plaisir d^ensanglanter nos mains
Qui des champs de bataille imploraient les chemins ;
Ne valait-il pas mieux appeler aux frontières
Nos villages, nos bourgs ^ nos villes entières.
Recommencer Aroole, ou Modène, ou Lodi,
Que d'inonder de sang le fraternel Midi?
Avec quels cris de joie, aux brises printanières,
Le Rhdne aurait jeté ses soyeuses bannières.
Et sur les nobles toits, purs de rébellion.
Arboré Tétendard oà rugit le lion ! ^
Oui, cette ville seule, accouchant d'une armée,
Eût atteint d'un seul bond les îles Borromée ;
De là, fiévreuse encor de son premier élan.
Elle eût montré la France aux portes de Milan.
Oh I que n'auraient pas fait sur un champ de bataillo
Ces deux peuples, tous deux géans de même taillo,
Le peuple de Paris et son frère immortel !
Comme deux chevaliers acceptant un cartel,
* On sait qae Lyon porte nn lion dans ses armes Téritahlement/yar*
338 NÉMËSIS.
Nobles jumeaux des camps qu'un même pacte lie,
Us eussent en trois jours dominé l'Italie.
Ils ne l'ont pas compris, ces stupides docteurs,
Ces crétins de comptoirs, bétail d'agioteurs.
Citoyens de la Bourse, esclaves de la rente I
Et la guerre civile est aujourd'hui flagrante I
Et nos braves soldats que le Rhin attendait.
Combattront, sans honneur, le pauvre ou le Verdet !
Oh ! gloire à vos calculs, diplomates serviles !
Vantez-nous une paix qui désole nos villes ;
Un second Austerlitz pouvait luire demain, *
Mais vous avez barré tout belliqueux chemin,
Et nos soldats, exclus du Rhin et de la Sambre,
Dans Lyon tout sanglant fêtent le deux décembre.
Que c'est digne de vous I oh ! soyez bien contens I....,
Ah I feuilletez l'histoire, et dans les premiers temps
Cherchez-vy pour vous tous des leçons salutaires :
Quand ces hommes obscurs, qu'on nomme prolétaires.
Viennent à découvrir que, des infimes rangs.
Us peuvent se hisser à la taille des grands.
Que le pain appartient aux bouches affamées,
Alors, malheur à tous ! même si les armées
Sous leur artillerie écrasent les mutins.
Leur chute annonce encor des désastres certains :
Spartacus vit tomber sa force colossale ;
Mais la guerre du pauvre amenait à Pharsale,
A Pharsale, à ce jour où périt abattu
Le dernier des Romains en niant la vertu.
* Pécriyais ce ven le i^' décembre, veille du glorieux anniversaire de la bataille d*Aasterlits.
NOTES
L*acerLe République eut son Dabois-Cnncé.
Dubois-Crancé fut un des membres les plus fougueux de la Convention nationale. Il fut envoyé à Lyon pour comprimer l'insurrection de cette ville , où Ton se rappelle encore ses épouvantables rigueurs.
De l*horrible lancette annait Gollot-d*Herl>ois*
Golloird'Herbois fut l'un des hommes les plus remarquables et les plus sanguinaires de la révolution. Envoyé à Lyon , en novembre 1795 , pour exercer sur cette malheureuse ville toutes les vengeances de la Convention , il fit périr plus de seize cents personnes par la main du bourreau.
C^est la sœnr de Paris
On sait que Lyon est la seconde ville du royaume.
Balançât sur Tépaule nn firandolenx Gisqaet.
Peu de temps après la révolution de Juillet , M. Gisqnet s'intéressa dans une fourniture de fusils ; depuis lors» tous les fusils de mauvaise qualité furent appelés des fusih^ Gisqnet, ei, par abréviation des Gisquets,
A ses côtés se ment nn opaqne Thomas.
M. Thomas, jadis avocat à Marseille , et aujourd'hui préfet de cette grande cité.
Le pauvre on le Terdet.
On appelait Verdets les réacteurs royalistes de 1815, qui ensanglantèrent le midi.
A HEMI-CINQ.
