‹ Œuvres de BeaumarchaisChapitre 217 sur 319 · SCÈNE II. — FIGARO, un grand manteau sur les épaules, un large chapeau · texte numérisé non relu

SCÈNE II. — FIGARO, un grand manteau sur les épaules, un large chapeau

rabattu, BAZILE, ANTONIO, BARTHOLO, BRID'OISON, GRIPPE- SOLEIL, TROUPE DE VALETS ET DE TRAVAILLEURS.

FIGARO, d'abord seul. — L'est Faneln't !'• ! (il parcourt des yeux les autres à mesure qu'ils arrivent, et dit d'un ton farouche.) : Bonjour, messieurs; bonsoir; êtes-vous tous ici?

bazile. — Ceux que tuas pressés d'y venir.

Figaro. — Quelle heure est-il bien à peu près?

ANTONIO regarde en 1W. — La lune devrait être levée.

bartholo. — Et quels noirs apprêts fais-tu donc? Il a l'air d'un conspirateur.

figaro. sagitant. — N'est-ce pas puur une noce, je vous prie, que vous êtes rassemblés au château?

BRId'oison. — Cè-ertainement.

antomo. — Nous allions là-bas, dans le parc, attendre un signal pour ta fête.

figaro. — Vous n'irez pas plus loin, messieurs ; c'est ici, sous ces marronniers, que nous devons tous célébrer l'honnête fiancée que j'épouse et le loyal seigneur qui se l'est destinée.

BAZILE. ^e rappelant la journée. — Ah! vraiment, je s;iis ce que c'est.

Retirons-nous, si vous m'en croyez; il esl question d'un rendezvous : je \<>u- conterai cela près d'ici.

brid'oison, •> Figaro. — Nou-ous reviendrons.

Figaro. — ■ Quand vous m'entendrez appeler, ne manquez pas d'accourir tous, el dites du mal de Figaro s'il ne vous fail voir ane belle chose.

bartholo. — Souviens-loi qu'un homme sage in' se fail point d'affaire avec les grands.

FIGARO. — Je m'en souviens.

bartiiolo. — Qu'ils ont quinze et bisque sur nous, par leur élut.

pigaro. — Sans leur industrie, que vous oubliez. Mais souvenezvous aussi que l'homme que l'on sait timide esl dans la dépendance de tous les fripons.

bartiiolo. — Fort bien.

FIGARO. — Et que j'ai nom de Verte-Allure, du chef honoré de ma mère.

bartholo. — 11 a le diable au corpsi

BRID'OISON. — I-il l'a.

UAZILE, à part. — Le comte et sa Suzanne se sont arrangés sans moi... Je ne suis pas fâché de l'algarade.

FIGARO aux valets. — Pour vous autres, coquins, à qui j'ai donné Tordre, illuminez-moi ces entours; ou, par la mort que je voudrais tenir aux dents, si j'en saisis un par le bras!... (il secoue le bras de

Grippe-Soleil.)

ORIPPE-sOLEIL s'en va en criant et pleurant. — Ah! ah! oh ! oh ! Damné

brutal!

bazile, en sen allant. — Le ciel vous tienne en joie, monsieur du marié ! (Us sortent.)

SCÈNE III. — FIGARO seul, se promenant dans l'obscurité, dit du ton le plus sombre.

0 femme! femme! femme! créature faillie et décevante! nul animal créé ne peut manquer à son instinct; le tien esl-il donc de tromper!... Après m'avoir obstinément refusé quand je l'en pressai devantsa maîtresse, à l'instant qu'elle me donne sa parole, au milieu même dé la cérémonie... Il riait en lisant, le perfide] el moi comme un benêt!... Non, monsieur le comte, vous ne l'aurez pas... vous ne l'aurez pas. Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie!... noblesse, fortune, un rang, des places; tout cela rend si fier! Qu'avez-VOUS l'ait pour tant de bien? VOUS VOUS êtes donné la peine de naître, el jjen de plus: du reste homme assez ordinaire ! Tandis que moi, morbleu! perdu dans la foule obscure, il m'a fallu déployer plus de science et de

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