‹ Œuvres de Barthélemy et MéryChapitre 62 sur 79 · A FERDINAND VIL · texte numérisé non relu

A FERDINAND VIL

Comme ces citoyens qui, saspendas an gibet par ordre du proconsnt de SîciU, tournaient, en mourant, leurs regards accusateurs vers celte Kome paissante qdi Les délaissait.

Voila ce roi chrétien que sa mère appelait Ferdinand cœur de tigre et tête de mulet ; Bercé par les deux mers qui bordent sa presqulle, Dans ses assassinats le Bourbon dort tranquille ; C'est le type incarné de l'absolu pouvoir, Le bras inquisiteur qu'un moine fit mouvoir ; Esclave et souverain de toutes les misèrqs. Il porte autour du cou la chaîne des rosaires. Et d'un clergé despote orgueilleux mannequin, Il pare le gibet du cordon franciscain.

0 terre généreuse où tant de soleil brille, Qui donc a fait tomber tes deux tours de Castille ? Quelle main musela tes d^ix nobles lions? Quel soufiBe dans la mer plongea tes galions ? De tes siècles éteints souvenir illusoire I Feuillet pâle et flétri d'une héroïque histoire I Où sont tes chevaliers» tes Maures, tes tournois?

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Qu'est devenu ce temps où le marin génois Jetait à son retour quelque Espagne nouvelle» Gomme i^n joyau de femme, aux genoux d'Isabelle? Rien, plus rien, tout est mort; un silence de plomb Pèse sur te pays du Gid et de Colomb ; A peine si l'on voit sur un sol si vivace Quelque vieil aqueduc que le lichen crevasse, Et ces biens naturels qu'on ne peut lui ravir. Ses îles de rosiers sur le Guadalquivir, Ses frais ruisseaux courant le long des rocs arides. Ses verts jardins où croit l'arbre des Hespérides, Ses buissons étoiles de jasmins espagnols. Et ses acacias aimés des rossignols.

Triste peuple, cadavre empoisonné d'ulcères,

La vermine du cloitre a rongé ses viscères ;

L'étranger qui le voit sur la terre gisant.

D'un pied injurieux le repousse en passant ;

Sous le fardeau du deuil son ame s'est brisée,

n est aux yeux du monde un acteur de risée ;

Gomme un pauvre honteux qui reste sur le seuil,

Aux congrès de l'Europe il n'a point de fauteuil :

Espagne abâtardie 1 à peine si Ton daigne

Par pitié t'abaisser au rang de la Sardaigne ;

Le moindre petit duc aligné sur le Rhin

Ne se troquerait pas contre ton souverain ;

Dans Tocéan de llnde autrefois à la gène,

Ta flotte n'est qu'un brick mouillé sous Garthagène;,

Et les banquiers hébreux, par ton clergé maudits.

Ne te prêteraient pas quatre maravédis.

Qu'un hardi citoyen, rêvant un nouvel âge,

Parle d'une voix libre aux enfans du Pelage,

Au nœud de la potence il expire étouffé.

Lç culte politique a ses auto-da-fé ; .

dm NËMËSIS.

Là, jamais le bourreau n'accorde aucunetrève ; L'£spagne est pour l'Europe une place de Grève Où sur les premiers rangs, muets, nous contemplons Un gibet éternel aux sanglans échelons ; Chose horrible ! on dirait que depuis neuf années, Gomme sur des gradins, assise aux Pyrénées, L'Europe, par plaisir, contemple avec effroi . La Kberté qui meurt sous les griffes d'un roi. Et nous, pour admirer ce long martyrologe, Nous nous sommes placés dans la première loge, Comme si l'on jouait quelque drame innocent Où l'acteur égorgé n'épanche point de sang. Si la France, autrefois de l'Espagne complice, Put rester immobile aux bancs de cette lice. Du jour où pour fermer le cratère roisin Le Bourbon de Paris secourut son cousin. Aujourd'hui, que nos cœurs sentent battre leurs fibres Pour nos frères en deuil qui veulent être libres. Que, par un pacte saint, les peuples sont unis, Quelle honte pour nous de laisser impunis. De la mer catalane au rivage atlantique. Tant de forfaits commis par un roi fanatique ! Quoi I l'Autriche lointaine, à l'aide d'un Frimont, Étend son bras puissant jusque dans le Piémont ! Quoi 1 les deux Cours du Nord dictent leurs lois altières Même aux peuples assis aux bords de nos frontières ; Et nous, nous peuple fier qui, sous le grand drapeau. Chassons les rois mauvais comme un lâche troupeau ; Nous, avec nos soldats et nos agiles flottes. Nous ne pouvons sauver nos frères patriotes; Qui, sous d'autres Verres, en mourant sur la croix, Tournent leurs yeux vers nous et maudissent les rois ; Nous qui pouvons si bien leur tendre une main forte. Nous souffrons qu'on les pende au seuil de notre porte,

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Et les pieds convulsifs de ceux qai vont mourir Sont comme les marteaux qui nous disent d'ouvrir! Ce n'était point assez que, dans ces tristes fêtes, L'Espagne eût abattu tant d'héroïques tètes, Eût versé la ciguë à tant d'hommes vaillans, Eût étranglé Riégo, le Ney des Castillans, Et peuplé de Ceuta les fétides galères De ce qui lui restait de Cortès populaires ; Aujourd'hui le spectacle est encor plus hideux; On ne les traîne plus à la mort deux à deux, L'abattoir est plus ample et l'œuvre plus fréquente : Le royal Minotaure en exige cinquante.

