‹ Œuvres de BeaumarchaisChapitre 184 sur 319 · ACTE III. SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE III. SCENE V

le comte se retourne. — Hein? quoi? qu'est-ce que c'est? FIGARO savane.?. — Moi, qui me rends à vos ordres. le comte. — Et pourquoi ces mots?

figaro. — Je n'ai rien dit,

LE COMTE répète. — Ma femme, s'il VOUS plaît.

figarù. — C'est... la fin d"une réponse que je faisais : Allez le dire à ma femme s'il vous pi \it

le comte, se promène. — Sa femme!:.. Je voudrais bien savoir quelle affaire peut arrêter monsieur, quand. je le fais appeler?

FIGARO, feignant d'assurer son habillement. — ■ Je III 'Mais Sali SUT Ces

couches en tombant, je me changeais.

le comte. — Faut-il une heure?

figaro. — Il faut le temps.

le comte. — Les domestiques, ici, son! plus longs à s'habiller que les maîtres!-

figaro. — C'est qu'ils n'ont point de valets pour les y aider.

le COMTE. — ... Je n'ai pas trop compris ce qui vous avait forcé tantôt de courir un danger inutile, en vous jetant...

figaro. — Un danger! on dirait que je me suis engouffré tout vivant...

le comte. — Essayez de me donner le change en feignant de le prendre, insidieux valet! Vous entendez fort bien que ce n'est pas le danger qui m'inquiète, mais le motif .

figaro. — Sur un faux avis, vous arrivez furieux, renversant tout, comme le torrent dé la Morena; vous cherchez un homme, il vous le faut, ou vous allez briser les portes, enfoncer les cloisons! Je me trouve là par hasard: qui sait, dans votre emportement,

si...

le comte, interrompant. — Vous pouviez fuir par l'escalier.

figaro. — El vous, me prendre au corridor.

le comte, en colère. — Au corridor! i.\ part.) Je m'emporte, et nuis a ce que je veux savoir.

figaro, .-.part. — Voyons-le venir, et jouons serré.

le comte, radouci. — Ce n'es! pas ce que je voulais dire, laissons cela, .lavai-., oui, j'avais quelque envie de t'einmener à Londres. courrier de dépêches... mais toutes réflexions faites...

figaro. — Monseigneur a changé d'avis?

le comte. — Premièrement, tu ne sais pas L'anglais-.

figaro — Je sais God-dam.

le comte. — Je n'entends pas.

figaro. — Je dis que je sais God-dam.

le comte. — Eh bien?

figaro. — Diable! c'esl une belle langue que l'anglais; il en faut peu pour aller loin. Avec God-dam. en Angleterre, on ne

manque de rien nulle part. — Voulez-vous tater 'd'un bon poulet gras? entrez dans une taverne, el faites seulement ce geste au garçon, fn tourne la broche.) God-dam! on vous apporte un pied de bœuf salé sans pain. C'est admirable! Aimez-vous à boire un coup d'excellent bourgogne ou de clairet? rien que celui-ci. (il débouche une bouteille. God-dam! on vous sert un po1 de bière, en

bel étain, 1; usse aux bords. Quelle satisfaction ! Rencontrez-vous

une de ces jolies personnes qui vont trottant menu, les yeux baissés, coudes en arrière, el tortillant un peu dés hanches? mettez inignardemeol tous les doigts unis sur la bouche. Ah ! Goddam! elle vous sangle un soufflet de crocheteur. Preuve qu'elle entend. Les Anglais, à la vérité, ajoute par-ci par-là quelques autres mots en conversant; mais il esl bien aisé de voir que God-dam est le fond de la langue; et si monseigneur n'a pas d'autre motif de me laisser en Espagne..:

le comte, a part. — Il vi'iit venir à Londres; elle n'a pas parlé.

Figaro, à part. — Il croit que je ne sais rien : travaillons-le un peu dans son genre.

le comte. — Quel motif avait la comtesse pour me .jouer un pareil tour?

figaro. — Ma foi, monseigneur, vous le -ave/ mieux que moi.

le comte. — Je la préviens sur tout, et la comble de présents.

figaro. — Vous lui donnez, mais vous île-, infidèle. Sait-on gré lu superflu, à qui nous juive du nécessaire?

LE CoMTE. — ...Autrefois, tu nie dirais tout.

FIGARO. — Et maintenant je ne vous cache rien.

le comte. — Combien la comtesse L'a-t-elle donné pour cet te belle association?

figaro. — Gombien me donnâ\tes-votfs pour la tirer des main- du docteur? Tenez, monseigneur, n'humilions pas l'homme qui nous .sert bien, crainte d'en faire un mauvais valet.

t,e comte. — Pourquoi faut-il qu'il y ail toujours du louche en ce que tu fais?

figaro. — C'est qu'on en voit partoul quand on cherché des toits.

le comte. - Une réputation détestable!

figaro. — El si je vaux mieux qu'elle? k' a-t-il beaucoup de seigneurs qui puissent en dire autant?

le comte. — ('.eut l'ois je t'ai vu marcher ,'i la fortune, et jamais aller droit.

figaro. — Comment voulez-vous? la foule est là : chacun vent courir, on se presse, on pousse, on coudoie on renverse, arrive qui peut; le reste est écrasé. Aussi, c'est fait; pour moi j'y renonce.

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