AVIS
Le Directeor des bnreanx de Niiiisis prévient Messieurs les spéculatears des {onrnanx earlistes, qa*il n'accepte TicnAiroÉ d*aacnne feoille de Henri Y, pas mèaie dn /our/uU des Déàats,
NOTES
i«Ma
Il habille son fils en poadrease estafette.
Le fils ataé de M. Casimir Périer a passé la plus grande partie du ministère de son père sur la route de Paris à Londres , envoyé sans cesse en courrier extraordinaire à la conférence qui se tenait dans cette dernière capitale.
Et le congrès déclare à l'évéque d'Aatnn Qae le qninze da mois est remis an trente-nn.
Malgré toutes les instances de notre premier ministre et de notre ambassadeur, le fameux traité , qui devait être signé le 15 pour dernier délai , fut encore ajourné à la fin du mois*
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ttaliam! ita&am!
TlROH.!.
0 généreuse sœar que la France abandonne, Non, ta n'es pas esclave aux pieds d*ane Madone ; Non, tu n'as pas perdu les nobles parchemins. Héritage immortel de tes aïeux romains 1 Tu te souviens des jours où tu fus grande et belle ; Le feu n'est pas éteii^t sur l'autel de Cybèle, Car dans le saint asile où son culte est resté. Pour dernière vestale il eut la Liberté : Gomme le vieux Janus, père de ton histoire. Que Saturne doua d'une double mémoire, Par un don merveilleux, tu semblés réunir Un front pour le passé, l'autre pour l'avenir. Non, non, tu n'es pas morte, 6 mère des empires. Ton souffle consolant nous dit que tu respires. Qu'après tant de travaux tu goûtes le sommeil. Gomme un géant lassé qui s'endort au soleil. Les peuples qui sur toi sont broyés en poussière, Ont formé de ton sol la couche nourricière, Et les restes pousris de tant de bataillons D'un engrais immortel ont chargé tes sillons. Si dans tes champs, où dort l'instrument aratoire. Une main promenait le soc de la victoire
Et sar ces germes froids faisait courir les vents, Que d'antiques héros en sortiraient viyans ! 0 qui peut mieux que toi, majestueuse reine, Ressaisir un vieux sceptre enfoui dans l'arène. Pour former des soldats, pétrir des ossemens. Rendre leur jeune teinte à de vieux monumens. Et d'un robuste bras arracher son étole Au Jupiter chrétien qui dort au Gapitole !
Eh ! que lui manque-Ul à ce pays aimé, A ce sol éclatant de miracles semé ?
Son peuple est fait de bronze ; étemelle médaille, Des héroïques temps il conserve la taille. Les cheveux arrondis, Tœil, les traits aquilins. Et le grave maintien des dieux capitolins; Toujours les mêmes mœurs ; au sortir d'une lutte, n aime les bouffons et les joueurs de flûte , Son poétique esprit, dans ses rêves dévots, Repeupla son Olympe avec des dieux nouveaux ; Chaque hiver il emprunte à ses vieilles annales Son carnaval joyeux, modernes bacchanales. Ses fêtes de l'automne, ou, vers les champs voisins. Roule le chariot ruisselant de raisins.
Avec les taureaux noirs liés au joug antique. Les symboles païens d'une fête rustique. Les thyrses résineux, d'âge en âge venus, Les filles des Sabins qui dansent les pieds nus. Et le Saint villageois qui, parcourant la plaine. Trébuche à chaque pas comme le vieux Silène. Et puis, sur les gradins, au cirque de Milan, Voyez ce même peuple, écoutez son élan. Quand, remuant soudain les fibres de son ame. Un mot de liberté tombe au milieu d'un drame ; Applaudissant des yeux, de la voix et des mains.
390 NÉHÉ6IS.
Tons ces Italiens redeviennent Romains; Ils semblent protester, devant les sentinelles. Qu'ils n'ont pas renié les cendres patemeHes, Et sons les pelotons des fantassins hongrois Comme an temps de Brutus ils maudissent les rois.