Hommes libres ! fuyez ce rivage, ce port

Où l'hospitalité s'achète par la mort.

Où la vertu n'a plus de bras qui la soutienne ;

L'Espagne est aujourd'hui la Tauride chrétienne.

Refuge désastreux où tous les naufragés

Aux autels de Thoas succombent égorgés.

Cinquante sont venus, dans une heure fatale,

Respirer un instant l'atmosphère natale.

Le traître Gibraltar les avait fait partir ;

Os avaient avec eux Torrijos le martyr.

Ame de vieux soldat à la guerre endurcie

Et neuf ans retrempée aux cachots de Murcie ;

Un de ces vaillans Cid que Castille et Léon

Suscitèrent cinq ans contre Napoléon,

Et qui de leur sang noble épuisé sur leur route

N'avaient pour l'échafaud réservé qu'une goutte.

Eh bien I ils sont tous morts, sans ployer les genoux.

Morts en nous appelant, morts à deux pas de nous ;

Pour cortège ils ont eu la populace vile.

Qu'un moine fait sortir des égouts d'une ville ;

Comme pour assister aux courses des taureaux,

358 NÉHÉSIS.

Elle inondait Tarène où venaient les bourreaiix;

Le clergé radieux préparait le calice

Pour recueillir le sang attendu dans la lice ;

Avant leur jugement le supplice était pr4t ;

L'Hérode catholique avait dicté l'arrêt,

Et seule, avec ce front que l'esclave révère,

La liberté mourut sur ce dernier Calvaire.

Et quel est donc le dieu, le Baal espagnol.

Pour qui fume ce sang répandu sur le sol?

Quel è!st l'homme assez fort pour que dans ses domaines

On recrute pour lui des victimes humaines ?

Eh bien ! connaissez donc le monarque puissant

Qui reçoit en tribut l'holocauste de sang.

C'est un Bourbon qui suit ses aïeux à la trace.

Imbécile héritier d'une stupide race.

Un roi capuchonné qui, dans une oraison.

Mêle un verset d'église avec la pendaison ;

Comme Charles son père, en hurlant, il dévore

Les bœufs amoncelés qui palpitent encore ; *

Il hume à plein gosier, dans ses ennuis profonds.

Ces parfums de caserne imprimés aux plafonds ;

Signe de son instinct, il a sous un front chauve

Le cerveau déprimé, comme une bête fauve ;

Sa grossière ignorance a toujours méprisé

Ce qui charme partout l'homme civilisé.

Les lettres, les beaux-arts, dont l'utile covdiaierce

* Les Bourbons sont des rois mangears. On sait quelle énorme coa« sommation de viandes faisait en Angleterre Lonis-le-Bésiré. Charles IV a surpassé par sa voracité tons les rois de sa race. Nous Tavons tu à Marseille et nous avons même assisté à ses re|>as : an moment où IW apportait sur sa table les filets de bœnf saignant , il s'agitait avec convoision sur son fauteuil et poussait des ragissemens rauques comme ceux du tigre. Son fils Ferdinand n*a pas dégénéré : il conserve encore ce rùjAÏ appétit.

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Égayait les tyraBs de Sicile et de Perse. Devant on livre oavert son ceil s'appesantit ; Il ne suit qu'un instinct, qu'un brutal appétit ; Dans^sou lit conjugal, tombeau de ses épouses. Il se plaît à broyer les belles Andalouses, Et pâle, le matin, dans son royal salon, Il vante aux Hidalgos ses vertus d'étalon. Roi fangeux, que le ciel pétrit dans sa colère ! Voilà pourtant celui que l'Europe tolère ! Dans les jours solennels, courbé sur son chemin, L'ambassadeur français va lui baiser la main; * Fi 1 1 ! par son envoyé, quand cet affront la touche, La France avec horreur doit essuyer sa bouche. La main de Tégorgeur 1 la main de Ferdinand 1 il n'^st rien de plus vil dans tout le continent !

