‹ Œuvres de Barthélemy et MéryChapitre 69 sur 79 · AUX VILLES DE L'EST · texte numérisé non relu

AUX VILLES DE L'EST

Q passi fraviora ^ dfièit Deus hh ^uoquefinem,

YlRGn.B.

Quand une henre de denil, par tant de deuil suivie,

Sonna dans nos cités }a mort de YarsoYÎe,

En songeant à ses fils proscrits dans runiyers,

récrifis le premier ces prophétftjués vers :

« La sainte colonie, arrivant sur nos c6tes,

« Retrouvera partout des cœurs compatriotes ;

ce Au foyer de la France elle viendra s'asseoir,

<r Elle prendra sa coupe à nos tables du soir,

« Et chez notre bon peuple, où tant de vertu brille,

€ Chacun, d'un nouveau fils, accroîtra sa famille. » *

Oh ! je songeais à vous, nobles Français du Rhin,

A vous, Metz et Nancy, brave peuple lorrain,

A toi, terre d'honneur qui sers d'hôtellerie

A ces grands pèlerins qui n'ont plus de patrie ;

Patrone secourable à d'augustes cliens,

Temple d'asile ouvert à tous les supplians.

0 villes qui dormez dans nos murailles fortes,

Sitôt que le malheur vient frapper à vos portes,

* Voir la a 5* livraison de NémésîSy intitulée Yarsotis . C'est la livraison qui a para le a 6 septembre; elle fut commencée le joar même où nons apprîmes à Paris la prise de rhéroïqae ville.

L'ÉMIGRATION POLONAISE. ilS

Jour ou nuit, à toute heure, une Yoix lui répond,

On soulève la berse et Ton baisse le pont;

Vous conservez enoor dans vos pieux osagea

Cette hospitalité des héroïques âges,

Où l'étranger poudreux, objet d'un noble teooefl.

Du toit choisi par lui sanctifiait le seuil.

Les Françaises du Rhin, les femmes de la Meiise

Ont lavé les soldats sous l'aiguière écumeuse ;

Elles ont essuyé de leurs pieuses mains

Les pieds qu'avaient meurtris les cailloux descdbmins ;

A ces proscrits courbés sous les douleurs amères.

Elles ont prodigué tes soins t^dres des mères.

Et jeté dans leur tronc, avec un aèle égal.

Le denier de la veuve et l'anneau conjugal ;

Et par eux et par bous, femmes, soyez bénies !

De nos frères du Nord les peuplades bannies,

A peine, en effleurant ce sol hospitalier.

Ont vu quel pacte saint avait su nous lier ;

Aux portes de la France dles ont pu conoattre

Quel saint amour, dans nous, la Pologne fit naître ;

Ah I ce premier accueil a chassé leurs soucis

Et raffermi leurs pieds sur le seuil indécis.

Oh ! venez, confiansen vos nobles mbères.

Glorieux vagabonds, peuple de Bélisaires,

Voyageurs, renouez votre ceinture aux reins,

Vous trouverez partout des visages lorrains ;

Pour vous fournir un toit et veiller sur vos vies.

Oui, toutes nos cités seront des Varsovies,

Sur l'horizon de France il n*est pas on clocher

Qui ne fasse à vos yeux le signe d'approcher ;

Pour réchauffer la nuit la Garde polonaise,

Partout l'hôtellerie allume sa fournaise,

Partout, sous nos lambris, à vos repas du soir,

Sur vos genoux poudreux nos fils viennent s'asseoir.

La vQle aux côtes d'or, à Taigoille ardoisée, *

Dijon, à votre abord, poar vous s'est pavoisée ;

Du haut des rocs pendus sur le Val-de-Sazon,

Tous Tavez aperçue au bout de Thorizon,

Jetant au grand chemin, pour recevoir ses hôtes,

Son splendide escadron de jeunes patriotes,

Avec la longiie lance appendue au harnais»

Et le luxe attrayant de Thabit polonais.

Jusqu'ici les vainqueurs ont obtenu des fêtes ;

n est temps de voter des honneurs aux défaites :

En face du malheur nul hommage n*est faux ;

Nobles vaincus, passez sous les arcs triomphaux t

Quand vous traverserez la France tout entière,

Vous trouverez partout les cœurs de la frontière.

Les traités d'alliance écrits par les congrès

Dans le cerveau des rois s'éteignent par degrés ;

La trompeuse amitié de la diplomatie

Par l'intérêt des Cours est bientôt obscurcie ;

Mais quand deux peuples grands font des pactes entre eux,

Os revivent plus beaux dans les jours désastreux.

Polonais qui passez sur nos terres amies.

Venez voir si quinze ans d'un règne d'infamies

Ont arraché des cœurs ce traité d'amitié

Dont nous avons chacun conservé la moitié !

O frères pour toujours ! on s'en souvient encore.

Votre bannière est sœur du drapeau tricolore ;

Au moment des périls vous serriez notre flanc,

L'aigle de l'Empereur aimait votre aigle blanc ;

Votre fidèle armée était notre compagne

Quand nous prenions d'assaut les rochers de l'Espagne,

* L'admirable aîgoi)le ardoisée de Dijon est connue de tons les yoya* geors; elle surmonte tons les antres sommets d'édifices. On la distingue de plosieurs lienes , soit qu'on arrive par la route d'Auxerre on par celle du Tal-de-Snzon.

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