C'est qu'un instinct secret les avertit sans doute Que la grande Appia, cette étemelle route Qu'ouvrit la Rome antique aux pères triomphans Doit retentir encor sous le pied des enfans ; C'est que le fleuve saint qui coule vers Ostie S'indigne de laver la grande sacristie ; C'est que la louve en deuil qu'attriste Y Angélus, Attend sous sa mamelle un nouveau Romidus ; C'est qu'une voix a dit dans le vieux hippodrome Que les dieux immortels vont retourner à Rome, Et que Ton trouve écrit aux livres sibyllins : « On rendra l'héritage à de grands orphelins, b
Tous les peuples anciens que l'histoire dénombre Sur le sol d'orient ont passé comme l'ombre ; Aucun d'eux n'a revu le sol qu'il a quitté ; Ils sont morts pour toujours, morts sans postérité. La Grèce n'offre plus que des cités squelettes. L'Egypte, reine au front chargé de bandelettes, Qui semblait, unissant ses villes en faisceau. Une rue où le Mil passait comme un ruisseau ; L'Egypte d'aujourd'hui, largement dépeuidée. De tout ce qu'elle fut n'est que le mausolée ; I^'^'Sypte s'est éteinte avec ses oppresseurs. Seule, du monde entier, parmi toutes ses «œurs. Jeune, après trois mille ans, la vivace Italie Dans le même cercueil n'est pas ensevelie ; L'homme y reste debout et garde dans sa voix
Cet accent masical des langues d'autrefois ; Architecte éternel, il a de ses mains fortes Reconstruit des cités avec des cités mortes ; Ses fleuves ont des ponts, ses jardins des chAteaux; n veille avec orgueil sur ses vieux piédestaux ; Il entoure d'amour ses images brisées.
Ses aqueducs croulans, ses vastes Golisées ; L'Italie est encor, comme au temps des Césars, L'école où vient s'asseoir le peuple dés beaux-arts ; Là, chaque nom de ville où l'étranger afSue Trouve au fond de tout cœur un cri qui le salue ; C'est Florence qui dort sous ses berceaux de fleurs. Merveilleux muséum de marbre et de couleurs ; C'est Mantoue où naquit l'Homère d'Ausonie ; Le sonore Milan, orchestre d'harmonie ; C'est la molle Capoue, amante d'Annibal ; Venise qui n'est plus qu'une salle de bal, Venise qui, pareille à la Vénus antique, Sa chevelure au vent, sort de l'Adriatique ; Parme, Pise, palais bâtis de marbres blancs. Celles que l'Apennin abrite de ses flancs. Toutes dans leur histoire ayant quelque prodige. Filles de l'Ëridan, du Tésin , de TAdige ; Et cette Rome enfin, merveilleuse cité, Si rayonnante encor dans sa caducité, Qui, veuve des Césars, à leur couche fidàle. Ne jugea que IMen seul pour époux digne d'die. Les grands infortunés qui sont encor debout Viennent te voir, cité qui consoles de toutl Ils te trouvent pleurante au pied des sept coHines ; Tu leur montres encor tes augustes ruines ; Tes tombeaux dispersés au souflBe d'Attila, Ton Jupiter-Stator qu'un prêtre mutila, Ton Panthéon sans dieux, où pend la graminée.
L'arène de Titus.par les âges minée,
Les débris des Césars, des Sixte, des Léon,
Et la femme aax vieux jours qui fit Napoléon.
Toutes ces nobles sœurs qu'un secret pacte lie.
Pléiades que le ciel sema sur Tltalie,
Si le cri du réveil retentissait demain,
De rAbruzze au Tyrol se donneraient la main ;
Fières de secouer vingt siècles d'esclavage,
Elles délaisseraient Ttle au triple rivage.
Cette terre où l'Etna n'est plus qu'un grand charbon,
Ce royaume honteux qui subit un Bourbon ;
Car, au joug des tyrans, l'Italie indocile,
De son pied dédaigneux repousse la Sicile,
Et sur le sol commun, par deux mers limité.
