‹ Œuvres de Barthélemy et MéryChapitre 70 sur 79 · L'ÉMIGRATION POLONAISE · texte numérisé non relu

L'ÉMIGRATION POLONAISE

Et que Somo-Sierra qui plane sur le yal, Par Tos jeunes lanciers fut conquise à cheval/ Dans nos champs de bataille il n'est pas une tombe Où vous n'ayez fourni votre part d'hécatombe ; Notre mémoire est forte ; oh I nous nous souvenons Qn*une commune flamme allumait nos canons ; Que le même soleil, sur la cime des tentes, Colorait le matin nos bannières flottantes. Quand, aux mêmes bivacs après avoir dormi. Nous montions à cheval pour battre Tennemi. Tous ces vieux souvenirs de gloire fraternelle Ont partout dans la France une page éternelle Écrite sur le roc ; dans nos moindres hameaux On raconte le soir vos héroïques maux ; Il n'est pas de chaumière en la plaine isolée Qui n'ait sur son vieux mur quelque image collée, Peignant d'un trait naïf la comtesse Plater, Ou Poniatowski s'engouffrant dans l'Elster.

0 famille étrangère et pourtant si connue,

Viens toute dans nos bras et sois la bienvenue t

Que ton voyage heureux soit libre de souci ;

Pour le favoriser l'hiver s'est radouci ;

Point de fleuve aujourd'hui près des lieux où tu passes,

Qui dans la saison froide amoncelle des glaces ;

Point de neige qui tombe et rappelle à ton cœur

Ta déserte patrie où le Russe est vainqueur ;

Le vent triste du nord, la brumeuse rafale

N'importunent jamais ta route triomphale ;

* Le nom de Somo-Sierra rappelle le pins bean fait d'aimés de la goerre d'£>pagne : cette montagne , formidablement retranchée , fat emportée par les lanciers polonais : il y périrent presque tons. Le général Lejenne a reproduit sar la toile cet épisode si glorieux poar nos frères dn Nord.

TOH. II, 27

kiS NÉMÉSIS.

be nos belles cités, aux heures où tu pars, Le soleil lait toujours aux adieux des remparts ; C'est que vous êtes saints, c'est que le ciel protège Et la Pologne et ceux qui lui font un cortège I C'est que jamais les yeux des hommes d'à présent Ne virent jusqu'ici tableau plus imposant; Sauvé par un prodige à travers le carnage , Un peuple a commencé son grand pélerina ge, Emportant avec lui, dans ses bras mutilés. Les pénates vaincus si chers aux exilés, La croix qui pare encor sa poitrine meurtrie. Et l'aigle de Praga qui n'a plus de patrie .

On dit que nos vaisseaux, sur les côtes d'Alger, Porteront les débris de ce peuple étranger; Que la cité papale où saint Pierre eut un trône, Avignon, qui se mire à l'eau claire du Rhône, Accueillant dans ses murs les Polonais errans, Agrandira pour euxThôtel des vétérans.* Qu'importe sur quel sol, ô sainte colonie. Tu dois fixer enfin ta course indéfinie! Soit que vous respiriez sous nos brumeux climats, Ou dans nos ports du sud tout hérissés de mâts. Partout, isi, sous le poids d'une douleur récente, On peut sourire loin de sa patrie absente, Partout vous trouverez les tendres soins promis, Des cieux sereins, des cœurs, des visages amis. Un jour, quand sourira la fortune orageuse, Vous reprendrez èhcpr la tente voyageuse ; Pour vous rendre les biens qu'en vain nous vous offrons, Le soleil du retour rajeunira vos fronts ; Le Nord verra ses fils revenir en colonne,

* Une succarsalc de l'hôtel des Inyalides est à Avignon.

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