‹ Œuvres de BeaumarchaisChapitre 238 sur 319 · SCÈNE IV. — BÉGEABSS, SUZANNE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. — BÉGEABSS, SUZANNE

bégeabss. — Mon enfant, je D'en reviens point. Quel est donc le sujet de Sun emportement?

sdzanne. — Il m'est venu chercher querelle; il m'a dit cent horreurs de vous. Il me défendait de vous voir, de jamais oser vous parler. J'ai pris votre parti; la dispute s'est échauffée; elle a fini par un soufflet... Voilà le premier de sa vie; mais moi, je veux me séparer. Vous l'avez vu...

bégearss. — Laissons cela. — Quelque léger nuage altérait ma confiance en toi ; mais ce débat l'a dissipé.

Suzanne. — Sont-ce là vos consolations?

bégearss — Va, c'est moi qui t'en vengerai ! il est bien temps que je m'acquitte envers toi, ma pauvre Suzanne! Pour commencer, apprends un grand secret... Mais sommes-nous bien sûrs que la porte est fermée? (Suzanne y va" voir, il dit à part .- Ah! si je puis avoir seulement trois minutes l'écrin au double fond que j'ai fait faire à la comtesse, où sont ces importantes lettres...

Suzanne, revient. — Eh bien, ce grand secret?

bégearss. — Sers ton ami; ton sort devient superbe. — J'épouse Florestine ; c'est un point arrêté; son père le veut absolument.

Suzanne. — Qui son père?

bégearss, en riant. — Et d'où sors-tu donc? Régie certaine, mon enfant : lorsque telle orpheline arrive chez quelqu'un comme pupille ou bien comme lilleule, elle est toujours la fille du mari. D'un ton sérieux.) Bref, je puis l'épouser... si tu me la rends favorable.

SUZANNE. — Oh! mais Léon en est très amoureux.

bégearss. — Leur fils? (Froidement.) Je l'en détacherai.

Suzanne, étonnée. — Ha!... Elle aussi, elle est fort éprise!

bégearss. — De lui?...

SUZANNE. — Oui.

BÉGEARSS, froidement. — Je l'en guérirai.

Suzanne, plus surprise. — Ha! ha!... Madame, qui le sait, donne les mains à leur union.

bégearss, froidement. — Nous la ferons changer d'avis.

SUZANNE, stupéfaite. — Aussi?... Mais Figaro, si je vois bien, est le confident du jeune homme.

bégearss. — C'est le moindre de mes soucis. Ne serais-tu pas aise d'en être délivrée?

Suzanne. — S'il ne lui arrive aucun mal...

bégearss. — Fi donc ! la seule idée flétrit l'austère probité. Mieux instruits sur leurs intérêts, ce sont eux-mêmes qui changeront d'avis.

-<s0 LA MÈRE COUPABLE

Suzanne, incrédule, — si vous faites cela, monsieur...

BÉ6EARSS, appuyant, —je le ferai. — Tu sens que l'amour n'est pour rien dans un pareil arrangement. (L'air caressant.) Je n'ai jamais vraiment aimé que toi.

Suzanne, incrédule. — Ah ! si madame avail voulu...

bégearss. — Je l'aurais consolée sans doute ; mais elle a dédaigné mes vœux!... Suivant le plan que le comte a formé, la comtesse va au couvent.

SUZANNE, vivement. — Je ne nie prête à rien contre elle.

bégearss. — Que diable! il la sert dans ses goûts! Je t'entends toujours dire : Ah! c'est un ange sur la terre!

srzA.NNE, en colère. — Eh bien, faut-il la tourmenter?

bégearss, riant. — Non; mais du moins la rapprocher de ce ciel, la patrie des anges, donl elle est un moment tombée!... Et puisque, dans ces nouvelles et merveilleuses lois, le divorce s'est établi...

SUZANNE, vivement. — Le collile veut s'en séparer? BÉGEARSS. — S'il peut.

Suzanne, eu colère. — Ah! les scélérats d'hommes ! quand on les étranglerait tous... !

bégearss. — J'aime à nuire que lu m'en exceptes.

Suzanne. — Ma foi!... pas trop.

bégearss, riant. — J'adore la franche colère : elle met -à jour ton bon cœur! Quant à l'amoureux chevalier, il le destine à voyager... longtemps. — Le Figaro, homme expérimenté, sera son discret conducteur, (il lui prend la main.) Et voici ce- qui nous concerne. Le comte, Florestine et moi, habiterons le même hôtel; et la chère Suzanne à nous, chargée de toute la confiance, sera notre surintendante, commandera la domesticité, aura la grande main sur tout. Plus de mari, plus de soufflets, plus de brutal contradicteur; des jours filés d'or et de soie, et la vie la plus fortunée!...

Suzanne. — A vos cajoleries, je vois que vmis voulez que je vous serve auprès de Florestine?

BEGEARSS, caressant. — A dire vrai, j'ai compté sur les soins. Tu fus toujours une excellente femme! J'ai tout le reste dans ma main; ce point seul est entre les tiennes, (vivement.) Par exemple, aujourd'hui tu peux nous rendre un signalé... (Suzanne l'examine, Bégearss se reprend.) Je dis un signalé, par l'importance qu'il y met. (Froidement.) Car, ma foi ! c'est bien peu de chose! Le comte aurait la fantaisie... de donnera sa fille, en signant le contrat, une parure absolument semblable aux diamants de la comtesse. Il ne voudrait pas qu'on le sût.

SUZANNE, surprise. — Ha! ha!...

bégearss. — Ce n'est pas trop mal vu! De beaux diamants terminent bien des choses ! Peut-être il va te demander d'apporter

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