Veut ressaisir encor sa première unité.
Quelle main, balayant les moines et rAutriche, Fécondera ce sol où la gloire est en friche? Quel vengeur, à Milan, tombé comme l'éclair, Posera sur son front la couronne de fer, Effacera du pied ces vieilles mosaïques De princes et de ducs tonsurés ou laïques, Et formant tant d'États sous un même lien. Fondra dans un seul nom le peuple italien? Cet homme vint un jour, quand notre Directoire Aux plaines des Lombards décrétait la victoire ; Oh I l'Italie alors, en songeant aux Tarquins, Se fit pour un moment des jours républicains. Us te seront rendus ainsi que tu l'espères, Ces jours de liberté qu'ont entrevus tes pères ; Terre de notre amour, les rocs des Apennins Briseront, en tombant, tous tes monarques nains ; Ne désespère point de ta sublime cause : Dans un calme fangeux la France se repose,
Mais Tavare égoïsme aura son terme ; attends. Encore quelques jours, il aura fait son temps; Sa glace va se fondre à Taube printanière ; Quand du jeu politique une chance dernière Donnera le pouvoir à ceux que nous aimons. Ton sol doit s'embraser au-delà de tes monts ; La voix des Apennins te dira : <k Voici l'heure «c De rendre le sourire à ton beau front qui pleure ; «t Levez-yous, légions ! que dans chaque cité c Le spectre de Yarus passe ressuscité ; « Que toute Fltalie, ardente de colère, a Suive, dans son élan, le même vexillaire, « Et dans le creux des bois retrouvant son chemin, « Qu'elle aille anéantir TArminius germain. » Et nous, nous serons là, sur les Alpes connues ; Faisant étinceler nos couleurs dans tes nues. Nous viendrons, s'il le faut, pour garantir tes lois Jeter dans le bassin notre glaive gaulois. Alors, pour te payer tes reliques usées Que le fourgon vainqueur porta dans nos musées. Nous te présenterons comme un digne secours Une image de marbre, ex-voto des trois-jours, Digne de tes palais et de tes galeries, L'esclave Spabtagus qui règne aux Tuileries ; C'est le gladiateur de tes antiques jeux ; Un vif éclair jaillit de son œil orageux ; Qu'il est fier 1 on distingue à sa pose sublime Qu'il a brisé ses fers sans l'aide d'une lime ; Détachés d'un seul coup, par la force disjoints. Ces fers victorieux tremblent à ses deux poings : Voilà ton nouveau saint que la liberté nomme ; Par la Porte-du-Peuple il entrera dans Rome.* Oh I ce grand avenir ne vous faillira pas,
* La Porte-da-Peaple, Porta étel Popoh^ à Rome.
Vous y toachei peut-être, il s'avance à grands pas;
Poétiques enfans, croyez-en le poète
Qui prédit les malheurs comme les jours de fête ;
Qui dans ses claires nuits voit tomber sur son front
Le magique reflet des choses qui viendront.
N'allez pas consulter la muette sibylle :
Le ciel, le ciel pour vous si long-temps immobile,
Comme aux temps des Césars ouvrant ses arsenaux ,
Pour parler à vos yeux fait marcher des signaux.
Car il veille toujours sur la chose romaine ;
L'an nouveau s'est ouvert par un grand phénomène:
Le Vésuve, debout, sous son horizon bleu
A vomi sur la neige une lave de feu ; *
Le ciel» pour consoler l'Itahe orpheline.
Place les trois couleurs sur l'ardente colline.
Et le peuple romain, debout, sur le Forum,
Contemple dans la nuit ce nouveau Labarum*
* Dans les premières semaines de ce mois, plasiears joarnaax ont mentionné ce phénomène.