Oh ! des peuples souffrans la justice est tardive : Elle a le pied boiteux, mais enfin elle arrive; Le peuple eM; patient, car il est éternel ; Nos pleurs ont trop coulé sur le sang fraternel ; Il ne faut plus juger ce roi par contumace, La France contre lui doit se lever en masse ; Cette fois nous avons le droit d'intervenir ; Oui, quand un criminel si grand est à punir. Quand son nom fait bouillir la haine universelle, Il faut te réclamer au sol qui ie recèle ; Si cet infftme roi, fuyant de son palais; Court chercher un asile au Gibraltar anglais, U faudra, par pudeur, qu'on nous le restitue; Car le vrai droit des gens demande qu'on le tue ; Car il feut voir la fin d'un règne de forfaits ;

* Là céscBioiiie da bmse*mmn «si toujours en horaieiir à l'Escarial; il n*y aonik pas de grande solennité de Goar sans ^Ue^main,

Les peuples de TEspagne, une fois satisfaits, Épouvantant les rois d'un juste régicide, Suspendront son cadavre aux colonnes d'AIcide.

A MM. LES SOUSCRIPTEURS

C'est nne obligation pour moi de tenir met Sonscripteon an courant dea tracasseries sonrdes on patentes qne Tantorité suscite à Némksis; j'espère qae ce ne sera pas nne des moindres preuves de mon zèle i remplir mes obligations que cette lutte prosaïque soutenue depuis neuf mois et qui se renouvelle tous les jours, quoique je ne fasse éclater mes plaintes qu'à de longs intervalles pour ne pas fatiguer mes lecteurs de détails purement personnels. La tactique suivie contre Némésxs a été tout opposée à celle dont on s*est servi contre les journaux patriotes : M. Persil a fiiit usage envers moi d*un raffinement particulier de persécution; il a voulu me tuer sans esclandre , à petit bruit ; il a pensé quWe succession continuelle d'exploits , de procès-verbaux, d'amendes de timbre devait nécessairement étouffer dans sa source un travail poétique et assidu, qai exige nne grande sérénité d'esprit. C'était adroitement combiné ; mais M. Persil a le tempérament trop faible pour lutter avec moi : je soutiendrais dix procès par jour contre lui, sans que ma publication hebdomadaire en fut retardée d*nne minute. M. Persil est l'excitant qu'il me faut; il peut continuer ses tracasseries sourdes si cela l'amuse. Je tiens seulement à prévenir mes souscripteurs que je ne passe pas un seul jour sans recevoir un procès-verbal, une assignation, une balayure de parquet, sans payer une amende. Je lis les exploits , je paie mes amendes , je fais mes plaidoyers et mes mémoires , et Nemésis parait et paraîtra toujours.

En bonne justice, l'afiaire du cautionnement de NévÉsis aurait du être terminée après la décision de la Cour royale ; non : M. Persil en a appelé en Cassation , ce qui est incroyable d'acharnement! M. le procoreur^énéral Dupin , qui peut quelquefois errer , à mon avis , dans les choses purement politiques, mais qui, dans les questions judiciaires, conserve une sopériorité incomparable de tact et de bon sens , M. Dupin a conclu pour le rejet du pourvoi. Certes, Topinion de M. Dupin devait être décisive, et je ne crois pas qu'au palais il y ait on jurisconsulte plus habile , plas profond que lui , surtout lorsqu'il s'agit de ces causes où il faut faire un arrêt plutôt avec la raison naturelle qu'avec la loi. Eh bien ! la Cour n'a pas fait droit aux conclusions de M. Dupin : mais Nbmésis a en encore de nombreux et de tenaces défenseurs, même an sein de la

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Conr suprême ; la décision n'a pas été emportée d'assaat , il a fallu quatre heures ponr rétablir. Cest maintenant à la Coar royale de Rouen à réformer oa à confirmer l'arrêt de la Conr royale de Paris. Némésxs fera donc le voyage de la Normandie et plaidera sa caase dans la terre classique des procès. Toutefois, M. Persil est prévenu que, malgré ce dérangement de Parnasse, la Satire hebdomadaire paraîtra toujours le dimanche à Paris, à sept heures précises du matin , comme toujours.

Nft VÈWÈSSS.

NOTES

Quelle main mnaela tes deux nobles lions ?

On sait que deux lions figurent les armes d'Espagne.

Qa*est devenu ce temps où le marin génois.

Christophe Ck>lomb.

Le Boarbou de Paris seconrat son cousin.

Allusion à la campagne d'Espagne en 1823 , sous le règne de

Louis xym.

Dans son lit conjugal, tombeau de ses épouses.

Ferdinand VU fut marié quatre fois : d'abord à Marie-Antoinette-Thérèse^ fille de Ferdinand lY, roi des Deux-Siciles, puis à Isabelle-Marie-Françoise y fille de Jean YI, roi de Portugal; ensuite à Marie-Josèphe-Amélie , fille du premier mariage de Maximilien-Marie, frère d'Antoine, roi de Saxe; et enfin à Marie-Christine, fille de feu François^ roi des Deux-Siciles, maintenant régente et gouvernante du royaume pendant la minorité d'Isabelle II, sa fiUe.

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