Tien tu pueçi eontempseris annos, Jmàtfhu
Paa un soir de jaillet, qoand la lane sereine S'exile au fend du tM comoie «ne pMe reine, Sa iovgeant «a dûHidèt, |e traînais mes pas tente De¥init le Carronsel sMié de parés Mânes. Déjà la voix du jour commençait à se taire : Sur le grand échiquier du pavé solitaire, Comme un pion obscur, seul, modeste, j'allais, Regardant les deux tours qui flanquent le palais ; Je voyais à travers les Inmineuses vitres Les fous bariolés de rubans ou de mitres, Et Tautomate-roi qn'aubas des escaliers, Dans sa case d'hooneur, gardaient deux cavaliers. Partout, (bins le chftteau des hautes dieminées. Brillaient les salles dor, toutes ilinminées ; C'était un de ces jours chers à tes courtisans^ Veille de Saint-Henri... tu n'avais que six ans. Quatre joueurs de flûte adossés à la grille Exécutaient pour toi de vieux airs de famille ; Sérénade déserte ! orchestre malheureux ! Les Amphions urbains ne jouaient que pour eux : Par ordre de Gontaut, de ta main caressante Tu semais les saluts sur une Ibule absente ;
A HENfil^NQ. 8S1
Nnls eris ^se fèto^ieid; le futur Braveraîa, Hormis les chants a^us de Toreheatre forain. £h bienl je lus ému de oe sileace monie. Je pris pour piédestal une royale borne, Et me montrant à toi dans toute ma liauteur, Par pitié pour TenfaïKt je me fis auditeur.
Oui, tant jfu'avec ta «œur tu vécus en (uteHe ;
Taut que le Fils de France allait à Bagatelle ;
Tant que le Jeune Henri, de soa pas eolAotin,
N'avait pas jen jwibé le trône enoor lointain,
Le peuple, sans âong^r à ton grand apanage,
Pouvait leoQor souriffe aux {daisirs de toa Age,
Et mon œil libéral coideHiplait sans effrcxi
Un être faible où rien ne présageait le roi.
Mais ces tensps «e soBt plus : forçant tes destmées.
Un soleil t'a mûri de {dus de dix amiées,
Et le sang des trois-joujâ», dans son large caillot.
En pourpre souveraine a changé ton maillot.
Non, tu n'es plus enCairt, on doit te craindre^ et oomme
On veut te fiiif e rm^ nous devons te laire homme*
Oui, le ciel a marqué d'un req[)ectable sceau L'infirme chair qui aort des langes du beraeaa ; Anathème œnt fois à la main sacrilège Qui torture l'enfont que sa candeur protège! Honte à qui veut flétrir l'inncNsence i malheur A la boHehe de fid qui bave sur la fleuri Toujours, quand des partis la fureur se déehata^ L'enfant seul est jbsous dans la conmnae faakie ; Toujours un peuple sage, à la fustioe ^iciin. En paiMSsant le père embrasse Torphelki. Mais quand cet orphelin, quand cet enfant débile Est le drapeau vivant d'une guerre dvîle ;
332 NÉMËSIS.
Qaand sur son jeune front, semé de blonds cheyeux.
L'anarchie a placé de fratricides vœux ;
Quand d'absurdes Taincus qu'un désespoir rallie
Rattachent à ce nom leur royale folie,
Alors rage n'est rien, l'enfance disparaît.
L'orphelin est puni d'un équitable arrêt,
Et cet humble roseau qui relèye sa cime
Est la verge de fer qu'on peut tordre sans crime.
Honneur aux deux' tribuns dont la haute raison *
Te vota, loin de nous, une libre prison,
Et voulut que la France écartât de ses portes
Ta royauté vivante et deux royautés mortes !
Dans tous les cœurs français leurs vœux étaient écrits ;
Il est beau quelquefois de faire des proscrits.
Quand l'arrêt de Texil tombe sur une race
Qui ne laisse au départ qu'une sanglante trace,
Et qui, reparaissant au sol qu'elle a quitté»
La souillerait encor de son iniquité.
Me crois pas cependant, dans ton lointain asile.
Que la peur ait dicté cette loi qui t'exile.
Que l'ombre d'un enfant trouble notre avenir..^
Si tu sortais du cercle où Ton veut te bannir.
Avant de mettre un pied sur notre capitale.
Tu serais dévoré par la terre natale.
Songe bien qu'Holyrood qui te sert de palais
Fut habité long*temps par les Bourbons anglais,
Les Stuarts; et ceux-là pour combattre à la Boy ne
N'étaient pas des héros comme ton oncle Antoine,
Ou comme ton aïeul t[ui, tournant l'aviron,
Au moment du péril déserta Quiberon.
Us avaient, pour saisir leur couronne usurpée^
Des lords, des chefs de clans, vaillans honmdes d'épée ;
* MM* Bande et Bricqaeville.