Les sonrdes persécntions da parqnet continuent à B*ezercer rar I9é' mésis : les procès se compliqoent tellement et se hérissent de tant d^anomalies jadiciaires, «joe personne ny comprend pins rien, pas même M. Persil. La même affaire est à la fois pendante en première instance, en cassation, en appel; toar à tonr gagnée, perdae, pais ni perdae ni gagnée : c*est nn labyrinthe sans fil. Or, cette éternelle afiaire a été portée mardi dernier i U sixième chambre, présidée par M. Portalis. M. Barthélémy B*est contenté, poor sa défense, de rappeler Texoellent disconrs que M. le procnrenr - général Dnpin a prononcé à la conr de Cassation dans cette même affaire , qoi est en ce moment instmite en appel à Ronen , et qui était appelée à Paris , après avoir été gagnée en appel. Mardi , donc , la sixième chambre a acquitté M« Barthélémy, par un jugement qui fait le pins grand honneur à Texquis bon. sens des magistrats qui Tout rendu. Némésis continaera à paraître le dimanche matin , dut- elle soutenir cinq procès par jour. MM. les souscripteurs pèu- Tent toiijoara compter snr l'exactitude de leur commettant.
NOTES
C'est Mantoae , où nacpit rHomère d'Aosqiiie.
Manluame genuU..»» (Virgile).
Et la femme aox Tienx jouv qai fit Napoléon.
Madame Lsetitia Bonaparte y mère de l'empereur Napoléon , âgée aujourd'hui de 84 ans.
L'esclave Spartacas qui règne aux Toileries.
La belle statue de M. Foy atier, représentant Spartaçus brisant ses fers y orne le jardin des Tuileries où elle fait face au château.
Far la Porte-dn-Penple il entrera dans Rome.
Lorsque l'armée française alla conquérir l'Italie, pour yen ger les outrages faits à la République , elle fit son entrée à Rome par la Porte-du-Peuple.
Je ferai cette fois an portrait digne d'elle, Je crayonne à ma yitre et calque mon modèle : Sar la rue où j'assieds mon bruyant Hélicon, De la rampe de fer qui borde mon balcon, D'où jaillit Néniésii à Taube des dimanches, Je puis toucher du doigt ces colonnades blanches, Ces aiguilles de fer que le crime puissant Élève pour noyer un tonnerre innocent,* Ce toit chargé de plomb en feuilles laminées Que noircit le nuage éclos des cheminées ; J'ai choisi, pour mieux voir tous ces panoramas. Le numéro premier des Filles-Saint-Thomas ; Là, dès que le volcan de la Bourse s'allume. Il fait trembler les doigts qui conduisent ma plume ; Aujourd'hui l'agio ne m'échappera point.
Car sur lui Néméris tire à brûle-pourpoint.
A l'aspect de ce temple aux formes poétiques. Avec ses escaliers et ses quatre portiques. On croit à tout moment voir entrer au saint lieu Quelque prêtre qui porte un holocauste à Dieu ; Le bon provincial, étranger néophyte,
* On a prodigaé les paratonnerres sur le toit de la Bonne.
Arrivé le matin par Gaillard et Laffitte, Demande avec candeur, en le montrant du doigt. Quelle divinité réside soùs ce toit :
Hélas 1 Tagioteor a, sons ses colonnades, Commencé, dès midi, ses lentes promenades ; Il est là, chaque jour, même quand la saison De son d6me glacé comprime Tborizon ; Serré dans son manteau, les lèvres sur Tagrafe, Il épie avec soin le voisin télégraphe. Il accuse vingt fois, d'un regard soucieui. Le brouillard qui retient la hausse dans les cieux. Et qui suspend le cours de ses rentes prospères En clouant la vigie aux tours des Petits-Pères/ Sur un chemin de neige, au milieu de janvier. Voyez l'agioteur : pareil au loup-cervier, II semble calculer, dans ses courses errantes. L'heure de déterrer le cadavre des rentes : Les honteux couiissiers, les frauduleux marrons. Craignant l'abord du temple, errent aux environs ; On les distingue tous à leur mine sournoise^ Embusqués ^us l'auvent de la Porte CAmotie, Au café Gobillard, au Magasin de Thés Qui coupe brusquement l'angle des Nouveautés» ** Hais le temple est ouvert; tout ce peuple reptile Se croise en serpentant sous le haut péristyle ; Béni soit l'architecte au mémorable nom Qui pour les Grecs français bâtit ce Parthénon I O qu'il est digne d'eux ! L'homme qui le fréquente Aime à faire un report sur les feuilles d'acantte;
* Télégraphe placé sur Fégliae des Petits-Pères, à deux cents pas de U Bourse.
