‹ Œuvres de BeaumarchaisChapitre 152 sur 319 · SCÈNE II. - FIGARO, SUZANNE, LA COMTESSE, ^sise · texte numérisé non relu

SCÈNE II. - FIGARO, SUZANNE, LA COMTESSE, ^sise

Suzanne. — Mon cher ami! viens donc. Madame est dans une impatience '•-..

fioaro. — Et i"i. ma petite Suzanne4? — Madame n'en <l"ii prendre aucune. Au fait, de quoi s'agit-il? d'une misère. Monsieur le comte trouve notre jeune femme aimable, il voudrait en l'aire -a maîtresse, et c'esl bien naturel.

-i zanne. — Naturel?

figauo. — Puis il m'a nommé courrier de dépèches, et Suzon conseiller d'ambassade. Il n'y a pas là d'étourdérîe.

srzANNE. — Tu finiras?

fioaro. — El parce que Suzanne, ma fiancée, n'accepte pas le diplôme, il va favoriser les vins de Marceline; quoi île plus simple encore? se venger de ceux qui nuisent a nos projets en renversant les. leurs; c'est ce que chacun fait, ce que nous allons faire nousmêmes. Eh bien ! voilà tout, pourtant.

i. \ comtesse. - Pouvez-Vous, Figaro, traiter ^i légèrement un dessein qui oous coûte à ton- le bonheur?

FIGARO. — Oui dit cela, madame?

20 t LE M IMAGE l>F. FIGARO

Suzanne. Au lieu de l'affliger de nus chagrins...

figaro. — N'est-ce pas assez que je m'en occupe? Or, pour agir aussi métho liqu smenl que lui, tempérons d'abord son ardeur de nos possessions, en l'inquiétanl sur 1rs >i.n m-s.

la comtesse. — C'esl bien «lit: mais comment ?

figaro. — C'esl déjà fait, madame; un Taux avis donné sur

VuUS...

la comtesse. — Sur moi! la tête vous tourne!

figaro. — Oh! c'esl à lui qu'elle doil tourner.

la comtesse. — Un homme aussi jaloux!...

figaro. — Tant mieux : pour tirer parti des gens de ce caractère, il ne faut qu'un peu leur fouetter le sang; c esl ce que les femmes entendent si bien. Puis, les tient-on fâchés t < > 1 1 1 rouge, avec un brin d'intrigue >'n les mène où l'on vent, par le nez, dans le Guadalquivir. Je vous ai l'ail rendre à Bazile un billel inconnu, lequel avertit monseigneur qu'un galânl doil cherchera vous voir aujourd'hui pendant lé bal.

la comtesse. — Et vous vous jouez ainsi de la vérité sur le compte d'une femme d'honneur!...

figaro. — Il y en a peu, madame, avec qui je l'eusse osé, crainte de rencontrer juste.

la comtesse. — H faudra que je l'en remercie!

figaro. — Mais dites-moi s'il n'est pas charmant de lui avoir taillé ses morceaux de la journée de la façon qu'il passe à rôder, à jurer après sa dame, le temps qu'il estimait à se complaire avec la nôtre! 11 esl déjà tout dérouté : gàlopera^t-il celle-ci? surveillera-t-il celle-là? Dans son trouble d'esprit, tenez, tenez, le voilà qui court la plaine, et forée un lièvre qui n'en peul mais. L'heure du mariage arrive en poste; il n'aura pas pris de parti contre, el jamais iln'osera s'y opposer devanl madame.

Suzanne. — Non : mais Marceline, le bel esprit, osera le faire elle.

figaro. — Brrr? Cela m'inquiète bien, ma foi! Tu feras dire à monseigneur que tu te rendras sur la brune au jardin.

Suzanne. — Tu comptes sur celui-là?

figaro. — Oh! dame! écoutez donc; lesgensqui ne veulent rien faire de rien, n'avancent rien el ne sont bons à rien. Voilà mon mot.

Suzanne. — Jl esl joli !

la comtesse. — Comme son idée : vous consentiriez qu'elle s'y rendît?

figaro. — Point du tout. Je tais endosser un habit de Suzanne à quelqu'un : surpris par nous au rendez-vous, le comte pourra-t-il s'en dédire ?

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