** La Porte Chinoise, le Café Gobillard, le Magasin de Thés et U Théàtra des Nonveantés , sont en £Eice de la Bourse. (Noie pour la province. )
396 NÉMËSIS.
Il faut qae Tnsurier trouve sur son chemin Une coloDDe grecque avec le fût romain ; Le pudique agio s'installe dans des niches, Ou se platt à courir sur le fil des corniches, Et sur les piédestaux, de son bras caressant. Le tiers consolidé serre le trois pour cent. Dans ce frais Parthénon où la raison s'énenre, Au lieu du saint autel de la sage Minerre, * S'élève un rond balustre où de noirs écriteaux Du crédit de l'État enregistrent le taux ; Là, le banal huissier, d'une voix de sibylle, Dit les cahotemens de Ja rente mobile ; n révèle aux mortels si de meilleurs destins Sont promis par les dieux aux fonds napolitains ; Aux pasteurs de la Bourse il apprend sous quels astres On sème les lingots, on recueille les piastres ; Dans quel pressant besoin, dans quels extrêmes cas On peut en bons royaux convertir les ducats : Chaque fois que son cri, comme un oracle intime, Fait décliner la rente ou l'accrott d'un centime. Le pavé noir et blanc, symétrique échiquier. Résonne, sillonné, sous l'orteil du banquier ; Un bruit confus de voix sort des nefs latérales ; Les villes de commerce, aux couronnes murales. Vienne, Saint-Pétersbourg, Londres, Turin, Milan, S'agitent de frayeur à l'aspect d'un bilan */* Aux loges du plafond Tœil du croupier admire L'élégant agio paré d'un cachemire, Qui, des fades boudoirs fuyant le madrigal, Rêve le trois pour cent sur le lit conjugal.
* On sait qpo le Parthénon ^ dont notre Bonrse rappelle Farchittctore , était consacré à Minerre.
*^ Les noms de tontes les grandes villes de commerce sont inscrits sur les murs de la grande nef de la Bonrse.
Ces banquiers féminiiis de scandaleuse histoire Fondent dans leur ménage un jea contradictoire ; Car, tandis que la baisse écrase leurs maris, En faveur de la hausse elles font des paris. De celles qui sont là courant à la fortune» Que j'en pourrais citer I surtout il en est une Qui, d*un nouveau parterre enviant les succds, Change ce temple grec en Théâtre-Français : Elle vient exposer aux rentes incertaines Son fastueux hôtel de la nouvelle Athènes, Son pavillon d'été peint de vives couleurs, L'éblouissant écrin si connu des voleurs ; Sous les piliers du nord que sa pelisse frôle. Elle semble d'avance étudier un rôle ; Elle prête l'oreille aux clameurs du dedans. Puis, tout à coup elle entre avec les yeux ardens ; Elle veut de l'attente abréger le supplice. Et l'on voit que le ciel la fit pour la coulisse.
0 chaos ! dans ce gouffre ou préside le sort, A flots tumultueux la foule rentre et sort ; Les effrénés joueurs débordent pèl^mèle Par le large escalier, par la porte jumelle, Par tous les soupiraux ouverts aux quatre vents : L'œil est halluciné par tant d'hommes mouvans. Et que diriez-rvous donc si notre capitale Dans cet Ërèbe impur parquait tous ses Tantale^ Tous ceux qui, tourmentés d'un démon clandestin. Par leur agent de change assiègent le destin ? En vain sous de faux noms leur prudence^ s'abrite. Un seul coup fait crouler leur fortune hypocrite ; Aujourd'hui sur le char, demain ils sont dessous, C'est la chance commune, eh bien I je les absous. Mais de quel nom flétrir, de quel cachet de honte,
iOO NBMËSIS.
Gelai qui, dans le poste où la faveur le monte, D'un secret politique, en ses mains retenu, Trafique pour son compte avant qu'il soit connu? Sur le poub de TÉtat qu'à toute heure il consulte, 11 règle les succès de sa rapine occulte, Et transportant la Bourse au palais Mont-Thabor,* Aux périls du budget fait jouer le Trésor; Puis, quand le jour arrive où le poids de la rente Entraîne et laisse à nu sa ruine flagrante ; Quand, perdant à la fin ses frauduleux appuis. Le hideux déficit se montre au fond du puits ; 11 écrit un billet d*un ton de Jérémie, n dit qu'il ne veut pas survivre à rinfamid Et, conservant toujours la fraîcheur de son teint. Il court s'asphyxier sur du charbon éteint.
Voilà quel sol brûlant, quel infernal domaine Hante, les yeux bandés, la frénésie humaine I On frémit en songeant que dans ce lieu maudit Notre état financier a fondé son crédit. Sans doute il est dans l'homme une soif de connaître Le résultat douteux de quelque chance à naître, C'est un instinct qui pousse à tenter l'avenir. Un besoin de hasard qu'on ne peut définir; Dès que le corps languit, dès que l'esprit s'émousse , D'une fièvre factice il leur faut la secousse ; De tout temps par l'ennui les peuples obsédés Ont connu l'aiguillon des cartes et des dés ; Chez l'homme ou chez l'enfant cette fureur abondOi Mais s'il existe un jeu flasque, nauséabonde. Depuis les dominos, les dames, les échecs. Jusqu'à l'antique oiseau renouvelé des Grecs,
* Ministère des Finances.
G^est cet absurde jeu qu'à la Bourse on^ vénère, Jeu triste, où Ton poursuit un or imaginaire. Où le ponte, noyé dans un froid corridor, Dans son heure de gain ne touche jamais d'or. Prosaïques joueurs, à face toujours blême, Rien ne séduit en vous I et vous n'aves pas même, Devant ces escaliers par l'agio battus.
Ces vices des joueurs, beaux comme des vertus : Votre jeu, c'est le jeu des âmes égoïstes. Puis lisez nos docteurs, lisez nos moralistes. Ils n'ont, dans leurs écrits, pas assez de tisons Pour embraser le jeu parqué dans des maisons; Us se fondent en pleurs sur le trente et quarante. Mais ils ont un œil sec pour le jeu de la rente ; Ds ne flétrissent pas ce pompeux Charenton Où le billet de mille est à peine un jeton, Où l'on pipe les dés, où la nouvelle fausse Nous fait sauter la coupé au moment d'une hausse, Où ringénu joueur connaît à ses dépens Que là chaque croupier lui dresse un guet-apens. Allez, vous faites bien : flétrissure complète A l'étourdi qui perd deux francs à la roulette I Anathème à celui qui, dans son jeune élan, ^ Se cave de cent sous aux tables de brelan I Qu'il soit partout honni 1 qu'un signe bien notoire Marque au front ce joueur, Caïn aléatoire ! Mais honneur éternel au ponte de bon ton. Qui, dans le grand tripot, arrive en phaéton ; * Qui, sur les fonds publics aux chances inégales, En face du soleil bâtit ses martingales ; Qui, chaque jour, immole à ses dieux infernaux Les biens du fonds dotal et les paraphemaux ;
* AaK heures de la boarse , la place de ce palais est encombrée d*é(|ni* pages élégans.
TOn, II. aC
&02 NÉMÉ8IS.
Qai vend 0a eonsdmee an profit de aa caiBse, Aujourd'hui poar la hamsa et demain pour k bame, Et s'échanSè suivant Papparenee du gain, Le matin peur GvîEot et le aair pour Mtagniu ! Voilà Thomme dlionneur qu'on eatime et fu'en ttte ! Voilà doM la morale ainsi qu'on nous Ta faite I Pauvre morale I un jour peut-être nous verrons, Aux quatre socles nus qui bordent les perrons, La sainte banqueroute érigée en statue ; Aux grands forfaits publics le siècle s'habitue» On traque aux boul^rarts la roulette en plein air, Et le flegme des lois sauvegarde Kesner 1
LE JEU DE LA BOURSE. i03
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S^élève an rond balnstre où de noirs écriteaux Ba crédit de TÉtat enregistrent le taox.
Au milieu de la salie de la Bourse est une espèce d'estrade i entourée d'une grille ronde : c'est là que se tiennent les agens de change ; là , aussi , le crieur des fonds affiche les variations du cours pendant toute la durée de la séance.
' li'tkftgavt agio paré d'an cachemiro.
La galerie qui conduit au Tribunal de Commerce et qui a vue sur la salie de la Bourse , comme la galerie d'un théâtre a vue sur le parterre, était, il y a peu de temps encore, encombrée chaque jour d'un essaim de femmes qui venaient spéculer sur les chances de la rente. Le président actuel du Tribunal de Commerce , M. Ganneron , a rendu tout récemment une ordonnance qui interdit aux femmes rentrée de la Bourse. Depuis lors, les joueuses stationnent sur les marches du péristyle , du côté de la rue Notre-Dame-des-Yictoires ; et là , des Commis d*agens de change' viennent incessamment les tenir au courant des fluctuations de la rente.
• •.*...•.•.» .«,11 en est nne Qai, d*an nooTean parterre enviant les snccès, Change ce temple grec en Théâtre -Français.
Mademoiselle Mars. Cette célèbre comédienne spécule ouvertement sur les fonds publics , et était uue des habituées les plus assidues de la galerie dont nous parlons plus haut.
L^éhloaissant écrin si conna des voleors.
Il y a quelques années, les diamans de mademoiselle Mars, évalués à uaeiMnme de près de cent mille francs, lui furent volés par sa femme de chambre. Cette fiemme , et son mari qui
était complice du vol , s'étaient réfugiés à Genève ; mais on ordonna leur extradition , et les diamans furent retrouvés intact s.
D*iiii Mcret politique en sei mains retenu Trafique pour ton compte, ayant qa*il aoit connu?
Quelques - uns des ministres qui ont eu le télégraphe dans leurs attributions ne se sont pas gênés , dit - oti, pour garder, pendant quelques heures , une nouyelle qui devait influer puissamment sur les fonds, et s*en servir pour spéculqf eux-mêmes à coup sûr, au risque de tous les inconvéniens qui pouvaient nattre de leur légèrHè.
Il court 8*asphyxier tnr du charbon éteint.
Allusion à quelques agens de change dont on avait annoncé le iolcide pour opérations malhenreuses , et qui reparaissaient lorsque leurs affaires étaient arrangées. Il n'est que trop vrai cependant que plusieurs agens de change, victimes de spéculateurs éhonléSy ont payé de leur fortune et de leur vie leur trop aveugle confiance.
Marque au front ce Joueur, Gain aléatoire!
Ceci a trait à ces joueurs dont nous parlions plus haut , qui spéculent sans avoir un sou , qui palpent les bénéfices, s'il y en a , et laissent les pertes à la charge de leur agent de change.
On traque aux bonlevarta la roulette en plein air , Et le flegme des lois sauvegarde Kesner :
Sur les boulevarts extérieurs surtout, quelques misérables, établissent , les dimanches et lundis , une espèce de roulette grossièrement imitée sur un rond de bois , et attrapent ainsi les économies des pauvres ouvriers. La police a fait si bonne chasse à cette nouvelle banque , qu'elle ne se montre plus que bien rarement.
Quant à Kesner, on se rappelle sans doute qu'il se sauva, en 1851 , emportant une somme de phisieurs millions au trésor , dont il était caissier. Kesner était encore une victime du jeu de la Bourse. Il vient de mourir en Angleterre , où il s'était réfugié.